‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 141 sur 325 · LIV. lî · texte numérisé non relu

LIV. lî

Section vil. — Des attitudes et des rnoitvcmens prvgressijs.

La stabilité des alliliicles et la rapidité des mouvemens progros.sifs dt-peiident de l'étendue de la base de sustentation que représente sur le sol l'espace compris entre les membres qui y prennent un point d'appui ; en règle générale, la stabilité est toujours en raison directe de l'étendue de cette base, et la vitesse en raison inverse; ainsi étant donnée cette étendue dans une des positions du corps et dans une de ses alliues, on peut à j^riori juger de la stabilité de la première et delà vitesse delà seconde. Cela posé, de toutes les attitudes, la plus stable doit être celle où la base de sustentation, aussi large que possible, est toujours représentée par l'espace compris entre quatre membres; telle est la position la plus ordinaire des animaux, la station debout; aussi, lorsque pour prendre les attitudes instables du cabré l't de la ruade, le corps a été déplacé de cette position, sans toutefois que sa ligne de gravitalion tombe en dehors de la base de soutien, c'est vers elle qu'il revient sans cesse comme Je pendule écarté de sa position d'équilibre «îS( il le pour y retourner ; car la ruade et le cabré sent des positions tellement instantanées, qu'on peut les considérer plutôt comme des oscillations autour de la position d'équilibre (|ue comme des attitudes. La station sur les quatre men^ibres est donc, à proprement parler, le point de départ de toutes les attitudes, comme aussi celui de tous les mouven.ens progressifs: mais on conçoit que l'exécution de ces motivemens ne saurait s'effectuer, si le corps re sîait toujours affeinii sur ses membres comme il l'est dans le repos ; elle est donc sn- Iior<lonnée à la destruction de In stabilité de

l'équilibre par le déplacement du centre de gravité; c'est dans ce déplacement, qui s'effectue par l'action concertée des muscles et du balancier, que représentent la tête et l'encolure, ([ue consiste ce que l'on ix\i\>*î\\fi\a préparation à un mouvement.

Admettons donc que, sous cette double Jnlluence, le corps ait été tellement déplacé de sa position d'équilibre sur les quaire membres que sa ligne de gravitation tombe en dehors de la base de soutien ; trop dérangé alors de sa position première pour pouvoir y revenir par une oscillation, comme dans la ruade ou le cabré, il va tendre à s'en éloigner de plus en plus, jusqu'à ce qu'il en ait trouvé une nouvelle : ou, en d'autres teimes, l'appui lui manquant, il est menacé d'une chute qui aurait lieu infailliblement s'il n'était arrêté dans sa tendanceau mouvement vers la terre.par les colonnes de soutien qui \iennent lui offrir un nouveau point d'appui; c<ir instinctivement, l'animal voisin de sa cbule porte ses membres en avant pour élayer son corps qui chancelle. C'est en provoquant dans les animaux, dilBouncE- LAT, « cette crainte naturelle ou ce sentiment, » dont ils sont tout à coup et machinalement » saisis lorsqu'ils sont menacés d'une cbute, «que la nature a sollicité en eux l'exécution des » mouvemens piogressi fs qui sont tout à f ai t au- >' tomaliqueset d'autant plus rapides que l'im- '• minence de la chute est plus grande. » 11 est donc vrai de dire, en thèse générale, que r instabilité de Vcqudibre dans les allures doit être prise pour mesure de leur vitesse.

Que si nous admettons, par exemple, que le corps lentement déplacé de sa position d'équilibre ait toujours une base assez large potu' que sa chute ne soit que lentement menaçante, le mouvement, dans ce cas, devra être peu ra-

cnAP. 2. DES ATTITUDES ET DES

pide, car les colonnes de soutien ne se succéderont qu'avec lenteur pour lui offrir une base nouvelle ; que si au contraire le centre de gravité se trouve toujours maintenu vacillant sur une base étroite, il faudra nécessairement, pour s'opposer à sa chute, que la succession lie ses colonnes de soutien, prompte et vive, et instantanée, renouvelle sans cesse la base de sustentation, qui toujours elle-même, trop étroite, en nécessite sans c€sse une nouvelle, et toujours ainsi. M. Richerand exprime assez ingénieusement celte succession des colonnes de soutien, en disant « qu'il en est du » poids du corps, relativement aux membres, » comme de celui d'un char qui passe succes- "sivemenl sur les différeus rayons de ses » roues. »

lo De la station.

La .station, position dans laquelle l'animal reste debout sur ses quatre pieds, peut être considérée, dit M. Girard, comme un état actif d'immobilité, car elle exige toujours certains efforts musculaires ; il faut, en effet, dans cet état, que l'action concertée du poids du corps et des muscles fléchisseurs, qui tend sans cesse à faire fléchir les articulations, soit combattue et neutralisée par la contraction puissante des extenseurs : il faut conséquemment une action permanente de la part de ces muscles dans les différentes colonnes qui participent au soutien. Or, le nombre de ces colonnes d'appui varie suivant que la station est libre ou forcée; lorsqu'elle est libre, c'est-àdire que le cheval, sans contrainte, abandonné à lui-même, peut prendre la position que lui commande son instinct, et la varier suivant sa volonté, il est rare que les quatre membres à la fois supportent le poids du corps. Tantôt en effet il est en équilibre sur trois seulement, et le quatrième reste à moitié fléchi : tantôt il est soutenu par un seul bipède diagonal, tandis que l'autre est dans cet état de demi-flexion que l'on peut considérer comme le point moj^en entre l'extrême extension et l'extrême flexion, ces deux bornes des mouvemens de toute partie mobile de la charpente animale; or, ce point moyen est, comme l'observe Bichat, le point de repos de la partie mobile. Quand elle s'y trouve, les muscles antagonistes sont dans leur état naturel; dès qu'elle le franchit, les uns sont tendus, les autres contractés. La disposition osseuse de chaque articulation est accommodée à ce phénomène ; toute espèce de rapport entre les surfaces articulaires, autre que celte position moyenne, présente un état forcé, où certains ligamens sont nécessairement plus tiraillés que les autres; c'est parce que l'état d'extrême extension des membres qui, dans la station, participent au soalien,devient pénible pour l'animal, qu'instinclivement,tantôtil soustrait lourà toui-l'un ou l'autre membre au poids de son corps; tantôt il déchai-ge tour à tour l'un ou l'autre bipède diagonal, afin que les membres, ainsi soulagés, puissent occuper pendant quelque temps celle position de repos, où la sensibilité d'aucun des organes n'est mise enjeu.

On conçoit, d'après cela, pourquoi la station forcée n'est pas une position longtemps tenable ; cet état, en effet, où le poids du corps se trouve régulièrement réparti sur les quatre

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