‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 110 sur 325 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le mot extérieur est l'expression consacrée en vétérinaire, pour désigner l'étude de la conformation extérieure du corps des animaux domestiques envisagés seulement sous le rapport des services qu'ils peuvent rendre. — Le but de cette étude est la solution de cet important problème : Étant donnée ta conformation extérieure d'un animal, déterminer le service auquel il peut être employé de préférence, et évaluer la somme et la durée des effets que sa machine est capable de produire.

Pour arriver à cet important résultat, pour trouver en quelque sorte la formule qui renferme la solution du problème, il sulfit de savoir apprécier la valeur des signes extérieurs qtii témoignent d'une manière plus ou moins saillante, mais toujours vraie de la bonne ou mauvaise conformation interne, et ne sont pour ainsi dire que l'expression ou la traduction des effets qu'on doit en attendre. La valeur d'tm animal se trouve donc écrite et toute formulée à la superficie de son corps; elle se manifeste à la simple inspection, mais son estimation n'est pas à la portée de tout le monde; « tous les yeux, comme le dit Bocu-

crxAT, nont pas également le droit de bien voii-, » et Ton ne saurait arriver par la voie la plus courte et la plus rationnelle à l'intelligence parfaite de l'extérieur, si l'on ne possède des notions élémentaires tout à la fois sur l'analomie et la mécanique. L'anatomie démontre en effet comment, dans la machine vivante, tous les rouages s'associent, s'agencent et jouent h.s uns sur les autres; la mécanique explique les lois d'après lesquelles ces rouages ont été combinés et associés entre eux; une fois que les principes élémentaires de ces deux sciences sont bien connus, il est plus facile alors de trouver les raisons des beautés qu'on recherche dans la conformation des animaux et de comprendre les explications qu'on en donne.

Ceux qui ne pénètrent pas au-delà de la peau, qui, pour parler comme Bourgelat, « n'outrepassent pas la superficie,» peuvent bien par une longue pratique arriver à juger d'une manière à peu près certaine des qualités d'un cheval, d'après son inspection extérieure, mais lesjugementsau'ils portent n'ont d'autre base qu'une habitude routinière. Combien ne voiton pas de marchands et de maquignons qui pos sèdent au plus haut degré l'instinct de leur mé tier, qui savent à première vue distinguer dan«

un cheval ses bonnes on mauvaises çiualites; qui, doués dune vérilable intuiliou, jugent, à la seule inspeclion de sou faru'x, de tout ce (lu'on i)enl en attendre. Qu'on leur demande cependant sur quelles bases ils appuient leurs décisions, quels sont les motifs (irti les guident pour préférer tel cheval à tel autre? Le plus souvent ils gardent le silence, ou s'ils répondent, on est choqué de la discordance qui existe entre l'absurdité de leurs explications et le discernement dont ils ont fait preuve. C'est qu'ils n'ont d'autres guides, ces hommes, que les connaissances qui leur sont léguées de père en lils, ou celles que le long tâlonnenient de l'expérience a pu leur faire acfjuérir, et ne sauraient alors fonder leurs jugemens sur des régies établies et démontrées.

Bien différente est la marche que nous allons suivre. Kn indi<{uaut les beautés qu'on doit rechercher dans la conformation extérieure des animaux, nous essaierons toujours de pénétrer dans les raisons de ces beautés et de baser nos explications sur les connaissances que nous fournissent l'analomie et la mécanique. Je renvoie, ponr la première de ces sciences, aux considérations (ju'a rédigées dans cet ouvrage ^I. le professeur Uigot, auquel je dois la justice cle dire que la plupart des idées que je v \is essayer de àé\elopper ont été puisées iaiis K- cours d'extérieur qu'il professe h l'école d' A Mort. C'est aussi à son crayon que j'ai eu recours pour la représentation des planches qui seront annexées au texte.

De tous les animaux domestiques, le cheval est celui qui, sous, le rapport de l'extérieur, a principalement lixé l'attention des hippia- Ires et des vétérinaires. Seul, en effet, il peut remplacer plusieurs d' '.lire eux dans les services auxquels l'homme les a employés, et seul il est apVe à certains travaux auxquels les autres sont tout à fait impropres. Une fois donc que l'on a trouvé par le raisonnement et l'expérience quelle est la conformation que Ion doit rechercher dans un cheval pour tel ou tel service, la question se IrouNC résolue pour tous les autres animaux soumis aux mêmes labeurs. Quelques exemples vont me faire comprendre. Si le gros cheval de trait doit avoir une encolure chargée de muscles, un largo poitrail, une tête pesante, un corps massif et lour<l, parce que lorsqu'il est attelé le poids de son coi'ps s'ajoute à l'énergie de ses muscles pour combattre la résistance qu'il doit vaincre, ne recherchera-t-on pas une conformation analogue dans un bœuf soumis au tirage.' De même si le cheval destiné à porter le bât dcit avoir l'épine dorsale voûtée en contre- haut, la même structure ne sera-t-elle pas désirable dans le mulet et l'àne destinés au même service .=> ^'ous aurons donc privicipaleraeut en \ ue,dans celte étude, la conformation extérieure du cheval, et nous renvoyons pour celle des autres animaux à la parlie de cet ouvrage qui traitera de leur éducation et de leur perfectionnement.

Avant de commencer l'étude proprement dite de l'extérieur, il est nécessaire d'exposer en peu de mots ce que l'on peut appeler la g^O'i^ologic de cette partie de la vétérinaire.

On donne le nom de beauté à la réunion de toutes les conditions extérieures d'où dépen-

CONFORMA'nON EXTÉRIEURE. mv. mi.

dent la force et l'énergie dans un animal.

enerçie

Ainsi, d'après cette déïinilion, une machino animée ne doit nous paraître belle {pTaulant que, par l'inspection de ses caractères extérieurs, nous pouvons juger h priori des bonx effets qu'elle est capable de produire. Certes, dans la grande majorité des cas, en raisonnant ainsi, nous arrivons à des conclusions justes; mais observons toutefois qu'il ne faut pas considérer exclusivement les corps animés comme des machines dont on peut calculer mathématiquement les effets ; qu'il faut tenir compte de leurs forces motrices, forces inhérentes à la nature organisée, qui ne se manifestent à l'extérieur que par des signes bien fugaces, et qui modifient étrangement les résultats qui paraissent dépendre le plus des lois de la mécanique.

Ainsi, pour prouver la vérité de cette assertion, comparons cnsendj'.e un cheval anglais et un cheval normand identiquement semblables entre eux. L'un et l'autre paraissant réunir tous les caractères de la force; dans l'un et dans l'autre la charpente osseuse est également bien construite: les masses musculaires, également bien nourries et bien prononcées, se dessinent sous leurs tégumens avec une égale énergie ; enfin tous deux sont également '.)eaux dans l'acception propre du mol. Ici, à raisonner niathémaliquement, ces deux machines, ainsi construites, doivent produire des effets identiques; metlez-les cependant toutes deux en mouvement, et vous serez étonnamment surpris de la différence des résultats qu'elles vont donner.

C'est qu'en effet il existe dans les corps vivans un moteur, un principe d'action, ce qu'en physiologie on appelle Yinjlux-nerveux, qui, variable en intensité suivant les individus que l'on considère, est, pour ainsi dire, à une dose trèsélevée dans le cheval anglais, et souvent, au contraire, bien fractionnée dans le cheval de race normande. Mais qu'on ne prenne pas ces expressions à la lettre; elles pourraient induire en erreur, car elles semblent faire sup- [>oser que l'on peut évaluer la quantité de ce principe, taudis que, par sa nature, il échappe à tous les calculs, et même son influence est telle quelquefois que, dans la machine la plus défectueuse d'après les lois physiques, il produit les effets les plus inattendus. Témoin, par exemple, ces chevaux qui, pour me servir d'une expression vulgaire, n'ont que de Wîmc. A voir leur habitude extérieure, avec ces muscles grêles, cette encolure mince, ces hanches saillantes, ces côtes que l'on peut compter sous la peau, ces flancs et ce ventre retroussés, on serait tenté, au premier abord, de les prendre pour des mauvais chevaux ; mais qu'on examine leur tête, on verra que tout, dans l'expression de le«i syeux,dans la position de leurs oreilles, dans la dilatation de leurs narines, décèle l'énergie qu'ils renferment; et en effet, lorsqu'ils sont en action, ils déjouent tous les calculs que l'on a pu faire d'après l'inspection de leur conformation. Il est vrai de dire, cependant, qu'il en est de ces animaux (qu'on me passe la comparaison) comme d'une machine dont la force de résistance n'est pas en rapport avec la puissance de son moteur; elle éclate, se brise, et bientôt est mise hors d'usage. De même il n'est pas rare de voir ces

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