DE LA FERRURE
Lîv. n\.
épaisseur, afin qu'après rapplicatfon du fer à chaud on puisse immédiatement enlever toutes les parties carbonisées par son contact, el s'opposer ainsi à la pénél ration dans le pied du calorique qu'elles recèlent. Si la sole était déjà ti'op amincie, le contact du fer chaïul pourrait devenir irritant pour les tissus vivans et y causer de graves altérations.
Quant à la fourchelte, il est nécessaire de lui laisser toujours le /ilus- de volume possible. T>a plupart des maréchaux ont l'habitude d'enlever jus(|u'au \if la corne de cette partie du pied. C'est une pratique très-vicieuse; en la suivant, on pi-ive le sabot d'un des a|)pareils les plus imporlans de son élasticité, l'appui se fait alors principalement en talons, dont les mouvemens de dilatation sont par ce fait même tout à fait bornés, les parties sous-jacentes s'irritent, et des claudications surviennent. Il ne faut donc, rèi^le générale, en parant la fourchette, qu'enlever une pellicule très-mince de corne à sa surface.
Ainsi, en résumé, pour parer un pied convenablement, il faut lui conserver sa forme naturelle et enlever au sabot toute la portion de corne qui peut nuire par son excès à la justesse des at)lombs, en se gardant bien toutefois d'amincir l'enveloppe cornée au point de la rendre incapable de protéger les parties qu'elle renferme.
§ IV. — De l'adaptation du fer
Le pied étant convenablement préparé, le maréchal forge le fer qui peut lui être adapté, ou bien, comme il arrive le plus usuellement, le choisit dans les magasins de l'atelier. Pour avoir un fer qui ait exactement les dimensions du pied, les mai'échaux qui n'ont pas le coui) d'œil assez exercé ont coutume de le
mesurer sur la déferre. Pour ce, ils appliquent l'une contre l'autre les éponges externes du vieux et du nouveau fer, puis ils les contournent l'un sur l'autre, suivant leur rive extérieure, de façon que successivement éponges, quartiers, mamelles, pinces et éponges internes, viennent se trouver en contact. Si les fetssont réellement égaux, ces différentes parties .sont exactement correspondantes. Si au contraire les dimensions ne sont pas les mêmes, la difléreijce se trouve indiquée par le manque de l'apport entre les éponges internes des deux fers.
Le fer étant choisi, le maréchal le met au feu, reloule les éponges ou lève les crampons, puis le met au feu de nouveau el lui donne la tournure et l'ajuslure du pied; mais il est rare qu'on ait a5sez de jus+esse dans le coup d'œil pour arriver à donner au fer, à première vue el sans tâtonnement, une forme telle qu'il puisse être délinilivement fixé sous le pied. Le plus souvent il est nécessaire de l'appliquer préalablement sous le sabot, pour examiner s'il ne pèche pas dans sa forme et dans ses contours : c'est ce que l'on appelle iaire porter le fer. Dans ce but, le maréchal fait lever le pied, et saisissant avec ses tenailles à forger le fer tout chaud encore, il le pose sur la face plantaire du sabot et l'y maintient avec les manches de ses tricoises dont il fixe 11 est important lorsqu'on pare la sole, avant i les extrémités dans les étampures corresponde poser du fer, de lui laisser une assez forte dantes de l'une el l'autre branche. Pendant
cnAi'. 6. MANUEL OPERATOIRE DE LA FERRURE,
que de sa main droite ropératcur maintient
ainsi le fer, il examine rapidement, en portant la tête à droite, à ganclie, en avant et en arrière, s"il porte tien dans tonte l'étendue du bord inférieur de la ])aioi, s'il n'est pas en contact avec la sole, si les éponges ne sont pas trop loiigues ou trop < onrtes, si le fer luimême n'est pas enliii trop large ou trop étroit; puis, après cet examen lapide, il pose immédiatement le fer siu' le sol avec ses tricoises et ses tenailles, et, s'armant de son boutoir, il se hâte d'enlever les portions de corne carbonisées par le contact du ferchaud.
Ce nivellement de la lare plantaire du pied est alors d'autant plus facile que la corne échauffée, devenue plus molle, offre moins de résistance à l'action du boutoir, et que les [)arlies les plus saillantes, ayant le plus supporté le contact du fer, sont en quelque sorte marquées à l'instrument de l'opérateur par la couleur plus foncée qu'elles réfléchissent.
L'application du fer diaud sous le pied du cheval ne doit être qu'instantanée ; si cette règle n'était pas si souvent oubliée, on ne verrail pas tant d'accidens survenir à la suite de la ferrure. Beaucoup d'ouvriers trouvent, en effet, moins fatigant d'opérer à l'aide d'un fer incandescent la combustion de tout l'excédanl de la corne qu'ils devraient abattre à l'aide du boutoir : ils se rendent aussi par là moins pénible le maniement de leur instrument dans une corne ramollie par l'action du feu; mais il résulte de cette pratique vicieuse que la corne, rapidement desséchée, devient facilement conductrice du calorique qui pénètre jusqu'aux tissus vivans, agit sur eux à la manière d'un violent irritant, et y détermine de graves inflammations. Ajoutons comme con.séquence nécessaire de celte pratique funeste, le dessèchement de l'enveloppe corLce qui , en se resserrant , comprime les parties vivantes et les rend douloureuses.
Nous ne saurions donc trop recommander aux maréchaux d'appliquer le fer sous le sabot avec la plus grande rapidité possible, et de l'appliquer peu chaud. Il est à regretter que la longueur de temps nécessitée par l'application plus rationnelle du fer à froid oblige de renoncer à cette dernièie mélliode. Toutefois, c'est la seule à employer, lorsque les piecis sont sensibles et délicats, si l'on ne veut courir les chances d'estropier les animaux.
Lorsqu'à la suite de l'examen du fer sous le pied on a pu reconnaître qu'il se trouvait dans toutes les conditions nécessaires pour être définitivement adapté, on le trempe alors dans l'eau pour le refroidir, puis, à l'aide d'un poinçon, ou le débouche, c'est-à-dire qu'on désobstrue les contre-perçures que le martellement de l'ajusture avait bouchées. Cette opération doit être pratiquée, soit sur les mors d'un étau entr'ouvert, soit sur un biliol de bois, en ayant l'utile précaution de ne \idi?,Jausser l'ajusture par des coups mal dirigés. Enfin une dernière préparation que l'on fait subir ordinairement au fer avant de l'adapter, mais qui est purement de luxe, consiste à polir avec une lime la rive externe qui doit garnir un peu le sabot, le fjinçon qui 5e replie sur la paroi, et enfin les extrémités
des éponges qui.sont aussi apparentes. Reste maintenant à fixer définitivement le fer sous le sabot.
Les clous qui servent à cet usage sont dits clous à Jerrrr. On les distingue en grands, moyens t-t petits, que l'on emploie suivant les dimensions des pieds, <t dans le même pied, suivant la position des étampur.es, en pinces, nîamelles, quailiers ou Jalons. En général, la grosseur des clous qu'on emploie vaiie suivant la profondeur des élampures qui varie ellemênie suivant lépai-sseur du fer Plus l'étampure est profonde, plus le fer t st épais et conséquemmenl pesant, et plus gros doivent être les clous destinés à le mainlenir. Les petits clous sont représentés de grandeur nalurelle {fig. 213 et 214).
On distingue dans un Fig. 214 et 213.
clou à ferrer la tcte A, le collet B et la lame ou tiL^e C. On y reconnaît en outre deux parties distinctes, le droit E et Vin\erse D du clou. Cette distinction doitêlrenotée.parce que c'est d'après elle que l'on se guide pour donner au clou ce qu'on appelle de Vaffilure. Le droit du clou est la partie polie de la lame qui posait sur l'enclume lorsque le cloutier la forgeait ; l'inverse est celle qui se trouve un peu marqr.ée de l'empreinte du marteau dont elle
supportait les coups. C'est toujours l'inverse du clou qui se trouve du côlé des parties vives, parce que c'est de ce côlé de la lame que l'on ménage Vaf/ilure. On entend par ce dernier mol la préparation que le maréchal fait subir au clou pour le rendre propre à pénétrer dans la corne sans fléchir Les clous à ferrer, tels qu'ils sortent de la main du cloutier, ne pourraient vaincre la résistance du sabot; pour rendre leur pointe plus pénétrante et leur lige moins flexible, les maréchaux ont soin cle les roidir à l'aide du brochoii" sur une petite enclume qu'ils nomment ajfiloir ; puis, lorsqu'ils ont roidi la lame, ils donnent à la pointe une forme telle que du côté de l'inverse sa face fait continuité avec celle de la tige, tandis que du côté du droit le clou se trouve taillé en talus F jusqu'à sa pointe. C'est dans cette forme particulière de la pointe du clou que consiste principalement XaJfUure. Elle a pour immense avantage d'éloigner le clou des parties vives ior-quil pénètre le sabot, et de le diriger vers le dehoi's. Les clous étant affilés, le maréchal fait levei le pied, et, avant d'y |)lacer ie fer, il arrondit à l'aide de la râpe le bord inférieur de la paroi, afin de lui donner plus de régularité, et surtout de le rendre moins susceptible d'éclater,puis après il pose le fer sous le pied. Ces! lorsqu'il est arrivé à cette partie du manuel de la ferrure, que l'opérateur doit surtout se tenir à Tobservauon des règles ; car la gêne des pieds et les claudications qui en sont le
ANIMAUX DOMESTIQUES : DE LA FERRURE
résultai, les piqûres si fréquentes et si graves sont le plus souvent les conséquences d'une mauvaise position du ter sous le pied.
Pour qu'un fer soit bien placé {fig. 205 et 206), il faut que sa rive interne se trouve exactement au niveau du bord correspondant de la paroi, depuis le milieu à peu près de l'éponge internejusqu'à l'élampnre externe de la pince, tandis cjue du ctMé externe, la paroi doit être débordée par le fer depuis l'étampure externe de la pince jusqu'en talons.
On donne le nom de f;arniture à toute la partie du fer qui dépasse ainsi la paroi. Elle doit augmenter graduellement, d'avant en arrière, et avoir une ligne à peu près dans sa plus grande étendue : en talon, du côté interne, le fer doit aussi avoir de la garniture. Cette position du fer n'est point arbitraire ou de pure convention ; elle est nécessaire à la facilité de la marche et à la régularité des aplombs.
Que si, en effet, le fer ne se trouvait pas du côté interne au niveau de la paroi, et qu'il vint à la déborder, l'animal serait exposé à se blesser et à s'entretailler dans la marche; que si le fer se trouvait du côté externe au niveau de la paroi, la base d'appui serait diminuée de toute la largeur de la garniture, et le pied pourrait être serré par la ferrure ; que si, enfin, le fer se trouvait tout à fait en deçà du bord plantaire de la paroi, les maréchaux courraient plus de chances encore d'estropier les chevaux en les piquant avec leurs clous.
Le fer étant piacé convenablement sous le pied, l'opérateur le maintient définitivement dans cette position en le fixant au moyen des clous qu'il implante dans le sabot. En terme de ferrure, on désigne par les mots brocher un clou l'aclion de le faire pénétrer dans la corne. Pour brocher un clou, le maréchal le saisit avec le pouce et l'index de la main gauche, par le milieu de sa lame, eu ayant toujours la précaution indispensable de placer l'affilure du côté des tissus vivans. De cette façon, et par le fait de l'obliquité de sa pointe, le clou se trouve toujours dirigé vers l'extérieur. Lorsque l'opérateur a placé le clou dans la direction convenable, à l'aide de son brochoir, il frappe sur sa tête trois ou quatre coups peu violeus, et juge par la sonorité de ces coups et par la résistance qu'il rencontre, si le clou tend à pénétrer dans les parties dures de la corne, ou si au contraire il s'approche des parties molles. Lorsque de cette manière il a pu se convaincre que le clou suivait une bonne direction, il assène alors avec son brochoir un ou deux coups rapides et bien perpendiciMaires à sa tête, et détermine sa pénétration dans la paroi et sa sortie sur sa surface externe.
Quelques maréchaux ont l'habitude, pour donner plus de fixité au pied lorsqu'ils brochent leurs clous, d'appuyer les mors de leurs tricoises entrouvertes contre la paroi du sabot, et de le soutenir ainsi de la main gauche, pendant que de la droite ils manient le brochoir. Les ouvriers expérimentés n'ont recours à cette manœuvre que lorsque la lame du clou menace de fléchir sous le coup qu'ils frappent. Il arrive quelquefois en effet, lorsque le brochoir n'est pas tombé bien d'a-
plomb sur le sommet de la tête du clou, que sa tige fléchit. Si la flexion a eu lieu sous le fer ou dans la corne même, l'opérateur doit en faire l'extraction, pour le redresser et le brocher de nouveau. Mais si le clou n'a coudé
3 n'en dehors des étampures, on peut le reressersans l'extraire, en appliquant les mors des tricoises sur la convexité de sa courbe, et en frappant obliquement sur sa tête, du côté de la concavité. Entre ces deux résistances, le coude de la tige s'efface, et le clou redressé peut être broché de nouveau; mais comme il a toujours de la tendance à se replier dans le sens de sa première flexion, il faut alors avoir la précaution, soit de soutenir le pied avec les tricoises , comme nous l'avons indiqué tout à l'heure, soit de soutenir la tige du'clou en appuyant contre elle, du côté de sa convexité , l'un des manches de l'instrument.
Quelquefois il arrive, lorsque l'on broche un clou, que son affilure trop oblique ne lui permet pas de monter assez haut dans la corue, et qu'il sort trop près du fer, on dit alors que le clou ne puise pas assez; on doit le retirer, modifier l'affilure, et le faire puiser davantage.
D'autres fois, l'affilure étant trop droite, le clou puise trop, et ne sort pas assez bas; dans ce cas, qui est plus grave, l'opérateur doit l'extraire à l'instant, examiner s'il n'est pas rougi de sang, et, s'il en est ainsi, s'abstenir de brocher un nouveau clou dans son trajet; sinon, il devra donner plus d'obliquité à l'affilure de son clou, et le faire puiser moins. Lorsque le clou est broché, l'opérateur replie sur elle-même, à l'aide du brochoir, toute l'extrémité de la lame qui fait saillie à la face externe de la paroi.
Tel est le procédé que l'on emploie pour brocher des clous dans le sabot du cheval. Voyons maintenant dans quel ordre on doit successivement procéder à leur implantation.
Le fer étant convenablement placé sous le pied, l'opérateur le fait maintenir dans la position qu'il lui a donnée, en indiquant à son aide de fixer son pouce sur la branche interne, tandis qu'il broche du côté externe le clou de la mamelle; puis, après en avoir replié la lame, il fait changer de main à son aide, et tandis que le pouce de sa main opposée se fixe sur la branche externe du fer, il broche le clou de la mamelle du côté interne. Le fer se trouvant ainsi fixé au moyen de deux clous, l'opérateur examine s'il n'a pas varié dans sa position, s'il ne s'est pas porté en dedans ou en dehors, en avant ou en arrière; et dans l'un ou l'autre de ces cas, il remédie au changement de place à l'aide du brochoir et des tricoises. Si le fer est trop porté en dedans, il le repousse en dehors en frappant sur le quartier interne avec son brochoir, ou en opérant du côté externe une traction à l'aide des tricoises dont il fixe l'un des mors sur la paroi, l'autre sur la rive interne de la branche du fer, tandis que sa main fait exécuter aux manches un mouvement de bascule. Si le fer garnit trop eu dehors, il le reporte en dedans par le même procédé; de même s'il est poussé trop en talons, de même enfin s'il garnit trop en pince.
La position convenable étant supposée ob-
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