CHAPITRE XVII. — Du chien
Le genre chien, de l'ordre des carnassiers, fournit à l'homme, depuis les temps les plus reculés, plusieurs espèces, dont il se sert pour ses plaisirs ou pour ses besoins. Parmi ces espèces, celles que l'industrie agricole utilise doivent seules nous occuper ici.
§ 1*'. — Des chiens de berger.
Ce chien est de moyenne taille : sa tête est al- Fig. 318.
longée, ses oreilles courtes et droites, sa (luoue liorïzontale en arrière ou pendante ou légèrement recourbée ; son poil est long sur tout ie corps, le museau et la face externe des jambes exceptés; sa couleur est le plus ordinairement noire, souvent la gorge et le ventre sont blancs ou gris, quelquefois il présente des taches de feu sur les yeux. Sa tournure n'est pas gracieuse, sa force n'est pas grande, mais il est "d'une infatigable activité et d'une intelligence extraordinaire.
Cette race de chiens, qu'on rend aisément trèsdociles, doit être préférée dans les cantons où les loups sont peu à craindre: j)arce que d'abord ils paraissent plus naturellement portés que les autres <'spèce3 au rôle qu'on leur fait remplir-, ensuite parce qu'ils présentent à un nioin Ire degré les inronvéniens qui résultent de l'emploi des chiens à 1,1 garde des troupeaux.
Les chiens mal disciplines et trop ardens se jettent sur les moutons, les mordent, les blessent, épouvantent les brebis pleines, et en les heurtant les font quelquefois avorter: ils renversent les bêtes 1 mguissautes (|ui ont piine à suivre le troupeau. Lnbon chien, bien dressé, gouverne les moutons .sans leur nuire : ils s'accoutument à f.nre d'euxnicmes ce que le chien leur ferait faire de force: Ms scretirent lorsqu'il s'approche, et n'avancent pas du côté où ils le voient en sentinelle sur le bord d'un terrain défendu ou à l'entrée d'un sentier.
On commence à dresser les chiens à Fâgc de fi mois, s'jIs sont forts, ou à 9 mois, s'ils ont peu de force.
Lorsqu'un bercer conduit son troupeau, il peut bien hâter la marche du troupeau et celle des bêtes qui restent en arrière, mais il ne peut pas empêcher que le troupeau n'aille trop vite, ou que, des bêtes ne s'en éloignent en les devançant, ou ex s'écartant à droite ou h gauche: il faut qu'il se fasse aider i)ar h-s chiens.
Pour obtenir d'eux un service convenable il faut leur apprendre à s'arréfer, à se coucher, à aboyer, à cesser d'(^/iojer, à se tenir à côté du troupeau, à en faire le tour, à aller et venir sur un même côté et a saisir un mouton par C oreille ou par le jarret au commandement que lui fait le berger de la voix ou du geste.
Pour apprendre à un chien à s'arrêter ou à se coucher, il faut, en prononçant le mot arrête l lui présenter ua morceau de pain , l'arrêter de force et brusquement au moyen d'une ficelle et d'un collier à pointe, en prononçant toujours le motrtrrctel Kn répétant cette manœuvre on l'accoutume à s'arrêter à la voix du berger. Pour lui apprendre à se coucher on le caresse quand il s'est couché de lui-mcnie, sur un geste ou un ton menaçant, ou après l'avoir fait coucher de force, en le prenant par les jandies : dans les 2 cas il faut prononcer t'ortemciit le mot couche! Pour faire aboyer un chien lorsqu'on le veut, on imite l'aboiement du chien en lui présentant un morceau de pain qu'on lui donne lorsqu'il a aboyé; ensuite on prononce le mot aboie! On l'accoutume aussi à cesser d'aboyer lorsqu'on prononce le mot paix-là- On menace le chien et on le châtie lorsqu'il n'obéit pas ; on le c.iresseet o.i le récompense lorsquil a obéi. Pour apprendre à un chien à faire ie tour du troupeau, il faut jeter une pierre en avant pour le taire courir après et la jeter encore successivement de place en place, jusqu'à ce qu'on ait fait avec le chien le tour du troupeau, toujours en prononçant le mol tourne! C'est aussi en jetant une pierre en avar.tet en.^uiteen arrière que l'on dresse le chien à côtoyer le trouiieau en prononçant ie mot côtoie ! Ou ûWrm! pour le faire aller en avant ; retiens! pour le faire revenir.
Pour apprendre à un chien à saisir un mouton par l'oreilié, pour le ramener lorsqu'il ségaieou pour l'arrêler au milieu du troupeau en attendant le berger, on fait tourner un chien autour d'un mouton qui est seul dans un enclos, ensuite on met
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DU ClîlKN DK G AUDE.
lorcille du mouton tlnns la gueule du chien pour raccoutuniL'f à le saisir par cette partie, ou on attaclie un niorreau de pain à l'oreille du mouton '|ui est au milieu d'un troupeau : alors on anime le cliien à courir à l'oreille de la béie ; M s'accoutume ainsi à la saisir, à fixer le mouton que le her^^er lui désigne. Les chiens peuvent aussi arrêter les moutons en les saisissant avec la gueule par une janihe au-dessus du jarret.
Il faut moins de tem[)s pour former un jeune chien, lorsqu'il en voit un déjà instruit.
Lorsqu'un chien est issu d'un pèrt et d'une mère j)arfaitement dre^sés à la conduite des troupeaux, on le dit chien de race. On croit ()u'il devient plus facilement que les autres bon chien de berger; ies meilleurs sont toujours les chiens de fîrie.
Lorsqu'on est obligé d'employer un chien mal discipliné à la garde du troupeau, il faut lui s«ier DU lui casser les dents canines ou crochets; ce .s<i(jt elles seules qui entrent profondément dans les chairs lorsque le chien mord les moutons.
Dans les cantons où les terres exposées aux dégâts des moutons ne se rencontrent que rarement, un seul chien suffit [>our 1(K) moutons; mais lorsque ces teries sont près les imes des autres, et que le troupeau en apijroche souvent, il faut 2 chiens, et même 3 ou 4, parce que 2 ne [lourraient pas résister plusieurs jours de suite aux courses presque continuelles fiu'il?* sont obligés de faire.
Les chiens bien garnis de poil supportent mieux le froid et la pluie que les autres; néanmoins lorsqu'on fait parquer les moutons il faut mettre les chiens à l'abri, quelle que soit leur fourrure.
Il faut avoir 1 ou 2 petites loges que le berger puisse transporter facilement. Les chiens s'y couchent dans du loin : elle doit toujours être placée près du parc, au côte opposéàceîuioù estla cabane d',1 berger; la porte de la loge doit regarder le parc; elle sera toujours exposée au vent, puisque la porte d.> la cabane du berger qui regarde le parc doitêtre à l'abri du vent. Pour donner aussi un abri au chien, il faut mettre au bas de la porte de la loge une planche qui soit au moins aussi haute que son corps lorsqu'il est couché ; en levant la tcte il verra par-dessus cette planche et il sautera aussi par-dessus pour entrer ou sortir de sa loge. On peut riis()0ser une loge pour plusieurs chiens.
Dans les pays de bois et de montagnes où les loups sont à craindre, on ne doit pas confier le troupeau à de simples guides, il faut lui donner des défenseurs. 11 faut donc choisir à la place du chien de Brie, ou plutôt il faut lui associer un chien defort'e race, vif, hardi et capabicdattaqucr et de terrasser un loup. On trouve ces précieuses qualités dans les mâtins de fortetaille dont le poil est dur et épais, les yeux et les narines noirs, les lèvres d'un rouge obscur, la tète forte, les oreilles pendantes, les dents aigiies, le cou court et gros, la poitrine large, les yeux étincelans, les jambes grandes, les doigts écartés, les ongles durs et courts. Rarement avec cettecrganisation les chiens sout bâches et paresseux, surtout si on les empêche de chasser, et si on les nourrit avec le troupeau aux champs et à la moisson. 11 faut de bonne heure les fornier au combat; Icsexcitcr àse balîre entre eux, niais sans permettre (jucle plus faible soit tout à fait vaincu, de peur qu'il ne se rebute et ne se décourage. 11 faut toujours que le cou de ces chiens soit défendu par un large collier de cuir, garni de pointes de clous. Si l'on prend un loup, que ce soient les chiens du troupeau qui l'étranglent et le déchirent ; pendant la lutte il faut les encourager, les caresser ensuite. Lorsqu'un loup se jette sur le troupeau, le berger doit avertir et animer les chiens par le cri répété au loup! puis, leur en laissant un moment la poursuite, il rassemble le troupeau, et s'il peut le mettre en sûreté il doit rejoindre les chiens et les appuyer par SCS cris.
La nourriture des chiens employés soit à la conduite, soit à 1.1 garde des troupeaux, est fort simple : elle consi le en gros pain do seigle, d'avoine ou d'orge, ou bien encore de résiilu.s lic la toute
des suifs qu'on appelle fiain de crétons. Il ne faut jamais leur donner à manger de la chair des bètes à laine; si on les accoutumait à cette nourriture, ils prendraient 9ussi l'habitude de mordre les bêtes du troupeau par avidité pour leursan;:.
Les nièiiies chiens, élevés de la même façon, servent également à la conduite et à la garde des vaches et des bœufs, des porcs, des ânes', des chèvres, et généralement de tous les quadrupèdes que l'on mène paitre ou que l'on fait voyager tn troupes.
§ 11. — Du chien de garde ou de bass2- cour.
Le chien de garde se forme seul : son instinct lui suffit. S'il a de l'oreille, du n*z, de la voix, de la vigueur, il est parfait dans son espèce.
Un chien de basse-cour qui le jour est errant de tous cotés et se familiarise avec les hommes, est un mauvais gardien de nuit.
11 [lerd la perfection de son odorat, accoutumé à flairer trop de personnes. H vaut donc mieux le tenir enchaîné ou dans une luge grillée pendant le jour (t ne lui donner sa liberté que le soir, afin qu'il connaisse tous les gens de la maison, il faut le lâcher au moment où ils sont à table; il les flaire, et, si s'ils soitent la nuii, il ne leur dit rien. Une attention utile est de placer la loge du chien de manière ([u"il voie totit ce (jui entre dans la maison. Il peut ainsi avertir de tout ce qui se passe.
11 y a des chiens de petite taille plus actifs et pîiis vigilans que des chiens de haute taille, parce qu'un rien les excite à aboyer. A vigilance égale, les grands et forts chiens doivent être plus recherchés; quoique quelques-uns ne soient pas courageux, la I ]u[)art sont en état de se battre contre des voleurs qui ne seraient armés que de bâtons. D'ailleurs les vcleurs les craignent, et cette crainte est salutaire. 11 est donc nécessaire de ne se pourvoir que de chiens de b(mne race; mâtins, dogues et boule dogues ou croisés de ces 3 espèces. Les boulesdogues sont exccliens pour la défense personnelle, principalement dans les courses ou rondes de nuit et dans les visites sous bois. Il faut les haiiitucr à l'atta'iue en leur criant à moi ! les encourager en leur disant tir ns bon! et leur faire lâcher prise par les mots à bas I
il est bon qu'une ou deux personnes au plus, toujours les mêmes, donnent à manger aux chiens de garde, afin qu'ils prennent l'habitude de n'en pas recevoir des autres; car les chiens qui prennent de la nourrituie dctoutes les mains en prennent aussi de celles àes^ voleurs qui les apaisent facilement en leurdonnant quelque substance narcotique mêlée à des alimens. Pour donner plus de défiance aux chiens de garde sur la nourriture qui leur est présentée par des inconnus, (m peut charger des niendians et des étrangers de leur donner du pain et de la viande dans lesquels on aura mis une bonne dose d'extrait de coloquinte: un chien ainsi trompé 5 a G fois se gardera bien désormais de recevoir aucun aliment offert par d'autres personnes que celles de In mai'son.
A. Chien mâtin {Canisfamillaris laniarius).Tête allongée, front plat, oreilles dressées à la base et pendantes à l'extrémité; pelage fauve, rayé de noir, poil court sur tout le corps, plus long sur les jambes et la qTieue ; queue relevée, jambes hautes, corps gros et long. Longueur du museau à l'anus 3 pieds; hauteur au train de devante pieds. 11 est d'excellente garde, et réunit la force, le courage, la vigilance, l'intelligence et la fidélité.
Le dogue, filuseau gros, court, plat ; nez retroussé et parfois fendu jusqu'aux dents ; lèvres épaisses et pendantes; tête grosse, large, presque cubique; oreilles pendantes à l'extrémité seulement; cou gros et court, jambes courtes et éi'aisscs ; corps gros et allongé; queue relevée et rccou'béeen avants; j)oil ras; museau et extérieur des oreilles noirs; longueur 2 pieds 6 à 8 pouces; hauteur 10 à 18 pouces. Intelligciice bornée, très brave, trèsfort et très-attaché à son maître.
Le do^uc de forte race (Ji^. 1 l'.i), produit du uià-
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tin ot du doiïue, tient plus <le ce dernier pour la forme et les proportions ; pour la taille il éj^ale et dépasse même le mâtin ; il réussitinieux en lùance que le dojiîuc. Rien n'égale sa force et son couraore lorsqu'il est hien tenu: il va jusqu'à la férocité; sa voix est épouvantable; il est à la vérité moins intelligent et moins éveillé que le mâtin : aussi ce dernier lui est-il préférable comme surveillant.
La nourriture de tous ces chiens est la même que celle des chiens de berger ; on y ajoute les restes (le la cuisine, les eaux grasses dans lesquelles on met détremper leur pain. On doit mettre, surtout dans les grandes chaleurs et dans lesgrandes gelées, de l'eau fraîche et abondante â la portée des chiens enchaînés ou enfermés, à cause de leur disposition à contracter la rage.
Lorsqu'on veut élever soi-même des cliiens de garde ou de berger et qu'on a fait choix de la mère et d'un père ayant toutes les qualités qu'on >eiit obtenir des élèves, il faut atteudre que la femelle entre en chaleur, ce qui n'arrive que 2 fois l'an, et pendant 1,5 jours; on enferme alors le mâle avecelle de temps en teuîps, et on ne souffre pas que d'autres chiens en approchent. Les femelles ne doivcutpas portcravant 18 mois et pasaprès 8 ans, ou du moins en deçà etau delà leurs petits peuvent ne pas présenter tous les avantages de vigucu»" qu'on pourrait en attendre. Pendant la gestation, qui est de 02 à C3 jours, la mère doit cire nourrie abondamment et exercée sans fatigue.
Au moment de la mise-bas il faut lui disposer dans un lieu obscur et tranquille, où l'air se renouvelle facilement, tin lit de foin. Les portées sont ordinairement de6 à 8 petits, mais il est bon de n'en laisser que 2 ou 3, 4 au plus à la mère. Leur allaitement doit cesser entrer et 3 mois.
Il faut le plus tôt possible accoutumer les petits clii(ns à manger: on leur présente d'abord du lait tiède dans un vase de terre plat, ijl l'on a soin de no leur en donner à la fois qu'une petite quantité, parce que s'il n'était pas consommé sur-le-champ, il s'aigrirait et leur donnerait la diarrhée : on se dispense ensuite de faire tiédir le lait : plus tard on y ajoute du pain émietté, et on les habitue graduellement à la nourriture de leur mère. On leur donne des os quand leurs dents ont acquis la force nécessaire pour les broyer, la mastication de ces corps durs fortifie les muscles des mâchoires. Mais il ne faut donner les os aux chiens qu'après leur repas; si on les leur jetait auparavant, ils dédaigneraient tout autre aliment.
Quoique le chien soit Carnivore, l'éducation a tellement modifié ses habitudes, que l'usage exclusif ou trop abondant de la viande l'allourdit, engonrdit sa vigilance, et le dispose à certaines maladies. On doit éviter dans ses alimens l'excès de graisse, d'assaisonnement et de chaleur.
Les chiens ne doivent faire que deux repas par jour; celui du matin surtout doit être peu abondant : car lorsque ces animaux ont entièrement satisfait leur appétit, ils sont lourds et se lassent facilement; il ne faut pas souffrir qu'ils boivent lorsqu'ils sont échauffés par un violent exercice, à moins qu'ils ne doivent le continuer.
La loge des chiens de basse-cour doit être faite de planches, et élevée au-dessus du sol : elle doit être spacieuse, garnie de paille ou de foin souvent renouvelés, surtout en été, pour les débarrasser de la vermine qui s'y multiplie à l'infini et de la mauvaise odeur dont s'imprè'guc celte litière. Pen-