FRAISES
îl n’est pas de fruit plus généralement recherché et plus essentiellement salubre que la fraise ; aussi la nature l’ a-t-elle répandue dans un grand nombre de climats divers; c’est un des fruits qui parviennent à maturité le plus près du pôle nord. A part toute division scientifique, les fraises, dont les figures que nous donnons (fig. 63, 64, 65,66, 67) représentent diverses espèces, se partagent en deux
sections, dont lune comprend toutes les espèces remontantes, I autre celles qui ne remontent pas. Les premières ont pour type et
pour point de départ la fraise des bois, que les enfants des cam- \ pagnes recherchent encore avec délices dans toutes les forêts de la France. La meilleure des fraises remontantes est la fraise des Alpes, dite des quatre saisons; elle a une variété blanche qui ne cède à la rouge ni en qualité ni en fécondité. Cette fraise est essentiellement remontante, et avec des soins convenables, on peut en obtenir des récoltes non interrompues pendant toute l’année, si ce n’est pendant l’hiver; encore se prète-t-elle admirablement à la culture forcée, de sorte qu’on peut aisément, à l’aide d’une serre, en manger toute l’année.
La culture de cette fraise est fort simple ; on la multiplie le plus souvent de coulants , c’est-à-dire de pousses qui se forment aux nodosités des longs filaments que ses pieds émettent dans toutes les directions. On peut aussi la multiplier de semence; mais, comme le plant de coulant reproduit identiquement l’espèce, les semis, dont le résultat se fait beaucoup plus attendre, sont peu usités. Le plant de fraisier se repique, en automne ou au mois d’avril, à la distance de 25 à 30 centimètres, en quinconce. On ne doit pas donner aux planches une largeur qui comporte plus de trois ou quatre rangées, afin de pouvoir récolter les fraises en se tenant dans , le sentier qui sépare les planches. Le terrain doit avoir été labouré ,'i et fumé avec de l’engrais très-consommé. La plantation terminée, il est important de garnir la surface du sol avec un paillis épais de • litière longue. Cette précaution est indispensable pour la réussite du fraisier; non-seulement elle maintient la fraîcheur du sol au pied des plantes en même temps qu’elle empêche l’eau des arrosages, qui doivent être fréquents, de tasser la terre, mais encore, et c’est là le | point essentiel, elle empêche la terre de salir le fruit, qui perd la | moitié de sa valeur quand on est obligé de le laver avant de le manger ; le paillis s’oppose aussi à l'enracinement des coulants, ce \ qui les rend plus faciles à enlever. Leur suppression est indispen- j sable si l’on veut obtenir de beaux fruits en abondance.
Les plantations de fraisiers des quatre saisons peuvent durer trois ! ans, mais il vaut mieux les renouveler après deux étés.
La végétation du fraisier présente un phénomène jusqu'ici mal : expliqué, mais bien connu des praticiens : l’eau des pluies, sur- i tout celle des pluies d’orage, en été, fait jaunir la plante et arrête sa fructification. On ne peut remédier à ce mal qu’en ne tenant pas
compte de l’humidité résultant de ces pluies et en arrosant comme î’il n’était pas tombé une goutte d’eau. Les maraîchers de Paris )nt grand soin de mouiller leurs fraisiers à l’approche des nuées l’orage , afin que la pluie trouve la terre toute trempée.
Parmi les fraises remontantes, le buisson de Gaillon , qui ne file >as, se multiplie par la division des touffes, à l’automne. Il est souvent employé comme bordure dans le potager; il est productif et de jonne qualité.
Le nombre des variétés de fraisiers non remontants est considérable ; le capron , Y ananas, Y écarlate de Virginie , avec ses innom jrables sous-variétés, sont les plus communes. Les semis de ces es- Dèces ont produit depuis quelques années la Queen’s seedling , la British queen, le Prince Albert, la Wilmott, et, tout récemment, la raise Howey, obtenue à Boston (États-Unis) et dont on raconte les merveilles. Toutes ces fraises sont plus grosses, plus belles et mssi bonnes que les fraises remontantes. Bien qu’elles ne remonent réellement pas, comme les fleurs ne s’épanouissent que succesivement, la récolte dure cinq ou six semaines.
Les fraisiers de cette catégorie ne doivent pas être exclus même es plus petits jardins , où l’espace est précieux. Aussitôt la récolte 3rminée, on enterre toute la plantation par un labour très-profond ,
' ait à la bêche ; maison réserve un petit compartiment, dont les liants fournissent du plant pour l’année suivante , et le sol labouré onne, avant la fin de l’été, une autre récolte.
Quelques espèces de fraises non remontantes peuvent donner une econde récolte à l’arrière-saison lorsqu’on a soin de couper la lante à ras de terre aussitôt après la récolte des premiers fruits t d’arroser fortement jusqu’à ce que la plante ait reproduit un bon ombre de feuilles. Le fraisier de Bargemont est le plus propre à 3tte culture; si l’automne est beau, il donne des produits abondants; malheureusement il est froid, les fruits ne mûrissent pas sufïiimment. Ce procédé, appliqué aux fraisiers remontants , leur fait orter à 1 arrière-saison des récoltes considérables.