Soins à donner aux femmes en couches
A. Couche naturelle.
Je regarde comme indispensable de donner quelques conseils à notre ménagère pour le cas où elle se trouverait forcée d’assister une femme dans un accouchement ; j’ai personnellement éprouvé qu’il est utile d’avoir quelques notions sur cet intéressant sujet.
Aussitôt qu’une femme sent les douleurs de l’enfantement, on doit: 1° préparer pour la délivrance un lit de sangle garni d’un matelas, et réserver le lit ordinaire pour y placer l’accouchée lorsque le travail sera achevé ; 2° éloigner les personnes qui ne doivent pas assister à l’opération : trois personnes au plus sont nécessaires ; 3° débarrasser la patiente de tout vêtement qui pourrait la gêner ; 4° donner un lavement d’eau simple, qui la disposera d’une manière convenable; 5° préparer du fil double de lin ou de soie, des ciseaux, une éponge, et faire chauffer de l’eau et des serviettes.
Tant que les douleurs qui doivent amener l’expulsion de l’enfant ne se font sentir que faiblement, la mère peut se promener lentement,
s’asseoir par moment, s’étendre sur un lit ; quand ces douleurs deviennent plus vives et se rapprochent notablement, elle doit se placer sur le lit do sangle dont je viens de parler, et s’y coucher sur le dos, les épaules et la tête peu élevées, les cuisses fléchies sur lo bassin et les jambes sur les cuisses, les genoux médiocrement écartés. Toute autre position pour un accouchement offre des dangers auxquels on no doit pas s’exposer lorsqu’on se trouve privé des secours d’un accoucheur. A ce moment, on n’a rien à faire qu’à prodiguer à la patiente des encouragements, à lui donner à boire si elle le demande, mais en petite quantité, et à lui éviter le froid aux pieds, en les lui réchauffant avec des serviettes chaudes, si cela est nécessaire. Aussitôt que la tête de l’enfant se présente et est prête à sortir, il faut y porter la main pour la soutenir doucement, de manière que la sortie ne soit pas trop brusque, ce qui compromettrait la santé do la mère. Pour cela, on pose les cinq doigts réunis et allongés à l’endroit où la tête se présente, et, à mesure qu’on la sent avancer, on les écarte peu à peu, de manière à la saisir dans son entier, en la retenant légèrement si elle se précipitait avec trop de violence. Il faut bien se garder, si l’accouchement est lent, d’essayer de le hâter en tirant à soi la tête de l’enfant : on pourrait causer des accidents. Il est toujours préférable de laisser faire la nature quand on ne connaît pas l’art de la seconder. Une fois la tète sortie, il faut la tourner un peu, de manière que l’enfant puisse respirer ; car il naît toujours, quand l’ordre naturel n’est pas interverti, la face en bas, et, par conséquent, tournée vers la couche. L’abondance d’eau qui accompagne quelquefois l’expulsion de l’enfant pourrait former, si elle ne s’imbibait promptement, une espèce de bain qui priverait celui-ci de respiration pendant quelques instants après la sortie de la poitrine ; car l’enfant, on le conçoit, ne respire que lorsque les poumons ont pu se remplir d’air, ce qui n’arrive que lorsqu’ils sont hors du sein de la mère. On attend alors avec patience que le travail s’achève, ce qui a lieu d’ordinairo assez promptement. L’enfant se trouve entro les jambes de la mère, à laquelle il tient encore par lo cordon. Il faut s’occuper de l’en séparer. Si l’enfant n’est pas trop coloré, que sa face ne soit pas bleuâtre, qu’il respire et gesticule, on place une ligature sur lo cordon ombilical, à quatre travers do doigt de l’ombilic de l’enfant, et on fait un double nœud ; on pose ensuite une seconde liga-
luro à quatre travers de doigt dela’première, du côté do la mère, et on coupe le cordon dans l’intervalle des deux liens.
Avant de lier le cordon il est prudent d’examiner l’enfant; s’il a le visage violet, s’il ne crie pas et qu’il paraisse suffoqué, on lui débarrasse les narines et la bouche des mucosités qui peuvent les obstruer et empêcher la respiration ; si après cela l’enfant paraît encore dans une sorte d’état de suffocation, on peut couper le cordon avant de faire les ligatures et le laisser saigner un instant, pour débarrasser l’enfant de la surabondance do sang qui s’est portée à la tête ; puis on lui fait des frictions sur la région du cœur avec de l’eau-de-vie chaude ou du vinaigre.
Si pondant le travail l’accouchée paraît faible ou fatigüée, on peut ranimer ses forces en lui faisant prendre un bouillon ou un peu do vin généreux.
La manière de prendre l’enfant pour le remettre à la personne qui doit le vêtir n’est pas indifférente, car il arrive quelquefois qu’on le laisse tomber si on ne le saisit pas bien ; la matière visqueuse dont il est couvert est la cause de ces affreux accidents. Il faut le prendre d’une main par la nuque, do façon que le dessous de la tète se trouve dans le creux de la main et les doigts sous les épaules, passer l’autre main sous les fesses, en ayant soin de placer le pouce entre les jambes , puis l’enlever pour le déposer dans un tablier attaché avec soin devant la personne qui doit le laver avec une éponge et de l’eau tiède, l’envelopper de linges chauffés et l’emmaillotter.
La mère n’a pas encore achevé son travail ; il reste à opérer la délivrance, qu’il ne faut pas hâter. Lorsque des douleurs semblables à celles de l’enfantement se font sentir, oh prend le cordon sans faire le moindre effort, et on exerce une légère pression sur le basventre. A mesure que le placenta ou délivre cède, on le tire trèsdoucement; puis on l’enlève lorsqu’il est entièrement sorti. Il faut alors s’assurer qu’il ne se manifeste pas une perle , ce dont il est assez difficile de juger, car au moment de la délivrance le sang coule toujours avec assez d’abondance; mais cet écoulement doit cesser promptement. On doit sentir par la pression sur le bas-ventre un corps mobilo et dur, et l’accouchée no doit pas pâlir; dans le cas contraire, il faut lui prescrire l’immobilité la plus complète, abaisser sa tète et son buste, lui découvrir les pieds, enfin lui placer sur lo bas-ventre une compresse d’eau froide vinaigrée, mais n’avoir rc-
cours à ce dernier moyen que si la perle continuait malgré l’emploi des autres et qu’il ne fût pas possible de faire venir promptement un médecin. Quelques heures suffisent pour amener une mort inévitable, si l’on n’y porte pas remède.
S’il survient des coliques lorsque tout le travail est achevé, on peut placer quelques serviettes chaudes sur le bas-ventre et y faire de légères frictions.
On doit combattre avec persévérance l’habitude qu’ont les femmes dans divers pays d’accoucher à genoux, ordinairement sur un sac qu’elles remplissent de foin. Cette habitude barbare, contraire aux lois naturelles, est horriblement fatigante et peut causer les plus graves accidents.
Lorsque l’accouchement est entièrement terminé, et que l’accouchée s’est un peu reposée des souffrances et des fatigues qu’elle vient d’éprouver, on peut la transporter dans le lit qu’elle doit occuper pendant les jours qui suivent la couche. Il faut le bassiner avant de l’y mettre, puis employer tous les moyens pour lui procurer un repos qui lui est absolument nécessaire ; pour cela on éloigne les nombreuses visites qui viennent ordinairement l’assaillir en ce .moment. On lui fait boire un peu de bouillon ou de tisane d'orge, et l’on évite de lui donner une nourriture trop substantielle jusqu’à l’apparition delà fièvre de lait; si elle satisfaisait son appétit, elle aggraverait cette petite crise, quelquefois assez douloureuse par l’engorgement des seins qu’elle détermine et qui peut provoquer des maux plus graves.
B. Couche laborieuse.
Dans une couche laborieuse et qui se prolonge outre mesure, il ne faut rien tenter pour délivrer prématurément la patiente, mais seulement l’encourager, la consoler, lui donner de l’espérance et lui montrer la sainteté du devoir pénible qu’elle a à remplir. Si la délivrance n’est pas trop avancée, il faut l’engager à marcher doucement, lui donner à boire de l’infusion do tilleul, mais en petite quantité, parce qu’il faut éviter la présence d’un trop grand volume do liquide dans la vessie ; lui faire prendre un peu d’eau de fleurs d’oranger avec du sucre, lui donner de l’air, la mettre dans un bain d’eau à une douce température et l’v laisser tant qu’elle s’y trouve
bien; il n’y a pas lieu de craindre qu’elle y accouche; elle aura toujours le temps d’en sortir. Dans une couche de la nature de celle qui nous occupe, un bain produit souvent un effet merveilleux.
Si le travail- est très-avancé sans pouvoir cependant s’achever, on doit mettre la patiente sur un lit, la tête et les reins soutenus par des oreillers, l’engager à modérer les cris violents auxquels elle se livre quelquefois, et, dans ces deux cas, appeler sans hésiter un médecin. Il faut en prévenir l’accouchée, tout en l’assurant qu’on n’a aucune crainte pour ses jours, mais- qu’on a recours à un homme de l’art pour lui éviter une partie des douleurs qu’elle endure; que sa position, quoique pénible, est naturelle. Si l’on s’aperçoit de quelque accident, il faut bien se garder de l’en informer ; les impressions morales sont presque autant à craindre dans une couche que les accidents réels, car elles peuvent en causer de très-graves. Si la pauvre mère s’opposait à ce qu’on appelât un accoucheur, il faudrait passer outre : sa vie est en jeu ; il ne faut pas la risquer pour un caprice. C’est aux personnes qui l’entourent à avoir la fermeté qui lui manque et dont son état même la prive souvent.