LIV. ITK
le cou et les mamelles, sous forme de pelilea tumeurs dures, circonscrites, dont le centre est marqué d'un point noii-. Ces tumeurs acquièrent bientôt la grandeur d'une pièce de cinq francs, et sont entourées de petites vésicules pleines d'une sérosité acre. Lorsque le charbon s'étend, la perte de l'animal est inévitable. Le traitement consiste à extirper la lumeui- aussitôt qu'elle paraît, à brûler avec le cautère chauffé à blanc, la plaie qui en résulte, à panser avec l'onguent digestif (mélange de térébenthine et de jaunes d'œuf, une once pour un jaune), et à faire avaler à l'animal des boissons acidulées (eau tiède rendue acide par l'oximel simple, ou par quelques gouttes d'acide sulfurique). 2" La variété la plus commune est celle qui se montre sous forme d'infiltration aplatie, étendue en largeur et en longueur, sur laquelle se développent une ou plusieurs petites vésicules pleines de liquide. Cette infiltration, qui se montre aux aines, à la face interne des cuisses, aux ars, sur les parois de la poitrine et du ventre, au cou, etc., ne tarde pas à se changer en une vaste escarre gangreneuse, et à produire la mort du sujet. Les symptômes généraux sont à peine visibles, et lorsqu'on s'aperçoit de la maladie, l'animal n'a plus que quelques heures à vivre. Il n'y a pas de traitement à opposer à cette variété de charbon; on a cojiseillé l'émigration du troupeau pour en préserver les bè es saines, lorsqu'il a pris la forme épizootique. 3 ■ Enfin une troisième variété se montre à la tête, et particulièrement autour des oreilles, dont la chute est la suite fréquente de cette maladie; l'animal succombe en 2 ou 3 jours. L'extirpation de la portion charbonneuse, secondée par l'application sur la plaie d'un mélange d'essence de térébenthine, de j)oudre de quinquina et de goudron, compte le plus de guérisons.
d. Chez le cochon le charbon se montre souvent au cou, entre la jugulaire et la trachée, sur la région des amygdales, et porte les noms particuliers de bosse, de soie, soyon, probablement parce que les soies de la partie affectée sont droites, hérissées, rudes et forment une espèce de houppe que l'on ne t)eut toucher sans que l'animal témoigne de la douleur. Sous ces soies la peau est déprimée, colorée en noir chez les cochons blancs et dt'colorée chez les cochons noirs. Cettt; maladie est accompagnée de soif, dégoût, extinction de la voix, agitation des flancs, gueule brûlante et baveuse, rougeur des yeux; la mort survient du deuxième au huitième jour. Le traitement consiste toujours dans l'extirpation de la fumeur, la cautérisation de la plaie et l'adniinislralion des boissons vineuses ou amères (décoction de gentiane ou de petite centaurée ou bien de chicorée sauvage), d'infusions aromatiques (sauge, menthe, lavande, re. marin) contenant deux outrois onces d'acétate d'ammr.niaque. Le porc est également sujet au charbon de la langue, qui chez cet animal porte le nom de boucle ;\\ réclame les mêmes soins que celui des solipèdes»
CU\r. h.
B. Maladies du tube digestif.
§ I". — Inflammation de la membrane muqueuse delà bouclie {stomatite).
Cette maladie ne consiste quelquefois que dans la rougeur, le gonflement et la chaleur de cette membrane; mais le plus souvent elle se fait remarquer par le développement de petites pustules grises ou blanches qui se convertissent bientôt en petits ulcères arrondis et environnés d'un cercle rouge {aphihes). Ces petits ulcères occupent surtout la face interne des lèvres, les gencives et les côtés de la langue. Cette maladie, très-facile à reconnaître, puisqu'il suffit pour cela d'ouvrir la bouche des animaux, se montre seule ou accompagnée d'autres affections. Chez les animaux ruminans el chez les porcs elle est souvent compliquée d'ulcérations de la même nature qui se forment entre les d<'ux onglons el peuvent parfois déterminer la chute du sabot. La maladie aphtheuse s'est aussi montrée d'une manière épizootique dans le cours de certaines inflammations gastro-intestinales. — Les causes de cette alTcction paraissent être l'action d'un air froid et humide, de l'atmosphère malsaine des étables, de l'usage d'alimens irritans, d'eaux bourbeuses; chez les jeunes animaux elle peut être attribuée à la malpropreté des mamelles des mères, ou à un état maladif de celles-ci. Les alimens durs, fibreux, les brins de fourrage, les dents molaires des vieux clievaux usées inégalement, déterminent aussi souvent des plaies de la bouche, accompagnées de l'inflammation de la muqueuse de cette cavité.
Traitement. Celte maladie est rarement dangereuse par elle-même ; son traitement curatif consiste à éloignei* les causes connues ou présumées, à soumettre les animaux à un régime convenable et quelquefois même à la diète; ce régime se compose pour les herbivores d'eau blanche tiède légèrement acidulée, et, pour les carnivores de bouillons de viande légers: en même temps on calme l'inflammation de la bouche parles gari;arismes adoucissans (formule n"9). Lorsque la première irritation est passée, on peut, pour hâter la guérison, cautériser les aphihes et les ulcères du pied à l'aide d'un pinceau imbibé d'acide hydroclilorique (esprit de sel). — Quant au traitement des aphihes qui dépendent d'une inflammation gastro-intestinale, il est subordonné à celui de la maladie principale. (Voyez Gastroentérite. )
§ II. — Inflammation de la langue (glossite).
Cette maladie, assez rare chez les animaux, est quelquefois une conséquence des plaies faites à la langue, ou du contact des substances irritantes et caustiques. La langue enflammée est ordinairement rouge, chaude, douloureuse, quelquefois livide et violacée, toujours plus volumineuse que dans l'état de santé; les mâchoires sont écartées, la salive coule abondamment au dehors, et la fièvre est plus ou moins forte.
Traitement. Lorsque celle maladie est légère, elle cède à la diète, aux boissons adoucissantes ou tempérantes (n°^ 4 et 12) nu
PATHOLOGIE SPECLVLE. 2CS
rendues légèrement laxalives par l'addition d'un peu de sulfate de soude, et aux gargarismes adoucissans (n° 9). Quand l'inflammation est forte, il faut eu toute hàle pratiquer une saignée au cou et y revenir promptement si la violence de la maladie et l'état du sujet y autorisent; il est même bon d'avoir recours à des scarifications plus ou moins profondes et nombreuses sur le corps charnu de la langue. Lorsque la maladie se termine par suppuration, on ouvre l'abcès et l'on prescrit les gargarismes acidulés et astringens(n° 38), puis les injections avec la décoction de gentiane. On ne remet que petit à petit l'animal à son régime ordinaire.
§ m. — Angine pharyngée {csquinanae intcriu:).
On nomme ainsi l'inflammation de la membrane muqueuse qui tapisse l'arrière-bouche (pharynx), accompagnée ou non de l'inflammation de la membrane muqueuse du voile du palais et du palais. De tous nos animaux domestiques c'est le cheval qui y est le plus exposé. — Les causes de celte affection sont le passage subit du chaud au froid, l'action de boissons froides prises lorsque les animaux sont en sueur, 1 usage d'alimens irritans. — Les principaux symptômes sont : la rougeur du voile du palais, de ses piliers eî de la base de la langue, l'écoulement d'une bave visqueuse, la sécheresse de la bouche, et la difficulté d'avaler les alimens et les boissons. Si la maladie fait des progrès, la déglutition devient impossible, et les alimens ou les boissons avalés reviennent par les naseaux; l'animal témoigne de la douleur quand on lui presse la gorge, et fait quelquefois entendre une toux suivie de l'expulsion de mucosités. Quelquefois il se développe dans le tissu cellulaire sous-cutané environnant un enaforgement plus ou moins considérable: enfin, la maladie, lorsqu'elle est intense, est souvent accompagnée d'un mouvement de fièvre reconnaissable à la plénitude et à la fréquence du pouls, l'accélération de la respiration, la rougeur des yeux, la constipation, etc.
Traitement. Cette maladie est ordinairement peu grave, et dure à peine 10 à 12 jours; elle ne réclame le plus souvent qu'un traitement simple, consistant en boissons d'eau blanche tiède, boucbonnemens fréquens, usage de couvertures, administration de gargarismes adoucissans, el de lavements émollients ( n"' 7 el 9 ). On enduit la gorge d'onguent populéum, et l'on recouvre celte région d'une peau de mouton, la laine en dedans. Si la maladie est accompagnée de toux, on administre fréquemment à l'animal de l'électuaire adoucissant (n" 2); s'il survient de la fièvre, on fait une saignée au cou, et on la renouvelle au besoin. Lorsqu'à Taido de tous ces moyens l'inflammation est apaisée, il devient souvent avantageux d'appliquer un selon au poitrail. — J'ai obtenu de bons effets de l'emploi d'un large vésicaloire autour de la gorge, dans le cas d angines graves qui ne cédaient pas au traitement ordinaire.
§ IV. — Gastrite.
Inflammation de la membrane muqueuse
de l'estomac. Cette maladie est peu conuue chez les animaux.
§ V. —Entérite.
C'est l'inflammation de la memorane muqueuse des intestins. Celte maladie, trèscommune chez les animaux, se présente sous plusieurs formes qui dépendent sans doute de la nature et de l'étendue de l'inflammation intestinale. Les plus remarquables de ces formes sont : 1° entérite sur-ais;uë ou colique rouge, qui ne se remarque guère que chez les chevaux (voy. Maladies du cheval) ; Ventérite aiguë, — chronique, — diarrhéique, — et dysentérique.
A. Entérite aiguë. Il est difficile de la distinguer de la gastro-entérite ( voy. Gastroentérite ).
B. Entérite chronique {gras -fotïdure). La chaleur atmosphérique, le froid humide, les alimens avariés, les boissons de mauvaise qualité, etc., peuvent donner lieu à cette affection; mais il faut que ces causes agissent lentement, et sur des animaux faibles et appauvris; cette nuance de l'entérite est encore assez souvent la suite d'entérite aiguë ou de gastro-eiitérile mal guéries, ou de la présence de vers dans l'intestin. — Les symptômes de cette affection sont le malaise, la tristesse, la diminution de l'appétit; la peau sèche et adhérente, les poils piqués, la pelitesse |et la fréquence du pouls, rinliltration et la couleur jaunâtre des yeux, les flancs retroussés, le fondement enfoncé. Les excrémens sont rendus avec peine, ils sont ordinairement coiffés par une couche de mucosités ; quelquefois ils sont mous, fétides et parsemés de stries de sang; à ces signes se joint la maigreur qui augmente de plus en plus. — Le traitement est simple : au commencement on a recours aux breuvages fait.» avec la décoction de graine de lin et de tètes de pavot, aux la- \emens de même nature, à une demi-diète, à de fréquents bouchoimements. Lorsqu'on a obtenu un peu de mieux, on applique un ou deux sétons, et on remplace les breuvages émolliens par les breuvages amers faits avec la chicorée sauvage; ou la petite centaurée, ou même l'écorce de chêne et la camomille. On donne des alimens bien choisis, et on remet petit à petit les animaux au régime et au travail ordinaires.
C. Entérite diarrhéique {diarrhée, cours de ventre, dévoienicnt ). Elle est aiguë ou chronique. La première peut être occasionnée par une indigestion, l'excès souvent répété de la nourriture, l'abus des purgatifs, l'usage de mauvaises eaux pour boissons, Ihumidilé de la saison; l'usage de foins rases, rouilles, poudreux, moisis et autres alimens de mauvaise nature; le passage subit de la nourriture sèche à la nourriture verte, et réciproquement. — Les poulains sont sujets à être atteints de diarrhée le troisième ou le quatrième jonr après leur naissance, surtout lorsqu'ils sont issus de mères affectées de gaie, d'eaux aux jambes, ou soumises à un mauvais régime qui influe sur la qualité du lait. — Les bétes alaine
3ui paissent l'herbe nouvelle avec trop d'aviité, sont quelquefois prise» d'une diarrhée que l'on arrête facilement en les menant