BULLY
de Louvel et Regnault de Louvel furent seigneurs de Bully, le premier en 1333, comme on le verra dans des chartes relatives à Thomas de Bully S et le second en lZii2, époque à laquelle le roi d'Angleterre, maître de la Normandie, s'empara des biens d'Adam et Jean de Louvel, fils de Regnault % comme absents et rebelles, c'est-à-dire pour cause de fidélité à l'infortuné Charles VI. Des lettres de la Collection Bréquigny ne laissent aucun doute à cet égard. Les terres saisies furent données à Jean Basset, dont le patriotisme était assorti à son nom^
Jean dTstrimont, seigneur de Bully, fit hommage envers le roi pour ce fief, le 16 novembre 1/il/t, et déclara le tenir directement de lui. Il est question dans cet acte de vassalité du chief moys. Or le moys était une éminence de terre sur laquelle le château ou chief avait été construit. S'il ne dénombra que pour la partie principale, il est évident qu'il n'avait pas le tout. Les de Bully primitifs, qui tenaient des lots dans le haut domaine en 1333, devaient les posséder encore en l/il/i. Jean d'Estrimont* fut tué à la bataille d'Azin-
'I. Recueil statistique et historique sur la co7nmune de Bully, par M. Fourcin, p. 292. — Thomas de Bully était de la famille primitive de ce nom.
2. Il dénombra, devant les commissaires du roi, pour le fief de Watierville, en l'année 1412.
3. Recueil statistique et historique sur la com?mme de Bully, par M. Fourcin, p. 292.
4. Jean, dit d'Estrimont, avait pour nom patronymique Bellon.
court, laissant deux filles, Jeanne et Jeannette, sous la tutelle de leur mère. Aussi trouvons-nous la veuve Jeanne, dame de Bully, maîtresse de cette seigneurie dans la première moitié du xv' siècle, comme il appert d'une charte du temps où elle est citée h propos des francs usages de la foret d'Eavy : « Madame Jeha-ne d'Es- « trimont, dame de Bully, est accoustumée prendre en « la dite forêt le bois vert et gisant et le sec en estant « sans caable. ftem, bois pour édifier en son manoir « de Bully et aussi son moulin du dit lieu. Item, la « branche et le tiers fourc pour ardoir, etc.* »
Jeanne, fille aînée de Jean d'Estrimont et de la dame de Bully qui était, selon toute apparence, issue et héritière des Louvel, épousa Robert Filleul, et lui apporta en dot la terre de Bully.
En 1H9, toute la Normandie était passée sous le joug de l'Angleterre. Robert Filleul, qui était seigneur de Bully, et Jeanne d'Estrimont, sa femme, furent mandés devant le bailly de Caux et le vicomte de Neufchàtel pour reconnaître le nouvel état des choses.
Le registre des concessions accordées au duché par Henri V porte à la suite de la convocation des deux époux ces deux mots : « Laisser jouir. » Robert Filleul ne put supporter longtemps la tyrannie étran-
'1. Coulumier des foréls de Normandie ; Archives départemontales de la Seine-Inférieure.
gère; aussi ne tarda-t-il pas à se ranger sous la bannière de la France, ce qui appert d'un livre décomptes daté du 27 juillet 1432. Il fut puni de sa patriotique défection, comme l'avaient été jadis les de Bully pour attachement à leur duc, par la saisie du domaine de Bully, qui fut donné à Pierre Bailly, receveur général de Normandie. Les calamités, conséquence d'une longue guerre, avaient si terriblement désolé le pays, que les champs étaient délaissés par les tenanciers et quelquefois même les seigneuries par leurs seigneurs. La misère publique était si grande, que le trésor anglais ne put percevoir une rente de six livres due par l'abbaye de Foucarmont et hypothéquée sur le moulin de Bully, tombé en ruinée
Jeanne Filleul, qui avait pour auteurs Robert Filleul et Jeanne d'Estrimont, s'allia, en i/i60, à Pierre de l'Estendart, sire de Hanches ; elle portait aussi le surnom ou diminutif de Fillote ou Filloque. Elle est ainsi désignée dans une enquête ouverte au sujet de la mort de Marguerite d'Ecosse, dauphine de France, épouse de Louis XI. Cette princesse, on le sait, fut si malheureuse, qu'elle s'écria sur son lit d'agonie : Fi de la vie, qu'on ne m' en parle plus! Elle succomba, d'après quelques historiens, au désespoir d'avoir été calomniée par
4. Recueil statistique et historique sur la commune de Bully, par M. Fourcin. Exemplaire de l'auteur, p. 134 et. 4 35.
Jamet Tillet. Celui-ci prétendait l'avoir surprise assise sur un lit, en compagnie de Jeanne Filleul, sa dame d'honneur, causant familièrement avec Jean d'Estouteville, seigneur de Blainville. La chambre, à ce moment-là, n'était éclairée que par la flamme de l'âtre. Jeanne Filleul partageait le goût de sa maîtresse pour la poésie et cultivait comme elle de préférence la ballade et le rondeau. La dame de Bully excellait dans ce dernier genre, comme on peut le voir par le morceau que voici :
Hélas! mon ami, sur mon àme, Plus qu'autre femme Ay douleur si largement, Que nullement Avoir confort je ne puis d'âme.
J'ai surtout tant de deuil en ma pensée,
Que trespassée Est ma liesse de pieiza; A l'heure où vous m'eûtes laissée
Seule égarée, Tout mon plaisir se trespassa, Dont malheureuse je me clame
Par jSostre Dame, D'estre voustre si longuement;
Car clèrement Je congnois que trop fort vous ainit Hélas 1 mon amy, sur mon â.ne.
Guillelmine Filleul est inscrite, en 1^56, sur les comptes de la reine Marie d'Anjou, comme étant
sa femme de chambre et à ce titre pensionnée de 50 livres.
D'après le Dictionnaire de la noblesse par La Cliesnaye Desbois et celui des Gaules par d'Expilly, Pierre de l'Estendart*, chevalier, seigneur de Hanches, mort en lliQO, le serait devenu de la châtellenie de Bully par son mariage avec Jeanne Filleul, dotée de ce fief.
Ces deux auteurs commettent évidemment une erreur chronologique en assignant au mariage de Pierre de l'Estendart avec Jeanne Filleul l'année i/i60. L'époux, en effet, rendit hommage au roi le 2li février l/i54, pour les terres de Bully et du Quesnoy, comme procureur fondé de sa femme Jeanne Filleul, seigneuresse de ces deux places" . La date de cette alliance est donc antérieure à l/iSi, mais elle est postérieure à ilili9, car, le 8 décembre de cette dernière année, Robert Filleul fit acte de vasselage au nom de sa fille , mineure ^ Or, si elle eût été mariée, ce n'est point
i. Sur le compte de Jean Mercier, trésorier des guerres du roi, ouvert le premier jour d'avril 1368 et fermé le 1" mai 1369, Jean de l'Estendart est cité parmi les combattants. Il reparaît parmi les chevaliers bannerets qui formaient la garde de de Bureau, chambellan du roi, le 10 mai 137o. (Coll. de Camps, vol. LXXXIV, fol. 109 et 229, verso; Bihl. de Richelieu, Cabinet des titres.)
2. Recueil slaiistique et historique sur la commune de Bully, par M. Fourcin, page 679.