LIV. III
l'ont précétlée, des principaux symplômos que l'on a observés. Ou passe ensuite à l'examen de l'état prisent^ on s'assure de l'âge de l'animal, et par la même occasion on voit l'état de la bouche; puis on passe à l'examen des naseaux , on regarde la couleur des yeux, on tàle la ganache^ et l'on explore le pouls avec toute l'attenliou possible. On examine ensuite la poitrine, et Ton apporte à cette exploration d'autant plus de soin que l'on est plus porté à soupçonner que l'alTection a son siège d;ins cette'cavilé. On passe ensuite à lexamen du ventre et de la digestion, on se lait rendre compte de la nature des excrémens et des urines ; on explore enfin successivement toutes les fonctions, et on ne termine qu'après avoir fixé son opinion par un résumé tait avec calme.
Le pronostic est le jugement que le praticien porte d'avance sur le cours et la terminaison de la maladie.
§ V. — Thérapeutique.
La thérapeutique a pour objet le traitement des maladies. Lin grand nombre dalïections sont susceptibles de guérir sans traitement, par la seule force de la nature; mais le plus souvent les secours de l'art sont nécessaires.
Section ii. — Pathologie spéciale.
La pathologie spéciale envisage chaque maladie en particulier, fait connaître ses causes, sessymptômes, sa marche, sou traitement, etc. Que Ion ne s'attende pas à trouver ici un cadre complet de toutes les maladies qui peuvent sévir sur les bestiaux; un pareil travail serait ici un hors-d œuvre. Je ne m'attacherai qu'aux maladies principales, à celles qui se rencontrent le plus fréquemment. Jecommencerai par décrire les maladies communes à la plupart des animaux domestiques, en les groupant autaut que possible par systèmes <l'organes; cela fait, j'examinerai pour chaque animal en particulier les maladies spéciales auxquelles cet animal est sujet, et que l'on ne remarque pas sur les autres.
Art. i'"". — Maladies communes à plusieurs quadrupèdes domestiques.
A. Maladies qui peuvent attaquer la plupart des organes.
§ ^^ — De rinflauimatioD.
On peut définir l'inflammation une irritation donnant lieu à un afflux de sang plus ou moins considérable dans la partie qui en est le siège, et caractérisée par la chaleur, la douleur, la rougeur et le gonflement, par un seul ou par plusieurs de ces symptômes suivant sa force. — La plupart des tissus du corps peuvent être le siège de l'inflammation.
Relativement à ses causes, l'inflammation a été distinguée en accidentelle et spontanée. La première est due à des causes externes évidentes (contusions, plaies, feu, caustiques, etc.). La seconde se développe sous l'in nuencede causes qui nous échappent souvent :
toute la série des causes prédisposantes cl occasionnelles que j'ai passées en revue plus haut, peut la faire développer.
Les symptômes peuvent être divisés en locaux et en généraux. Les premiers ne sont pas toujours également faciles à reconnaître; [)lusieurs même échappent à notre observation lorsque l'organe a son siège à l'extérieur; la rougeur est dans ce cas; ce signe n'est pas toujours bien appréciable chez les animaux domestiques, dont la peau, recouverte de poils, n'est pas susceptible de prendre cette teinte. La chaleur n'est pas un signe plus constant que la rougeur; cependant, lorsque l'inflammation est située extérieurement, ce signe est quelquefois précieux pour le pralicien, et sup[)lée à la teinte inflammatoire que l'on ne peut apprécier. La douleur est un des phénomènes les plusconstans de l'inflammation; les animaux la ressentent aussi bien que l'homme. Toutes les fois que le tissu enflammé est susceptible de se dilater, d'acquérir une expansion suffisante sans contracter une grande dureté, la douleur n'est pas très-forte; mais elle devient très-aiguë lorsque cette expansion est difficile et bornée; c'est pour cela que les inflammations des parties fibreuses, et celles qui se développent dans le pied des animaux pourvus de sabot, sont accompagnées de douleurs si vives. Le gonflement ou la tumtur, quatrième symptôme de I inflammation, résulte d'un afflux plus considérable de sang dans le tissu enflammé. Ce gonflement est daulant plus fort que la partie enflammée est plus pourvue de vaisseaux, plus lâche, plus dilatable, et que l'inflammation est ellemême |)lus forte.
Lorsque 1 inflammation est très-intense, à ces signes locaux, vient bientôt s'ajouter un trouble général plus ou moins grave; le pouls augmente de fréquence, la respiration s'accélère, la digestion est troublée, les sécrétions sont en partie suspendues, etc. C'est à ces phénomènes généraux que Ion donne les noms de //ctTe i njl anima toi re., fièvre de réaction, etc.
La durée de l'mflammation varie de quelques jours à un mois et plus.
La terminaison peut avoir lieu: 1" par la disparition subite ou graduelle des symptômes ; 2° par suppuration : il se forme alors, à la surface oudans l'intérieur des tissus enflammés, un liquide nommé^wy, qui, lorsqu'il est de bonne nature, est blanc mat ou jaunâtre, crémeux, plus pesant que l'eau, légèrement salé et d'une odeur fade; ce liquide se présente sous quatre formes, relativement à l'organe qui le fournit : tantôt en com-he étendue sur une membrane; tantôt sous forme d'epanchenient ou de collection dans une cavité naturelle fermée de toutes parts; tantôt sous forme (ï infiltration ; \o,i\\.ài enfin, sous celle A' abcès ou de collection formée hors des cavités naturelles du corps; 3° pav gangrme, c'est-à-dire par la mort de la partie enflammée, c'est la terminaison la plus redoutable; 4" enfin par ['induration qui a lieu lorsque, les phénomènes de l'inflammation étant disparus, la partie reste gonflée et gorgée de fluides.
hetraitement dti l'inflammation comprend:
1° les moyens qui diminuent directement l'irritation des tissus (saignées générales et locales, application du froid, topiques émoi-
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liens, narcotiques, aslringens; lavemeus et boissons de même nature, etc.) : c'est surtout au début de l'inflammation que ces moyens doivent être employés; '2° les agens qui affaiblissent et font cesser indirectement 1 inflammation, en l'appelant sur des parties moins importantes que celles qu'elle occupe : .ce sont les /•<='(•« Av/.v (sina|)ismes, vésicaloires, ventouses, séton, feu, purgatifs, lavemens irritans, etc.); 3° enfin les moyens empiriques, c'est-à-dire dont l'expérience a constaté l'efficacité dans tels ou tels cas, et dont le mode d'action n'est pas encore bien connu ( le soufre pour la gale, l'iode pour les eugorgemens froids, le quinquina pour certaines fièvres, etc.).
§ II. — De la gangrène.
La gangrène est l'extinction complète et définitive de la vie dans une partie; elle prend le nom de nécjose, lorsqu elle affecte un os : les causes en sont multipliées. Parmi elles on range l'oblitération des artères par la ligature, la compression, l'engorgement des petits vaisseaux, engorgement qui est tantôt inflammatoire, tantôt purement mécanique, comme on l'observe ai)rès une longue compression; l'introduction dans l'économie animale de substances délétères (seigle ergoté, cbairs putréfiées, humeur du charbon); les contusions prolongées, l'action du fou, du i'roid intense, etc.
Les symplômes de la gangrène sont locaux et généraux. Les premiers sont : iMa couleur ordinairement livide et noirâtre, mais souvent peu appréciable à cause de la couleur foncée de la robe des animaux ; 2° la consistance ordinairement diniinuée, et les tissus réduits en pulpe (gangrène humide), ou plus durs et comme raccoruis (gangrène sèche); 3° l'odear caractéristique : il suffit de l'avoir senti une fois pour ne jamais l'oublier; 4" l'abolition complète de la sensibilité, du mouvement et de la chaleur dans la partie gangrenée. Lorsque ces phénomènes locaux sont bornés à une petite étendue, on dit qu'il y a escarre ; il y a sphacèle lorsque la gangrène est trèsétendue et très-profonde. — Les phénomènes généraux ne s'observent que lorsque la gangrène frappe un organe intérieur, ou lorsque, externe, elle envahit une grande étendue, ou bien enfin lorsqu'elle est produite par un agentseptique. Ces phénomènesse manifestent sous deux formes bien différentes l'une de l'autre : tantôt, en effet, la gangrène s'accompagne des signes de l'inflanimalion des principaux organes; savoir : la fréquence, la plénitude et la dureté du pouls, la chaleur de la peau, la sécheresse de la langue, la soif, etc. ; tantôt, au contraire, elle déterniine des phénomènes d'affaiblissement profond, tels que la faiblesse, la petitesse et la fréquence du pouls, le ralentissement et la difficulté de la respiration, les excrétions fétides, la lividité des membranes muqueuses ajjparentes, etc.
On distingue la gangrène en interne et en externe, d'après la distinction des organes affectés. L'externe se présente sous plusieurs formes: la gangrène simple, la gangrène par le froid, le charbon, la pustule maligne, la gangrène par l'inoculation de certains venins, etc.
PATHOLOGIE SPÉCIALE. S5Î
— La succession des phénomènes de la gangrène présente quatre périodes : la première est caractérisée par les phénomènes locaux et généraux que j'ai indiqués; la seconde, par la formation d'un cercle inflammatoire destiné à circonscrire l'escarre; la troisième présente la suppuration et la chute de l'escarre; la quatrième comprend tout le temps qu'exige la cicatrisation de la plaie qui reste après la chute des parties gangrenées. — Le pronostic de la gangrène est toujours grave; la mort peut survenir à tous les périodes de la marche de la maladie.
Le traitement présente trois grandes indications à remplir : 1° prévenir la ibrmation de la gangrène : on conçoit que les moyens seront ditïérens selon les causes qui auront donné lieu à la maladie; 2 arrêter les progrès et combattre les symptômes locaux et généraux; ici deux choses sont à considérer : la gangrène ellemême et l'inflammation qui l'accompagne, la précède ou la suit. Les conséquences qui en découlent sont que, lorsque l'inflammation prédomine sur la gangrène, et à plus forte raison quand elle en est la cause, le traitement antiphlogisiique est le seul convenable ainsion devra saigner l'animal uneou plusieurs fois, en ayant égard, pour la quantité de sang à extraire, à la force et à l'âge du sujet, à la violence de l'inflammation; il faudra en même temps administrer des boissons rafraîchissantes composées en faisant dissoudre du miel dans de l'eau, en y ajoutant du vinaigre jusqu'à agréable acidité, et administrer au besoin à l'intérieur des breuvages faits avec la gomme arabique, les décoctions de graine de lin ou de racine de guimauve légèrement nitrées. Il est bien entendu que l'animal devra être mis à la diète. Quand, au conti'aire, la gangrène l'emporte sur l'inflammation, c'est au traitement antiputride et tonique (\ViW faut avoir recours. Le camphre, le quinquina, la cannelle, le vin, l'acide sulfurique étendu, etc., sont les médicamens les plus efficaces (voyez Médicamens toniques et formules n" 28,30, 31). 3' Quant à la troisième indication, elle consiste à favoriser la séparation des parties frappées de mort. On y parvient par le iktu, les cau.stiques (sublimé corrosif, pierre infernale, pierre à cautère ), et l'instrument tranchant, etc.
Les affections gangreneuses demandent à être traitées énergiquement; un vétérinaire habile et expérimenté est seul cai)able de dirii^er convenablement ce traitement.
§ III. — Du charbon.
Le charbon ou anthrax est une des formes de la gangrène; il attaque tous les animaux, mais surtout les herbivores. Les viciscitudes des saisons, les longues sécheresses et les longues pluies, l'usage d'alimens avariés et d'eau altéj-ée, l'insalubrité des habitations, les travaux forcés y donnent assez souvent lieu. 11 présente des caractères particuliers suivant l'espèce d'animal qu'il attaque.
a. Chez les solipcdes (on appelle solipèdes les animaux qui ont le pied renfermé dans un seul sabot, comme le cheval, lâne, etc.), il peut affecter plusieui's formes: 1" il s'annonce quelquefois sur la surface du corps par une petite tumeur dure, de la grosseur d'une fève
AKIMADX DOMESTIQUES : PATHOLOGIE.
très-adheiente, très-douloureuse, acquérant rapiclemont un volume assez considérable, et s'acconipagnant de syniplôines généraux d'inflaninialion, d'anxiélé qui l'ont bientôt euxmêmes place à uu afiaiblissement général et à la mort; celle-ci survient dans le court espace de 24 à 30 heures; le traitement de cette variété consiste dans Texcision complète de la tumeur, dans la cautérisation profonde des surfaces vives au moyeu d'un cautère chauffé à blanc, dans le pansement des plaies avec l'eau de Labarraque ou l'eau de javelle, et l'administration à Vinlévïeur d\ifitt/^ut/ ides éneri^iqnes (formules n"' 28, 30 et 31); 2" lorsque le charbon se montre à la cuisse, il porte le nom éti trousse- galant ; il fait des piT)grès à vue d'œil et fait périr en 12 ou 24 heures l'animal qui en est atteint : le traitement est le même que pour la variété précédente; 3" le charbon de la langue et du palais se nomme glossant/irax, < hiincre volant. Il se présente d'abord sous forme de vessies blafardes, livides ou noires, qui se déchirent peu de temps après leur apparition et donnent lieu à des ulcères rongeans qui fout des jjrogrès rapides, envahissent bientôt toute l'épaisseur de la langue, s'accompagnent de symptômes généraux fort alarmans, et amènent promptemenl la mort. Le traitement consiste à enlever les parties gangrenées et à laver les parties malades 5 ou f) fois par jour, avec l'acide sulfurique étendu d'eau, ou la décoction de (|uinquina et l'eau-de-vie camphrée, et à faire avaler à laaimal des breuva,i;es antiputrides (n° 31).
b. Chez le bœuf le eharbou peut aussi affecter plusieurs iôrmes : 1" une première variété se montre plus parliculièremenl au poitrail, à la pointe des épaules, au fanon et sur les côtes; c'est une tumeur d'abord du volume d'une noix etqui fait de tels progrès en grosseur qu'eu une demi-heure elle ac({uiei't souvent celle dune tête d'homme ; elle ne tarde pas à se propager sous le ventre, sur i'épine, le cou, et à faire périr l'animal; 2" une autre variété s'annonce par de simples taches blanches, ou livides, ou noires, qui n'intéressent que la peau presque toujours soulevée et crépitante; sa marche est moins rapide que celle de la variété précédente, mais ses efiéts n'en sont pas moins funestes : les scarifications et les lotions avec l'essence de térébenthine dans les plaies qui en résultent, ainsi que l'application de la poudre de quinquina ou de la poussière de charbon, paraissent être les moyens de guérison les [jIus efficaces; 3° une troisième variété, que l'on nomme charbon blanc, affecte indistinctement toutes les parties du corps, ne forme jxis de tumeur, et ne se reconnaît qu'à une dureté plus ou moins enfoncée, ronde et circonscrite, ou [var un enfoncement résultant de la mortification des chairs gangrenées; elle se remarque particulièrement dans le typhus charbonneux., maladie qui ne pourra trouver place dans ce court exposé des affections des bestiaux ; 4" le bœuf est aussi sujet au charbon à la langue (glossanthrax), qui se reconnaît et se traite comme celui du cheval.
c. Chez les moutons : l» le charbon apparaît quelquefois sur quelques-unes des parties dénudées de laine, telles que le dessous du ventre, la face interne des cuisses et des épaules,