Rougeole
Lorsque la rougeole est épidémique et que 'dans un village presque tous les enfants, et même beaucoup d’adultes, en sont atteints, la plupart des paysans ne veulent point faire appeler le médecin ; c’est une faute , car cette maladie , lorsqu’elle est intense et mal conduite, peut enlever un malade très-rapidement, quelquefois en deux jours. Mais, le plus souvent, les gens de la campagne considèrent cette affection comme bénigne, parce qu’elle est de peu de durée. On doit user de toute son influence sur eux pour engager ceux qui le peuvent à faire venir un homme de l’art, pour peu que la maladie se présente d’une manière grave. La charité des dames qui habitent la campagne doit se charger des malades’ pauvres qui ne peuvent ou même ne veulent pas avoir recours au médecin.
La rougeole se manifeste ordinairement par une toux violente, sonore et répétée, le larmoiement des yeux, des éternuments, un grand mal de tête, de la fièvre, souvent accompagnée d’un grand embarras dans la gorge. Il faut mettre de suite le malade au lit et le tenir chaudement, sans toutefois exciter une transpiration surabondante en exagérant l’épaisseur de ses couvertures, comme on le fait trop souvent. Si la saison est froide, il faut tâcher d’éviter que l’air extérieur ne frappe le malade, ce qui est très-difficile chez les paysans, dont la porte est toujours ouverte ; puis faire boire une infusion pectorale quelconque ou de l’eau de gomme chaude, édulcorée avec du
sucre, du miel ou de la racine de réglisse ; faire observer une diète absolue, donner un lavement. Lorsque l’éruption tarde à paraître, il faut mettre plus de soin encore à éviter le contact de l’air froid, et donner alors comme boisson une infusion de bourrache, de fleurs de chèvrefeuille ou de tilleul. C’est au moment de l’éruption que le danger est le plus imminent; si on la laissait rentrer, c’est-à-dire si elle cessait de se développer, le mal serait très-grave, et il deviendrait absolument indispensable d’appeler un médecin. L’éruption persiste pendant deux ou trois jours, quelquefois plus ; on peut alors rompre un peu la diète, donner du bouillon léger ; lorsque la fièvre cède, un peu de soupe. Quand l’épiderme se détache et tombe en petites pellicules, on peut regarder la maladie comme terminée. C’est cependant le moment où elle est contractée le plus facilement par les personnes qui entourent le malade, qui n’a plus besoin que de se ménager, de manger peu, chose assez difficile à obtenir, car l’appétit est souvent très-vif, de ne pas s’exposer à un air trop froid, puis de reprendre peu à peu ses habitudes. Lorsque l’éruption n’a pas été ffien complète, il reste quelquefois de la toux ou un malaise général ; une purgation légère ou un vomitif peut alors être nécessaire, mais il ne faut pas les administrer sans consulter un médecin.
Il arrive quelquefois que les gens de la campagne se mettent des sangsues au début de la maladie, afin, dans leur opinion du moins, de diminuer le mal; c’est une grande faute qu’il ne faut jamais tolérer. Cette émission sanguine s’oppose souvent à ce que l’éruption soit complète, et la maladie peut devenir bien plus grave. Cependant il y a des cas où l’application des sangsues est nécessaire; mais alors la maladie n’a pas suivi son cours ordinaire ; il s’est présenté des accidents particuliers, tels que mauxde tête insupportables, accompagnés de délire, vomissements, crachement de sang ou oppression violente. Tous ces symptômes sont assez effrayants pour nécessiter la présence d’un médecin.