‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 206 sur 304 · A. POURRITURE · texte numérisé non relu

A. POURRITURE

Les moutons sont sujets à beaucoup de maladies ; l’une des plus graves est la pourriture (cachexie aqueuse) ; c’est aussi la plus commune. 11 vaut beaucoup mieux prévenir la maladie que d’avoir à la guérir . Dans les années pluvieuses on se tiendra donc sur ses gardes ; on fera peu sortir le troupeau, pas du tout quand il pleuvra, et jamais sans lui avoir donné une petite ration de nourriture sèche, on évitera aussi les rosées. On mettra dans l’eau de leurs baquets une certaine quantité de ferraille, et on remuera l’eau deux ou trois fois par jour pour dissoudre la rouille qui s’y forme; on ajoutera avec profit à cette même eau une proportion assez forte de sel. Malgré ces précautions, la maladie peut se déclarer, ce qu’il est lacile de reconnaître à la décoloration des lèvres et des paupières, à la faiblesse des bêtes qui en sont atteintes ou à un gonflement qui se présente sous la gorge, surtout le soir. Lapremièie précaution à prendre est de supprimer toute alimentation verte. Il faudra faire boire tous les matins à chaque bête, même à celles chez lesquelles les symptômes ne seraient pas encore bien caractérisés, mais qui auraient perdu leur vigueur ordinaire, trois ou quatre cuillerées d une décoction de plantes aromatiques, telles que thym, sauge, lavande, faite dans du vin blanc, et dans laquelle on pourra meler un peu de poudre de racine de gentiane. On arrosera leur fourrage avec de l’eau fortement salée, et l’on suspendra dans plusieurs endroits do la bergerie de petits sacs en toile claire , remplis de sel de cuisine. On joindra à ces médicaments, et c’est là une condition importante, une très-bonne nourriture sèche et une petite ration d avoine ; de la vesce dont le grain a eu le temps de se former leur convient aussi

très-bien. t

Au premier degré de la maladie, l’animal engraisse assez facilement; c’est ce qui m’a déterminée à proposer d’employer les pacages humides et abondants à l’engraissement des bêtes à laine, bien

que ce genre de nourriture leur fasse souvent contracter la pourriture; mais alors il faut les vendre aussitôt qu’elles sont grasses, parce qu’elles dépériraient promptement, et mourraient même bientôt si l’on prolongeait ce mode d’alimentation. La viande des moutons gras atteints légèrement de la pourriture est fort bonne ; mais plus tard elle devient pâle, fade et insipide, et serait refusée à l’abattoir.

B. Claveau ou clavelée.

Cette maladie a beaucoup de rapports avec la petite vérole ; elle est très-contagieuse et souvent mortelle. Lorsqu’elle règne dans un pays, le parti le plus sage est de l’inoculer à son troupeau, en choisissant, pour prendre le virus, des sujets chez lesquels le mal ne soit pas grave. On le prend lorsque le bouton est arrivé à l’état de suppuration, et lorsqu’en enlevant la petite pellicule qui le recouvre il s’en écoule une sérosité roussâtre. Les moutons qui ont eu le claveau ne sont plus exposés à le contracter; lorsqu’il a été inoculé, le mal est ordinairement fort bénin. Il suffît, pour qu’un troupeau contracte le claveau, qu’il passe, même après plusieurs jours, dans le même lieu qu’un troupeau qui en était atteint, ou qu’une personne qui a touché un animal malade entre dans la bergerie. Les chiens peuvent également le communiquer d’un troupeau à un autre ; il est donc très-important de se prémunir contre tous ces moyens de contagion ; la bergerie doit fermer à clef, afin qu’aucun étranger n’y puisse pénétrer.

Il y a deux espèces de claveau ; le claveau régulier et le claveau irrégulier.

Le premier est beaucoup moins grave que l’autre ; c’est sur un troupeau atteint du claveau régulier qu’il faut prendre le virus destiné à inoculer la maladie à un troupeau sain. L’inoculation peut s’opérer avec une lancette ordinaire. Il suffit d’en charger la lame en l’appliquant sur le bouton ouvert d’où s’échappe le virus , et d’en introduire la pointe sous l’épiderme de l’animal qu’on veut inoculer. On choisit les parties qui ne sont point couvertes de laine, comme l’aine ou l’aisselle.

Lorsque la clavelée est régulière on n’aperçoit d’abord aucun symptôme de maladie chez l’animal qui en est atteint; mais bientôt il perd l’appétit, éprouve une soif ardente; son pouls bat avec vi-

tesse ; ses flancs sont palpitants. A la suite de celte crise, qui dure quatre ou cinq jours, selon la saison et l’activité du mal, l’animal semble mieux; bientôt après paraissent des rougeurs qui deviennent violettes dans les parties dégarnies de laine; ces rougeurs se transforment en boutons plus ou moins larges et aplatis, qui commencent bientôt à suppurer. Alors l’animal retombe dans son état d’affaissement. Enfin, douze ou quinze jours après le développement de la maladie, les boutons se dessèchent, forment une croûte et tombent, en laissant souvent une petite cicatrice.

Lorsque le claveau est irrégulier, l’animal est beaucoup plus abattu; son haleine est infecte; il éprouve une grande difficulté à respirer et une soif ardente; il bave; son nez coule, et quelquefois il se forme, à l’entrée des narines, des croûtes qui gênent encore plus la respiration ; ses yeux sont enflammés et toute sa tête gonflée. Alors le mal devient très-grave et les boutons sont souvent suivis de gangrène. Dans cet état de choses il est indispensable d’appeler un vétérinaire pour cautériser les plaies avec le fer rouge, sans quoi les animaux atteints succombent promptement.

Dans la clavelée simple, il suffit d 'éviter de faire sortir le troupeau lorsqu’il fait humide et froid, de lui donner une nourriture sèche et substantielle, et de mettre dans la bergerie de l’eau en abondance qu’on peut aiguiser avec une décoction légère de plantes aromatiques et du sel ; si la saison est froide, il faut mêler de l’eau chaude à celle des auges pour que la boisson soit tiède. On peut aussi donner tous les matins aux bêtes les plus malades, surtout dans la première période, un verre de vin dans lequel on ajoute une décoction de plantes aromatiques. La maladie n’atteint jamais tous les animaux à la fois ; il est donc convenable de mettre les malades à part, afin de pouvoir les mieux soigner, car la contagion est inévitable. Avec ce traitement, la maladie, si elle n’est pas maligne, parcourra ses périodes sans accident, surtout si elle a été inoculée.

Pour le claveau irrégulier le traitement doit être beaucoup plus énergique et demande les lumières d’un artiste vétérinaire ; sans son secours on s’expose à des pertes considérables.

Lorsqu’un troupeau a eu le claveau et que la maladie est arrivée à son terme, il est indispensable de nettoyer à fond la bergerie, do laver les crèches et les râteliers avec de la lessive ou de l’eau do javelle étendue d’eau, et de blanchir les murs à la chaux, afin de la

désinfecter et d’éviter que les agneaux qui naîtront plus tard ne contractent la maladie.

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