Sangsues
On partage une barrique en deux ; on la nettoie avec le plus grand soin ; on la fait tremper, en y mettant de l’eau, au moins pendant un mois, pour enlever toute odeur de vin ; sous se rapport une barrique neuve conviendrait mieux. On place cette barrique dans une cave saine et un peu aérée, mais dans laquelle cependant il ne gèle pas ; on la remplit jusqu’aux trois quarts de grosses boules de terre glaise humide, sur lesquelles on verse de l'eau jusqu’à plus de la moitié de la Hauteur de l’espace qu’occupent ces boules. On
choisit des sangsues d’une taille moyenne, environ 0m,08 ; les meilleures sont celles qui sont vives et s’attachent facilement à lu main qui les saisit. Les sangsues qu’on dépose dans la barrique se cachent dans la terre glaise, s’y enfoncent, y grossissent, et mémo y multiplient quelquefois. Lorsqu’on veut les prendre, on remplit le tonneau d’eau , on l’agite ; elles viennent à la surface, et on les pèche avec une passoire fine ; on enlève ensuite l’eau en ôtant quelques boules qu’on remet après l’opération. C’est en même temps un moyen de renouveler l'eau, ce qui est nécessaire à la conservation des sangsues. Il convient même, à cet effet, de pratiquer à la base de la barrique un petit trou qu’on bouche soigneusement; de temps à autre on enlève le bouchon et on fait écouler toute l’eau, en ayant soin de la faire passer à travers un tamis de manière à retenir les sangsues qui pourraient s’échapper. L’eau de fontaine est préférable à celle de puits et surtout à celle de rivière.
Si on veut se borner à conserver un petit nombre de sangsues, il suffit de mettre quelques boules de terre glaise et de l’eau dans un bocal de verre et d’y placer les sangsues ; en hiver on tient ce bocal à l’abri de la gelée, et en été à l’abri de la chaleur.
Avant d’appliquer les sangsues, on les laisse hors de l’eau pendant trois ou quatre heures, et, au moment de les poser, on les frotte avec un linge bien sec. On lave et au besoin on rase la place sur laquelle on veut qu’elles s’attachent, puis on la frotte d’eau sucrée ou de lait.
On applique les sangsues à l’aide d’un verre à pied ou d’un morceau de linge dans lequel on les maintient avec la main jusqu’à ce (ju’elles aient piqué. On peut aussi les placer dans une pomme creusée ; l’acidité de la pomme les engage à piquer promptement.
Lorsqu’elles sont gorgées de sang, c’est-à-dire au bout d'une demiheure à peu près, elles se détachent d’elles-mèmes et tombent ; si elles restent adhérentes, on les fait tomber en leur pinçant la queue ou en leur mettant sur la tète quelques grains de sel ou une goutte devin, ce qui est préférable.
Lorsqu’après la chute des sangsues on veut entretenir l’émission du sang, on lave les piqûres avec une éponge line imbibée d’eau chaude ou on los recouvre d’un cataplasme émollient.
Pour arrêter le sang, ce qui est important surtout chez les enfants, qu’une trop grande perte do sang affaiblirait, il faut placer sur
la piqûre de la raclure d’amadou, ou un petit, morceau d amadou déchiré, bien doux, saupoudré de colophane en poudre, 1 y tenir quelques instants et l’y laisser. Si ce moyen est insuffisant, on place le doigt sur la piqûre et on l’y laisse jusqu’à ce que le sang ne s’en échappe plus, ce dont on s’assure en levant légèrement le doi^t de temps à autre, mais seulement après un assez long espace de temps. Si ce moyen échoue, il faut cautériser la piqûre avec du nitrate d’argent; enfin, et comme dernière ressource, on ferait rougir un petit morceau de fer dont la surface fût de la grandeur de la piqûre, et on l’y appliquerait. Ce dernier moyen ne doit être employé que si le malade commençait à se décolorer par suite d une abondante perte de sang.
Pour éviter la vive démangeaison qui se manifeste quelquefois a la place des piqûres de sangsues, il faut les laver avec du vin étendu de moitié d'eau chaude, après que les sangsues sont tombées. On emploie à cet effet une éponge.
Lorsque le mode ordinaire d’application est impraticable, par exemple lorsque, par suite de violents maux de tête, il est nécessaire de poser des sangsues dans l’intérieur des narines, voici comment on procède :
On commence par boucher exactement avec de la charpie la partie supérieure de la narine, du coté le plus douloureux , on prend ensuite une sangsue qu’on enveloppe dans une espèce de cornet de linge bien sec, afin de pouvoir la tenir facilement ; on laisse passer la tête de la sangsue par l’extrémité pointue du cornet, puis on l’introduit à l’entrée de la narine bouchée ; la sangsue pique facilement. Lorsqu’elle est tombée, elle procure un saignement de nez artificiel, mais souvent très-efficace, parce qu’il agit presque immédiatement sur le siège du mal. Alors on débouche la narine et on laisse le sang couler, en aidant le malade à se soutenir. Si 1 émission sanguine ne dépasse pas le contenu d un verre, par exemple, et que le soulagement, qui doit être presque immédiat, ne soit pas assez marqué, quoique cependant il soit sensible, on applique une seconde sangsue dans l’autre narine, en prenant les mêmes précautions. Si le sang ne s’arrête pas de lui-même, on applique sur la piqûre un petit morceau d’amadou qu’on maintient avec le doigt pendant quelques instants; on peut le saupoudrer de colophane en poudre. Il est rare qu’on n’arrête pas ainsi facilement le sang; ce-
pendant, si l'hémorrhagie ne cède pas à l’emploi de ces moyens, on peut recourir au linge à demi brûlé et éteint par compression: c’est encore un des procédés les plus efficaces et les plus aisés à employer.
Lorsque les sangsues viennent de servir, il faut, pour parvenir à les conserver, les faire dégorger. On les pose sur de la cendre froide et elles commencent bientôt à rejeter le sang qu’elles avaient sucé; si elles ne le rendent pas entièrement, on les prend par la queue et on les presse doucement en dirigeant les doigts vers la tête ; elles vomissent ainsi ce qu’elles en contenaient encore. On les lave alors avec grand soin dans plusieurs eaux, à l’instant même, car s’il leur restait de la cendre sur le corps elles périraient. Souvent les sangsues ne peuvent résister à cette terrible secousse ; elles périssent quelques jours après.
Le sel est propre aussi à les faire dégorger, mais il agit d’une manière encore plus fâcheuse que la cendre.
Lorsqu’on ne fait pas dégorger les sangsues qui se sont bien remplies, il leur faut deux ou trois mois pour terminer leur digestion ; ce n’est qu’après ce laps de temps qu’on peut espérer les voir repiquer avec vigueur.