‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 284 sur 304 · Des maux de seins pendant l’allaitement · texte numérisé non relu

Des maux de seins pendant l’allaitement

Je vais encore parler ici des commères et des remèdes à vertus. Les maux de seins, plus encore que tous les autres, sont le sujet des bavardages et des remèdes secrets et merveilleux. Rien n’est plus entouré de préjugés que la première enfance de l’homme et tout co qui s’y rattache. Que notre ménagère en repousse avec courage la funeste influence. Ici, plus que dans tous les conseils que j’ai pu donner, ma voix doit avoir sur son esprit une certaine autorité; car j’ai nourri tous mes enfants, et j’ai fait en outre une étude assez suivie de la première enfance de l’homme et de l’allaitement’pour avoir osé livrer au public, sur ce sujet, un petit ouvrage (I ) que j’ai eu le bonheur de voir bien accueilli par des personnes qui ne donnent pas leur approbation à la légère. Je puis donc, entre toutes les commères qui se sont occupées de ces matières, m’attribuer voix délibérative à plus d’un titre.

(1) Conseils aux jeunes femmes sur l’éducation de la première enfance.

Les premiers moments de l’allaitement sont parfois pénibles, à cause des gerçures que la succion détermine sur le mamelon.

Le premier conseil que je donnerai sera d’engager l’accouchée à prendre toutes les précautions possibles pour éviter ces accidents, car ils sont longs, cruels, et peuvent entraver l’allaitement. Pour y parvenir, il faut, dans les premiers temps de la délivrance, éviter le contact de l’air sur les seins, surtout en hiver, les tenir chauds, et ne découvrir, pour allaiter, que le mamelon ; enfin ne les toucher qu’avec une extrême précaution. Si, malgré tous ces soins, il se manifeste une douleur sur un point fixe et qu’elle persiste plus de vingtquatre heures, il faut, sans hésiter, y appliquer des cataplasmes émollients plus grands que l’étendue du mal et les tenir chauds par les procédés indiqués page 521 . Si le mal n’est pas grave, il cède promptement ; s’il est assez grave pour donner naissance à un abcès, le volume de l’abcès et les douleurs en sont notablement amoindris.

Lorsque le sein, malgré les cataplasmes, devient rouge, et que \A nourrice est atteinte de fièvre, on peut appliquer douze ou quinze sangsues sur la partie enflammée et laisser couler le sang dans des cataplasmes qu’on renouvelle. Il n’y a pas à craindre que l’émission sanguine soit trop considérable, et il y aurait inconvénient à l’arrêter. Il faut que le mal soit bien enraciné s’il ne cède pas à ces moyens; s’il persiste, on continue l’emploi des cataplasmes; on prescrit une diète tempérée par un peu de bouillon et des boissons rafraîchissantes, comme de l’eau d’orge, qu’on peut blanchir avec un peu de lait cru ou d’eau de poulet, et on traite ce mal comme un furoncle. Lorsqu’il est avancé et commence à blanchir, il est très-sage de faire venir uri médecin pour l’ouvrir; on évite ainsi à la nourrice do terribles douleurs. A moins d’impossibilité il ne faut point cesser l’allaitement avec le sein malade.

Dans le cas d’engorgement des seins, les cataplasmes de riz bien crevé parviennent très-souvent à le dissiper. En cas de gerçures au mamelon, une application à froid, lorsque l’enfant quitte le sein, de bon vin rouge dans lequel on a fait dissoudre à chaud assez do sucro blanc pour l’amener à une consistance sirupeuse, tonifie cette partio et abrège considérablement la durée du mal.

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