TOME II. — 6a
ANIMAUX DOMKSTIQUliS: DU PORC.
e.\()nim'nt des sensations différentes. C'est d'abord un gTO^neuieut paisible , entrecoupé, qu'il fait entendre chaque fois qu'il éprouve du bien-être. C'est ensuite un cri aigu, qui, faiblement pousse, marque l'impatience de recevoir des aliinens; mais qui, plus longuement et plus éueri^iquenienl exprimé, peint une coulrariélé, et la douleur la plus forte comme la plus légère. Enfin, c'est un grognemeul beaucoup plus fort el plus grave que le |)remier, continu, bien qu'entrecoupé, c'est-à-dire allernativement produit par l'inspiration et l'expiration : celui-ci mar-
3 ne un sentiment de sollicitude pour tout inividu de l'espèce poussant les cris aigus dont on vient déparier, lesquels sont censés marquer un état do détresse. Un troupeau entier peut alors se précipiter au devant de ces cris pov'.r apprécier la cause de cet appel. Si rien n'est ostensible dans la cause, un sentiment d'attachement inquiet semble seul se manifester ; mais si l'animal est en proie à quelque mauvais traitement, ce sentiment devient hostile, presque farouche, et peut exposer sérieusement ceux qui le font naître: dans ce cas, les coups ne rebutent que quelques individus, tandis que la masse, de plus en plus irrilét% demeure fortement à craindre.
Le mâle se nomme verrat ;
La femelle se nomme tntie ;
Les jeunes s'appellent/^o/rf/e/^ ou f^orelf.
Le nom i\e porc, de cor/ton, tle cache ^ s'applique habituellement à l'animal mâle ou femelle qui a subi la castration.
De tous nos animaux domestiques, le porc e^l le plus fécond, le plus facile à élever, à nourrir, à acclimater; la Providence a répandu ses races diverses sur presque toutes les contrées du globe; toutes les substances animales ou végétales sont pour lui des alimens; il supporte hi domesticité la plus étroite, et sait pourvoir lui-même à sa subsistance quand on la lui laisse chercher : deux qualités bien précieuses qui ne se rencontrent dans aucun autre animal.
Libre ou retenu en captivité, il offre à son maître un produit assuré; sa chair peut figurer avec honneur sur toutes les tables; elle sert à la préparation des charcuteries les plus délicates et les plus recherchées ; sa graisse est pour les légumes du pauvre un assaisonnement inappréciable; son sang, ses entrailles, tout son corps en un mot est utilisé pour la nourriture de l'homme.
D'où vient donc qu'un animal si précieux est resté jusqu'à présents! négligé, si méprisé même, de ceux qui en tirent profit.? On est, eugénéral, tellement accoutumé à le considérer comme un être vil, que l'on ferme les yeux surtoules ses bonnes qualités, et l'on ne se fait faute de lui imputer à mal ses instincts les plus utiles.
Quoi qu'on en ait dit, le porc est facile à apprivoiser, il est reconnaissant de tous les soins qu'on lui donne, il aime les caresses et les rend avec familiarité. Aux environs d'Autun, où l'un élève un grand nombre de ces animaux, nous en avoRs vu souvent prendre plaisir à traverser la rivière eu traînant leur petit conducteur, comme aurait pu le faire ^!n chien de Terre-Neuve ; puis ils se laissaient >rosser, laver, bouchonner, en témoignant
Liv. irï.
du bien-être évident que leur procure la propreté. Le bain est pour eux si nécessaire, la fraîcheur leur est tellement indispensable, qu'ils la recherchent en se vautrant dans les bourbiers de nos cours, quand on néglige de leur procurer un moyen plus propre d'apaiser l'ardeur qui les dévore. Les manouvriers, qui ordinairement n'élèvent qu'un ix)rc à la fois, savent tous que cet animal ne méconnaît jamais la personne qui le soigne. Dans les pays où on les mène aux champs par troupes nombreuses, ils savent fort bien retrouver leur demeure, et les différentes troupes connaissentàquel conducteur elles doivent obéir. Un voyageur rapporte qu'en Calabre on les conduit en jouant do la cornemuse ; ils s'accoutument tellement à obéir au son de cet insti'uuient, que quand plusieurs troupeaux se trouvent réunis dans le même pacage, il suffit que chaque conducteur sovJ'lle dans sa cornemuse pour que les animaux qui lui appartiennent se réunissent à l'instant autour de lui, sans que jamais il y ait erreur de leur part. Boscdit avoir fait souvent une observalion qui démontre dans le porc un instinct beaucoup plus développé que l'on ne le suppose ordinairement : Dans la Caroline cm Sud, les poi'cs sont élevés dans la plus grande liberté; ils restent toute l'année sans gardien dans les bois, vivant et se défendant seuls confie les attaques des animaux sauvages; durant la semaine, ils ne reçoivent de leur maître aucune nourriture; seulement le samedi soir on leur distribue à cliacun une poignée de maïs : aussi ce jour-là, à cinq heures du soir, les voit-on accourir de toutes les directions pour venir prendre leur pitance, se faire compter, et livrer celui d'entre eux qui est nécessaire à la consommation delà maison.
Sa voracité, qu'on lui reproche qjuelquefois, est au contraire un moyen admirable que nous a fourni la nature, de transformer en substance utile toutes les matières dont refusent de se nourrir nos autres animaux domestiques.
Sa fécondité est si étonnante qu'elle excita l'attention d'un homme illustre, du maréchd Vauban. Ce grand homme, retiré des affaires, rédigea plusieurs mémoires sur des objets d'utilité publique : un d'entre eux fut consacré à des calculs sur la fécondité du porc, que Vauban signale comme le moyen le plus propre à assurer en peu de temps la subsistance d'une colonie nouvelle quelle qu'elle soit. Nos lecteurs liront sans doute avec plaisir un extrait de ce curieux mé«ioire, dont le manuscrit existe encore.
On suppose, dit Vaiil)an, qu'une truie, la seconde année de son âg;' , porte une ventrée de six codions mâles et femelles, dont nous ne compterons que les feiuellcs, attendu que, pour parvenir à la connaissance (jue nous cherclions, nous n'avons pas besoin de mâles ; et partant. 3 feiuellcs.
La troisième année, que nous compterons pour la deuxième génération, la mère truie porte deux ventrées, ci. 2 ventrées.
les trois filles de la première génération, cliacune une, font ensemble. . 3 id.
Total des ventrées.. .
Qui, à cliacune trois femelles, font
pour le total de la deuxième gonéra-
5 ventrée».
en* p. 12. DU PORC DOMESTIQUE
tiun là fcmelleâ.
La quatrième année, qui est la troisième génération, la mère truie, devenue grand'uière, porte deux (ois, faisant 2 ventrées.
Les trots filles de la première génération portent deux fois chacuue, et font ù id.
Les quinze filles de la deuxième génération portent cbacune une fois, ce qui fait \h id.