‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 28 sur 325 · CHAP- 2'. DU CHANVRE ET DE SA CULTURE · texte numérisé non relu

CHAP- 2'. DU CHANVRE ET DE SA CULTURE

riences. Les saisons ont été peu favorables, et je crois en avoir d'ailleurs assez dit dans le cours de cet article,pourfaire voir combien les essais sont nécessaires en pareille matière, et combien le changement de localité peut apporter de différence dans les résultats. Oscar Leclerc-Tboli.x.

§ II — Tti-rain convtiiaDie.

Section ii. — Du chanvre et de sa culture.

Le Chditiwe {Cannabis satù-a , eu anglais Hemp, en allemand Hanf, en italien Canapa^ en espagnol Canomo) [fl^. 13) est une

Fig. 13.

des conquêtes les plus utiles qne nous ayons faites sur le règne végétal. Cette plante se cultive pour sa filasse, dont on fabrique les cordes et cordages et les trois quarts des toiles employées dans l'économie domestique et dans les arts ; on la cultive aussi pour l'huile contenue dans les graines que portent les pieds femelles, cette plante étant dioïque ou ayant les deux sexes sur des individus différens.

§ r'.— Usages du ciiaavre.

Outre ses usages dans la lingerie, le chanvre trouve encore un débouché bien plus considérable dans la corderie et la marine. Aucune plante textile ne peut jusqu'à présent l'y remplacer pour la voilure et les cordages.

On extraitde ses graines une huile employée à la peinture, à l'éclairage, à la fabrication du savon, et propre à beaucoup d'autres usages. On en nourrit aussi les oiseaux de basse-cour et de volière. Elle rend la ponte des poules plus hâtive et plusabondante. On réduit le marc des huiles en tourteaux, dont les animaux domestiques sont avides.

La culture du chanvre intéresse tous les pays maritimes, et plus particulièrement, en France, la Bretagne où elle réussit très bien; en erfet,elle y est favorisée: rpar un climat humide ettempéré, dont la latitude correspond a celle de l'Ukraine, qui fournit au commerce de E.iga des chanvres si renommés par leur souplesse, leur élasticité et leur longueur; 2° par le sol de ses vallées et de ses plaines, formées d'une argile mêlée de sable, recouverte d'une forte couche d'humus, et où la plante est protégée contre la violence des vents par l'abn excellent des collines, ainsi que par des haies et des berges garnies d'arbres; 3° par le bas prix de la main-d'œuvre; 4" par l'immense consommation de voiles, cordages et filets, que font dans cette contrée, sur une étendue de près de 140 lieues de côtes, les grands et les petits étahlissemens de la marine.

Le chanvre demande une terre humide forte, argileuse, recouverte d'une couche dhumus très-épaisse, ameublie par de profonds et fréquens labours, fumée par des engrais substantielselabondans. Lorsque toutes ces conditions se trouvent réunies, on peut le cultiver à perpétuité sur le même sol, qu'il suffira de défoncer à la bêche et de fume'convenablement. Ceci ne forme pas précisémentune exception à la règle de l'assolemer.t alternatif, puisque le sol est entièrement et complètement régénéré par l'abondance de 1 engrais; et, dans beaucoup de pays, où la culture du chanvre, quoique florissante et étendue, est cependant morcelée comme le sont en plaine les héritages, il n'en peut pas être autrement, chaque petit propriétaire n ayant que le même terralnà consacrera la même culture, et le couvrant de chanvre chaque année sans jamais y intercaler aucune autre semence.

^ Si le terrain est trop humide, on facilite l'absorption des eaux par une addition de sable et par des labours profonds; on l'amende avec du fumier peu ou point fermenté, provenant des fientes de porcs, de brebis, de chevaux, avec des composts de gazon et de chaux, avec des matières fécales; pour donner de la compacité et delà fraîcheur à un sol calcaire ou sablonneux, on emploie des fumiers très-fermentés et consommés, composés de feuilles et de fientes de bêtes à cornes, de boues d'étangs, de substance, végétales et animales très-putréfiées, de muriate de soude et de plantes marines.

Dans les terres fertiles du Bolonais, on fait entrer le chanvre dans les rotations de culture et on le fait alterner avec le blé, parce qu'une partie de l'engrais donné au chanvre sert encore pour le grain. On labourelc champ en juillet, et, en septembre, on le fume avec des débris de laine, des plumes, des cornes, des rognures de peaux et d'autres substances animales qu'on recoxivre par un second labour ; on pourrait encore enfouir des lupins ou des fèves. En novembre, on donne une troisième façon, et l'on dispose le champ en planches de 2 mètres environ, divisées par un sillon profond. Au i>rintemps on répand,^

:t\ Cl LTURES INDUSTRIILT.es : PIwVNTF encore sur le champ un cngi'ais bien ronsoninié, tel quo de la poiuirolte ou des chrysalides de versà-soie; on sème ensuite le chanvie que Ton enterre immédiatement avec le soc, après quoi on égalise le tcn-ain avec une herse de (er. On sème dru, si l'on \ent un fil fin. On sarci*; quand la planche a cinq doisis do hau!. Si elle est exposée à soulïrir de la sécheresse, on arrose le champ par inigation.

Dans les jyar'.ies ,li- la Brctac^ne où la culture du chanvre est le plus (îorissanle, on don ne généralement trois labours. Le premier est relardé jusqu'en lévrier, mais il serait mieux placé à la (in de Taulomne; la terre, exposée tout l'hiver aux inflacnces de l'air, s'ameublit, s'inîprègue des gaz atmosphériques, et leçoit de l'action alternative des météores acjueux une plus grande force de végétation. — Ihoui.n et Bosc recommandent de donner ce labour en octobre ou en novembre. Ces agronomes veulent aussi qu'on ré()ande les fumiers avant le |)remier labour. En Bretagne, on le répand à la mlavrii, au moment du second laboui- qui sert à l'enfouir, à raison de 25 et 30 charretées de la force de ùe^iw bons chevaux chacune, par heclare. On brise les mottes, soit à la houe, soit à la herse, et, du V^ au 10 mai, on donne le dernier laboui, sur lequel on sème par

Elanches de 4 pieds de largeur, après avoir ien ameubli et régalé la terre.

§ m. — Espèces et vaiiélés.

L'espèce commune vsX. une planteannuelle, herbacée, dioïque, de la famille des urticées. Les fleurs sont paniculées, axillaires et terminales dans le chan^-re mâle. Le calice a cinq divisions et porte cinq étamines dont les filamens sont courts et les anthères oblongues. — Dans le chanvre femelle^ les fleui s sont axillaires et sessiles. Leur calice alongé, étendu seulement sur le côlé, couronne un ovaire portant deux styles avec leurs stigmates. Une petite ci<psule arrondie à deux valves renferme une petite graine d'abord blanche, etqui brunit en vieillissant.

On a oblenu, en Italie, une rrt/-/<"7<'' appelée Chanvre de Bologne ou Chanvre de Piémont, qui s'élève quelquefois dans les bons terrains jusqu'à 10 pieds; elle donne généraUrnenl peu de graines et de médiocre qualité; son exportation est défendue. PJ. Catuos en avait essayé la culture dans la pépinière royale de Valence en 1189, et elle avait élé presque aussitôt oubliée. I\Iais, en 1829, M. Cazenavettk a rappelé l'attention de la Société linnéenne de Bordeaux sur celte variélé, que la Société a nommée Chanvre s;igantesque {Cannabis saliva gigantea ), et il lui en remit deux livres de graines qu'il élait parvenu à se procurer, et qui furent distribuées aux cultivateurs. De[)uis celte époque, de nombreux essais ont réussi et démontré les avantages de rintroducliou de ce chanvre. En ISoo, I\L de Matïia, de Rlanquefort [Gironde), a obtenu les résultats suivans d'un semis coniiaratif : le chanvre du Piémont a levé 15 jours plus lard, quoique semé en même temps, et sa n}aturité a aussi été plus tardive de !5 jours; il s'est élevé dedcux

S TEXTILES ET FILAMENTEUSES, liv. ii.

pieds plus haut que l'autre et a donné une filasse qui n'a pas paru inférieure. VJmides c/i«wy?v de Bordeaux a annoncé en 1834 que, dans des terrains de landes et d'assez mauvaise (jualité, celte piaule s'était élevée à 7, 9, Il et même 13 pieds de hauteur; que ce chanvre demande une terre légère cl sablonneuse ; qu'il s'accommode ti-èsbien du sol des landes de Bordeaux; enfin, que, cultivé sur u?te terre (pii n'a reçu aucun engrais, il y devient aussi beau que le chanvre ordinaire.

§ IV. — Semis : préparation.

L'époque des semailles varie en France, du 15 m;irs au 1*' juin , et, en général, on peut semer immédiatement après les premières gelées que le chanvre redoute beaucoup. La gi-aine est recouverte très-légèrement avec des râteaux ou une herse garnie d'épines. Il est à propos de répandre sur le semis des débris de chénevolte, de la fougère, de la vieille paille, qui tiennent la surface de la terre fraîche et meuble, en protégeant le jeune plant. On répand aussi des composts de boues bien consommées, mais c'est une addition d'engrais qui ne remplit pas aussi bien le but qu'on se propose.

Le choix de la semence est toujours une condition de la bonté des récoltes; il influe pai'ticulièremcnt et d'une manière remarquable sur celle du chanvre. — En Bretagne, on n'y apporte aucune attention; aussi les plus belles liges y dépassent-elles rarement G pi. En Alsace elles atteignent commune^ ment 8 pi. Elles sont beaucoup plus élevées en Italie, où l'on est parvenu, h force de soins, à créer la nouvelle variété dont il a élé parlé plus haut.

Lorsqu'on veut avoir de la graine de qualité supérieure, on sème plus clair, environ 5 hectolitres par hectare, et on arrache ensuite les plants les plus faibles, de manière à ce que ceux qui restent soient espacés entre eux de 8 à 10 pouces et plus. Les tiges grossisst>nt davantage, étant mieux exposées au soleil; elles deviennent rameuses et portent plus de graines, mais elles ne peuvent donner qu'une filasse propre à être employée dans la corderie. Il y a des cultures spéciales pour cet objet- la graine de la dernière récolte étant ia seule qui puisse germer, on ne conserve (|ue la (juanlité nécessaire aux semailltsde l'année; il faut aussi que la graine soit changée souvent; autrement elle dégénère. La bonne graine doit être nette, d'un grain foncé, luisante, pesante et bien nourrie. — Plusieui's de nos départemens en fournissent de très-bonne, sans qu'il soit nécessaire de la tirer du Piémont ou de Riga.

Quantité de semence nécessaire. Ordinairement il en faut S hectil. par hectare; on sème plus épais et plus tard dans les terres légères et sablonneuses que dans les terres humides et fortes; on sème aussi beaucoup plus épais (environ 12 hcclol. par heclare) lorsqu'on veut obtenir une filasse blonde, bien douce, facile à leiller et à filer, avec laquelle on fabrique ces belles toiles de ménage, qui pour la force et la durée sont si supérieu! es aux toiles de lin. On voit donc

ciiAP. 2'. DU CHANVRE ET

que la quanlité de la semence dépend de l'emploi auquel on deslinc le chanvre, et de la nature du terrain auquel on le confie.

§ V. — Soins d'entretien.

Il faut biner et sarcler le plant deux fois, •et arroser même si la sécheresse était trop prolongi'e. Quand on a semé Irès-dru, le sarclage et le binage sont inutiles, parce que la Î)lante croissant rapidement, ses feuilles ont nentôt recouvert la surface du sol et étouffé les herbes parasites; mais^alors les labours doivent être plus profonds, parce que les liges étant très-rapprochées, les racines ne peuvent s'étendre latéralement; il faut donc, pour se bien nourrir, qu'elles trouvent à pénétrer une couche épaisse de terre végétale. Lorsque le plant est modérément espacé, il donne d'autant plus de filasse, dont la ténacité est d'autant plus grande, qu'il a acquis plus complètement sa croissance à l'air libre. Sa graine mûrit mieux et est infiniment plus abondante.

§ VI. — Maladies et remèdes; plantes et animaux nuisibles , moyens d'en préserver.

Quelque bien couverte qu'ait été la graine, il ne faut pas la perdre de vue jusqu'à ce qu'elle soit entièrement levée; car les oiseaux, et les pigeons surtout, en sont extrémenient friands. Il faut les en écarter souvent, soit par le brnit de quelques coups de fusil, soit par des mannequins de paille; il est bon de veiller aussi sur les campagnols, les mulots et autres quadrupèdes rongeuis.

Deux plantes parasites font encore beaucoup de tort aux chenevières; ce sont la cuscute et. Voiobanc/ie ; on ne peut les détruire qu'en les arrachant avant leur floraison; et , pour le faire, il ne faut pas craindre d'arracher un peu de chanvre; car celte perte est un gain pour l'année suivante.

Aucun insecte n'attaque le chanvre, mais une chenille vit dans l'intérieur de sa lige et le fait souvent périr.

§ VI!. — De la récolte.

Vonv récolter le chanvre^ il faut saisir l'instant de sa maturité. Si on larde trop, il pourritou devient ligneux, et,dans les deux cas, il est improprt; à la filature et au tissage. Si on se hâte de l'arracher, on n'obtient qu'une filasse dont les fils ont peu de résistance, et la toile qu'on en fabrique s'use promptement.

L'époque de la maturité est difféi-ente pour les deux sexes. Le cham're mâle est mùr lorsque son pollen est dissipé et que ses sommités jaunissent. On l'arrache, en Bretagne, vers la mi-juillet. Il faut cent dix ouvriers pour celte opération sur l'étendue d'un hectare. Ils ont l'attention de marcher dans les allées qui séparent les planches, afin de ménager le chanvre Jeinelle^i[u\ n'est mûr qu'environ 6 semaines après le niàle. On l'arrache, en septembre, lorsque ses feuilles jaunissent et tombent, que ses sommités se fanent et s'inclinent, et (jue la graine corn-

ilGRlClJLTURE,

mence à brunir. Soixante ouvriers suffisent pour ce travail sur un hectare. On a conseillé de scier avec la faucille, ce qui occasionerait moins de frais.

Au fur et à mesure qu'on arrache le chanvre, soit mâle, soit femelle, on le lie en petites hottes que l'on dresse en faisceaux. Le mâle reste 3 ou 4 jours exposé au soleil ; la femelley demeureplus long-temps, parce que la graine achève ainsi deraùrir. Il faut veiller à ce qu'elle ne soit pas dévorée par les oiseaux qui en sont très-lriands. S'il pleut, les faisceaux doivent èlre déplacés el retournés pour les faire sécher.

Pour extraire la graine^ on frappe avec des battoirs sur les tètes des bottes, ou bien on les passe sur un gros peigne ou seran en fer qui arrache les sommités, cpi'on pourrait même couper, ainsi que les racines, sous un hache-paille. Ensuite les graines, enveloppées de leur calice el mêlées avec des feuilles, etc., sont exposées au Svdeii el vannées ou criblées comme le blé. On les porte au grenier, pour y être étendues par couches très-minces, et régulièrement remuées, de crainte qu'elles ne s'échauffent. On sait que toutes les graines oléagineuses sont de difficile conservation, etqu elles perdent promplement, en s'échauffant, leur faculté germinative. H faut aussi veiller aux souris. La bonne conservation des graines deinande une extrême attention ; quand elles sont bien sèches, on peut, au bout d'un mois, les mellre dans des sacs ou dans des tonneaux défoncés par un bout.

Il est assez difficile de déterminer exactement le moment le plus convenable pour Vextraction de Chuiie, à cause des differens degrés de maturité des graines, provenant d'une même récolte. Si on les porte trop tôt au moulin, on a moins dhuile; trop tard, il y a beaucoup de graine rancie qui altère la bonne qualité de l'huile. 2 à 3 mois sont un bon terme moyen.

§ Vlir. — Du rouissage.

Le rouissage a pour objet de dissoudre une gomme réitine qui maintient l'adhérence des libres de l'écorce entre elles «-l à la partie ligneuse de la plante, s'oppose à leur subdivision en fibrilles plus ténues, ainsi qu'à la blancheur el à la durée des tissus. Elle est généralement dans la pioportion de 5 à 148, puiscjue 148 livies de chanvre ne pèsent plus que 143 livres après le rouiss ge; mais cette proportion varie en raison de l'étal de siccité où se trouve le chanvre lorsqu'on le dépose dans les rouloirs.

Le clianvie qui est roui le plus promptement donne une meilleure filasse, des fils plus élastiques, plus forts, plus durables. Donc, nioins le (hau\re a macéré dans l'eau, mieux il vaut; donc, plus le mode de rouissage s'éloigne de la fermentation, plus les fibres textiles conserveront de qualité. C'est sur cette théorie que sont fondées les tentatives que l'on a faites pour débarrasser l'écorce du clianvre de ses sucs concrets sans le secours de l'eau. Delà les projets de broyés mécaniques .Isl'AX.^à^'^ expéi'iences suivies pendant longtemps ont fait conclure que si les orocédés mécaniques détachaient bien réel-

lOME II. — 4

2G CULTURES INDUSTRIELLES lenient une partie des sucs concrets, il en restait de très-adhérens à la fibre qu'on ne pouvait détruire que par la macération.

Quant aux procédés chimiques qu'on a proposés pour exécuter cette macération, quoiqu'on puisse dire que les recherches à cet égard ne sont pas épuisées , la dépense plus considérable que le rouissage ordinaire qui en résultait, les a fait rejeter; il en a été de même de la niacéralion dans l'eau chaude.

On submerge ordinairementle chanvre z.^Yh'S> que le soleil l'a séché quelques jours; le mâle séjourne dans les routoirs de 8 à I2jours, et la femelle 15 jours au moins, parce que l'endurcissement de sa tige, par une plus longue maturité, rend la dissolution de la gomme plus difficile. L'eau courante est préférable. Le chanvre mâle, cueilli à un degré de maturité convenable, peut y être complètement roui en cinq jours, la température de l'atmosphère élant à 20° Réaumur. Le plus important et le plus difficile est d'obtenir la dissolution de la gomme avant que les fibres soient endommagées parla macération.

Au sortir du rauiocr, on délie les bottes et on les met sécher sur un pré. Si le vent est favorable, c'est l'affaire de 7 à 8 jours. Ensuite, on lie le chanvre par grosses botles bien séchées qu'on entasse dans les granges.

On réserve pour l'hiver les préparations subséquentes dont il sera traité dans le livre des Jrts afjricoles. Elles consistent : 1° dans

PLANTES TEXTILES ET FILAMENTEUSES. Liv. ii.

qui recouvre la partie ligneuse ou chenevotle: on ne le pratique que sur les chanvres fins ; 2° le broyage, qui brise parfaitement la chenevotte et dégage la filasse d'un reste de résine qu'elle contenait encore; la filasse qui en résulte, pour être bien assouplie et dégagée de petites parties ligneuses très-adhérentes, a encore besoin d'être battue avec desespadts ou pilée dans des mortiers; 3" enfin le peignage, qui a pour objet de diviser les fibres et de séparer les diverses longueurs de brins.

§ IX. — Des frais et produits.

On a vu, par ces détails rapides, combien les frais soQi multipliés et considérables; les produits sonl au contraire assez faibles, et il arrive souvent que les frais sont à peine remboursés avec un bénéfice suffisant par la vente des produits. Les calculs donnés dans la section précédente pour le lin, pourront servir jusqu'à un certain point pour la culture du chanvre. Cette petite industrie semble devoir être surtout dévolue, sous ce rapport, aux populations chez qui la maind'œuvre est peu élevée, et qui peuvent, par conséquent, donner à très-bas prix le pioduit de leur travail. Elle serait susceptible, sans doute, d'améliorations que ce n'est pas ici le lieu de rechercher,mais qui méritent d'occuper les agronomes et les hommes d'état.

Cependant, lorsque le chanvre est converti en toile à voile par le premier producteur, sa culture donne deux fois plus de bénéfices qu'aucune autre qui soit connue. Elle a l'a-

vantage de faire vivre un très-grand nombre d'ouvriers, et de les occuper dans les jours pluvieux et dans les longues soirées d'hiver durant lesquelles on peut renvoyer toutes les opérations qui suivent le rouissage.

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