Choix de la race
Le choix de la race contribue essentiellement à l’amélioration d’un troupeau ; mais il ne faut pas faire ce choix en aveugle; la plus belle race n’est pas toujours celle dont on obtiendra les meilleurs produits, Il faut, avant tout, que l’espèce soit appropriée à la nature du sol, Ainsi, par exemple, dans les pays où les pâturages sont fertiles et
abondants, on pourra élever avec succès les grandes races qui donnent de bons produits pour la boucherie ; dans ceux où, au contraire, les pâturages seront maigres et fins, une petite race, à laine trèsfine, conviendra mieux. Dans les lieux où il existe des pâturages marécageux très-abondants, il vaut mieux se procurer des bêtes pour la boucherie que de faire des élèves; les moutons nourris dans ces marécages engraissent promptement, mais aussi ils sont enclins à la pourriture et périssent bientôt s’ils continuent d’y pâturer. Il sera donc avantageux, dans ce cas, d’acheter des moutons d’un engraissement rapide et de les vendre aussitôt qu’ils seront parvenus à un état de graisse suffisant ; sans cela ils dépériraient et finiraient par succomber si on les gardait longtemps. On peut observer que, dans presque tous les pays marécageux, ou dans ceux où le sol est imperméable à cause de la nature argileuse du sous-sol, une grande partie des troupeaux périssent au printemps. Il faut donc, encore une fois, approprier d’abord la race à la localité ; plus tard, lorsqu’on aura, par une culture bien entendue, obtenu des fourrages assez abondants et assez nutritifs pour entretenir une race plus productive que celle du pays, on pourra améliorer le troupeau par des croisements.
A mesure que le troupeau s’améliore, on se défait des bêtes les moins belles, les plus délicates, de celles qui donnent le moins de laine. Si notre ménagère passe elle-même l’inspection de son troupeau et marque avec soin les bêtes qui doivent être vendues, elle obtiendra très-promptement une grande amélioration.
Les moutons doivent avoir le corps rond, les jambes courtes, la laine serrée, l’œil vif, l’oreille bien soutenue, et le dessous de la paupière rouge.
Les mérinos (fig. 138) no conviennent que dans le pays où l’on peut avoir de grosses bêtes; d’ailleurs on n’obtiendra jamais, avec cette race osseuse et tardive, de bons produits pour la boucherie; en les croisant avec des races médiocres, à laine de qualité commune, on pourra se procurer de plus fortes toisons, mais jamais des laines assez fines pour qu’elles aient plus de valeur que les laines ordinaires. Pour tirer de la laine tout le parti possible, il faut avoir les mérinos purs, dont la toison soit d’une grande finesse. Ceux-ci craignent l’humidité et la pourriture plus que toutes les autres races. Je crois que, dans la plupart des cas, il y a avantage
à opérer un croisement avec une race anglaise précoce, qui, tout
en améliorant la laine quant à la quantité, produit des bêtes de 1 boucherie à un ou deux ans.
Une excellente race française, due aux judicieux et persévérants
•>'u MAISON RUSTIQUE DES DAMES.
eflorts de M. Malingié, de la Charmoisc, est celle qui porte ce nom. Ces animaux [fig. 139), pourvus d’une très-forte toison, sont d’une
grande précocité et peu délicats pour la nourriture. On ne doit employer que des béliers pur sang, sans quoi l’amélioration est très-lente et souvent nulle ; en croisant ces béliers avec des brebis dont la race ne soit pas bien fixée, c’est-à-dire qui soient le produit de différentes races françaises croisées, on arrivera bien plus vite et plus sûrement à de grandes améliorations que si on les alliait avec d’anciennes races sans mélange , comme on en trouve dans certains pays, en Sologne, dans le Berri par exemple. Pour améliorer les races indigènes avec les races anglaises, les Southdown [fig. 140) sont ceux qui conviennent le mieux, quand on habite un pays humide.
4. — Choix du bélier, monte, part, soins à donner aux mères et aux
açjneaux.
Les béliers doivent être nourris isolément quelque temps avant la monte et durant cette époque; ils ne doivent pas avoir chacun plus de 40 à 50 brebis. Il est important de prévenir les luttes qui ont
souvent lieu lorsqu’il y a plusieurs béliers dans un même troupeau durant le temps de la monte; pour cela, il vaut mieux 11e les rapprocher des brebis que chacun à leur tour, c’est-à-dire en laisser un à la bergerie et faire sortir l’autre, et le lendemain tenir à la bergerie celui qui est sorti la veille. Par ce moyen ils ont le temps de se reposer, et les brebis ne sont jamais privées de bélier. Une fois la monte terminée, ils est rare qu’ils conçoivent de l’animosité les uns contre .les autres ; il n’y a plus d’inconvénient à ce qu’ils vivent alors en commun. Le choix du bélier est de première importance pour l’amélioration d’une race, lorsque toutefois le régime alimentaire et le logement n’y mettent pas d’obstacle ; car la dépense que l’on ferait pour se procurer un très-beau bélier serait à peu près inutile avec une bergerie où les bêtes seraient mal nourries et mal logées. Mais lorsqu’on s’est mis sous ce double rapport dans de bonnes conditions, on peut, à peu de frais, former un troupeau dont la valeur s’accroîtra rapidement par l’achatd’un ou deux béliers; la dépense sera peu importante, eu égard aux résultats qu’on obtiendra. En effet, on peut aujourd’hui, dans presque tous les départements de la France, se procurer, au prix de 1 50 à 200 francs , des béliers susceptibles d’améliorer la race du pays; si l’on a quelques fonds de plus à consacrer à sa bergerie, il vaudra mieux, à mon avis, acheter quelques belles brebis de la même race que de mettre un prix plus élevé à un bélier. D’ailleurs, on n’arrivera jamais par le croisement à obtenir une race pure; il faut donc avoir quelques femelles de pur sang. Peu à peu leur nombre s’accroît, et, en réformant chaque année les bêtes défectueuses et une partie des moins belles de celles qu’a produites le croisement , on arrivera peu à peu à avoir un troupeau remarquable.
11 est important de 11e livrer les jeunes brebis au bélier que dans leur seconde année.
Une bergère soigneuse doit demander à sa maîtresse de faire établir dans la bergerie , comme je l’ai dit précédemment , une petite séparation, afin de pouvoir loger séparément ses brebis portières lorsqu’elles approchent du terme de leur délivrance et d’avoir la facilité de les mieux nourrir que le reste du troupeau et de veiller au part, qui a lieu plus ou moins tard, selon la race. Les mérinos mettent ordinairement bas en décembre et janvier ; les anciennes races françaises plus tard, en février et mars. Eu général, les
agneaux les plus précoces sont les plus beaux. Pour éviter que les
Fig. 1A0.
autres moutons ne blessent les mères ainsi que leurs agneaux, en
heurtant ou en se couchant trop près d elles, 1 espace consacré au logement des portières doit etre, comparativement, plus grand que celui des autres bêtes. Lorsqu’on s’aperçoit au gonflement des mamelles qu’une brebis va mettre bas, il faut la surveiller, pour éviter les accidents et venir en temps utile au secours des bêtes qui éprouvent quelque difficulté dans la délivrance. Si la brebis qui va mettre bas paraissait languissante, on pourrait lui donner quelques cuillerées de vin blanc chaud; mais lorsqu’elle est bien portante il faut laisser agir la nature. Il en est de même lorsque l’agneau se présente bien, c’est-à-dire lorsque les deux pattes de devant se montrent d’abord et que le museau suit; lors même que la parturition est un peu longue il ne faut rien faire pour la hâter ; mais si la petite bête ne montre qu’une patte et que l’autre soit sur la tête, il faut l'abaisser doucement pour la remettre dans sa position naturelle. Lorsqu’au lieu du museau on aperçoit le haut de la tête, il faut la repousser doucement en arrière et tâcher de ramener le museau ; si on éprouvait trop de résistance, il vaudrait mieux laisser faiie la nature. Si une patte ne paraissait pas, on pourrait, en introduisant le doigt dans la vulve, la chercher et la remettre à l’état naturel. On doit toujours, avant de toucher à l’agneau, se frotter les doigts d’huile d’olive ou d’amandes douces, ou de beurre sans sel. Lorsque le part est arrivé à bonne fin, il faut aider 1 agneau à se lever, 1 essuyer si la mère ne le lèche pas, et le présenter aux mamelles. S il fait quelques difficultés pour les prendre, on lui fait jaillir un peu de lait
sur le museau.
Quelquefois les brebis n’éprouvent pas un sentiment maternel bien vif; dans ce cas, ou elles ne veulent pas que l’agneau tette ou elles ne s’y prêtent pas volontiers. Il est indispensable alors que la bergère le fasse teter trois fois par jour, soit en faisant tenir la mère par une personne vigoureuse pendant quelle présente l’agneau à la mamelle, soit tout simplement en prenant une des jambes de derrière de la mère et en la tenant élevée ; la brebis, n étant plus supportée que sur trois jambes, ne peut alors se défendre.
Lorsqu’une mère a peu de lait, on peut faire teter par 1 agneau une des brebis qui ont du lait en abondance ; quelquefois aussi une brebis perd son agneau ; alors on peut la faire teter par d’autres. Il est rare que le sentiment maternel ne se développe pas au bout de quelques jours.
Enfin lorsqu’un agneau se trouve privé du lait de sa mère, soit par son peu d’abondance, soit par toute autre cause, on peut y suppléer de plusieurs manières. Ils boivent très-bien à un petit biberon qui peut être fait tout simplement avec un tuyau de plume ou un tuyau de caoutchouc introduit dans le bouchon d’une petite bouteille. Une burette en fer-blanc, semblable à celles qu’on emploie pour graisser les machines, convient encore très-bien. On y verse le lait tiède par l’ouverture qui sert d’ordinaire à introduire l’huile, et on ferme cette ouverture avec le pouce. On le soulève quand l’agneau tetebien, on l’abaisse quand il tettemal. Ces burettes ayant ordinairement le petit goulot courbe, on le redresse par des moyens faciles. On élève ainsi sans peine un agneau qui sans cela aurait été perdu ; il suffit de le faire boire trois ou quatre fois par jour. On peut aussi lui faire teter une vache, qui s’attache à lui et le laisse faire; ce moyen est préférable au biberon. Bientôt il va manger avec ses commensaux dans la petite bergerie qui leur est consacrée; alors il est sauvé.
La nourriture qu’on donne aux agneaux doit être composée de son, d’avoine, d’orge, de betteraves coupées très-menues .ou de quelques autres racines analogues, de choux, de regains de prairies artificielles, dont ils mangent d’abord les feuilles et les üeurs. Ils sauront si bien qu’ils trouveront toutes ces douceurs dans leur petite bergerie qu’ils s’y rendront sans cesse, et ils deviendront beaucoup moins avides du lait de leur mère , qui sera ainsi ménagée. Lorsqu’il fait du soleil on laisse la porte de la petite bergerie ouverte ; les agneaux vont faire des promenades, accompagnées de mille gambades qui les fortifient beaucoup. On ne les mène aux champs que lorsque les beaux jours sont tout à fait revenus, et on ne les y laisse pas longtemps les premières fois qu’ils sortent avec leur mère.
Les brebis portières doivent rester séparées du reste du troupeau jusqu’à ce que les agneaux soient assez forts pour y être réunis sans danger. Quand ils ont atteint l’âge de 4 à 5 mois au plus il faut les sevrer, car ils ne se sévreraient pas d’eux-mèmes avant que les mères fussent de nouveau pleines, et il est avantageux qu’elles puissent se reposer entre l’allaitement et la gestation. Pour cela on commence par séparer les agneaux pendant la nuit et on ne les laisse avec les mères que le soir; dix jours plus tard, on ne les laisse plus avec elles que lorsqu’ils sont aux champs ; enfin on ne les réunit
plus qu’une fois par jour, et l’on cesse toute réunion au bout d une dixainc de jours. Mais même après ce temps il ne faut pas les mettre la nuit avec le troupeau ; ils pourraient recommencer à teter.