Ibidem
passé devant Damien Dupont, notaire ^ Ce document est accompagné d'une généalogie de la famille Huot, remontant à Barthélémy Huot et à Mathurine Chevallier, sa femme.
Après le coup d'œil rétrospectif et nécessaire que nous venons de jeter sur les seigneurs de Bully, possesseurs de cette terre depuis 1219, quoique non issus de l'estoc de ce nom, nous allons esquisser rapidement l'histoire dudit lieu.
Le bourg de Bully^ est distant d'une lieue et quart environ de la ville de Neufchâtel. Son nom, d'après D. T. Duplessis, dériverait du celtique bulle^ qui signifie
\ . Anciennes minutes de Damien Dupont, étude de M* Faiseau-Lavanne, notaire à Paris, rue Vivienne, 55.
2. Il existe en France plusieurs lieux de ce nom, comme on peut le voir par les extraits suivants du Dictionnaire des Gaules^ par d'Expilly.
« BuLLV, en Lyonnois. On y compte 144 feux. Cette paroisse est à un bon quart de lieu de la Bresle et à quatre lieues 0.-N.~0. de Lyon.
« BuLLV, en Forest, diocèse et intendance de Lyon, parlement de Paris, élection de Roanne. Cette paroisse est à deux lieues S.-O. de Roanne.
« Bully-Berclau, en Artois, diocèse d'Arras, parlement de Paris, intendance de Lille, bailliage de Lens. On y compte \M feux,
« BuLLY-EN-GoHELE, en Artois, diocèse d'Arras, parlement de Paris, inteniance de Lille, bailliage de Lens. On y compte 30 feux. »
On a pu remarquer, page 6, qu'en Calvados un bourg portait aussi le nom de Bully.
Au moyen âge, lorsque le cadet d'une maison allait se fixer hors ou loin du cliâteau natal, il donnait souvent le nom du fief qui avait été son berceau à l'une des terres d" sa nouvelle résidence, pour perpétuer le souvenir de son origine. C'est ce qui advint, selon toute plausibilité, pour une branche de nos de Bully, qui durent quitter le pays de Bray par suite
marécage planté d'arbrisseaux*. Je donne cette élymologie telle qu'elle est sans me porter garant de son exactitude. En 1209, Philippe-Auguste, en exécution de l'article 5 du traité passé, le 5 décembre 1195, avec Richard Cœur de lion, roi d'Angleterre et duc de Normandie, réunit la forteresse de Neufmarché à la couronne et donna en compensation aux sires de la Londe, qui en étaient possesseurs, le grand fief de Tourville-la-Gampagne. Le souverain français se dessaisit également du comté d'Eu en faveur d'Elide, femme de Raoul d'issoudun, et ne réserva pour lui que Neufmarché et la châtellenie de Bully \
Saint Louis, accompagné d'Odon ou Eudes de Rigault, archevêque de Rouen, se dirigeant sur Mortemer, traversa Bully en 1257. L'itinéraire qu'il suivit est tracé dans le Jiegistrum visilalionum du susdit prélat, où il est question également de l'église paroissiale de Bully à la date de 1260. Elle était alors dédiée à saint Éloi.
de quelque alliance ou de confiscation et s'établir dans la Basse-Normandie, où ils appliquèrent à une de leurs seigneuries leur appellatif à la fois terrien et patronymique. L'antériorité de Roger de Bully et de plusieurs autres personnages de la race qui nous occupe démontre en outre que les de Bully en Bray sont les aînés de tous les autres.
K. Le nom de Bully pourrait encore avoir même origine que Bouillo7i et Bullion, qui semblent venir, d'après M. Jeantin [Ilistore de l'ancien comlé de Chiny), de Bidlionum, lieu où les eaux écument ou bouillonnent.
2. Métnoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XVI, p. 170. — Essai sur le canton de Gournay, par l'abbé Decorde, p. 339.
&8 Dli BULLY.
Gilles de Maizières, recteur de Biilly, avait acheté avant 1274 la maison curiale de ce lieu à un nommé Robert, dit Sérée. Une charte de l'année susdite nous apprend que Pierre de Melleville, seigneur de Bully, dégreva de toute servitude la résidence de Gilles Maizières, à la condition que celui-ci fournirait annuellement un chapeau de roses le jour de la fête de saint Éloi. En 1291, Guillaume Fortin acquit l'immeuble en question et obtint les mêmes franchises. Les chartes relatives à ces deux faits ont été reproduites in extenso par M. Fourcin dans son Recueil statistique et historique sur la commune de Bully, pages 284 et 575.
Les arrière-fiefs mouvants de la grande seigneurie de Bully au moyen Age étaient ceux d'Hélie de Bonnefille, de Sorens, de Martincamp, de Collard Letailleur, de Thomas Bully (1333), d'Inerville, de Merval, d'Yiel, de Canchy, de la Chaussée, d'Aulage, de Saint- iMarlin l'Hortier, de Rohard le Hardie
En 1334, le prieurde la maison de Dieu deNeufchâ-
1. Recueil slalislique et historique sur la commune de Bully ^ par M. Fourcin. Manuscrit in-fol. Archives départementales de la Seine-Inférieure.
Jeanne de Bray, dame d'Inerville, et Jean de Saenne, avaient le droit de s'approvisionner de branches et celui de faire paître tous leurs bestiauîf, à l'exception des chèvres, dans la forêt d'Eavy, à cause des manoirs de Bully et de Bray. Le fief d'Inerville qui, au commencement du xv' siècle, était la propriété du soigneur de Mesnière, fut transporté, du chef de sa femme, au seigneur de Bully, qui éiait un de Filleul.
tel inféoda à Guillaume du Moulin une pièce de terre, sise à Buîly, confrontant aux terres du seigneur de ce lieu.
Dès lûOO, il est question dans les annales de Normandie d'un pèlerinage que faisaient les habitants de Bully dans la paroisse de Saint-Saëns, où la statue du bienheureux de ce nom était l'objet d'un culte particulier.
Jean Amiaune fut, au mois de février 1H9, pourvu par Henri V, roi d'Angleterre, de la sergenterie de Bully en la forêt d'Eavy.
Deux foires annuelles et un marché le mercredi furent créés en i/i90 par Charles VIII, désireux de récompenser le concours vaillant de Jean de l'Estendart dans l'œuvre de délivrance nationale. Le titre de la charte démontre que la concession fut faite en faveur de ce dernier : Inslilulio mindinarum apiid locum Bully pro Johan Leslendart \
En l/i99, on trouve l'église Saint-Éloi sous le patronage des chanoines de l'hôpital royal de Neufchâtel. Ce droit leur fut disputé par les abbés de Sainte -Geneviève de Paris, qui revendiquaient la mouvance de la paroisse de Bully et dénonçaient la prééminence du chapitre de Neufchâtel comme une usurpation.
\. Trésor des Chartes, Reg. CCXXI, pièce 215, Archives de France.
Richard le Blond, gentilhomme, fut, en 1533, garrotté pour cause d'hérésie et traîné dans les prisons du château de Neufchâtel par trois habitants de BuUy. Le promoteur de l'archevêché de Rouen fit compter au doyen de Neufchâtel la somme de huit livres, montant des frais de cette arrestation ^
Durant les guerres de religion, l'église de Bully fut livrée aux flammes; elle ne tarda pas à renaître de ses cendres et fut remplacée par une construction style renaissance \
Ce serait dévier un peu trop de l'histoire de la maison de Bully (notre but principal) que de traiter à fond celle du village dé ce nom. C'est pour ce motif que nous négligeons de rapporter les événements accomplis autour et dans Bully après la bataille de FoUeville, livrée à Henri lY par Alexandre Farnèse, duc de Parme, et le duc de Guise, en 1592. On trouvera le récit de ce combat et les péripéties de la campagne dans les Mémoires de Sully. C'est à cette époque qu'une troupe de maraudeurs, appartenant à l'armée des huguenots, vint assaillir le village de Bully. Les habitants se pré-
4. Recueil slalisliqm et historique sur la commune de. Bully, par M. Fourciii. Manuscrit communiqué par l'auteur, page 524.
2. Ce temple n'était pas le seul rendez-vous des fidèles; il existait d'autres chapelles : celles de la Sainte- Vierge, bâtie en 1689, de Saint-Jean- Baptiste, élevée dans le manoir seigneurial en 1738, et de Sainte-Marguerite, sise au bourg deMarlincamp, dont les revenus appartenaient aux prieurs de Saint-Martin-sous-Bellencombre.
DE BULLY. 6f
cipilèrent sur eux à leur tour et, après les avoir mis en déroute, firent plusieurs prisonniers.
En 1593, Henri IV autorisa par lettres patentes Gilles Laigret à construire un atelier de verrerie à Martincamp. Ce droit préjudiciant au droit de Esme Levaillant , qui avait une fabrique dans la forê-t d'Eavy, l'ut aboli par divers arrêts du parlement de Normandie rendus en l'an 1598.
M™^ de Maupeou, influente à la cour, obtint à la fin du dernier siècle que le marquisat de Bully fût détaché de la mouvance de la vicomte de Neufchâtel et réuni au duché de Normandie ^
Bully et trois autres villages des environs de Neufchâtel ont été l'objet de la malignité populaire résumée dans ce dicton :
Bully, Sigy, Le Fossé et Saint-Saire, Sont les quatre piliers d'enfer.
Dans le but d'empêcher une autre confusion possible entre les de Bully Normands ou Picards, dont nous allons redresser la filiation, et les de Bully de l'est de la France, nous allons dire un mot de ces derniers.
Les de Bully de Bourgogne paraissent avoir eu pour berceau le village de Bombes en Beaujolais, d'où ils
H. Recueil statistique et historique sur la co7nmune de Bully, par iM. Fourcin, page 617.
passèrent dans le Lyonnais au xv* siècle. Ils étaient seigneurs de Marzé dans le premier pays et de Morancé dans le second. Ils portaient d'après I'Armorial du Lyonnais : Ecartelé au i et 4 d'or, à une fasce ondée d'azur, surmontée d'un annelet de même; au 2 et S fascé dliermines et de sable, qui était de Marzé"^.
Nous n'avons pu découvrir entre les de Bully de Normandie et ceux du Lyonnais aucune communauté
originelle. Tout ce que nous savons sur la dernière de ces deux familles, c'est qu'elle était de vieil estoc comme celle qui nous occupe. Nous allons le démontrer par quelques faits.
Etienne de Pérédo, garde du sceau des contrats royaux dans le bailliage de Màcon, et Jacob Sabin, docteur es lois, sacristain de Saint-Just et officiai de Lyon, font savoir à tous présents et à venir que JACQUES DE BULLY, moine de l'abbaye de Savigny, avait transporté à Denis d'Aglaud, en l'an 1366, tous ses droits effôctifs sur les biens d'ÉTIENNE DE BULLY, chevalier, et sur ceux de sa veuve PRINGIA DE FABRY; celle-ci, présente à la cession, la ratifia de sa signature. Dans ce même acte il fut également procédé entre les parties au règlement d'une dette de 100 florins ^
\. Armoriai historique de Bresse^ Bugey, Bombes, pays de Gex, etc., par Révénind du Mesnil, 1872, in-fol., p. 134.
2. Titres originaux; Bibl. de Richelieu, Cabinet des litres. Parchemin en mauvais étal.
DE BL'LLY. 63
ETIENNE DE BULLY reçut plusieurs reconnaissances en l'année 1605, fit une vente à Jacquemot Barrai, changeur de Lyon, et acquit les moulins de Bully vers la même époque.
CLAUDINE DE BULLY, fut mariée en 15.. à JACQUES ROSSET, seigneur de Marzé S elle portait : D'or, à la fasce ondée d'azur, au tourteau de même en chef, chargé d'une étoile d'or ^
MADELEINE ROSSET DE BULLY, fille de Claude Rossel, dit de Bully, et de Claudine des Gouttes de la Salle, était seigneuresse de Marzé et veuve de Jacques de la Combe. Elle convola en secondes noces, le 6 février 1596, avec PHILIPPE DE NANTON, fils de Pierre, officier d'écurie du duc d'Alençon. Ces derniers pactes furent passés devant maître François Carret, notaire de Rogneins, en Beaujolais. Madeleine était fille de Claude Rosset, dit de Bully, et de Claudine des Gouttes de la Salle^
1. Il était aussi seigneur de Le Cliâtei, de Babilly, des Marets, d'Aibens.
2. Le Laboureur, Le^ mazures de l'abbaye royale de l'isle Darbelez-Lyon, oj recueil historique de ce qui s'est fait de plus mémorable en cette église depuis sa fondation jusqu'à présent. Paris, Jean Couterot, 1681, tome I, page o22.