‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 267 sur 304 · Sinapismes · texte numérisé non relu

Sinapismes

Autrefois on délayait avec du vinaigre la farine de moutarde qui en fait la base ; on a reconnu qu’elle agissait moins énergiquement et moins vite que lorsqu’on la délaie tout simplement avec de l’eau tiède. On en forme une bouillie épaisse qu’on étend en couche trèsmince sur un linge. Le sinapisme se met ordinairement à nu sur la peau, et on le fixe solidement avec une serviette ou un mouchoir plié en biais. Lorsqu’on l’enlève, il faut essuyer la partie sur laquelle il a été placé ; car, s’il restait de la moutarde, son action continuerait à se faire sentir, et pourrait occasionner une plaie. On doit éviter avec soin tout refroidissement après l’enlèvement du sinapisme.

Le sinapisme', c’est-à-dire la farine de moutarde pure délayée dans beau, ne doit être employé que dans des cas très-graves, lorsqu’on veut obtenir immédiatement une révulsion puissante. Presque toujours on doit simplement recourir au cataplasme de farine de linsinapisé, c’est-à-dire au cataplasme ordinaire saupoudré d’un peu de farine de moutarde. Non-seulement les acides, mais encore une température élevée, enlèvent presque toute action au sinapisme.

5. — Vésicatoire, — Manière de le préparer , de le placer et de le lever.

Après avoir déterminé, avec un patron en papier, la dimension du vésicatoire, on taille un morceau de peau un plus grand que le patron ; à défaut de peau, on se sert de toile ferme ou de calicot neuf. On présente au feu le bâton de pommade à vésicatoire; lorsqu’il est ramolli, on en coupe un morceau avec la spatule, et on l’étend bien également sur la peau, sans en mettre jusqu’au bord; on le saupoudre avec de la poudre de mouches cantharides en plus ou moins grande proportion, selon l’ordonnance du médecin.

Avant de poser un vésicatoire, on commence par le présenter un instant au feu ; puis on le place à l’endroit indiqué, qu’on frotte auparavant avec un peu de vinaigre ; on le couvre d’une compresse de linge pliée en quatre, et on le bande assez fortement pour qu’il ne glisse pas. Quinze à seize heures après, il faut le lever. Si la vésicule qu’il a formée n’est pas crevée, on l’ouvre avec des ciseaux à la partie la plus déclive, pour donnor écoulement à la sérosité ; s’il a été ordonné de dénuder la plaie, on saisit avec les doigts la

peau soulevée à un des points de sa circonférence, et on l’enlève vivement, sans en prévenir le malade. Le pansement se fait avec une feuille de bette, de carde-poirée, de betterave ou de chou, dont on dédouble les grosses côtes et dont on aplatit les nervures en roulant dessus une bouteille ou un verre, plutôt que de les passer dans la flamme du foyer, comme je l’ai vu faire souvent, ce qui dessèche le parenchyme sans amollir les nervures ; puis on la couvre de beurre frais, de cérat ou de graisse sans sel. A défaut de ces feuilles on emploie du papier dit à vésicatoire. On achève le pansement comme s’il s’agissait de l’application. Si le vésicatoire est placé sur un membre, on emploie une bande de toile ou de coton un peu ferme ; ailleurs on a recours à des mouchoirs ou à des serviettes attachées avec soin.

A défaut de pommade à vésicatoire on peut en préparer une avec delà pâte de farine épaisse, qu’on étend sur la peau ou la toile, comme je l’ai dit. Cette espèce de vésicatoire ne colle pas aussi bien à la peau, mais il remplit néanmoins le but; seulement il faut le bander un peu plus serré. Du levain de pain peut facilement remplacer la pommade. Il faut savoir se passer de ce qu’on n’a pas sous la main.

Tel est le vésicatoire permanent ou qui doit être entretenu; il se place de préférence au milieu de la face externe du bras. Pour le vésicatoire volant, c’est-à-dire celui qui doit sécher le plus tôt possible, on évite de déchirer l’épiderme soulevé par l’action du vésicatoire ; on continue de le percer pour donner écoulement à la sérosité qu’il contient ; on le panse avec de la ouate laissée en place pendant quatre ou cinq jours.

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