DU LIN ET DE SA CULTURE
vre sur l'un des côtés de la planche un sillon ou une tranchée profonde tout au plus d'un pouce (0"" 027), et large de 3 pi. 1/2 à 4 et 5 |)i. ( de 1 à près de 2 mètres ), selon sa taille et la perfection qu'il cherche à apporter à l'opération. Le l'ond de cette tranchée se trouve ainsi plombé de la manière la plus régulière par le fer de l'instrument, et présente une surface parfaitement unie sur laquelle les graines rej)Osenl toutes à une même profondeur. Dès qu'elles y sont placées, on les recouvre de la terre enlevée de la tranchée suivante. Le grand art de l'ouvrier consiste à répnndre cette terre également, ce qui devient d'autant plus difficile cpie, pour économiser le temps, on fait des sillons plus larges. — Un homrne exercé à ce gen.re de travail, en ne rayonnant que d'envii'on 4 pi. (1 "' 299), peut semer ainsi de G à 7 ares par jour.
La quantité de graines employée est d'un peu moins de 3 mesures de 4 au boisseau, par hoisselée cadastrale de 15 15/100 à l'hectare, ou le boisseau comble de graines de lin équivalant au décalitre, d'environ 1 hectolitre par hectare. — Le décalitre pèse de 13 à 14 kilogrammes.— Cette quantité, bien suffisante d'après la méthode que je viens d'indiquer parce que toiites les graines sont mises dans une position également favorable à la germination, cesserait de l'être en des circonstances moins heureuses; aussi, en résumant un assez grand nombre de documens pris dans la pratique, trouve-t-on que, suivant les diverses destinations des semis, la manière de les effectuer et le choix des variétés, elle s'élève communément jusqu'à 175, et même dans quelques cas au-delà de 250 kilog. lorsqu'on veut obtenir des lins très-fins. — Dans le but principal de récolter de belles graines, ou ne doit pas semer, terme moj en, plus de 125 kilog. à l'hectare.
Four les lins de Riga, ]\L Vétiï.laut recommande d'employer de 150 à IGO livres de graines par arj^ent do la Mayenne, et de passer sur tout le semis un rouleau, léuer, traîné par deux hommes, ou une herse laite de branchages enlacés en maiiière de claie.
« Si l'on veut semer des carottes ou du trèfle dans le lin, ajoute-t-il, on attend huit jours après le semis du lin ; on choisit une belle journée, et on passe sur le terrain ensemencé une herse très-légère de branchages ou d'épines, et qui ne fait qu'égratigner un peu la surface ou sol : on sème alors la graine de trèfle ou de carotte sans la recouvrir. La quantité de ces graines dépend de la nature du sol; dans les terres bien amendées et bien cultivées, en Belgique, on sème 10 livres de trèfle par arpent, ou 2 livres et demie de carottes. Celte pratique a souvent des inconvéniens : dans une année humide le trèfle pousse trop vile et (ait pourrir le pied du lin. C'est pour éviter en partie cet inconvénient qu'on sème le trèfle huit jours après le lin, pour que celui-ci ait le temps de lever le premier et de prendre le dessus. »
§ VI. — De la culture d'entretien.
La culture ciui suit le semis et précède lu récolte est parfois nulle pour le lin; --- sau-
vent elle se borne à des sarclages qne les l)Oiis cullivateurs ont soin de ré|)éter, au besoin, plusieurs fois. — Mais, dans les pays où les Lins s'élèvent à une grande hauteur, on est <>bligé de les- ramer, et celte opération, dans quelques lieux, commence immédiatement après les semailles. — On lépand sur la surface du te<'iain des rameaux de bruyère oui ont le double avantage d'empêcher le sol <l'èlre battu par les pluies, et de soutenir it's jeunes plantes contre les vents qui pourraient les coucher pendant leur première croissance; plus tard on ajoute des piquets de dislancv- en dislance, et on attache des uns atix autres des [)erches, ondes branches dar- J)res, à environ 13 de mètre de hauteur. Ce travail, qui nécessite de grands frais, est regardé comme a peu près indispensable dans presque tout le Nord.
Le pli\s gra:id obstacle à la culture du lin, dans la m?jeure partie de la France, c'est la sçcheies.se du printemps. Sur un sol susceptible d'èti-e arrosé par submersion ou par infillralion, on pourrait regarder presque toutes les récoltes de lins de mars comme bien mieux assurées. — La cuscute {Cuscuta minor), en irappant de mort tout ce qu'elle enlace dans ses longs filamens, occasione cependant aussi de grands dommages, si on n'a le soin de la détruire aussitôt (|u'elie parait ; — et. parmi les insectes, le 7>er blanc n'est pas moins redoutable. J'ai vu des linières et des chenevières presque décimées par lui, sans (|ue le cultivateur pût y appoi-ler le moindre remède. Espérons que les circonstances atmospiiériques mettront bientôt \u\ terme à l'extension toujours croissante d'un tel fléau. — Resteront encore à craindre les effets de la grêle qui, en coupant la filasse, empêche de tirer parti même des plus beaux lins.
§ VII. — De la recolle.
Si on ne visait quh la récolte des graines.^ on aurait grand soin de les laisser mûrir complètement sur pied, mais alors la filasse serait de moins bonne qualité. En acquérant de la force, elle perdrait de son moelleux. Il faut donc choisir avec discernement le moment où les liges prennent une teinte jaune dorée, et où les semences, brunissant dans la plupart des capsules, sont déjà mûres complètement dans celles qui ont paru les j)remièi'es.
On arrache le lin par poignées; — on en forme des bottes d'environ 1,3 de mètre de circonférence; ~ on le laisse ainsi sécher quelques jours, et on en forme ensuite une espèce de muraille, en posant alternative ment chaque botte en sens inverse, c'est-àdire, la graine ou les racines en dehors. — Quelque temps après, on pi-ocèdeau battage.
Entlandre, on en'.ève les têtes à l'aide d'un peigne d'un pied ( 0""- 325 ) de long à 2 ou 3 rangs de dénis de fer, et qui peut se fixer sur un chevalet. L'ouvrier prend une poignée de lin du côté des racines, il eu fait pénétrer les liges entre les dents et les relire ensuite vers lui jusqu'à ce que toutes les graines soient lombces. Il ne reste plus qu'à les batlie sur des drops et à les vanner. — Eu d'au-
:S TEXTILES ET FILAMENTEUSES, liv. it.
très endroits on bat, sans séparer la graine lie la lige, au moyen d'un battoir ordinaire et d'iui billot sur lequel repose la partie grenue de la poignée ou de la botte de lin.
— La diversité qui existe à cet égard dans la pratique me parait de peu d'importance.
§ Vin. — Des frais de culture et de produits.
L'un des livres de cet ouvrage étant destiné à faire connaître, avec touslesdéveloppemens que comporte cet in) portant sujet, les divers arts agricoles parmi lesquels le rouissage tient nécessairement une place , je n'aurai à m'occuper ici que des frais de culture el des produits bruts du lin. Ce|)endant, c'est ordinairement le cultivateur lui-même qui lejatt rouir, qui le broie., le teille et le livre au commerce sous forme àe filasse., et cette industrie, qui exige peu dautres frais que ceux de la main-d'œuvre, ef qui a l'avantage, le rouissage à l'eau excepté, d'occuper tous les bras de la famille, même ceux des femmes el des enfans, grâce à un surcioit d'activité dans la ferme, ajoute nécessairement beaucoup au bénéfice de la récolle.
En cherchant à indiquer le rapport qui existe entre les dépenses et les produits de cette culture, je ne me dissimule pas que l'estimation approximative que j'en fei-ai pour quelques localités seulement, n'est pas applicable à toutes les autres, et, qu'à ne con érer même que les contrées qui me sont le mieux connues, je courrais risque d'induire le lecteur en une grave erreur, si je ne le prévenais d'avance que nulle récolte n'est peutêtre plus variable, selon les années, dans ses résultats, que celle du lin. J'espère néanmoins que ce qui suit pourra être utilement consulté par les personnes qui voudraient se livrera des essais sur cette culture dans les lieux où elle n'est pas encore pratiquée.
Si on n'avait en vue que la quantité, la gros' seur, et par conséquent la qualité oléagineuse des graines, il serait souvent avantageux de préférer le lin d'hiver à celui délé. — Plus robuste que ce dernier, il craint peu les gelées ordinaires du Sud et du Sud-Ouest de la France dans les terrains qui ne sont pas sujets au décJiaussement; — il donne encore quelques produits alors que les sécheresses ^^récoces détruisent presque entièrement les autres; — il mûrit communément de la fin de juin à la mi-juillel, ordinairement une quinzaine de jours |)lus loi que le lin d'été:
— enfin, et c'est son plus grand avantage, il s'accommode de terrains moins riches; mais, d'un autre côté, il donne, comparativement, une filasse de qualité bien intérieure.
A tout calculer, dans les années médiocres, en labourant d'une manièie aussi dispendieuse qu'on le fait dans la plus grande partie du Maine et de la Bretagne, à peine peuton compter que la culture du lin d'hivei donne un bénéfice.
Rente d'un hectare au prix de 4 fr. 50 c. la boisselée . . . . G8f. 25c
Labour el hersage, quatre joui-nées et demie de G bœufs, d'un gai"çon de charrue et d'un toucheur. 4T 76
enAr. 2» DU LIN ET
116 fr. »
Façon à la houe; i;«e boisselée es'iviron par jour, à 1 f. 25 c. la journée, pour un heclare 18 7ô
Lu hectolitre deux décalitres de graines, au prix nio^en de 4o f.
j hectolitre ......... 48 »
Semis à la volée en repassant trois fois sur le même terrain; — ràleliige au râteau de 10 dents de fer pour recouvrir la semence, et de j)his,pGtir relèvera la pelle la terre (|ui tombe dans les raies de séparation et la rejeter également sur les billons, 7 journées environ à 1 f. 25 c 8 7.3
Récolte, battage, etc., 25 journ. SI 25
Un tiers au moins du compost de l'année précédente à raison de 1 charretée et demie ou de 15 charges ^ à GO c. la charge par boisselée, re qui fait un peu plus de 135 fr.
pour l'hectare, ci 45 »
I Un hectolitre environ de semences 80 »
Semis, unejournée par boisselée 18 7ô
Sarclage, 2 journées par boisselée 87 50
Arrachage et mise en las nommées mouches^ idem 87 50
Battage et vannage, une journée par boisselée 13 75
Engrais à 50 c. la charge (on n'emploie pas de chaux), pour le tiers, un peu plus de 37 »
Total des frais. . 2G7 75 Dans une année médiocre^ on ne peut guère compter sur une récolte de plus de 12 douzaines de poignées par boisselée cadastrale.— 6 douzaines {onlwne grosse; ainsi on obtient deux grosses par boisselée, ou environ 30 grosses par hectare — La grosse ne pèse pas dans ce cas plus à\in poids 1/2 ou 19 livres 1,2; elle vaut en lin brut, non dépouillé de sa graine, environ 10 fr.
Produit 300 f. » c.
Frais 2G7 75
Bénéfice 32 25
En diminuant le nombre d'animaux de labour, en semant sur un simple hersage comme on le fait ailleurs, et en enterrant le seujis à la herse de branchages, on obtien- <lrait sur les frais une diminution sensible.
Dans les bonnes années^ non seulement au lieu de 12 douzaines par boisselée on récolte jusquà 18 douzaines, mais la grosse donne
filns de filasse en poids. — On trouve alors es résultats suivans :
45 grosses par hectare, à environ 11 fr.,
égalenten produit 495f. » c.
Frais. ... 267 75
Bénéfice. . . 227 25
Pour les lins (F été cultivés dans les îles et vallées de la Loire, l'évaluation est quelquefois fort différente.
Rente d'un hectare au prix de 10 fr. la boisselée 2Q0 f. » c.
Labour dit en plein rang^ de 10 à 12 p. (0'"271 à 0 "" 325 ), 5 journées, ternie moyen, par boisselée (un peu moins quand lesol est doux et propre, un peu plus quand il est rude ou sali de mauvaises herbes); ou 75 journées pour 1 hectare, à 1 f. 25 c. la journée 93 75
Hâlage et râtelage de la terre avant le semis, une journée par boisselée l?? 75
Total des frais. . . 5-42 »
Dans une année moyenne, la boisselée donne environ 14 douzaines ou 2 grosses 1/3 à Thectare, par conséquent elle pi'oduit 35 grosses du prix de 15 f. chacune, ou 525 f. » c.
35 décalitres de grains à 7 f . . 245 »
Produit.
Frais. .
Bénéfice . 228 " La graine valait en 1834 8 à 9 f. Soit 8, le
bénéfice se trouverait ainsi porté à 290 fi'. Dans les bonnes années, or peut comjjter
45 grosses à 17 f. ou 765 f. » c.
45 décalitres de grainesà 7 f. . 315 »
Produit.
Frais.
lOSO
Bénéfice. . . 538 »
Ce calcul n'est point exagéré. Toutes les terres de la vallée ne sont même pas affermées au taux que j'ai indiqué comme terme moyen;et le prixde la graine, que la fraude a fait baisser sur le marché, s'est au contraire élevé chez les fermiers, auxquels on s'adresse en confiance, jusqu'à 10 f. et plus; et pourtant les printemps sont si rarement favorables, et lesrécoltes nulles ou presque nulles sont devenues si fréquentes depuis un certain nombre d'années, que la culture du lin perd annuellement de son importance, tandis que celle des chanvrts, qui exige de.s pluies moins fréquentes, s'étend c'aus les mêmes proportions.
Les lins d'été, récollés ailleurs que dans la vallée, ont une valeur moindre de 3 à 4 f, par grosse. Leur graine s'est élevée par extraordinaire, l'année pi'écédente, jusqu'à 6f. le décalitre.
Depuis une vingtaine d'années, la culture des lins s'est propagée dans le département de l'Aisne. Là, d'après JM.André, qui a publié sur la culture, le travail des lins et la fabrication des toiles^ un Mémoire assez étendu dans le n° d'avril 1832 des Annales de l'Agriculture Jrançaisc, dans la crainte de ne pas réussir, beaucoup de cultivateurs n'en^mmencent point eux-mêmes la terre destinée à porter le lin ; ils la louent. D'un autre côté, les personnes qui s'occupent du leiilage (les liniers exploitans) traitent rarement avec les cultivateurs; ne faisant valoir que le produit de quelques arpens qui exigent .souvent l'emploi de la majeure partie de leur avoir, le manque de récolle leur ferait un tort trop considérable et d'autnnt plu? visible m'. la
22 CULTURES INDUSTRIELLES : PL^S^NTES TEXTILES ET FILAMENTEUSES liv. i/.
n'auraient aucun moyen de sul)vcnir à leurs besoins pendant l'année. Cel étal de choses nécessite linlervention d'un spéculateur designé sous le nom de liider locataire. Le cultivateur traite ave le Unie r locataire, à raison de 150 fr. par an pour un arpent du pays (environ 1/2 hectare ), ci. . . . 150 f. i>c.