DE LA CONSERVATION DES RACES
part un peu plus jlarge aux éleveurs, alors il aura une action puissante sur l'élève des chenaux dont maintenaut il aurait tort de se plaindre, et peu à peu, sans grande augmentation dans le cliapitre des remontes, il parviendrait à se procurer des chevaux meilleurs que ceux qu'il a tirés d'Allemagne à plusieurs époques, et à une partie desquels on peut reprocher d'avoir une poitrine peu développée, un flanc long, des reins faibles, et au total de présenter plus d'ardeur et de brillant que de solidité et de force.
Tous les autres moyens d'encouragement ne vont pas à beaucoup près aussi sûrement à leur but, leur utilité est contestée; et par exemple, les primes pour les poulains et pour les poulinières sont regardées comme nuisibles par des auteurs qui ont bien étudié cette question, M. Huzard fils et M. Mathieu de Dombasle. Les courses ont été vantées comme étant de première utilité par M. Huzard fils, d'après ce qui se passe en Angleterre; elles ont été l'objet de remarques critiques de la plus haute importance par BL de Burgdorf, et elles sont considérées comme inutiles par M. Mathieu de Dombasle.
Après avoir été étudiée par M. Mathieu de Dombasle dans \u\ article fort remarquable intitulé de la Production des chevaux en France, toute l'action de l'administration des haras est en définitive représentée comme ne tendant qu'à un seul objet, celui d'engager les cultivateurs à élever une seule espèce de chevaux, qui est précisément celle dont la production offre le moins d'avantage à leur industrie. Ce que nous pouvons faire ici, ce n'est pas de discuter dans un court article les oj)inions des auteurs que nous citons; notre désir se borne à faire voir que d'un côté l'utilité des remontes faites en France n'est contestée par personne, que de l'autre il est loin d'en être de même de différents moyens qu'emploie l'administration des haras; d'où il suit que le premier, le plus réel des encouragemens que puisse obtenir l'agriculture dans la production des chevaux consiste dans l'achat des chevaux de troupe et l'élévation de leur prix qui permettrait de choisir les meilleurs qui se font en France. A cet encouragement quelques départemens en ajoutent un autre qui ne peut faire l'objet d'aucune remarque ciitiqiie bien fondée. Il consiste dans la vente publique des étalons qui paraissent convenir le mieux aux croisemens des races indigènes. Le conseil général fait les dépenses, il achète des étalons, les vend à l'enchère, puis il apporte aussi peu que possible de restriction à la libre jouissance des étalons par ceux qui en soiît devenus les propriétaires. Il lui importe surtout de n'accorder aucune prime, aucune faveur aux produitsde ceschevaux niaux produitsdetous les autres étalons ; les acheteurs, doiveut être seuls appelés à les j uger. S'ils sont bons, le prix des étalons s'élève; le département n'a plus à supporter qu'une légère différence entre le prix d'achat et celui de vente; il augmente le nombre des bons étalons qu'il donne aux cultivateurs l'occasion d'acheter. Dans le cas contraire il est averti de ses fautes par les obstacles (ju'il rencontre. Mais il doit toujours s'attendre dans le commencement à des hésitations, à des tâlonneuicns.
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Des motifs de plusieurs genres peuvent, ce nous semble, servir de guide dans le choix ds ces étalons, et les croisemens que les cultivateurs sont engagés à pratiquer. Le vœu des agriculteurs praticiens doit avant tout être consulté. Les vétérinaires, qui par leur état sont appelés à voir beaucoup de fermes, peu vent éclairer aussi l'administration et les cul tivateurs eux-mêmes. Il y a beaucoup d'à vantage à prén\unir les éleveurs contre le désir d'augmenter rapidement leurs races par l'emploi des plus gros étalons. Il leur est bien moins commun, lorsqu'on les laisse libres, de chercher à les ennoblir intempeslivement par fusage des étalons nerveux et légers. Tous ceux notamment qui font travailler les poulains apprécient toute la distance qui existe entre l'élève d'un cheval de trait et celle des chevaux les plus légers. Quant aux administrateurs du département, il importe beaucoup qu'ils voient cette affaire d'une manière plus élevée. Les croisemens doivent avoir pour but de nous procurer les espèces de chevaux qui nous viennent du dehors et que nous payons chèrement. Les chevaux de jioste et de diligences se présentent en première ligne; ceux pour les carrosses et les équipages de luxe viennent en deuxième ligne. Il nous suffit que ceux-ci aient le degré de beauté, de légèreté et de ixîsistancedes chevaux que nous tirons d'Allemagne,car nous en faisons venir fort peu d'Angleterre, et par exemple, les états des douanes n'en indiquent pas plus de G2.3 pour 1828.
Dans le court article qui précède, plusieurs questions n'ont pu être traitées que d'une manière incomplète. Nos lecteurs gagneront à consulter, en ce qui les concerne, plusieurs ouvrages et articles dont nous citons les principaux : le traité des haras domestiques en France, de M. Iluzard fils; le travail de M. de Dombasle intitulé De la Production des chevaux en France^ et inséré dans la sixième livraison des Annales deRoville; une lettre de Maître Jacques Bujault, à laquelle nous avons ajouté quelques notes et que nous avons reproduite dans le recueil de médecine vétérinaire; des observations de M. Ammon, également reproduites avec des notes dans le même journal, et pouvant avoir pour épigraphe : tout le secret de faire de grands chevaux existe pour les Anglais dans le sac à avoine; le traité des haras de M. Demoussy; et le traité de la cavalerie de M. de La R.oche-Aymon. YVART, Directeur de l'Ecole vcici inuirc J'AI foi t.
Section V. — Conservation des races dans l'espèce cheval.
Les races de chevaux , ainsi que cela vient d'être dit dans le chapitre qui précède , doivent dans beaucoup de circonstances être conservées dans leur état de pureté. Ce n'est que lorsqu'elles ont dégénéré , ou qu'elles sont tout-à-fait inférieures à des races étrangères , qu'il peut convenir de les changer par le métissage. Four prévenir la dégénération des races indigènes , comme aussi pour assurer le succès des croisemens , il existe plusieurs coudi lions d'âge, de sauté et de conformation à rechercher dans les étalons et jumens consacrés à la reproduction. Ce^ tcndilions vent être cxcniicées.
TUME II. — 52.
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§ I. — De l'Age auquel il convient d'accouplir le chevaux pour la conservation des races.
C'est une opinion gcnéi'alemenl l'eçiie que l;-s étalons et les jumens ne donnent jamais (le meilleurs pi'oduils que lorsque , parvenus à l'âge adulte, ou n'ayant pas beaucoup dépasse cet âge, ils onl acquis et. n'ont pas encore perdu toute la force qui leur est départie pr.r la nature. Ce principe, qtti paraît simple et iort sage, n'est pas aussi facile à appliquer , qu'on pourrait le croire tout d'abord. Quel est l'âge adulte pour les chevaux? Est-ce l'époque où les dents de lait sont complètement remplacées? Les dents de remplacement ont fait, dans toutes les races, leur éruption complète à 5 ans; II faudrait donc admettre qu'à 5 ans toutes les races sont également propres à la reproduction; mais les chevaux du nord el de l'ouest de la France atteignent à 3 ans 1/2, 4 ans leur maximum d'accroissement et de vigueur, tandis que les chevaux limousins n'y arrivent qu'à 6 ans , d'où il résulte que l'âge (le l'accouplement doit varier selon les races.
§ II-, — Inconvénient des femellLS Irop jeunes.
On devance fréquemment l'époque ou il conviendrait de faire couvrir les jumens. C'est là une cause puissante d'abâtardissement.
La pouliche qui est fécondée à 2 ans, comme cela se pratique souvent, n'a pas encore, comme la jument adulte, cette exubérance de vie qui , après la conception, se porte sur l'utérus , et lui donne les moyens de nourrir le nouvel être. Chez elle, toute l'activité vitale ne doit avoir qu'un but, l'accroissement complet des organes; et tous les matériaux assimilables fournis par la digestion sont nécessaires à ce développement. Si, après la fécondation, la force formatrice qui se développe dans l'utérus vient balancer ce mouvement de nutrition, la mère el le petit sujet se partagent des matériaux qui n'eussent dû servir qu'à un seul individu ; tous les deux eri souf- Irent ; la mère reste inachevée, le poulain naît faible et débile.
Une jument entièrement adulte donne des premiers-nés aussi vigoureux, aussi gros que ceux qu'elle donnera par la ^uite; c'est en raison des accouplemens prématurés qu'il est possible d'admettre, avec la plupart des auteurs, que les premières portées sont moins fortes que les suivantes.
A cette première cause de dégénéralion des races, il laut ajouter encore que les jeunes bêles, ayant le bassin peu évasé , mettent bas difficilement, qu'elles sont fréquemment chatouilleuses el qu'elles sont peu laitières.
§ IIL — Inconvénient des clalons Irop jeunes.
L'emploi des mâles trop jeunes est aussi une des principales causes de dégénération.
Par dégénéralion, nous ne croyons pas que l'on puisse entendre la diminution delà taille, mais bien plutôt un affaiblissement de la constitution et de la bonté du tempérament. Les cultivateurs flamauds emploient beaucoup de poulains à la rcproducliou de l'espèce
DES CHEVAUX ET DE LEUR ÉLÈVE. liv. m.
chevaline, et rien n'indique qu'il y ait diminution de volumeou delailledans les énormes chevaux que produit la Flandre, mais ils sont extrêmement mous et lymphatiques. Ainsi , nous le pensons, le tempérament étant un héritage des deux ascendans , il importe , pour conserver aux races toute la vigueur dont elles ont besoin, de n'employer à la reproduction que des individus dans toute la iorce de l'âge.
D'après Bourgelal, on ne doit permettre aux jumens l'usage de l'étalon que lorsqu'elles auront atteint quatre ans, s'il s'agit de jumens épaisses, et cinq ans s'il s'agit de jumens fines et légères, tandis qu'on ne doit commencer à employer un étalon de selle qu'à six ans , et à cinq ans l'étalon de trait ou de carrosse. En Angleterre, quoique les chevaux de selle, plus abondamment et surtout mieux nourris qu'en France, se développent plus vile , ils ne sont cependant employés à la monte qu'après l'âge adulte; il faut d'abord qu'ils aient suffi aux courses et qu'ils s'y soient distingués.
Nous venons de déterminer l'âge auquel il convient d'accoupler les chevaux. Voyons maintenant, pour conserver toutes les qualités d'une race, quel est le temps pendant lequel on peut les consacrer à la reproduction. Bourgelal convient que les chevaux bien conduits, bien ménagés, et qui n'ont pas étalonné avant l'âge mûr, peuvent servir fort longtemps ; mais il est toujours prudent, pour ne pas souiller les haras de mauvais poulains, de réformer les étalons dès qu'ils commencenf à déchoir. On pourrait citer de nombreux exemples de très vieux chevaux donnant de très beaux produits; Arislote rapporte avoir vu saillir un étalon à l'âge de 40 ans. Nous avons vu un étalon de pur sang, du haras de M. Rieussec, le Raimbow, donner des produits toujours admirables dans l'âge le plus avancé. Pour l'âge de la jument, c'est encore le même principe avec les mêmes exceptions.
§ IV. — Conformation à rechercher dans les dialoiis et les jumens destinés à la reproduction.
Pour la consetnation et l'amélioralion des qualités d'une bonne race, il ne suffit pas de choisir des étalons et des jumens d'un âge convenable, il faut encore que leur conformation soit aussi rigoureusement bonne que le comportent les ressources que l'on a à sa disposition. Dans le choix que l'on est appelé à faire, on doit d'abord s'attacher à ces qualités générales qui conviennent à tous les animaux, quel que soit le service auquel ils sont destinés; comme, par exemple, l'ampleur de la poitrine, qui est un indice de force et de résistance aux longues fatigues, la solidité des membres généralement exprimée par le grand développement des articulations, par la bonne conformation du pied ; la bonté du tempérament, qui se trouve, pour ainsi dire,traduite par le peu d'épaisseur de la peau qui dessine Bien les muscles et les os qu'elle recouvre, sa souplesse, la finesse des crins, k peu de développement du tissu cellulaire, etc. Après ces beautés qui doivent appartenir à tous les chevaux de choix destinés aux travaux rapides, et autant que possible aux gros