DU COTONNIER, SES ESPECES ET VARIETES , ET SA CULTURE
cii.vr. 2*
1» Le C. herbacé. Il est annuel en Europe, vivaceen Afrique, et forme un arbrisseau qui s'élève à 1 pi. et demi ou 2 pi. de terre. Sa tige est, ligneuse et velue. Elle se partage en courts rameaux garnis de feuilles à 5 lobes arrondis vers leur milieu et pointus à leur extrémité. Ces feuilles ont sur le dos une glande verdâtre peu remarquable. Elles sont dures au toucher et soutenues par d'assez longs pétioles, au-dessous desquels se trouvent 2 stipules ordinairement lancéolés et un peu arqués. Les fleurs naissent dans les aisselles des feuilles, et toujours en plus grande quantité vers l'extrémité des branches. Le fruit de ce cotonnier est de la grosseur d'une noix, divisé en 4 compartimens couverts de valves, qui s'ouvrent lorsque le coton, qui y est renfermé, est parvenu à sa maturité.
2° Le C. de l'île Bourbon est une espèce précieuse, transportée de cette île aux îles Lucayes en Amérique. Ce coton, dit M. de Lasteyrie, ne redoute ni les vents, ni la pluie, ni le froid. Son fruit ne se détache jamais de ses rameaux qu'à sa parfaite maturité. Il a une croissance rapide et fructifie plutôt que les autres. Ses fruits mûrissent lous à peu près à la même époque : ses filamens sont d'une grande finesse, et son produit est double en quantité, quoique ses capsules soient extrêmement petites. Il s'élève peu. Lorsque ses capsules commencent à grossir, elles penchent vers la terre. 11 exige le même terrain et la même culture que les autres. Il préfère cependant les bords de la mer.
3° Le C. de Géorgie à graines noires. Celte espèce est annuelle, ou demande au moins à être semée de nouveau chaque année. Son coton, connu dans le commerce sous le nom de coton de Géorgie, se vend en Angleterre à un prix double de celui des meilleures espèces à semences vertes. Il donne par acre, sur les bords de la mer, dans un terrain meuble et fertile, 200 à 210 livres de colon nettoyé.
4° Le C. bush cotton. Cette espèce est annuelle; ses graines sont vertes, petites. Ce cotonnier s'élève d'I à 2 pi. de terre tout au plus. C'est celui qui réussit le mieux vers le nord. Les fruits arrivent à maturité jusque sous le 40" degré de latitude en Amérique. Le climat du midi de la France lui conviendrait parfaitement. Son coton est d'une qualité intérieure et a des filamens trèscourts.
5" Le C. santorin. Il vit plusieurs années, supporte les gelées de l'hiver, pourvu qu'on ait soin de couper sa tige rez-lerre à l'entrée de celte saison.
6° Le C. d'ivica, à liges demi-frutescentes. Il est assez rustiqiv'^, il supporte les gelées sèches et rapporte beaucoup. Sa récolte se fait communément en octobre.
Quoique les botanistes ne soient pas d'accord entre eux sur le nombre des espèces et des variétés du cotonnier, lous cependant distinguent les cotonniers en ligneux et en herbacés. Les premiers sont vivaces de leur nature, comme les arbres et les arbrisseaux; les autres ne le sont qu'accidentellement, quand, semés dans un j.ays où les hivers
sont doux, on les taille très-courts au printemps. A Malte, en Sicile et dans les lies de Lipari, le coton herbacé vit plusieurs années. Pour les espèces vivaces, le climat doit être celui où il ne gèle pas, ou du moins où il gèle si peu que ces espèces ne puissent en souffrir.
Ce climat favorisé du ciel existe à Alger, et c'est là où l'on pourrait se livrer sans crainte à la culture des espèces que nous venons d'indiquer.
Indépendamment de la colonie d'Alger, la France possède beaucoup de départemens où elle pourrait acclimater le Cotonnier herbacé. M. DE Caxdolle, ce savant botaniste, qui a voyagé dans une partie du midi pour compléter sa Flore française, a indiqué comme propres au coton : \° le sud des Cévennes, dans les départemens du Gard et de l'Hérault ; 2° le Roussillon ; 3° le département des Landes. Nous y ajouterons celui de la Corse: d'après les essais faits en 1828 par notre honorable collègue, M. Angellier, alors préfet de ce département, il résulte que plusieurs espèces ou variétés de cotonnier, telles que le Caroline, graine verte, graine noire et longue soie, le santorin et le nankin de Siam, peuvent accomplir leur végétation sur plusieurs points de cette île, et y devenir l'objet d'une culture importante.
Nous ferons maintenant connaître la nature et la préparation du terrain convenable au cotonnier.
-Terrain, engrais.
Le meilleur terrain est un sol meuble, modérément argileux, substantiel, frais, bien divisé, qui permette aux racines de s'enfoncer et de s'étendre. On a remarqué que plus la racine du cotonnier s'enfonce, plus on en obtient de. duvet. Il est donc essentiel de labourer le terrain profondément. La charrue est le moyeu le plus actif et le plus économique.
Le cotonnier étant une plante vorace, il lui faut des enf:rais bien préparés et d'une prompte et facile dissolution On emploie à cet effet, en divers endroits de l'Italie, les matières fécales fermentées, mélangées avec de la terre meuble et bien préparée, les dépôts des rivières, les vases des canaux, des fossés et mares ou étangs, les terreaux suffisamment consommés, la chaux, les résidus des plantes oléifères, les cendres végétales ou minérales. Nous recommandons aussi le noir animalisé de M. Payen, qui, doué d'une activité merveilleuse, offre l'avantage d'être très-économique.
§ II. — Graines et ensemencement.
La graine du cotonnier garde plusieurs années sa faculté germinative, surtout si elle est conservée avec son duvet et en lieu sec. La plus mûre, la plus fraîche et la plus pesante, est celle qui doit obtenir la préférence. Il faut aussi choisir la semence qui vient d'uu climat qui se rapproche le plus, par sa latitude, de celui où on veut la semer; le succès en est plus assuré.
Dans piuôieurs espèces ou variétés, la
Î8 CULTURES INDUSTRIELLES : PLANTES TEXTILES ET FILAMENTEUSES, lit. ik
gi-aine est Irès-adhérenle au duvet : avant de la semer, il faut la bien froUer avec de la terre sèche et fine pour en séparer ce duvel, afin qu'il n'oppose pas de difficultés à l'ensemencement.
Nous ne déterminerons point Xépoquefixe à laquelle on doit sem€r\^coK.ox\.\.<i saison la plus propice est celle où l'on n'a plus à craindre les gelées prinlanières, c'est-à-dire du milieu de mars à la fin d'avril. Le temps le plus favorable à l'ensemencement est celui qui est disposé à la pluie. Il est utile, pour faciliter la germination, de faire tremper
Fendant 36 heures la graine, soit dans de eau de rivière, soit dans une lessive de cendre ou de suie. Après l'ensemencement on aplanit le terrain.
On semé le coton de 3 manières : à la volée, en rayons, ou dans des trous creusés à la surface du sol. La première méthode, ne pouvant mettre d'égales distances entre chaque plant, présente des difficultés pour les travaux subscquens, qu'on doit exécuter avec la houe à cheval. La seconde et la troisième sont meilleures. La semence doit être peu recouverte, surtout lorsque le terrain est humide à l'époque de la semai lie.
Pour ensemencer un hectare, en plaçant les graines 4 par 4 dans les trous espacés à 8 pieds les uns des autres, nous estimons qu'il en faut 40 lit., contenant par aperçu 120,000 graines ou environ 30 livres, le litre pesant les 4 cinquièmes d'une livre.
Le coton lève ordinairement au bout de huit jours, et quelquefois plutôt.
§ II. — Soins pendant la vcgctation.
Dès que les jeunes plantes commencent à sortir de terre, la principale attention est ù'extirfjer les mar.vaises herbes, et cela autant de fois qu'elles paraîtront, en rapprochant un peu la terre des pieds du cotonnier pour les soutenir contre les vents, et pour les aider à résister plus facilement à la sécheresse. On ne laisse dans chaque trou qu'un seul pied, et on enlève les autres à l'époque où ils ont au moins 4 feuilles. Si des graines ont manqué quelque part, on les remplace par des pieds enlevés avec précaution dans les trous trop garnis.
JJanosaf^c est indispensable pour certaines espèces, inutile pour d'autres. Les Slaltais prétendent que le colon blanc du Levant, et celui de Siam à couleur rousse, ont besoin d'être arrosés, tandis que celui des Indes peut s'en passer. Les habitans des îles Baléares pratiquent et conseillent l'irrgation. Nous jjensons que, sous leclimat de la France, on ne doit pas en abuser, surtout si l'on est placé près d une rivière, d'un lac ou sur les bords de la mer. En général, on ne doit l'employer que pour faciliter l'arcroisseiiient, car' on retarderait la floraison, la fructification et la maturité, si on prolongeait longtemps l'irrigation.
Loi'sque le cotonnier est parvenu à la hauteur de 30 «îcntimèli'es, on doit pincer ou tailler l'extré/nité des tiges principales qui monteraient trop, ne donneraient pas de gousses ou n'en donneraient que de tardives. Il ue faut pas pincer ou tailler dans le ten-
dre, mais dans la partie où la lige commence à se durcir. On pince également ou on coupe à leur tour les extrémités des branches latérales, lorsqu'on y voit deux gousses, de manière à obtenir une touffe à la partie supérieure.— On répète celte opération chaque fois que les pousses se reproduisent.
A l'époque où les fruits se disposent à se former, on commence à ébourgeonner. On pratique rarement cette dernière opéi-atiou sur les espèces qui doivent durer un certain nombre d'années, et cet usage est inconnu en Espagne, où le cotonnier vit jusqu'à 10 ans, lorsqu'il n'est pas détruit par les gelées ou par quelque autre accident. Mais il est indispensable d'ébourgeonner l'espèce dite annuelle, et toutes celles qu'on ne veut conserver qu'un an.
§ IV. — Maladies et animaux nuisibles.
Le cotonnier craint les grands vents froids, les sécheresses excessives, les trop fortes pluies, surtout au moment de la flcji-aison.
Cet arbrisseau est aussi attaqué par plusieurs ennemis qui lui font beaucoup de tort: en outre de ceux qui lui sont communs avec beaucoup d'autres plantes , et dont il est traité ailleurs, la chenille à coton est le plus redoutable, d'abord parce qu'elle se jette souvent avec tant de voracité et en telle abondance sur les cotonniers, qu'eu 2 ou 'à jours elle les dépouille de toutes leurs feuilles, ensuite parce que, après avoir parcouru en moins d'un mois les différens élats de chenille, de chrysalide et de papillon, elle reparaît sous sa première forme, disposée à faire de nouveaux ravages, qui durent quelquefois 10 mois de suite. Nous faisons observer cependant que c'est dans l'Inde et en Amérique que le cotonnier rencontre ces ennemis : il est probable qu'en Europe et sous noire climat il en trouvera en moindre quantité, el peut-être ceux-là seulement qui attaquent les mauves et les guimauves.
Il y a peu de moyens pour détruire tous ces insectes. Une surveillance excessive, des soins continuels, el quelquefois les secours du ciel, c'est-à-dire les pluies fraîches et abondantes, les nuits froides qui sont suivies de chaleurs excessives, déli\rent la culture de quelques-uns de ces fléaux. En France, les vers blancs sont beaucoup à redouter, d'autant plus qu'il n'y a encore aucun remède qui puisse les atteindre. Nous faisons des vœux bien ardens pour que le gouvernement français nous écoule une fois et qu'il ordonne le hannelonnage par commune, en accordant des jirimes à ceux qui en présenteront à la mairie locale une certaine quantité.
§ V. — Récolte.
Après îa floraison des cotonniers, il se forme des gousses eu nombre plus ou moins considérable : d'abord elles sont vertes, ensuite elles jaunissent. Lorsqu'elles sont toutà-fait nmies, les valves qui renferment le duvet s'écartent, et laissent échapper le coton en flocons avec les semences qui y sont adhérentes; c'est aloi's qu il faut les cueillir.