‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 225 sur 325 · ENGRAISSEMENT DES BEST1A.UX · texte numérisé non relu

ENGRAISSEMENT DES BEST1A.UX

prairie où elles doivent pâturer. Le bétail qui est à retable s'agite lorsque les heures où il doitrecevoir ses repas ne sont pas ponctuellement observées, tandis que jusqu'à ce moment il demeure très-tranquille. Il connaît aussi la ration qu'on lui donne ordinairement; lorsqu'il l'a reçue et mangée, il se livre au repos; si au contraire il ne l'a pas reçue en entier, il demeure inciuiet. Cette régularité dans la distribution de la nourriture contribue tellement à son engraissement, qu'une alimentation incomparablement plus abondante, mais donnée irrégulièrement, ne peut dédommager du défaut d'ordre. On peut régler de différentes manières les heures des repas et la quantité de nourriture qu'on veut donner aux bêtes ; mais quand ils ont une fois été réglés, il faut toujours les continuer sur le même pied. — On tomberait dans une erreur très-préjudiciable, si l'on voulait donner à manger jour et nuit sans interruption. Les animaux ruminans principalement ont besoin à chaque repas de remplir leur panse jusqu'à un certain point; après quoi il leur faut un long intervalle de repos, pendant lequel, couchés sur leur litière, ils puissent ruminer à leur aise ; ce repos leur est indispensable si l'on veut que la nourriture leur profite. Il suffit de donner trois fois ou tout au plus quatre fois à manger par jour, en faisant durer chaque repas deux heures, et eu le divisant en plusieurs services.

§ VIII. — Moyens d'activer l'engraisseaieat.

On a proposé d'administrer dans ce but, aux animaux à l'engrais, différentes substances, parmi lesquelles je citerai : 1° le sel; 2" les substances amères; 3° l'antimoine et le soufre ; 4" l'eau-de vie.

Si le sel, considéré généralement comme facilitant la digestion et stimulant l'appétit, est employé dans ce but avec succès pour tous nos bestiaux, à plus forte raison doit-il présenter de l'avantage dans l'engraissement. Du reste, il faut toujours avoir égard à la na ture des alimens pour la quantité de sel à donner : une nourriture fermentée^ acide, en nécessite moins que des alimens mucilagineux, météorisans ou difficiles à digérer. Uue trop forte dose affaiblirait les animaux, et leur causerait des diarrhées; néanmoins, on peut en toute sûreté donner aux bêtes à l'engrais le double et même le triple de ce qu'on donne ordinairement aux autres bêtes, ce qui, d'après J. Pasbt, peut aller à 3, 4 et même 6 livres par mois pour un bœuf. L'emploi du sel et des différens toniques est donc inutile à l'égard des bêtes saines, vigoureuses et bien nourries, surtout au commencement de l'engraissement, mais présente des avantages chez des animaux vieux, débiles ou très-lymphatiques, nourris avec des fourrages aqueux ou malsains. — Le sel se donne mélangé aux alimens ou dans la boisson ; on peut encore le présenter à lécher aux animaux. La première méthode mérite la préférence, |)arce que les bêtes mangent plus volonliL-rs les fourrages imprégnés de sel.

Quelques substances amères et aromatiques, comme la gentiane, les baies de genièvre et autres, employées de temps en temps à la

dostî de 2 à 3 onces par bœuf, peuvent favoriser l'engraissement en fortifiant les organes digestifs. Quant à l'antimoine, que l'on a c\\u'Aquefois employé à cet usage en Allemagne, les opinions sont partagées sur ses effets. Plusieurs personnes les regardent comme trèsconvenables, d'autres comme un moyen de supercherie pour faire paraître l'animal plus gras qu'il ne l'est réellement. Il est bien reconnu que cette substance a la propriété de pousser à la peau, et de favoriser sa souplesse en augmentant la transpiration insensible; sous ce rapport, donnée en même temps qu'une bonne nourriture, à la dose d'une l/'2 once tout au plus en huit jours par tête de bétail, elle peut en effet favoriser et activer l'engraissement ; mais je doute que l'on puisse obtenir de bons effets de son emploi à trop fortes doses. — Le soufre agit de la même manière; mais il convient moins encore.

Des expériences nombreuses entreprises en Allemagne ont démontré que l'eau-de-vie, administrée en petite quantité, favorise la formation de la graisse ; aussi Pabst nous apprend-il que l'on a trouvé avantageux d'en donner jusqu'à la dose journalière d une livre par bœut vers la fin de I engraissement. C'est sans doute la présence de l'alcool (esprit) qui contribue à rendre les alimens fermentes si convenables aux bêtes à l'engrais, et qui fait que les résidus mal distillés sont meilleurs que les autres.

§ IX.— Effets de rcngraisscment.

Le premier effet de l'engraissement est Vembojipoint. Il est caractérisé par la disparition des interstices musculaires et des saillies osseuses, par la légèreté, la gaieté, la vigueur des animaux. Alors toutes les fonctions s'exécutent avec régularité ; les excrétions et les exhalations sont abondantes; la transpiration est onctueuse, surtout aux ars postérieurs; les poils s'allongent, grossissent, tombent, et le volume du corps augmente. — A mesure que l'engrais fait des progrès, la gaieté diminue et bientôt elle disparaît; en même temps la démarche devient lourde et chancelante; le corps s'arrondit, le ventre devient tombant et volumineux, et la sensibilité s'émousse. Cet état d'insensibilité est quelquefois poussé chez le cochon à un point incroyable. M. Grognier l'apporte que l'on a vu de ces animaux, étendus sur la litière, ne faisant d'autres mouvemens musculaires que ceux des mâchoires, ne pas s'apercevoir de l'existence d'une famille de rats nichée dans la profondeur du lard. — L'animal arrivé à cet état a atteint ce que l'on nomme le fin gras. Si alors on ne le tuait pas, il ne tarderait pas à périr par la fonte et la résorption de la graisse. L'obésité est donc un véritable état maladif, dont la mort serait le terme, si l'homme ne s'empressait pas de la prévenir; et il faut que les engraisseurs s'attachent à reconnaître le point précis où ils ne pourraient plus, sans danger pour leurs intérêts, conserver les animaux engraissés.

M. Chambert, vétérinaire et auteur d'un Essai sur l'amélioration des animaux domestiques, observe que les bêtes à cornes élevées et engraissées à l'air dans les pâturages, ont plus de tendance '\ prendre de la graisse inte-

rieureineul ; cl que ceux qui ont été élevés presque constannnenl à 1 élable avec du foin, des racines, des grains secs, ont une plus grande disposiliou à un embonpoint extérieur. La cause en est (jue l'action de l'air froid sur la peau remiiêche de se distendre dans le premier cas, et que la chaleur constamment chaude et hunude des étables produit l'elfel contraire dans le second. Il observe encore que dans le premier cas les bœufs sont constanmient tourmentés par des démangeaisons qu'il regarde comme les signes d un bon engrais, et dont ou doit adoucir l'effet en plantant, dans les enceintes oii les bœufs sont retenus, des pieux contre lesquels ces animaux puissent se frotter.

La graisse se forme d'abord sous la peau et entre les muscles; ce n'est qu'après que ces parties en sont à moitié saturées, qu'elle se dépose autour des viscères du bas- ventre. Ainsi un animal peut paraître gras aux yeux d'un homme peu exercé, et ne l'èlre cependant pas complètement. Celte remarque est importante, parce que la quantité de graisse qui se forme dans l'intérieur est souvent considérable (100 livres de suif, terme moyen, pour un bœuf), et que c'est de là seulement que Ton peut facilement retirer celle que l'on veut vendre séparément pour l'usage de l'économie domestique et des arts.

§ X. — Produits des animaux engraissés.

Ces produits sont la viande et les issues, y compris le cuir et le suif; toutes ces matières réun-ies ensemble, l'animal étant ou n'étant pas dépecé, constitue le poidx brut. On donne au contraire le noms de pouls net au poids de la viande et des os, c'est-à-dire des matières livrets à la consommation. — Terme moyen, le poids brut d'un bœuf est au poids net comme 3 esta 2, c'est-à dire que la viande et les os forment à peu près les deux tiers du poids de l'animal, et que le troisième tiers est représenté |)ar le poids du cuir, du sang, de la tète, des pieds, de l'estomac, des intestins et des matières qu'ils contiennent, du foie, du poumon, du cœur, et enfin du suif; mais cette proportion e^t loin d'être constante, plusieurs circonstances peuvent la faire varier. En général, le poids des issues est d'autant plus considérable, toute proportion gardée, que les animaux sont dune plus petite stature.

Voici le calcul fait par sir .Tobn Sainclair, des substances d'un bœuf tiré du Devonshire, tué à i'àge de '6 ans et 10 mois :

Il pesait en vie. 1-139 livres.

Suif 133

Peau 70

Tête et langue.. . . 34

Cœur, foie, poumons. 19/ 433

Pieds 16

ïi^iilrailles et sang. . 152

Viande nette lOOG

Total égal. . . . 1439 Comme on le voit, la viande formait plus des deux tiers. — Les issues se sont trouvées en moindres proportions dans un énorme mouton Dishley, ainsi que le démontre le relevé 6îii\ant :

ÉCONOMIE DU BÉTAIL. liv. Ill;

Poids du mouton en vie. 271 livres.

Peau 231

Sang 9

Fressure et tête.. . . 1 > / or

Suif 2.-' '^'^

Entrailles \l

Viande nette. . . . 186

Total égal 271

A égalité de poids les bouchers paient généralement plus cher les animaux engraissés de pouture que ceux qui l'ont été dans les herbages; ils savent très-bien que la viande est plus savoureuse, qu'ellese conserve plus longtemps et que le suif en est plus ferme et plus blanc. — Les fabi'icaus de chandelles font aussi une différence dans le suif des animaux, suivant la manière dont ils ont été engraissés ; ils reprochent au suif des animaux engraissés à l'herbe, d'être verdàtre, peu consistant, de faire beaucoup de déchet à la fonte, et, pour me servir de leur expression, de n'être pas assez mûr.

§ XI. — De la saison la plus favorable à l'engraisscment.

Pabst établit en principe que, dans le choix de l'époque où l'on veut engraisser les bestiaux, on a généralement quelque égard à la convenance de la saison sous le rapport de la facilité de l'engraissement; mais que l'on considère encore bien plus l'occasion favorable de vendre et d'acheter les bêles, et la possession de fourrages appropriés à l'engraissement.

Il est reconnu que, pendant l'été, on engraisse avec peu de succès, à cause de la trop grande chaleur, et de l'agitation qu'occasionne au bétail la multitude d'insectes qui se tiennent alors dans les étables et dans les pâturages. Le froid n'est pas avantageux non plus; néanmoins, excepté dans un climat d'une extrême rudesse, il n'est préjudiciable que lorsque les étables sont mal garanties, et qu'on met les bêtes au pâturage pendant les mauvais temps. La saison tempérée est sous ce rapport, de même que sous d'autres, la plus convenable à l'engraissement. Cette règle s'applique également au climat en général. La situation n'est pas indifférente, du moins pour l'engraissement au pâturage, qui a lieu avec moins de succès dans des endroits élevés, exposés à de grands vents, que dans des pâturages abrités. — Mais la température et la convenance matérielle d'une saisoii sont des considérations secondaires : ce qui doit principalement diriger l'engraisseur dans le chois qu'il fait d'une époque pour engraisser, ce sont les considérations économiques, c'est-à-dire l'occasion de vendre et d'acheter les bêtes avec profit. Or, comme à cet égard les règles varient suivant les localités et les circonstances, il est impossible de présenter des données générales.

Lorsqu'on n'engraisse qu'en petit et qu'on n'achète pas le bétail à l'engrais, on prend aussi en cousidéraîion l'époque la plus favorable pour réformer les bêtes de rente et de travail que l'on destine à l'engraissement. — Cette circonstance est souvent en opposition avec l'occasion favorable de vendre avec profit; ce n'est, par exemple, qu'au commence-

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