‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 88 sur 304 · Porte-graines · texte numérisé non relu

Porte-graines

Règle générale. On doit apporter le plus grand soin à la récolte

des graines, les trier avec une attention minutieuse, les serrer soit \ dans de petits sacs, soit dans des boîtes ou de petits tiroirs placés à \ côté les uns des autres dans un casier. Chaque graine doit être éti- j quetéo avec exactitude et porter la date de sa récolte, afin de pou- j voir renouveler celles qui seraient trop vieilles. Les semences doivent I être placées dans un lieu sec, quoique aéré souvent, et à l’abri des atteintes des animaux rongeurs. Toutes les graines dont la grosseur > le permet doivent être triées une à une. Ces soins peuvent paraître i minutieux, mais on en est largement payé par la perfection des j plantes obtenues de semences traitées de cette manière; de plus on * n'est jamais aussi sûr de celles qu’on achète que de celles qu’oa récolte. Nous croyons donc utile de donner quelques indications sur celles des plantes potagères qu’il importe de cultiver avec soin pour éviter les altérations qui résultent de diverses causes, mais dont une des principales est le croisement ou hybridation.

Artichauts. On n’aurait jamais besoin de cette graine si les i plantations d’artichauts n’étaient quelquefois complètement dé- i truites, non par les hivers longs et rigoureux, mais par les printemps humides avec des retours de froids tardifs, qui, surprenant la i plante en pleine végétation , la font périr avec tous les œilletons j destinés à la multiplier.

Dans la prévision des accidents de ce genre , qui ne sont pas rare: j dans tout le nord de la France, jusqu’à la vallée de la Loire, il es bon d’avoir toujours en réserve de la graine d’artichauts, qui consen t pendant plusieurs années sa faculté germinative.

On réserve comme porte-graines les plus belles tètes, qu’on a soi d’isoler, s’il en existe plusieurs espèces; il faut aussi les tenir éloi i gnées des porte-graines de cardons, avec lesquels ils pourraient s i croiser.

Les oiseaux, spécialement les chardonnerets, sont excessivemet avides de la graine d’artichaut, et il serait impossible d’en cor server si l’on ne prenait la précaution, un peu avant la maturiU de tordre la tige et de donner au plateau de la plante une positic i renversée, qui "le rend d’un accès plus difficile au bec des oiseau j et préserve en même* temps la graine de la pluie qui l’empêchera de mûrir.

Asperges. La récolte des graines d’asperges n’exige aucun so particulier. Il est bon de laisser les baies sur les tiges jusqu'à «

I qu’elles soient desséchées ; on les fait ensuite macérer dans l’eau pendant un jour ou deux pour en ramollir la pulpe ; les graines s’en séparent alors aisément; on les fait sécher à l’ombre et on les conserve en lieu sec. Elles conservent pendant plusieurs années leurs facultés germinatives.

Chou. La graine de chou est plus sujette que toute autre à s’altérer par le croisement, parce que toutes les espèces de ce genre sont en fleur en même temps. Il est, par cette raison, très-difficile de conserver pures les espèces de choux dans les pays où le colza est cultivé en grand. L’isolement devient donc d’une nécessité ab solue pour les porte-graines de choux, de choux-fleurs, de brocolis, de choux rouges, de choux Spruyt (ou de Bruxelles) et de toutes les variétés du genre chou. Comme ces graines se conservent six ou sept ans, on peut récolter chaque année une variété différente. Il faut choisir dans ce but les individus les plus vigoureux de chaque

I espèce et les arroser avec du jus de fumier pour favoriser leur développement.

Les linots sont les ennemis les plus redoutables de toutes les espèces de choux ; ils s’abattent par bandes sur les porte-graines un peu avant la maturité des semences et n’en épargnent pas une. On évite cet inconvénient en arrachant les plantes avec précaution oour les placer debout, et entourées d’un filet, sous un hangar aéré, ùi leurs graines achèvent de mûrir.

Épinards. La graine d’épinards ne doit être récoltée qu’à la On Je la saison ; celle qu’on obtiendrait des premiers semis, provenant le plantes qui ont monté rapidement sous l'influence de la séche- ‘esse, communiquerait cette propriété à sa postérité, de sorte qu’au ieu des feuilles, seule partie comestible de l’épinard, on n’aurait lue des tiges sans utilité pour la cuisine.

Oignons. Les plantes bulbeuses potagères ne se multiplient de graines que lorsqu’elles ne forment point de caïeux propres à les propager. On ne sème ni l’ail , ni l’échalote , ni la ciboule ; mais oignon et le poireau, qui ne forment pas de caïeux, ne peuvent ; lro multipliés que de graines. On choisit pour porte-graines les olus beaux oignons de chaque espèce, qu’on plante au printemps lans une terre douce, légère et fertile; en cas de sécheresse, on ÿ rrose ces P^e-graines avec du jus de fumier. Les tiges fistuleuses ■j u* Portent les fleurs, puis les graines, ayant peu de consistance,

ont besoin d’ètre maintenues par des tuteurs; dans les cultures en grand, on ne prend pas la peine d’en donner un à chaque oignon; on les attache tous à'une traverse de treillage maintenue par des piquets. La graine se conserve beaucoup mieux dans les capsules que | lorsqu’on l’épluche au moment de la récolte. Toutes les tètes char- * gées de semences sont réunies en faisceau et suspendues dans un lieu sec; on ne les épluche qu’au moment de les semer. La graine d’oignon ne conserve que pendant un ou deux ans au plus ses propriétés germinatives.

Les porte-graines de poireaux se traitent exactement de la même j manière. Nous ne pouvons trop recommander pour ces deux plantes j l’isolement des porte-graines de chaque espèce, pour prévenir leur ! abâtardissement.

Carottes. La graine de carottes, peu sujette aux croisements, est . d’ailleurs fort souvent frappée de stérilité ; il importe donc beaucoup de choisir pour porte-graines les plus belles racines et de leur donner ) la meilleure terre et les engrais les plus puissants, afin que leurs ) graines se produisent dans les conditions les plus favorables possibles. Cette graine conserve sa fécondité pendant sept ou huit ans.

Il faut donner des tuteurs aux porte-graines si leur tête paraît se courber ; car les semences obtenues dans cette position, tout en paraissant bien conformées, n’ont point reçu l’influence fécondante du pollen.

Navets. La récolte de la graine de navets n’a que peu d’importance , cette racine appartenant plutôt à la grande culture qu’au potager. Cependant, lorsqu’on possède une variété qu’on tient à conserver, on peut planter un peu tardivement les racines destinées à i porter graine. De cette manière on retarde leur floraison, dont l’époque ne coïncide plus avec celle des crucifères qui pourraient j les dénaturer par une hybridation accidentelle, à laquelle cette es- j pèce se prête facilement.

La graine de navet conserve pendant plusieurs années, six ou sept ? ans, sa fécondité. Si on en a plusieurs variétés, il faut n’en récolter qu’une à la fois, ou les espacer de plusieurs centaines de mètres.

Raves et Radis. Il importe essentiellement de tenir les porte-grai- f nés des raves et des radis éloignés des porte-graines des navets , t des raiforts et autres crucifères, car il est fort désagréable de semer j des radis et de récolter des navets. La graine des radis est ren- )

fermée dans une capsule qui s’ouvre difficilement; cette graine, n’étant pas fort dure, est souvent meurtrie au point de perdre ses facultés germinatives lorsqu’elle a été séparée des capsules par le battage; il vaut mieux prendre la peine de l’éplucher à la main.

On doit toujours repiquer les radis destinés à porter graine, ce qui permet de choisir pour cela les mieux faits et ceux qui ont le moins de collet et de racine. Il faut prendre les porte-graines dans

ries premiers semis, ou au moins dans ceux faits en avril, sans quoi la semence pourrait ne pas mûrir. Cette graine conserve pendant cinq ou six ans ses propriétés reproductrices.

Melons, Citrouilles, Concombres, etc. Il est toujours prudent, lorsqu’on mange un bon melon , réunissant toutes les conditions exigées de son espèce , d’en conserver les graines. On prend trop rarement la peine de cultiver à part les porte-graines de melon ; cependant nous engageons la maîtresse de maison à savoir faire le léger sacrifice d’un ou deux de ses plus beaux fruits, qu’elle laissera mûrir au delà de leur point de maturité pour la table, afin de se procurer d’excellente graine. Plus que beaucoup d’autres familles de plantes potagères, celle des cucurbitacées, comprenant les melons,

I les concombres, les citrouilles et les courges de toute espèce, est sujette à être dénaturée par les croisements ; nous avons vu plus d’une fois de la graine d’énormes citrouilles produire des fruits gros comme un melon ordinaire, parce que les porte-graines avaient été fécondés par des giraumonts, et réciproquement de la graine de giraumont donner des fruits monstrueux.

La graine de toutes les cucurbitacées conserve pendant sept ou huit ans ses facultés germinatives ; celle des concombres en particulier ne devient fertile que lorsqu’on a laissé les fruits atteindre une maturité voisine de la décomposition.

Ce sont toujours les plus beaux fruits de chaque variété qu’on doit destiner à fournir les semences. Je rappelle ici qu’il faut mettre un grand intervalle entre les localités destinées à la culture des concombres, des melons et des citrouilles.

Fraises. Certaines variétés de fraises dégénèrent au bout de quelques années si l’on n’a soin de les rajeunir par les semis. On a obtenu, il y a quelques années, aux environs de Montlhéry, une excellente variété de fraises remontantes de forme carrée ; après , } quatre ou cinq générations de coulants, elle redevient une fraise or- II. 4 0

dinairo. Los fraises dont on se propose de récolter la graine doivent rester sur les tiges jusqu’à ce que le fruit soit comme cuit au soleil; pour mieux assurer leur fertilité , il est bon de ne laisser qu’une ou deux fraises sur chaque tige, et de retrancher les fleurs et les boutons qui pourraient leur dérober leur subsistance. La graine, détachée du fruit, achève de sécher à l’ombre ; elle demande à être semée presque à fleur de terre, dans une situation fraîche et ombragée. Elle ne conserve ses propriétés germinatives que pendant un an ou deux.

Salades. Ces graines sont celles dont les oiseaux sont le plus avides; il faut recourir aux filets pour les éloigner au moment de leur maturité; sans cette précaution on n’en sauverait pas une. Beaucoup de jardiniers sont dans l’usage de récolter leurs graines de salades sur les plantes qui , s’étant refusées à pommer, montent naturellement: c’est le moyen le plus sûr de faire promptement dégénérer les meilleures espèces. Il faut, au contraire, planter à part )es individus les plus vigoureux et les mieux formés de chaque variété de laitue, de romaine, de chicorée, si l’on veut que leurs graines les reproduisent sans altération. Plusieurs de ces graines ne conservent pas au delà de trois ou quatre ans leurs facultés germinatives ; quand il s’agit de variétés sujettes à monter, les jardiniers sont dans l’usage de n’employer que de la graine de deux ans , dont le plant passe pour pommer plus facilement que celui qui provient de la graine de l’année précédente. Comme beaucoup d’autres plantes, les salades sont exposées à l’hybridation; cependant elles ne se soumettent à cet effet qu’avec une certaine difficulté.

Pois, Fèves, Haricots. Pour récolter de bonnes semences do pois, de fèves ou de haricots, il faut s’abstenir de toute cueillette sur les porte-graines, car les premières graines formées sont les meilleures pour la reproduction. Les pois et les haricots s’hybrident trèsfacilement; il faut donc n’en récolter qu’une espèce chaque année ou les éloigner beaucoup. Trois variétés de haricots semées dans un même jardin ont produit vingt-six nuances.

On peut arracher les pois avant leur parfaite maturité, mais les haricots et les fèves doivent mûrir leur graine sur pied. Les uns et j les autres conservent leurs facultés germinatives deux ou trois ans; mais on préfère généralement ceux d’un an.

Pommes de terre. On doit choisir pour semences, dans la pomme i

de terre, celles qui ont les yeuxïes plus gros • elles sont plus fécondes ; celles qui n’en ont pas, ou qui n’en ont que de très-petits, sont a peu’ près improductives. Les pommes de terre de grosseur moyenne et bien faites sont les meilleures pour les semis.

SECTION IV.— Jardin fleuriste.

J ai maintenant à m’occuper de la culture des fleuis, mais, cette culture n’étant que secondaire par rapport au but principal de cet ouvrage, je me bornerai à indiquer celle des plantes les plus vulgaires et qu’il est le plus facile d obtenir. J engage néanmoins les dames vivant à la campagne à soigner assidûment la cultuie des Heurs; ce sera pour elles un agréable délassement, et le plaisir qu’elles auront à les voir croître à côté des légumes sera doublé par cette réunion de l’utile à l’agréable. Elles trouveront un charme indicible à rapporter du jardin un beau bouquet de fleurs éclatantes de fraîcheur, lorsqu’elles iront y faire la provision de légumes pour le ménage. D’ailleurs je suis convaincue que les fleurs les plus com-

munes, les plus faciles à multiplier, ne sont pas en réalité les moins belles, et que , si elles étaient entourées de cette espèce de prestige qui tient aux difficultés dont la culture des plantes plus rares est accompagnée, on les trouverait souvent supérieures en beauté à une foule d’autres végétaux qu’on admire un peu par convention et sans se donner la peine de les comparer à ceux dont la culture est facile. Enfin, la maîtresse de maison qui saura parer son jardin de toutes les plantes d’ornement dont je vais parler aura , pendant toute la belle saison, de quoi satisfaire son goût pour les fleurs et en décorer avec abondance l’intérieur de sa maison.

Parmi ces fleurs , la plupart de celles qui sont annuelles ne demandent qu’une culture uniforme et facile ; elles peuvent être semées dans du terreau, sur couche sourde ou sur ados bien exposé, bien fumé avec de l’engrais très-consommé. Les soins qu’elles exigent sont ceux qu’on doit aux semis de toutes les plantes délicates, c’est-à-dire qu’il faut les sarcler, les arroser et les éclaircir. Comme il faut un fort petit espace pour chaque espèce, on les sépare les unes des autres en traçant un léger sillon entre les différents semis ;

un morceau d’ardoise, portant un numéro qui correspond à celui d’un catalogue sur lequel on inscrit le nom de la plante, désigne chaque compartiment. Au moment de la transplantation , on retrouve aisément ce nom, ce qui permet de disposer les plantes dans les plates-bandes de manière à assortir les couleurs et les formes et à graduer les époques de la floraison.

Les plates-bandes dans lesquelles on repique doivent avoir été bien labourées à l’avance, fumées et entretenues, par des binages et des sarclages, nettes de mauvaises herbes.

Les premières fleurs de printemps sont vivaces ; elles doivent être dirigées selon leurs besoins et renouvelées lorsqu’elles périssent. Je ne donnerai pas la culture de celles qui ne réclament pas de soins particuliers; la plupart des plantes de parterre qui fleurissent en été et en automne sont dans ce cas.

Je viens d’exposer la méthode à suivre pour les semis; après leur mise en place, des arrosements fréquents et une couverture de fumier consommé sur toute la surface des plates-bandes conviennent à toutes les fleurs.

Je parlerai de la culture de quelques plantes d’orangerie et de serre tempérée qui peuvent être conservées , à défaut de serre , dans une pièce inoccupée de la maison où l’on ferait un peu de feu en cas de grands froids. J’indiquerai les fleurs qui peuvent être élevées en pots : elles sont en assez grand nombre ; la dépense de quelques pots est peu considérable , et les plantes en pots ou en caisses ajoutent beaucoup à la décoration d’un jardin et à celle des alentours d’une habitation rurale.

Quant aux arbres et arbustes d’ornement, si l’espace manque pour les placer, on peut leur consacrer les parties du jardin les moins propres à d’autres cultures; ces places ne manquent pas ordinairement à la campagne. En les plantant, on remplit le double but d’orner les environs de l’habitation et d’employer un espace inutile. Il ne doit pas y avoir à la campagne un seul petit coin de terre qui ne soit utilisé ; tout doit respirer l’ordre, la propreté et la vie autour d’une habitation dont la maîtresse tient à honneur de tirer tout le parti compatible avec ses moyens et sa position.

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