DU BUFFLE ET
petite rivière au bord de laquelle elle s'élève, a la robe ordinairement isabdle ou l)ai clair; sa peau est douce, son poil lin, sa conformation régulière. Le poids des bœufs est d'environ 700 livres; ils sont dociles, très-aptes au travail et à l'engraissement, et fournissent une viande d'excellente qualité. Les vaches sont bonnes laitières et donnent ordinairement 18 litres de lait par jour. M. Félix Villeroi, à qui nous empruntons ces détails, en a possédé qui en fournissaient jusqu'à 24 litres.
Ces vaches, lorsqu'elles sont fraîches, deviennent maigres, quoique très-bien nourries ; mais en avançant dans la gestation, elles reprennent du corps à mesure que le lait diminue, et sont ordinairement grasses au moment de la mise-bas.
La race du ftlont-Tonnerre s'élève dans la partie de la Bavière qui borde le Rhin aux environs de Kaisersiaulern, elle est plus forte que celle du Clan; ses bœufs pèsent ordinairement 1000 livres, et sont préférés pour cette raison pour l'importation en France, où le bétail paie un droit de douane par tête, sans qu'on ait égard à son poids. Cette race est propre au travail et à reugraissement, moins cependant que celle du Glan ; elle présente un vice de confonuation très- fâcheux, c'est une dépression derrière le garrot et les épaules, d où il résulte une diminution notable dans le poids du lilet, une des parties les plus estimées eu boucherie, comme chacun sait.
La race bovine du Julland est caractérisée ainsi par Thaër : poil gris do souris ou lauve, souvent tacheté de blanc ou de noir; — tète et encolure minces; — apparence féminiDC même quelquefois dans les mâles; — corps long, l'avant-main proportionnellement uioiiis large et plus faible que i'arrière-main ; — jambes coiirles ; — os petits ; — constitution très- robuste; — se maintenant en laitct «n chair sur un maigre pâturage ; — s'engraissc"nt aisément ; — chair fine et fort esiimée par les connaisseurs ; importante à introduire comme bête de boucherie.
Dans la Carinthie et la basse Styrie, le bétail est d'une blancheur éclatante, les cornes sont jaunes, les jambes courtes, le corps gros et arrondi. Ce bétail parvient à des dimensions prodigieuses, c'est au point qu'où en voit souvent des individus peser en vie 2,260 kilogrammes.
Dans les contrées de la France où l'on peut donner aux bestiaux une nourriture abondante pendant l'hiver, il serait facile d'introduire ces races gigantesques, et peut-être aussi celle de l'Ukraine, laitière prodigieuse à ce point qu'elle présente assez fré(|uemmcnt des vaches qui fournissent journellement 30 à 40 litres de lait.
Ce résultat sera facilement atteint partout, !orsqu'on aura mieux compris l'alimentation des bestiaux. Espérons qu'un temps viendra où le pâturage vagabond sera relégué dans les lieux iuacccssibles à la taux et à la charrue, et où partout ailleurs les alimens du bétail seront cultivés, fauchés, récoltés. On pourra dès lors augmenter en quelque sorte indéfiniment le nombre du bétail, eu hausser la taille, et cette grande révolution sera duc principalement à la betterave, cette plante providentielle qui, sur un terrain d'une éteiidue et d'une fertilité donnée, produit trois fois plus de substances alimentaires que tout autre végétal nutritif,
A. Bixio.
§ X. — De l'élève du buffle.
En France, c'est dans les Landes seulement que le buffle a été naturalisé, et c'est à Napoléon que ce pays doit le bienfait de leur introduction. En 1807, dans le voyage (ju'il fit à Bayonne, Napoléon fut frappé de la stérilité des grandes Landes, et son génie lui indiqua le buffle comme un animal propre à fertiliser ces terres désolées. Par ses ordres, quatre buffles arrivèrent à Mont-de-Marsan, où le préfet, peu soucieux de remplir les intentions de empereur, les donna à un propriétaire riche qui
DE SON EIEVE. 4Ô9
les envoya au fond des Landes sur les bords de la niei' ; là, ils ne tardèrent point à s'acclimater et à multiplier prodigieusement. Comme ils paraissaient sans destination, puisque l'on n'utilisait point leurs services, ils tiniient pai- embarrasser le propriétaire qui, n'osant point en disposer, se contenta de lesabandonner dansées pla'nes immenses, où ils errèrent quel(]ue temps sans maître et sans protecteur. Bientôt ils entrèrent dans les semis de pins, sur les dunes, ou chez les particuliers : on les fusilla, d abord la nuit, j)uis le jour, enfin on en conduisit aux boucheries, et ils eussent tous disparu, si un habitant n'eût eu l'heureuse idée de s'en approprier quelques-uns, et d'en former un troupeau. C'est ce troupeau qui a fourni à quelques cultivateurs de ce pays les buffles dont ils ont tiré depuis de si grands avantages. Le buffle {/i§. 268) est fort laid ; vu pour la première
Fig. 268,
fois, il fst presque hideux; mais il rachète cette laideur par tant de bonnes qualités qu'on l'oublie bientôt. Son éducalionet son entretien sont trèsfaciles; il est extrêmement sobre et peu délicat sur le choix delà nourriture ; à létable il s'accommode à merveille de toutes sortes de fourrages, même les plus grossiers ; aux pâturages il n'erre point, guidé comme les vaches par la gourmandise, il pait indistinctement presque toutes sortes de plantes, ou du moins la plupart de celles qui sont dédaignées par tous les autres bestiaux; il mange avec avidité la paille de seigle, la seule qui se récolte dansles Landesetdans les pavs pauvres, sans que l'on ait besoin de la hacher," de la faire cuire, ni de lui fairesubir la moindre préparation; il en résulte une grande économie de temps, de maind'œuvre, de combustible et de grain. Lorsque la paille a été détériorée par les mauvais temps, que tous les bestiaux la refusent et qu'on ne peut plus l'utiliser que pour'litière, les buffles seuls la mangent sans témoigner le moindre dégoût et sans jamais paraître incommodés de son usage/Dans une exploitation rurale où ils n'ont d'autre destination que le produit et le fumier, il suffit de les conduire aux pâturages pendant toutel'anuée, excepté dans les temps de neige ; les herbages seraient bien stériles s'ils ne trouvaient constamment de quoi se sustenter. Ils se soutiennent en bonne santé dansles grandes Landes, où les vaches, les jumens et les brebis périraient d'inanition si elles ne recevaient un supplément de nourriture. Sans doute pendant l'hiver, lorsqu'ils ne trouvent pour alimens que la grosse bruyère, ils maigrissent; mais au printemps, dès que la végétation a repris de l'activité, ils acquièrent bien vite un embonpoint qui se soutient le reste de l'année.
Lorsqu'ils reçoivent une nourrituresubstantielle, leurs forces s'accroissent, ils engraissent rapidement, et finissent [ ar acquérir un poids prodigieux.
La manière de gouverner les buffles est fort simple; ils demandent peu de soins et sont rarement malades, surtout lorsqu'ils jouissent de toute leur liberté; quand il leur arrive un accident, il faut les traiter comme les autres bêtes à cornes.
Les buffles sont sensibles 9U froid, aussi dans
^60 ANIMAUX DOMESTIQUES : DES RACES BOVINES ET DE LEUR ÉLÈVE, liv. irt.
clcs suffit souvent pour payer le prix de l'animal.
Les jeunes buffles naissent ordinairement au print('m|)s, saison où les mères trouvent à se repaître abondaniment ; Us deviennent en peu de temps si gros (ju'ils paraissent monstrueux; il suffit pour cela de leur aijandonner tout le lait de leur mère et de leur permettre, dès iju'ils ont atteint l'àgc d'au mois, de la suivre au pâturage. Four les aceoutumcr à se laisser gouverner, il faut les attacher eli:M|ue rois([u'ils rentrent des herbages, les tiaiter toiijuursavec douceuret leurdonner à lamainquelqiies grains de sel, ou quelques friandises ; avec ces précautions les buffles sont très-doux lorsqu'il s'agit de les dompter, elles femelles se laissent traire faciieiiient.
Les l)ufflessesont le lait très-gras et d'un goût assez agréable, quoiiju'un peu musqué ; il est trèsaboi. dant : on emploie avec avantage pour l'engi'aisseiiicnt des cochons tout le lait <iui n'est pas utilisé pour la consonunation et la fabrication des fromages; leur beurre est excellent.
Les buffles ne s'effraient pas, comme on l'a prétendu, à la moindre explosion ; les chasseurs tiiont des coups de fusil à coté d'eux sans qu'ils jiaraissent s'en émouvoir. Les buffles des Landes ne s'irritent pas non plus à la vue de la couleur rouge; les paysannes du pays, toujours vêtues de jupons rouges, les abordent sa us crainte et sans que jamais il en soit résulté le moindre accident.
Il est encore inexact que le buffle soit toujours sale et qu'il refuse dose laisser nettoyer; aucun animal domesti(|ue, peut-être, ne se prête plus volontiers au pansement. Dès qu'on commence à le biosser, il cesse au.s>jilol de manger ou de ruminer, et y prend tant de plaisir qu'il finit par se Coucher et étendre ses membres pour mieux se prêter aux frictions.
Ils sont très-doeilfi. Dans les Landes, comme en Italie, un enfant de 10 à 12 ans suffit pour conduire et diriger dans les lieux les plus déserts un troupeau de 20 buffles. J'ai vu un de ces enfans monter un jeune buffle toutes les fois qu'il fallait traverser un ruisseau ou un endroit boueux, sans que jamais il en soit résulté d'accident. Chaque buffle porte un nom particulier, on a soin de le lui donner d'abord en l'appelant pour lui donner à manger, et au bout de quelques jours il l'a retenu. 11 arrive souvent qu'en passant près d'un chau)p et se trouvant alléché par une belle végétation, il se di>pose ù y pénétrer'; mais au cri du gardien arre moiiret (en arrière maure, ou tout autre nom) , il renonce aussitôt à son projet. Combien de fois une telle docilité, comparée à l'insoumission de nos autres bestiaux n'a t-clle point excité l'étonnementde nos paysans!
Loin d'être violent et colère, le buffle est tout-àfait moffensif ; jamais on ne lui a vu donner un coup de pied, le |)ied est même pour lui une arme dont il ne sait point se servir. 11 habite au milieu des vacfies d une métairie sans jamais leur faire mal ; il les distingue et les suit dans les pâturages où il rencontre de nombreux troupeaux sans les attaciuer, ni s'y mêier. Il arrive souvent que lorsqu'un bœuf ou un taureau ai)erçoit un buffle pour la première fois, il s'irrite à sa vue, et le provoque au combat, il pousse des nnigisscmens et soulève avec ses cornes et ses pieds la terre qu'il rejette au loin. Pendant tout ce temps le buffle reste impassible et continue de paître, comme si ces provocations ne lui étaient point adressées. Le taureau avance toujours en grondant; enfln, arrive le moment où furieux il sélance avec impétuosité sur le buffle qui, -sans se déplacer, se contente de lui opposer sa têîe pour recevoir le premier choc ; mais sa résistance est si grande que le taureau eu est effrayé, pousse aussitôt un mugissement de terreur, s'élance d'un bond p.ir côté, et s'éloigne, abandonnant ainsi une partie qui ne lui parait point égale. Le buffle reprend la pAture comme s'il n'eût point été interrompu, et là, se termine liu combat qui ne se renou^cllc plus de la vie lutre les uicuies individus,
les temps de neige et de gelée il faut les retenir à l'élable, où on les nourrit avec la i)aille de seigle mêlée A l'ajonc marin, préalablement concassé avec le maillet.
En été on doit les conduire à l'eau, au moins deux fois par jour, car ils ont besoin de se baigner fréquemment ;la|)rivationdu bain les rend tristes ; dès qu'ils ont bu, ils entrent à la nage dans la rivière ou létang où on les a conduits.
Quand on les fait travailler, il faut les couvrir avec des couvertures en drap de chanvre pareilles à celles que les bouviers metleiil aux bœufs, ce qui a le double avantage de les préserver du vent en hiver et de la piqûre des insectes en été.
La disposition de leurs cornes ne permet point de placer sur leur tête, (|uand on veut les faire travailler, un joug semblable à ceux dont on se sert pour joindre deux i)œuts ; on le remplace pai- uu collier fort simple. Ils doivent être dirigés pendant qu'ils lal)Ourent, mais il n'est besoin pour Cela ni d'un guide, ni même d'uu anneau de fer passé d,«.is les narines. On leur attache tout simplement une petite corde à chacune des oreilles; ces deux cordes, réunies par leur extrémité dans la main du laboureur, servent de rênes et suffisent à diriger l'aniuial dans tous les sens ; du rc.-te, quand le buffle est bien dressé, ou ((uon en attèle deux de front pour le même travail, toutes ces précautions deviennent inutiles ; le commandement du bouvier et l'aiguillon suffisent pour diliger l'attelage dans tous les sens.
A 4 ans, lorsque les mâles ont atteint toute leur croissance, ils sont extrêmement vigoureux; un seul traîne ici la charge dune forte paire de bœufs, et une bufflesse, labourant dans les niêmcs conditions qu'une paire de vaches, trace avec aisance en un jour le même nombre de sillons. Les buifles joignent à leur force une ardeur et une patience admirables, ils labourent autant de temps que l'exige le bouvier, sans paraître s'inquiéter ou se fatiguer. Il ne leur arrive jamais comme à certains bœufs de se coucher dans le sillon et d'y rester insensibles à la voix et à l'aiguillon, ou de se dérober au labourage par la fuite lorsqu'ils sont tourmentés par les insectes, ou qu'ils reconnaissent que l'heure ordinaire du repos est arrivé.
Outre les labourages et les transports, on pourrait encore utiliser les buffles, en remplacement des chevaux, soit pour tourner les meules des nmulins à manège, soit encore pour remonter les bateaux sur les canaux et les rivières, etc. Ces animaux sont lourds, mais dès qu'ils sont pressés par l'aiguillon, leur marche s'active et devient bien supérieure à celle des bœufs.
Dans les pays marécageux, les buffles sont les seuls animaux qui puissent s'acclimater ; tous les autres contractent immédiatement une maladie grave, la pourriture, qui, enquelquesmois, enlève des troupeaux entiers. Dans ces marais, surtout dans ceux qui sont situés au bord de la mer, on voit se déployer pendant dix mois de l'année un luxe de végétation incroyable, ce qui leur donne l'aspect des plus riches pâturages ; m;iis ils sont si vastes et souvent si profonds, qu'on court toujours le plus grand risque d'y voir périr les vaches et les jumeus qu'on y laisse entrer.
Il n'en est pas de même du buffle, il pénètre avec hardiesse dans ces marais <iu'il ne connaît pas, s'y enfonce, se relève, y disparait presque tout entier, s'y dirige en tous sens au gré de son caprice, constamment occupé h paitre les plus belles herbes, et toujours menacé du plus grand danger sans paraître s'en soucier 11 pi olite ainsi d'herbages qui sans lui seraient perdus, et cela sans exiger aucun soin.
Sa viande, quoiqu'un j)cu dure, est bonne, surtout' lorsqu'il est jeune ; les paysans des Landes la préfèrent, à 40 centimes le kilogramme, a «elle des vaches du pays. Le fumier qu'il fournit est excellent, son odeur est musquée, surtout en été; le. suif est abondant et de (lualité supérieure, le cuir est recherché; le produit de ces deux arti-
eitAP. II. MOYENS D'AMÉUORATION
Lefc buffles doivent êtrecliAti t's & râjjc d'un an. Lorsque ceux destinés à la reproduction ont atteint l'âge de 4 ans sans être châtrés, ils deviennent, comme les taureaux, capricieux et souvent dangereux dans les temps de rut; on doit alors les remplacer par de plus jeunes, les tuer pour la boucherie, ou les faire châtrer pour le labourage.
Avant de terminer, qu'il me soit permis de dire •lUL'Iques mots d'un nouvel essai d'acclimatation tente dans notre pays*
En 1830, M. Guizot, ministre de l'intérieur, conçut l'idée d'introduire des chameaux dans les grandes Landes ; tous les avantages qui devaient éa résulter pour le pays fuiçrt très-bien démontrés dans une éloquente circulaire ; 4 chameaux arrivèrent par ses soins à Mont-de-Marsan ; mais comme les buffles, ils furent confiés à un seul propriétaire, et là s'est terminé tout ce qui, pour le moment du moins, doit résulter de cet essai.
Aujourd'hui que nos possessions en Afrique nous offrent la facilité de nous procurer un grand nombre de chameaux et de connaître tout ce qui est relatif à leur éducation, espérons que les essais du gouvernement n'en resteront pas là.
Prospcr Lalanne, Cultivateur à La Bastide d'Armagnac, près Roquefort (Landes.)
SECTlorï II. — Moyens d'amélioration dans l'espèce bovine.
§ l*". — Considérations sur les améliorations dans les animaux domestiques.
Nous considérons comme améliorés les animaux domestiques qui, par ies modifications physiques ou morales que nous leur avons imprimées, ont c'té rendus pluspropresà satisfaire à nos besoins et à nos jouissances; ce n'est pas à leur profit, mais pour nous, que nous exerçons sur eux notre puissance, et en cela nous avons usé de notre droit : car les animaux ainsi que les végétaux domestiques sont faits pour l'homme.
Ainsi nous buvons le lait de la vache; voiià pourquoi nous avons élargi ses mamelles, y attirant, dans tous les temps, par la surabondance et le choix de la nourriture, ainsi que par une mulsion souvent répélce, un fluide alimentaire que la nature avait destiné au nourrissage temporaire et maternel. Quoiqu'il l'état sauvage, la femelle dans l'espèce bovine ne donne pas de lait, et que ses mamelles se flétrissent quand elle n'a pas de petits à nourrir, nous regardons comme améliorées les vaches de la Suisse et celles de la Flandre dont les mamelles, toujoxirs volumineuses, sont des sources intarissables d'un lait abondant. Dans l'ordre de la nature, le bœuf ne prend des alimens que pour se procurer les moyens d'acci'oissement du corps et de réparation des organes; dans l'ordre de sa domestication, cet animal reçoit dcins certaines circonstances une nourriture surabondante aux dépens de sa vigueur et de sa santé, et nous regardons comme améliorées les races bovines qui, s'éloignant du type de l'espèce, ont le plus d'aptitude à changer en viande et en chair les alimens que nous leur prodiguons.
Les races domestiques, produit de notre industrie, sont donc pour nous des améliorations, puisqu'elles contribuei;t à notre bienêtre. Mais trop souvent nous abusons de la puissance qui nous a été donnée sur ces êtres vivans et sensibles, nous les défigurons inutilement; ce qui est également contraire à la morale et a notre intérêt bien entendu..
DANS L'ESPÈCE BOVINE. 46t
Sous cette influence malheureuse, la plupart des animaux domestiques, au lieu de s'améliorer dans notre intérêt, dégénèrent doublement, perdent leurs qualités naturelles, et sont privés de celles qui, à l'état de domesticité, faisaient leur mérite à nos yeux. Le gouvernement dur et absurde auquel ils sont soumis, affaiblit leur constitution, les rend sujets à un grand nombre de maladies, abrège leur existence, et amène, par la dégradation des producteurs, la chélivité des produits.
5 II. — Influence de la nourriture surramélioratiou.
Le climat et la nourriture influent beaucoup plus sur les animaux que sur l'homme. Des modifications plus profondes sont le résultat de la domestication. Le climat exerce plus d'influence sur le cheval, la nourriture sur le bœuf. Les bœufs auvergnats, par exemple, tant qu'ils travaillent dans diverses parties de la France, conservent leur caractère, mais une fois engraissés en Normandie, ou dans le Charolais^ ils perdent les attributs de leur race, et c'est sous le nom de bœufs cliarolais ou nortnands qu'ils arrivent aux boucheries de Paris et de Lyon. En Auvergne même, dans les mêmes conditions, on voit les belles vaches de Salers et les vaches chétives de Murât ; les premières sont bien nourries, les secondes alimentées avec parcimonie.
Partout où l'on ne pourra pas les nourrir abondamment, il faudra donc renoncera former ou àintroduire de belles races bovines; si les bêles de ces races sont presque toujours les principaux agens et les produits les plus précieux de la cullr.re, leur prospérité suppose une culture vigoureuse. Il n'en est pas de même dans les autres espèces domestiques, l'agriculture est presaue inconnue dans les contrées de l'Orient ou l'on trouve les plus beaux chevaux de l'univers, et les moutons qui fournissent la laine la plus fine doivent pâturer sur un sol presque aride. En excédant pour le cheval et le mouton la mesure alimentaire d'entretien, on alourdit le premier et on rend la laine du second plus grossière , tandis qu'on double la nourriture si l'on veut pouss'-r le bœuf à l'engrais, tirer plus de profil de son travail, ou augmenter la sécrétion laiteuse de la vache.
§ III. — De l'appareillenient comme moyen d'amélioration.
L'appareilleraent est, dans le langage des haras, l'union de deux animaux reproducteurs, de même ou de différente race, mais dont les foi'mes et les qualités sont sinon semblables, du moins en harmonie; il faut prendre bien garde de le pratiquer à contre-temps et sans convenance. Des races offrant les caractères qu'on désire doivent être maintenues par de bons appareilleraens dans le sein de la race elle-même, sans introduction de sang étranger.
Cette méthode bien peu usitée en France, pour les bêles bovines, du moins, dont la reproduction est généralement livrée au hasard, est ce que les Anglais nomment sélection.
C'est ce mode que suivit le célèbre éleveur anglais Rackewel. La race des bêtes à cornes qu'il créa pour la boucherie se dislingue par.
4'G2 ANIMAUX DOMESTIQUES îa pelitesse des os, le gros volume des chairs, Ja rondeur du corps en forme de baril, la brièveté <les jambes; d'après cette conformation elle s'engraisse plus facilement, et avec plus d'économie. Ce n'est pas tout ; il paivinl à procurer un développement extraordinaire aux parties du corps les i)lus savoureuses, les
f)lus recherchées, et en y dirigeant l'afflux de a nourriture par des lotions et des frictions habilement appliquées ; c'est ainsi qu'il réussit à augmenter le volume des muscles lombaires et dorsaux qui forment ce que nous appelons le filet. Il sut appliquer ce principe aux moutons avec plus de succès encore, et il en résulta la race Disthley-Longwoods, dans laquelle il parvint à diminuer de moitié le poids de la charpente osseuse et à doubler le poids de la chair. On concevra l'importance <!e ce résultat en songeant à toute la différence d'un bœuf qui, sur 700 livres de viande, en donne 420 bonnes à rôtir et 280 de basse boucherie, à un autre bœuf qui donne 420 de la dernière qualité et 280 de la première, et quand on saura que la consommation du bœuf est relative à son poids total, et qu'il faut autant de nourriture pour former une livre de tête que pour produire une livre de filet,
§ IV. — Delà consanguinité sous îe même rapport, avantages et inconvénieus.
Pour mieux disposer les appareillemens, faut-il choisir les leproducteurs parmi les parens les plus rapprochés, tels que le père, la mère avec les enfans, les frères et les sœurs entre eux? Les Anglais nomment ces unions incestueuses /« (^(«^///î (propagation en dedans); celle question est vivement controversée. Le premier argument qui se présente en faveur de la consanguinité est que les premières races humaines et animales ont dû de toute nécessite se reproduire par l'union des plus proches parens, et que les premières familles ont du être au moins aussi belles que celles qui leur ont succédé. Ensuite, comment concevoir qu'une détérioration puisse résulter de l'union de ôenx individus également bien conformés? Delaberre-Blaine, vétérinaire anglais, s'est assuré que les chevaux arabes de premier sang sont reproduits par Vin and in. S'il n'eût employé le même moyen, Backewel eût-il pu créer ses races? M. IMeynell, (jui comme veneur est presqu'aussi célèbre, a formé par ce procédé d'excellens chiens pour la chasse au renard.
Cependant Euffon, Bourgelat, et Varron avant eux, proscrivirentces unions incestueuses.Un agronome anglais, sirJohn Sebrigt, qui a publié des lettres fort estimées sur l'art d'rtmcUorer les animaux domestiques , est opposé à Vin and in. 11 a soumis des chiens et des oiseaux à ce mode de reproduction, et toujours il a remarqué qu'une grande dégénération en avait été la suite. Un autre agronome anglais, qui a fait des épreuves de même genre sur des porcs, amena une dégénération telle, que presque toute:; les femelles furent frappées desiérilité, et que celles (pii perlèrent mirent bas des petits si faibles, qu'ils périssaient prcsqu'en naissant. Les expériences de Rni- Sat, autre agronome anglais, répétées en guisse. établissent que le premier produit
DES RACES BOVINES ET DE LEUR ÉLÈVE, liv. m.
naît bien conformé, mais plus petit qu'un autre de même race ; ses petits se rapetissent de génération en génération, jusqu'à ce que s'éteigne la faculté de se reproduire. Celte énervai ion, dit Sinclair, est inévitable, quelque soin qu'on apporte pour la prévenir.
§ V. — De Vh%c des reproducteurs, du nombre des femelles à donner aux mâles.
L'âge auquel il convient d'admettre les taureaux à la reproduction doitvariei' d'après la destination de 'a race qu'on veut maintenir, améliorer ou produire. S'agit-il d'une race de travail comme celle d'Auvergne ? Le taureau sera plus âgé que s'il s'agissait d'une race à lait ou d'engraissement comme celles de Flandre ou de Normandie. Les veaux produits par des veaux sont mous et lymphatiques, mais s'engraissent plus facilement. Les vaches les plus fortes ne sont pas non plus celles qui donnent le plus de lait. Nous ne pouvons blâmer les cultivateurs qui, ne faisant couvrir leurs vaches que pour avoir du lait d'abord, ensuite des veaux à envoyer jeunes à la boucherie, mettent en fonction des taureaux de 18 mois à 2 ans; cet âge peut suffire pour faire naître des vêles qu'on veut élever pour en faire des laitières ; mais si Ton veut propager une race plus propre à soutenir de rudes travaux qu'à fournir beaucoup de lait et de chair, ce n'est pas avant trois ans qu'il faut employer les taureauxétalons.Les femelles pourront avoir six mois ou même un an de moins. Au lieu d'observer ces règles, on emploie des taureaux de même âge,, quelque soit le but qu'on se propose; on jette dans les mêmes pâturages, vaches, taureaux, veaux et vêles, et ces derniers sont libres de se livrera l'acte reproducteur aussitôt qu'ils éprouvent les ardeurs sexuelles, c'est-à-dire dans leur enfance, à cause de leurs dispositions héréditaires et de la surabondance de nourriture qu'ils reçoivent. Les choses se passent différemment dans l'état de nature : les vieux mâles savent bien écarter les jeunes et les débiles. Le droit de se reproduire y est le privilège exclusif de la force, et c'est ce qui ne contribue pas peu à maintenir l'énei'gie des espèces vivant dans l'état de nature.
Une autre cause de dégénération est l'ignorance ou la cupidité qui livre à chaque reproducteur un trop grand nombre de femelles. Il est tel village où il n'existe qu'un seul taureau banal, souvent trop jeune, pour 150 à 200 vaches qu'il couvre au prix le plus modique (50 centimes). Il les féconde presque toutes, mais il esi bientôt ruiné et ses productions sont débiles. Ce n'est pas la moindre cause de la chétivilé du bétail français.
Un taureau ne doit pas couvrir plus de 50 vaches.
En Auvergne, on voit souvent, à la vérité, un taureau dans une troupe de 20 vaches ; mais on n'en voit que deux dans celle de 100, Comme elles ne se divisent pas eu deux bandes, il est présumable que toutes sont couvertes par les deux mâles. Cependant presque toutes descendent pleines de la montagne avec les taureaux en bon état.
Ce qu'il y a de singulier, c'est que les deux taureaux vivent en paix; mais s'il se préseu-
enAP. H.