DOCUMENT III
par Orderic Vilal dans ses Angligenœ ecclesiaslicœ hisloricBj, tome IV, p. 32-33; voici à quel sujet. Les frères de Bellême et Roger de Bully, liés par le sang, ayant vaillamment concouru à la conquête de la Grande- Bretagne, avaient été richement apanages par la reconnaissance de Guillaume. Robert de Bellême, par la mort de Hugues, son aîné, s'était trouvé investi de sa succession, qui comprenait une partie du comté de Chester, dans le pays de Galles. Après avoir transporté sa résidence dans la forteresse de Qiiatford et construit le formidable château de Bruge sur la Sabrine, Robert de Bellême revendiqua toutes les terres naguère possédées par son cousin Roger de Bully \
Les annotateurs de l'ouvrage sus -indiqué nous fournissent quelques délails intéressants sur Roger de
Bully, que nous croyons convenable de citer.
(( Blyth, dans le Notlinghamshire. Roger de Bulli y
« avait fondé un prieuré, relevant de la Trinité-du-
(( Mont-Sainte-Catherine. La parenté de ce seigneur
« avec Roger de Bellême pourrait faire supposer qu'il
« fallût le placer à Bulli- (Calvados). Mais nous devons
1. OuDERici ViTALis, A^igligoiœ ecclesiaslicœ hislo7Hœj l. lY ,T[i. i2-33. Éd. annotée par Auguste Le Prévost. {Appejidice, document IV.) — Robert, comte de Bellême, était fils de Roger et de la comtesse Mathilde ; il confirma, en 1092, la donation qu'il avait faite de l'église canoniale de Bellême à l'abbaye de Noirmoutiers.
î. Bully (Calvados) fut certainement un fief qui reçut son nom d'une
(i an contraire le revcndiqner, ponr Bnlli, près Ncnf- « cliàlel. Dans la jennesse (le Gnillannie le Conqn<^rant, « RoGKR DE BiSLLi vendit à J'abbé de la Tri ni té- duce Mont la dîme de Bully pour le prix de soixante <( livres douze deniers et un cbeval. Ce seigneur « avait pour principale résidence, après la conquête, « le cbàteau de Tikbill, dans l'Yorksbire. Sa femme «s'appelait Muriel. Leur postérité mâle s'éteignit (i en 12j3, et leurs biens passèrent dans les mains de la u famille de Yipount (Vieuxponl) par le mariage d'Ioo- « NEA, leur arrière-petite-fille, avec Robert de Vipount.
« Roger de Busli figure dans le Domesday-Book pour « un grand nombre de domaines, soit comme under- « tenant, soit plus souvent comme tenant in capite. L'un « de ses manoirs, Sandford, dans le Devonsbire, lui « avait été donné par la reine Malhilde, cum uxore sua; ft ce qui prouve que son mariage n'avait eu lieu « qu'après la conquête '. »
Guillaume le Conquérant, vingt ans après l'invasion de l'Angleterre, fit dresser un état de la propriété foncière en ce pays. Les Saxons spoliés l'appelèrent le Domesday-Book ou le Jugement demie)' des vieux possesseurs du soL Cet inventaire terrien fut accompli dans une
branche de la famille de Bully près Neufcliàtel, transplantée en basse Normandie. Noire pensée sera mieux expliquée plus loin.
\. Orderici ViTALis, AnçHgenœ ecclesiusdcce hisloriœ, l.l\ , p. 32-33. Éd. annotée par Auguste Le I*révost.
période de six années, entre 1080 et J 086. On y parvint au moyen d'enquêtes, opérées par les commissaires royaux, et de déclarations faites par les barons, les curés de paroisse, les chefs de village. Les mandataires du souverain inscrivirent sur ce grand rôle le nom des terres et de ceux qui les tenaient, les droits et les devoirs féodaux ou autres inhérents à chaque domaine, et déterminèrent enfin le chiffre approximatif du revenu annuel. Ce livre d'or territorial était destiné à aplanir les difficultés qui pouvaient naître des compétitions de voisinage, de l'indivision de terres ainsi que de l'interprétation erronée des coutumes. C'est dans ce document primitif, conservé à l'abbaye de Westminster, d'après certains écrivains, et de Weschinster d'après d'autres, que l'on trouve le détail des immenses terres que Roger de Bully reçut de la libéralité de Guillaume en récompense de sa vaillante coopération à la conquête de la Grande-Bretagne. Elles étaient réparties dans diverses régions; on trouvera leur nomenclature dans le Domesday-Hook^.
Les fiefs de Roger de Bully avaient donc une étendue considérable. Ils sont classés dans le Domesday- Book parmi les vingt apanages les plus importants de l'Angleterre au xr siècle, comme on peut le voir dans
1. Domesday-Book, Londini, 1783, in-fol., pages 113 (1" col.), 278, !i, 319, 337, 3o3 et suivanles.
la' nomenclature ci-après, où les terres de Roger de Bully tiennent le dix-septième rang.