CHAP.9. DES HARNAIS
A.Le collier {fig. 252, 253 et 254) est uu har
nais à jour, o\alaire, qui entoure exactement rextrémilé inférieure de l'encolure et se prolonge de chaque côté sur les épaules. 11 est for» mé de deux parties principales, les coussins et les attelles.
Les coussins F sont deux bourrelets qui ont pour base profonde des liges de paille étroitement réunies et serrées de manière à former un faisceau résistant; du côté interne, la toile ou le cuir qui les revêt est rembourré par des crins ou de la laine destinés à rendre plus doux leur contact avec le corps de l'animal. Réunis l'un à l'autre intérieurement, suivant une courbe qui ceint le bord inférieur de l'encolure, ils font supérieurement leur jonclion à angle très-aigu, et se prolongent audessus du sommet de cet angle en un cône D, nommé tête du collier. Ou reconnaît à ces coussins deux faces et deux bords. La face interne est arrondie et souple au toucher; la face externe présente, sur sou bord antérieur, uue saillie cylindrique qui suit tout le contour du collier, dont elle forme la verge; en arrière de celte verge elle offre une rainure profonde destinée à loger les a^ïe/Ze^, et enfin derrière cette rainure, les coussins présentent un renflement qui la limite. — Le bord antérieur est droit et parallèle à la verge, le bord postérieur, mieux garni et plus épais, décrit une courbe dont la convexité est postérieure: du reste, la forme de celte courbe varie comme nous l'indiquerons ailleurs, suivant le service du tirage auquel est employé l'animal.
Les attelles du collier ( A B) peuvent être de bois ou de fer; elles ont pour usage principal de donner attache aux traits.
Les attelles de bois sont deux planches fixées verticalement par leur bord interne concave, dans les rainures des coussins. Leur extrémité supérieure dont la forme varie suivant les pays, est rejetée en dehors de chaque côté de la tête du coljier, et reçoit le nom d'oreilles ; elles sont toujours munies d'anneaux dans lesquels passent les rênes.
La partie de l'attelle qui correspond au milieu de l'épaule est percée d'une ouverture rectangulaire, destinée à loger une forte (courroie repliée en arrière, en une anse ou bracelet^ dan?, laquelle s'attachent les traits. La partie inférieure de l'attelle, recourbée en sens inverse de la partie supérieure, est unie à l'attelle opposée d'une manière fixe ou mobile; dans lepieinier cas, les attelles sont réunies, soit au moyen d'une courroie passée dans des ouvertures dont elles sont percées, soit au moyen d'une lame de fer vissée sur l'une et l'autre; dans le second cas, le collier
est dit coupé, et les deux attelles, susccpti!)!es de s'écarter l'une de liiutre, sont maintenues rapprochées, loisque le collier est en place, au moyen d'une lige de fer qui passe de l'une à l'autre.
Les attelles de fer sont formées simplement par une tige de fer cylindrique, à laquelle on imprime la courbure ovalaire du collier, et Qu'on loge dans la rainure. Elles n'ont pas d'oreilles, et portent seulement deux anneaux (le chaque côté, l'un en haut pour le passage des guides, l'autre au niveau du milieu de réj)aule pour l'attache des traits.
On a coutume de recouvrir la tête du collier d'une housse de peau de mouton, ou simplement de cuir tanné et verni, pour empêcher, dans les temps pluvieux, les coussins de s'imbiber d'eau et de se détériorer. Celte housse, en se prolongeant sur le dos de l'animal, le protège contre la pluie et le soleil,
Jnatomie des régions sur lesquelles porte le collier. Le collier s'ap[)lique à la partie postérieure de l'encolure, en avant des épaules, du garrot et du poitrail; il appuie de chaque côté, par ses coussins, sur les masses musculaires saillantes qui revêlent et |)rolégent le rayon osseux de l'épaule (.î-cfl/7«/«/7/), et l'arliculalion de cette région avec le bras (pointe de l'épaule). En haut il se trouve en rapport, à l'angle de jonction de ses coussius,aveclebord supérieur de l'encolure, qui a pour base anatomique un tissu de nature fibro-graisseuse, et une production ligamenteuse de couleur jaune étendue de la nuque au garrot (ligament cervical); enfin, en bas, le collier se trouve dans la plan médian, au dessus de l'appendice antérieur du sternum, en rapport avec le conduit aérien à son entrée dans la poitrine et de chaque côté, avec les gros vaisseaux, carotides et jugulaires, qui envoient le sang au cerveau et le ramènent au cœur.
Il résulte de cet aperçu que, sur les parties supérieures des épaules', te collier ne se trouve en contact avec aucun organe essentiel, et que sa pression ne peut avoir aucune conséquence fâcheuse, puisque le rayon osseux, qui seui pourrait en souffrir, est suffisamment protégé par les coussins musculaires. Mais il n'en est pas de même pour les parties mferieuresde ces régions, pour le garrot et pour le poitrail; et en effet, la pression trop forte du collier au-dessus de la pointe de lépauie peut non-seulement gêner la liberté desmouveniens de ce rayon, mais encore en excorier la peau, et faire développer dans son ti.ssu des tumeurs difficilement curables; le contact du collier sur le bord supérieur de l'encolure peut occasionner des blessures que la présence du ligament cei-vical rend longtemps rebelles à la guérison ; enfin, les compressions exercées sur le conduit aérien et sur les gros vaisseaux dont nous avons parlé, peuvent être suivies d'accidens lrès-''unestes.
De là découlent des indication* p'ur la confection du collier que nous donneioi).> plus tard, eu énonçant les règles qui doivent y présider.
B. Desfw/Av. Les traits sont lesliens qui unissent le collier à la voilure : ils ont pour usage de transmettre le mouvement du moteur animé à la résistance qu'il doit déplacer. Placés de chaque côté du cori)s de l'animal, ils
hSD ANIMAUX DOMESTIQUES
s'altachent d'une partaii bracelet de l'attelle, de l'autre à la voiture ou à son palonnier, et sont maintenus dans leur position et leur direction par le surclos, \ejaux surdos, le/ourreau et la ventrelle. Ils peuvent être en cuir, en chanvre ou en fer.
Le surdos ou porte- trait est une large courl'oie, placée tranversalement sur le dos de l'animal, et destinée à soutenir les traits. Il porte à ses extrémités libres un étui en cuir ou fourreau qui sert à les loger, et à protéger de leur frottement les parties de la peau qui pourraient y être exposées.
On appelle ventrelle une courroie pour ainsi dire antagoniste du surdos, qui passe 80US la poitrine en arrière des membres antérieurs et s'attache de chaque côté aux traits, qu'elle empêche de remonter.
Le faux surdos et le /aux fourreau ont les mêmes usages que les deux appareils du même nom que nous venons de décrire, et en diffèrent seulement par leur position sur les régions dos reins et des cuisses.
G. De la bricole. La bricole est un appareil (le tirage beaucoup plussimple que le collier; elle est essentiellement constituée, par une large bande de cuir, formée de plusieurs couches superposées qui ceint le poitrail du cheval et se termine à ses deux extrémités, en arrière des épaules, par un gros anneau de fer auquel viennent s'attacher les traits.
Cette bande, nommée poitrail, est maintenue en place par descourroies, le plus souvent au nombre de quatre, deux de chaque côté.
Les premières s'attachent en arrière de la pointe de l'épaule, les secondes à l'anneau et elles viennent toutes aboutir à un coussin nommé mantelet, placé en arrière du garrot.
Les parties accessoires de la bricole sont les mêmes que celles du collier.
^natomie des régions sur lesquelles appuie la bricole. Lorsque la bricole se trouve en position, elle appuie par toute la partie antérieure de son poitrail, sur le poitrail de l'animal, au-dessus du sternum, au niveau de l'entrée, dans le thorax, des conduits aériens et vasculaires, et de chaque côté sur la pointe saillante des épaules. En arrière, elle n'est en contact qu'avec les grosses masses musculaires situées dans l'angle scapulo-huméral.
Le mantelet de cet appareil s'appuie en arrière du garrot à l'origine de la région dorsale qui a pour base anatomique, dans le milieu, les éminences des vertèbres dorsales recouvertes à leur sommet par une production ligamenteuse blanche, dont les lésions ont toujours des conséquences très -lâcheuses.
§ IH. — De l'appareil du reculer.
\Javaloire (OPM fig. 251) est la partie essentielle de cet appareil; elle a, pour la forme, une grande analogie avec la bricole, car elle est, comme cette dernière, essentiellement constituée, par une large bande de cuir M, identiquement semblable au poitrail, et qui par sa position ou son usage reçoit le nom de Jessière ou de reculement. Cette fessière est terminée à chacune de ses extrémités par un gros anneau de fer, auquel est attachée une chaîne ou courroie, appelée cJiafnc ou courroie ie reculement. Toute cette
: DU HARNACHEMENT. liv. m
partie du harnais est maintenue dans sa position par plusieurs courroies ON nommées barres de Jesses ou bras de dessus, qui recouvrent les fesses, s'entre-croisent sur la croupe et se réunissent, soit à une sellette placée sur la croupe et analogue par sa forme au mantelet de la bricole, soit simplement à un bras de dessus plus fort qui passe sur la croupe.
Cette sellette ou ce bras de dessus sont fixés, dans leur position, en avant par une courroie qui l'unit au collier ou à la sellette du limon quand elle existe, et en arrière par la croupière, bourrelet de cuir garni de crins,
3ui passe, en décrivant une anse, sous la queue e l'animal, et s'attache, par ses deux extrémités réunies en une seule, soit à la selle d'avaloire, soit au surdos du harnais.
Régions anatomiques en rapport, avec l'avaloire. Le reculement de l'avaloire se trouve en rapport, dans toute sa partie postérieure, avec les gros muscles fessiers, pour lesquels sa pression ne saurait être douloureuse. En avant, les anneaux de fer sont immédiatement placés sur les flancs, dont la peau se trouve protégée de leurs frottements par une large plaque de cuir nommée garde-flancs.
La sellette de l'avaloire, placée sur la région des reins, appuie sur des parties qui présentent les mêmes considérations anatomiques que les régions sur lesquelles pose le mantelet; elles ont en effet pour base, comme ces dernières, les éminences osseuses des ver- . tèbres surmontées d'une production ligamenteuse; mais elles présentent cependant cette différence, que les éminences dans cette région font une saillie moins prononcée au-dessus des masses musculaires qui les longent de chaque côté, etqueconséquemment elles sont moins immédiatement exposéesàêtre blessées par le contact du harnais.
§ IV. — De l'appareil de gouverne.
On gouverne les chevaux de Irait avec la bride, les guides et les rênes.
1° De la bride {ABCfg. 251 ). Deux parties distinctes entrent dans la composition de la bride : l'une, le mors, se place dans la bouche de l'animal, et sert à le conduire ; l'autre, la monture, entoure la tête et soutient la première.
Le mors, agent essentiel de la sujétion du cheval, est bien plus compliqué et joue un rôle bien plus important dans le harnachement du cheval de selle que dans celui du cheval de trait. Le mors de ce dernier est le plus souvent constitué par un cylindre de fer (embouchure du mors) ou même seulement de bois, renflé à ses deux bouts, qui prennent le nom de canons du mors, et rétréci dans son milieu où quelquefois il présente une courbe appelée liberté de langue, parce qu'elle est destinée à permettre les mouvemens de cet organe. A chacun de ses deux bouts il est muni, soit simplement d'un anneau destiné à l'attache de la monture et des guides, soit d'une tige de fer qui lui est unie à angle droit. Cette tige ou branche du mors est droite, munie à son extrémité supérieure d'une ouverture (a?iï^« mors) destinée à donner attache aux montans de la bride, et à sa partie inférieure de deux anneaux, l'un placé
CUAP. 9.
DES HARJNaFS.
au niveau de l'embouchure cl destiné à fixer les rênes, l'autre à rextrémilé de la branche, pour rattache des guides.
Régions anatomiques. Le mors prend son point d'appui principal et exerce son action sur les barres, régions qui ont pour base le bord supérieur tranchant du maxillaire et la membrane muqueuse qui la recouvre.
La monture. Les parties constituantes de la monture sont la têtière., les montans, les œillères ou aboutoirs , le frontal, la sous-gorge et la muserole ou cache-nez.
La têtière est la partie élargie de la bride
3ui passe en arrière des oreilles sur la nuque e l'animal. Ses deux extrémités sont découpées en deux lanières, l'une plus large qui fait suite aux montans et qui est percée de trous destinés à recevoir l'ardillon de leur boucle; l'autre plus étroite qui, en s'uuissant par une boucle à son opposée, forme la sousgorge, ainsi nommée de ce qu'elle passe sous Ta ganache et ceint la gorge de l'animal.
La têtière s'appuie sur une région qui a pour base l'articulation de la première vertèbre avec la tête, l'origine du ligament cervical, et les tendons terminaux des muscles de l'encolure 5 rien n'est plus rebelle à la cicatrisation que les blessures de cette région.
Les montans sont les deux parties de la bride placées de chaque côlé sur les joues, entre la têtière en haut à laquelle ils s'unissent par une boucle qu'elle porte, et en bas l'œil du mors, dans lequel ils passent. Au niveau de l'œil de l'animal, chaque montant porte une plaque de cuir carrée ou ovalaire {œillère) destinée à empêcher le cheval de diriger ses regards en arrière ou sur les côtés.
Le frontal se place sur le front en avant des oreilles. Muni, à chacune de ses extrémités, d'une anse dans laquelle passent les deux grandes lanières de la têtière, il a pour usage d'empêcher cette partie de se porter en arrière de la nuque sur le bord supérieur de l'eucolure.
La muserole ou cache-nez est la lanière de cuir qui passe sur le chanfrein, et embrasse dans les anses de ses extrémités la partie inférieure des deux montans qu'elle maintient sur les joues. Cette muserole est elle-même fixée eu place par des courroies qui se croisent en X sur le front et vont s'attacher au frontal. Sa forme peut varier.
2" Des guides. Les guides sont les cordes de chanvre, ou les longues et étroites lanière de cuir, qui s'attachent par un de leurs bouts à l'extrémité de la branche du mors, et par l'autre sont tenues dans la main du conducteur ou à proximité de sa main. Elles sont un des moyens dont il se sert pour transmettre aux chevaux sa volonté.
3° Les rênes (A fig. 251) sont deux lanières de cuir, qui, destinées à soutenir la tête du cheval, s'attachent par leur extrémité inférieure aux anneaux de l'embouchure du mors, et par leur extrémité supérieure sont réunies à la tête du collier.
Tels sont en général les noms, la forme et les usages des différentes parties du harnachement d'un cheval de gros trait. D'après le rang qu'occupent les annnaux dans les attelages, le harnachement subit quelques modi-
fications, conséquences nécessaires de la différence des services auxquels ils doivent satisfaire.
§ V. — Du harnachement du cheval litnonicr.
Le harnachement du cheval limonier diffère principalement du harnachement du cheval de trait par l'addition d'un appareil particulier destiné à lui faire porter les limons de la voiture. Cet appareil est constitué par la selle de limon et la dnssière.
1 De la selle de hmon{fig.1hh et VLlfig.^^V).
Fig. 255.
La selle de limon est un harnais contourne sur lui-même, de maïuère à pouvoir s'adapter sur le dos de l'animal, qu'il doit servir à protéger des fi-otlemens de la dossière.
Sa cliarpeute en bois, nommée arcon ou fût {'^fig. 255), est formée de deux pièces concaves, réunies l'une à l'autre par leur partie supérieure du côlé de leur concavité, et maintenues fixées ensemble par un corps agglulinalif et des clavettes de fer.
Cet arçon porte sur sa face extérieure convexe en avant et en airière, deux croissans en bois FF nommés courbes qui, par leur saillie, interceptent entre deux une gorge profonde {siège de la selle de limon) dans laquelle se place la dossière. Toute celte surface extérieure de la selle est revêtue d'un cuir épais, qui, en se prolongeant de chaque côle en bas de l'arçon, forme les quartiers EE. A sa face interne concave l'arçon est muni de chaque côté d'un coussin ou panneau AA,rembouiTé de crin ou de laine, par lesquels doit s'établir le contact de la selle avec le corps de l'animal.
La selle de limon est maintenue dans sa position au moyen de la sangle, large courroie de cuir qui passe sous le ventre de l'animal et qui s'attache par ses deux extrémités, découpées chacune en deux lanières, aux contresanglons ou petites courroies situées de chaque côté sous les quailiers de la selle. Celte union se fait au moyen de boucles que portent les extrémités de la sangle.
Actuellement à Paris, au lieu des selles de limon, trop pesantes et lro() volumineuses, on fabrique des sellettes, dites sellettes à la française { HI fig. 251}. Celle sellette diffère de la selle de limon par sa forme plus élégante, par le poids beaucoup moindre de son arçon, par ses dimensions plus exiguës et aussi par la forme particulière de sa face extérieure qui, au lieu de courbes volumineuses, porte seulement deux saillies de figure ovalaire, tronquées perpendiculairement du côté par lecjuel elles correspondent, et interceptent entre leur troucature ime rainure de la largeur de la dussière qu'elle est doslinée à loger.