‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 24 sur 325 · DU LIN ET DE · texte numérisé non relu

DU LIN ET DE

,.^., — enfin loules les terres franches Uc\lement divisibles, profondément ameublies, et richement fumées pour les i-écolles précédenles, sont propres à la culture du lin.

Toutes clioses égales d'ailleurs, les terres un peu fortes, grasses, humides, donnent, au moins dans les années de séchere-se , de plus beaux produits en apparence; le brin y acquiert de la longueur; mais la filasse en est grosse. — Les terres légères au contraire , lorsque les pluies prinlanières viennent à manquer el qu'on ne peut les remplacer par des irrigations, produisent du lin plus cou^t, souvent même si court qu'on doit renoncer à en tirer aucun parti. Cependant, en général , vers le centre , et à plus forte raison dans le nord de la France , elles donnent les produits sinon les mieux assuiés, au moins de la meilleure qualité.

Dans certaines terres, non-seulement les linsclcgénèrentpromptcmenl, mais on ne peut les faire revenir avec profit sur les nsémes soles avant 6 ou 7 ans et plus, méuieavecla précaution de renouveler la graine. — Dans d'autres , ils peuvent se conserver sans altération ou réussira des époques i-approchées, pendant fort long-iemps. Telles sont, dit-on, aux environs de Higa, les linières destinées plus spécialement à la production des giaines de semence; telles, dans le département de l'Aisne, celles du voisinage de Cliauny et de Coiicy, oii, d'après >I. André, les lins , renouvelés de loin en loin de Riga, se succèdent tous les trois ims avec un succès égal, et telles encore les fertiles vallées deChalonnes, où cette plante fait presque partout, avecle Iroment,la base d'un assolement biennal dont l'origine remonteà plusieurs siècles, et où l'on a cependant,jusqu'à ces dernièresannées, évité avec un soin, a mon gré, trop scrupuleux, d'introduire la moindre quantité de semences étrangères. — Toutefois, des cas semblables sont exceptionnels; et je les cite comuictels.

Le lin d'hiver est moins difficile que celui d'été sur le choix du terrain. En effet, dans les contrées où on cultive l'un et l'aiitie, comme aux environs d'Angers, il n'est pas l'are de voir le premier donner de beaux et u iles produits dans les champs où l'on oserait à peine risquer le second.

On a cru remarquer aussi que la variété de Flandre résiste mieux qu'une autre à la sécheresse, et qu'elle peut, parconséqueul, donner des l'écoltes plus assurées dans les sols trèslégers et brûla ns.

Cet avantage, fort grand pour les cultures méridionales et même pour celles des contrées de l'ouest, où la rareté des pluies prinlanières est trop souvent le plus grand obstacle à la réussite du lin, est cependant compensé par quelques inconvénieus que nous aurons plus tarda examiner.

On cultive le lin, non seulement pour la filasse qu'on retire de ses tiges, mais pour l'huile qu'on exprime de ses graines, el, dans quelques parties du midi de Tfàirope, pour le fourrage qu'il procure aux herbivores.

§ II. — Préparation du sol.

La préparation du sol dS\i varier scion sa

AGRICni.TCRE.

propre nature et l'état dans lequtl il se trouve par suite des cultures précédentes.

En Flandre, dans les terres Jortes où on ne sème habituellement le lin que sur jachère, comme aux environs de Courlrai, d'Anvers, de Gand, de Bruges, etc., on trouve indispensable de donner nu moins trois labours dont le dernier est suivi de hersages et de roulages. — Ailleurs, ajn'ès un seul labour d'automne, on ameublit la surf.ice du sol à 3 ou 4 po. (C'OGG à 0"'08S) de profondeur, par deux ou trois cultures à Textirpateur, qui n'e.xcluentpas les hersages répétés.

En Zélande., où les Hollandais recollent la majeure partie des beaux lins qui alimentent leurs manufactures, et où les terres sont grasses, assez fortes el un peu humides, on donne aussi trois ou quatre labours, et même plus pendant l'aiinée de jachèie. ou bien on ne fait venir le lin qu'en troisième récolle, après le froment et la garance. Dans ce cas, Voici, d'après Pap.mentiep., les façons nécessaires : après avoir bien funié le° sol et l'avoir labouré deux fois, on y jette du grain; l'année suivante on plante de la garance qui y reste deux ans; la quatrième année on y S! me le lin. Par ce moyen, il est impossible de ne pas avoir une (erre bien meuble; car, outre les deux ou trois labours donnés avant l'ensemencement du grain, outi-e la fermentation du lumier et les autres labours qu'on répète quelquefois jusqu'au nombre de cinq pour la garaiice, il y a encore des façons continuelles pour lecouvrir de terre les racines de celle plante.

^ux emdrons du Mans , on laboure une première fois vers le mois d'août ou de septembre, dès que le champ est débarrassé de la moisson; une seconde fois dans le courant d'octobre pour enterrer le fumier, et on profite des premières journées favorables de février ou de mars pour donner les dernières façons. Le mode le plus certain et le meilleur est incontestablement de les donner à la pelle, à la bêche ou à la houe; mais la dépense étant beaucoup plus considérable, dans la grande culture on se contente, pour le dernier guéret , de deux labours en sens croisé.

En Maine-et-Loire., pour les lins d'hiver qui succèdent presque toujours au froment, on laboure aussi le plus profondément possible, en billons de 4 raies, sitôt que la lécolte est enlevée; on her.se ensuite, el, peu de temps avant de répandre la semence, on se contente de bi-iser les mottes et de redresser le terrain à l'aide du hovau. — Dans les momens de presse, j'ai même vu assez souvent semer immédiatement sur le hersage; et quoique celte dernière méthode ne me semble pas de nature à être recommandée, il est certain que parfois elle laisse peu à désirer. — Pour les lins d'été, dans les métairies, la préparation du terrain jusqu'au moment du semis est à peu près la même. Rarement on donne plus d'un labour à la charrue, d'un hersage, et d'une façon au hoyau; mais, dans les fermes de la vallée, où tous les travaux se font à bras d'hommes, on a dû adopter un mode différent : /«, le labour de déchaumage s'opère au moyeu de la houe décrite page SOj^îg-. 22 du livre premier. On

TOJIE II, — 3

18 CULTURES INDUSTRIELLES : PLANTP:

lui donne de 10 à 12 et 15 po. (0™ 271 à 0"' 325 etO'" 406) de profondeur, en faisant passer deux fois l'inslrument dans la même Iranchée. — Assez rarement il est nécessaire de herser. — Immédiatement avant le moment des semailles, on hâle la terre , c'est-à-dire que, pour détruire les mauvaises herbes et pour ameublir la surface sans favoriser l'évaporation de la masse inférieure, on détranche , toujours à la houe, à environ 2 po. (0"" 054 ). Le résultat de cstte opération, lorsque la saison se comporte favorablement, est de procurer un guéret qui se répandra bientôt après sur la semence finement comme de la cendre.

Dans le département de l'Aisne, on suit à peu près partout le même assolement triennal, qui consiste à faire succéder le lin au chanvre et le blé au lin. Les cultivateurs fument pour le chanvre, retournent la terre après la récolte, l'ameublissent dans les premiers jours du printemps suivant par quelques hersages el roulages, sèment immédiatement le lin sans nouvelle fumure, et emblavent ensuite un froment qui vient trèsbien après cette plante.

Quand la terre a été suffisamment ameublie, il faut encore parfois lui donner une dernière façon avant de lui confier la semence. C'est ainsi que dans les contrées septentrionales, sur les fonds qui seraient disposés à retenir l'eau outre mesure, on sépare les planches par de petits fossés d'écoulement, d'une largeur et d'une profondeur calculées d'après les besoins locaux. En Nort-Hollande, on donne à ces sortes de planches de 30 à 60 pieds ( 10 à 20 mètres) de large. Les fossés ont un peu plus d'un mètre de profondeur sur un pied et demi (0"4S7)de largeur. J'ai retrouvé une disposition analogue non loin d'Anvers ; mais, en général, en Belgique et mieux encore en France, à moins de cas particuliers, au lieu de donner au sol les moyens de s'égOLitter, on cherche au contraire à lui faire conserver l'humidité nécessaire, et pour cela on le laboure uniformément à plat, ou en planches largesdont les côlés sont à peine indiqués par de légers sillons d'écoulement.

§ IH. — Des engrais.

Si on semait le lin sur une terre nouvellement couverte de fumiers de litière, quel que soin qu'on eût pris de les répartir également, il en résulterait nécessairement une inégalité de végétation plus préjudiciable pour cette plante que pour toule autre ; tandis qu'un certain nombre de pieds prendraient le dessus et se i-ami fieraient de bonne heure, parce qu'ils auraient trop d'air, les autres seraient étouffés, et la récolle p(;rdrait ainsi sa plus grande valeur. En général, c'est donc sur la culture préparatoire à celle du lin, qu'on répand les engrais, en assez grande quantité pour que cette culture n'en enlève qu'une partie, mais de manière que, l'année suivante, ce qui en reste soit complètement et également réparti dans la couche labourable.

Dons le département du Nord, cependant, non seulement on fume le trèfle ou le blé yuquel oa veut faire succéder le lin, à raison

S TEXTILES ET FILAMENTEUSES, liv. ii.

de 30 à 36 voitures de bon fumier et on y ajoute assez communément une dizaine de voitures de cendres de tourbe par hectare ; mais on emploie en quelques lieux une quantité de fumier h peu près égale pour le lin lui-même. En pareil cas on a soin de répandre et d'enlerrer l'engrais avant l'biver, afin qu'il se consomme, qu'il se divise par les labours subséquens, et que son action soit uniforme autant que possible.

Aux environs du Mans, M. Vétillaut a adopté une méthode -analogue; en effet, vers le mois d'août ou de septembre, il donne un premier labour; le mois suivant, il répand sur le terrain une quantité d'engrais double de celle que l'on mettrait pour le froment , et la fait enterrer par un second labour. — Sur les terres fortes il préfère le fumier de cheval, pour les terres légères celui de bœuf et de vache.

Toute espèce d'engrais convient au lin. Ceux en poudre sont d'autant plus avantageux que leur décomposition est uniforme et qu'on peut les répandre fort également. En Hollande et en Belgique on emploie assez souvent la poudrette; je ne doute pas que l'on ne puisse obtenir un égal succès avec le noir animal en l'utilisant à propos, c'est-àdire sur les terres d'une certaine consistance, natui-ellernent plus froides que chaudes.

L'engrais liquide auquel les Flamands donnent le nom àe purin et qui se compose de tourteaux oléagineux, piles et dissous dans l'urine des bestiaux, après qu'il a été étendu d'une grande quantité d'eau et qu'on l'a laissé fermenter plusieurs mois dans les citernes dont il a élé parlé dans une autre partie de cet ouvrage, est un des meilleurs dont on puisse faire usage pour le lin. A la vérité il ne dispense pas absolument des autres fumures, mais il ajoute sans danger à leur énergie; et comme on ne le répand que peu de jours avant le semis, il pénètre la terre d'une fraîcheur qui favorise la germination et qui active puissamment la première végétation des jeunes plantes.

^ IV. — De l'époque des semis et du clioix de la graine.

Les lins d'hiver, semés dès les premiers Jours de l'automne, ont moins à redouter l'effet des froids. — Les lins d'été se mettent en terre de la fin de mars à la première quinzaine de mai, vers le centré et le nord de la France. En semant trop tôt, on aurait à redouter les dernières gelées ; — en semant trop lard, on devrait craindre l'insuffisance des pluies, indispensables au développement de la végéta lion. Du reste, selon que se comportent les saisons, il peut arriver, sans qu'on puisse malheureusement le prévoir , qu'il y ait de l'avantage à semer plus tôt ou plus tard; caria croissance du lin est rapide; il ne prend que très-difficilement du développement en hauteur lorsque sa première pousse est maigre et coriace, et il cesse d'en prendre toul-à-fait aussitôt que la floraison commence, de sorte que les pluies ne lui sont vraiment indispensables que jusqu'à cette époque. Si elles viennent de bon in* heure, les semis précoces réussissent; si

CÎÎAP. 2'.

elles \iennenl plus lard, ils ne peuvent plus profiler, aussi bien que les semis lardifs, de leur heureuse influence.

Quelle que soit la variété dont on aura fait choix, o« leconnait la bonne qualité des graines à leur grosseur, à leur pesanteur relatives et à leur éclat liiisaut. — Si leur maturité n'était pas complète, elles seraient à la fois moins luisantes, moins pleines, conséqtiemment moins dures et d'une couleur brune nuancée de verdàtre. — Si elles avaient mûri prématurément sur des pieds d'une faible végétation, elles seraient plus petites que de coutume. — Quoique ces graines conservent assez longtemps leur propriété germinative, les plus fraîches doivent êtrepréférées comme les meilleures.

Le soin que l'on met à obtenir de bonnes graines n'est pas d'une faible importance pour le résultat futur des cultures de lin. On assure que c'est en partie à une pareille précaution que les lins de Riga doivent leur haute stature, cl je suis convaincu qu'on les verrait dégénérer moins vite si l'on jugeait à propos de la prendre ailleurs. Dans ces contrées, c'est-à-dire dans la Livonie, la Courlande et même l'Estonie et la Lilhuanie, pour renouveler les semences de choix dont on fait usage sur chaque exploitation, on recherche les meilleures terres; on les travaille plus soigneusement que d'autres; on les fume davantage ; on sème moins dru, afin d'obtenir des plantes plus vigoureuses, et surtout on laisse mûrir complètement sur pied. — Cependant, à moins que la variété de Riga ne soit plus féconde là qu'en Belgique et en France, ce qui paraît pen probable, il faut consacrer à cette culture un espace considérable; car on ne doit guère espérer de récolter plus de 2 ou 3 fois la semence, et un semblable semis ne peut produire ni autant, ni d'aussi bonne filasse qu'une culture ordinaire. — Les variétés françaises étant plus grainantes, le sacrifice serait moins grand, et le résultat probablement tout aussi assuré dans celles de nos terres qui conviennent le mieux au lin.

§ V. — Des divers modes de semis.

La méthode la plus ordinaire est de semer le lin à la volée sur un dernier hersage ou un roulage, et de l'enterrer à la herse ; mais cette méthode est loin d'être la plus parfaite.

En Maine-et-Loire, même pour les lins d'hiver, auxquels on accorde moins de soins qu'aux autres, à la herse on préjère un large râteau qui recouvre infiniment mieux la semence; encore juge-t-on nécessaire, quand on opère ainsi, de répandre une plus grande quantité de graines, parce qu'on suppose qu'une partie lèvera mal ou sera détruite par les oiseaux. — Pour les lins d'été, ou les sème en (juelque sorte sous raie de la manière suivante : quand on juge que la surface du terrain précédemment hâlé, c'està-dire labouré à une faible profondeur, est dans un état de tlivision convenable, à l'aide de la houe dont j'ai déjà parlé, par un mouvement des bras en quelque sorte analogue à celui que fait un faucheur, le semeur ou-

Page 1