CHAPITRE IIL — DES plantes économiques
Section i"
De la Betterave.
§ F"". — Avantages et emplois de la betterave.
Les avantages que présente la betterave comme plante saccharine., sont maintenant <iémontrés par la prospérité irrécusable <!e nombreux élablissemens , où l'on se livre avec le plus grand succès à l'extraction du sucre que renferme sa racine. Cette industrie, d'origine toute française, après avoir été dédaignée à sa naissance, conspuée même par les étrangers, languissante alors que le sucre élail à un prix exorbitant, prend, depuis quelques années, un essor qui va toujours croissant, parce que le perfeclioimement des procédés, les conseils et la |)ersévérance des hommes habiles qui y voyaient une source de richesse agricole, l'aplomb manufacturier toujours si lent à s'ac- (|uérir dans une industrie nouvelle, y font actuellement trouver à un grand nombre de fabriquesdes bénéfices assurés et considérables, malgré la baisse des prix dune denrée devenue de première nécessité.
Si l'on considère que la consommation du sucre n'est encore en France que de 2 1/2 à 3 livres par individu, tandis qu'en Angleterre et en Hollande elle approche de 16 livres, on reconnaîtra que l'avenir le plus brillant attend celle industrie toute nationale; 31. de DoMBASLE vient de démontrer qu'elle n'est pas éloignée de l'époque où elle pourra livrer le sucre brut à 20 cent, la livre, et où, propagée sur tout le sol français, sans diminuer la culture des plantes panaires, elle donnera parlout un produit nouveauqui fournira à la fois à la population laborieuse, une ressource alimentaire d'une très -grande importance, et des moyens de travail qui accroîtront considérablement son aisance.
Mais, que des droits onéreux,. des entraves gênantes ne viennent pas arrêter cette prospérité naissante! sur beaucoup de points, celle industrie en est cncoie à des làtonnemens; arrivée à une période d'etïervescence et de progrès, elle est loin d'être fixée iirévocablcment; et des mesures décourageantes ne sauraient manquer défaire pérjr une foule d'otablissemens et dVuijêcher la fonda-
38 CULTURES JKDUSTRIELLES : Dl-
lion d'un bien plus grand nombre encore.
En effet , bien <les contrées de la Erance négligent encore la culture de la betterave, qui offre le triple avantage de s'intercaler 'vé3-heureusenient dans les assolemens ; de ^,^rniettre l'éducation et l'engraissement d'un grand nombre de bestiaux ; enfin, de créer une branche d'industrie qui se lie intimement à l'ex[>l(>itation agricole et (|ui vientadjoindre ses bénéfices aux siens. Tandis que les déparlemens du Pas-de-Calais, du Nord, de l'Aisne, de la Somme, possèdent beaucoup de lubiiques de sucre de betterave, et que tous les jours il s'y en élève de nouvelles, quelques autres départemens ne renfeiment qu'un ou deux de ces élablissemens, et plus des trois-quaris des provinces de la France en sont totalt-ment privées.
Considérée comme unurrltiire du bétail, la betterave ne réunit pas de moindres avantages, et elle l'emporte dans un grand nombre de circonstances si on la compare aux autres récoltes qui peuvent occuper la même place qu'elle dans les assolemens. Elle convient à vme plus grande variété de terrains, sa culture est moi-ns coûteuse, elle est piussalubre pour les bestiaux que la pomnie-d<;-lerre, lorsque celle-ci est administrée crue ; comparée aux carottes et aux navets, ses avantages sont encore plus incontestables, à cause des soins minutieux ou des chances de perte qui s'appliquent à ces plantes; en ou'.re, Is bellerave se conserve beaucoup plus facilement, et, sous le rapport de la faculté nutritive, les bonnes variétés sont peu inférieures, à poids égal, aux pommes-de terre, et trèssupérieures aux carottes et aux navels; aucune racine ne favorise autant la formation de la chair et de la graisse datis les animaux.- De toutes les racines que l'on cultive pour |j nourriture du bétail, dit M. de Dom- BvsLE, il n'en est donc aucune dont la culture puisse se généraliser avec plus d'avantages dans les exploitations rurales, que la belie- .*ave. Ajoutons cependant que divers faits et l'opinion de beaucoup de praticiens semblent prouver que c'est une nourriture peu convenable pour les vaches laitières qu'elle engraisse aux dépens de la produclinn du lait. Au reste, on peut obvier à cet inconvénient eu donnant avec les betteraves des pommesde-terre crues, et c'est peut-être la manière la [)lus avantageuse de faire consommer ces dernières à toute espèce de bétail.
Une destination encore peu connue de la betterave, c'est la préparation d'une poudre proper a remplacer le café, et qu'un grand nombre de personnes ont trouvée supérieure au café de chicorée dont le débit est trèsconsidérable, puisque 55 fabriques en Erance sont occupées à sa préparation. Pour le café ùe betterave on se livre déjà à sa fabrication à Angers, au Mesnil Sainl-Firmin, à Oestres près Saint-Quenlin, et peut-être ailleurs encore.Cet usage fait trouver un emploi lucratif des racines très-petites et des bouts desgi-osses betteraves. Ces fabrications seront décrites dans le livre des Arts ai^ricoles.
\^' emploi des feuilles de la betterave, pour 1.1 nourriture des bestiaux, et cette o!)servation que leur enlèvement modéré n'empêche pas les racines de produire, ont tenté bien des
S PLAINTES ECONOMIQUES. liv. ii.
cultivateurs. Mais il paiait certain que l'enlèvement des feuilles, durant la végétation, altère les qi.alitésde la plante et surtout diminue la proportion du [)i"incipe sucré. Jusqu'à des expéi-iences bien précises qui démontrent le contraire, le cultivaleur de betteraves pour la fabrication du si.cre doit donc s'interdire l'enlèvement des feuilles pendant l'été; mais cet enlèvement doit loujouis avoir lieu au moment de l'arrc-chemc-nt, et alors on peut utiliser les feuilles en les faisant manger par les vaches, les moutons, les porcs.
La quantité qui se trouve alors disponible, dans une exploitation considérable, ne pouvant être consommée,on pourrait en former un fourrage vert salé, très-succulent, en entassant les feuilles de betterave, dans des tonneaux, par couches alternatives, avec du sel. Quand on ne les conserve pas de la sorte, on les répand sur le sol rnême qu'elles contribuent à engraisser. — Lorsqu'on cultive la betterave pour la nourriture des bestiaux, on doit alors sans crainte profiter du fourrage toujours un peu relâchant que produit relfeuillemenf. Cette opération conunence environ un mois ou six semaines avant la récolle, et peut se répéter tous les quinze jours; on doit avoir soin de n'enlever que les feuilles inférieures qui s'abaissent vers la terre ; il est essentiel de les casser net, sans laisser de chicot, et à leur naissance sur la racine.
^ II. — Terrain, climat, assolemens, engrais qui conviennent à la betterave.
La culture de la betterave est facile et n'offre rien qui soit au-dessus de la ]>ortée du plus simple agriculteur. On peut la cultiver dans presque tous les rerraj«,v, mais avec plus ou moins d'a\anlages; ceux qu'elle préfère sont les sols légers, meubles, profonds, riches en humus, tels que les terrains d'alluvion ; dans les sols sablonneux elle n'arrive pas aux dimensions considérables de 10 à 20 livres qu'elle atteint dans les terrains trèsnuti'itils, mais les racines, de 1 à 2 livres, y contiennent plus de matière saccharine. M. le comte Chaptal, qui a tant contribué à la propagal on de celle industrie par ses ouvrages et ses exemples, a toujours préféré les racines dune à deux livres, plus abondantes en sucre, et qui permettent de l'extraire à moins de frais, quoique l'hectare n'en fournisse alors que de 20 à 30 milliers de kilos, plutôt que ces énormes racines qui contiennent beaucoup d'eau et qui peuvent produire une masse de 100 milliers de kilos de betteraves par hectaj-e. Les so's les moins favorables à la culture de cette plante sont les terres argileuses et tenaces, dans lesquelles les variétés dont les racines sortent déterre sont préférables, ainsi que dans les sols peu profonds, parce que leur croissance y est moins gênée et l'arrachage moins difficile. Les terrains très- calcaires ne conviennent pas non plus. On peut dire, en général, que la plupart des terres à froment qui ne sont pas trop argileuses, et la plupart des terres à seigle qui ne sont pas trop
CIIAP. 3*.
crayeuses ni trop maij^res, peuvent avantageusement être cullivées en betteraves.
La betterave parait i^e plaire sous des climats .lès-variés ; elle vient parfaitement en Allemagne, en Belgique, en Russie, dans le nord de la France; dans les contrées humides elle prend un très-grand développement, et est aussi, de toutes les racines cultivées, celle qui souffre le moins des sécheresses et s'accommode le mieux du climat chaud du midi: on la croit, eu effet, originaii e des contrées méridionales de l'Europe, et notamment des côtes du Portugal et de l'Espagne. — M. Aug. DE Gaspauin a reconnu, par une longue expérience, que la betterave est la seule racine à laquelle on puisse, en Provence, s'adresser avec confiance pour remplacer les prairies artificielles, dont l'insuffisance et la casualité sont trop certaines sous ce climat ardent. La culUire parait devoir subir dans ces contrées quelques modificatiiins que nous allons indiquer sur-lechamp d'après cet agronome distingué. Le sol est toujours défoncé à deux traits de charrues, bien ameubli et préparé à recevoir la semence par un grand rouleau annelé qu'on promène sur le sol fraîchement labouré, et qui y dessine des ados sur le sommet desquels on place la graine: cette graine est mise en place à la cheville, et poîir obvier à l'inconvénient qui résulte des pluies battantes et des. vents violens qui durcissent l<* sol au point de rendre presque impossible la sortie des graines hors de terre, on recouvre les graines avec de la silice pure ( un semoir appro^)rié pourrait exécuter ces deux opérations); les plantes n<:; sont espacées que d'un ))ied, ce qui en donne 90,000 à l'hectare, et peut porter le produit, avec une moyenne de deux livres par racine, à 1800 quintaux.
La betterave peut très-hien trouver place dans l'assolement triennal et remplacer la jachère. M. ViLMOKiN pense que si la betterave 5-romet à la France d'immenses avantages comme plante saccharine, elle lui rendra peut-être encore un plusgrand service en introduisant dans notre agriculture une première habitude des cultures sarclées, et préparant ainsi la voie à l'adoption des bonsassolemens dont elles sont la base fondamentale. Aux cultivateurs qui tiennent à l'assolement triennal par un motif quelconque, on peut donc conseiller de mener ce qu'ils ont de fumier sur une étendue convenable de leurs chaumes d'avoine, de donner de bons labours, semer en betteraves, et, ajn'ès la récolte en octobre ou novembre, ensemencer en blé pour lequel les betteraves fumées et bien cullivées auront été une excellente préparation. — Dans Vassolement quadriennal la véritable place de la betterave est marquée après l'avoine qui suit le défrichement des trèfles, des luzernes, etc.; en eflet, elle ne prospère pas toutes les fois que les gazons et les racines de ces plantes ne sont pas complètement décomposés.
La betterave demande un sol abondant en principes nutritijs ; il convient donc i\ç, jumer a l'automne ou du moins avant janvier. Si on ne l'a pu absolument et qu'on ne U fasse qu'à l'hiver ou au printemps, c'est tou
DE LA BETTERAVE. 39
jours alors avec au .umier consommé. Quant à la proportion de l'engrais, elle est la même que si l'on voulait iuimédiatement confier le froment au sol. A moins que la terre ne soit épuisée, cette fumure ne sera pas absorbée parles belfei-aves, et son influence, jointe au bénéfice des préparations que le sol va re cevoir, donnera, l'année suivante, un blé qui sera au moins aussi beau et aussi productif, et toujours plus propre que s'il avait suivi l'engrais.
Beaucoup de fabricans de sucre veulent éviter l'emploi du fumier dans la culture des betteraves destinées à l'extiaction du sucre, et sont alors en désaccord avec les cultivateurs qui ne peuvent se condamner à une récolle souvent moitié moindre, à moins que le quintal de racines ne leur soit payé le double. S il est certain qu'une forte fumure nuit à la qualité des betteraves et qu'il est essentiel au fabricant d'éviter l'excès sous ce rapport, ce|)endant on peut dire que le fumier ne saurait être proscrit que quand le sol est déjà dans un haut état de fertilité, cas fort rare; ou bien, comme c'est le plus ordinaire dans le département du IVord, lorsque la betterave succède au blé qui a reçu la fumure.
On doit aussi faire une grande attention aux engrais dont on se sert ; car la composition chimique de la betterave est toujours influencéepar la nature des matières solubles du sol où elle croit; ainsi, lorsqu'on a employé beaucoup de fumier de bœufs ou de chevaux, le jus des betteraves renfern)e de la potasse et del'ammoniaque combinées cpii dev ennenl libres et jouent dans la fabrication un rôle nuisible. Les engrais les moins énergiques, et spécialement les récoltes enfouies en vei't, sont donc particulièrement convenables. — M. i>e Dombasle est d'avis, lorsque le sol n'est pas assez riche pour que l'on puisse espérer après les betteraves une bonne récolte de céréales, d'éviter d'appliquer des engrais dont l'efficacité est trèsprompte et agit sur la première l'écolle plus que sur la seconde, comme le fumier de bêtes à laine, surtout le parcage, les engrais liquides, la poudrette, et même le fumier de cheval décomposé, et de préférer le fumier de bêtes à cornes dans son état frais. — Dans le pays d'Altembourg ( Saxe), d'après M. MoLL, les cultivateurs ne craignent pas, en sus de la fumure ordinaire, d'arroser plusieurs fois avec du purin leurs betteraves, depuis l'instant du repiquagejusqu'à celui de la récolle; on le répand après la pluie et par divers moyens appropriés. (Voyez Tome J, page 96.) — Au surplus, lorsqu'on adopte le mode de culture par repiquage, il est essentiel que le sol delà pépinière soit fumé plus fortement, afin qu'il |)roduise du plant assez gros pour assurer la reprise.
§ III. — Culture de la betterave.
Les préparations préliminaires du sol \a rient en raison de la nature et de l'état dans lequel il se trouve; mais, en générai, on peut jjrendre pour modèle ce qui se pratique dans le département duNord, que nous allons citer d'après BIM. Paiduimont cl N. Grar.
Que ce soil au blé, comme cela esl le plus ordinaire dans ce pays, à l'avoine ou à toute autre culture que la betterave doive succéder, aussitôt que la récolle esl rauchée,on foi me les gerbes; on les réunit en petites meules, les épis en haut, sur des bandes de terre étroites et longitudinales, et on met la charrue dans le champ dans les li'ois ou quatre jours après la faucliaison; pour celabouron se sert du binot, espèce de charrue-cultivateur qui jo'.e, dans l'agriculture flamande, l(j rôle d'exlirpateur. Il résulte de celte pratique que le sol, auquel on n'a j)as laissé le temps de se dessécher, n'offre pas de difficulté au labourage; toutes les mauvaises herbes sont retournées et leurs racines exposées au soleil qui les dessèche; un coup de herse, donné quelque temps après, produit le même effet sur celles qui ont échappé; de plus, la chaleur étant encore fort grande, les graines de ces mauvaises herbes germent très-vite, et, avant qu'elles arrivent en graines , on les détruit de nouveau par un second binolage et un second hersage. — On laboure alors avec la charrue ordinaire, et souvent le temps est encore assez doux pour que les graines de mauvaises herbes, amenées du fond, puissent germer pour être détruites au printemps. — Celte manière de préparer le terrain assure l'ameublissement parfait du sol, qui est essentiel sous tous les rapports, et spécialement utile en ce qu'il permet à la betterave de pivoter et de ne point se ramifier. — Au printemps, on donne un nouveau labour à la terre; on la travaille encore quelquefois au binot, puis l'on herse, l'on roule et l'on ploulre : W ploutrage consiste à faire passer sur la terre la herse retournée sur le dos, et son effet est de briser toutes les mottes de terre en les saisissant entre les barres qui servent de traverses à la herse. — Tel est le mode le plus général d'arranger le sol. Dans les terres sablonneuses et blanches, on préfère binoter plusieurs fois avant l'hiver et ne labourer qu'au printemps.
Le choix de la variété de betlera^-es à cultiver, lorsque la pulpe doit servira l'extraction du suci-e, est très-important; car M. Payen a reconnu que ce principe esl contenu, selon h's différentes variétés, dans des proportions qui varient entre 0,05 et 0,09, et par cela seul qu'on aura adopté une variété de préférence à une autre, on pourra, lors de la fabrication, d'une quantité égale de betterave obtenir plus de jus, d'une quantité égale de jus plus de sirop, d'une quantité égale de sirop plus de sucre, enfin d'une même (juanlité de sucre un plus grand prix. — Les ^efleraves cuLiivées dont nous allons citer les principales, ne sont que des sous-variétés de Xdi.Bctlerave {Betaravià) qui est une variété de \aBettemi-e commune [Beta vu/garis), laquelle est elle-même une espèce de Bette '. Beta), genre de la famille des Chéî'Opouées, Juss.
La Betterave longue i-ose, ou au Palatlnat, <X\\Q racine de disette, racine d'abondance^ Betterave champêtre, turlips dans (juelques déparlemens de l'Est [Beta syhestru ; en anglais, Field-Beet; en allemand, Mangold-wiir- ?<?/; en italien, Bietiula), esl la variété la plus
DES PLANTES ECONOMIQUES nv. ii.
connue, avec les Betteraves panachées et rouges, qui parviennent au plus fort volume, mais sont aussi celles qui renferment le moins de sucre. Elles rm doivent être préférées aux autres, à cause de leur produit considérable en feuilles et en racines, que lorsqu'on les destine à la nourriture des bestiaux; encore M. DE DoMBASLE anuonce-l-il avoir reconnu que 5 parties de la grosse disette ne contiennent i)as plus de substance nutritive pour les animaux que 3 de la suivante.
La Betterave blanche, dite deSilésie (Beta ALba\fig. 29), etla variété à peau rose et chair Fisc. 29.
blanche, sont les espèces qui donnent le plus de jus et le plus de sucre et qui paraissent, sous tous les rapports, mériter la préférence pour fa fabrication et même pour la nourriture des bestiaux; elles résistent mieux aux sécheresses, sont moins aqueuses, plus nutritives, presque aussi productives, se conservent et résistent aux gelées beaucouo mieux.
On a beaucoup vanté, avant cette variété, la Betterave jaune {Beta lutea major], oui vient très-grosse.
La Betterave à peau rose et à cercles concentriques iT)ses et blancs dans la section transversale, donne des produits assez bons, mais est inférieure en racines, aux précédentes :
Enfin, on connaît encore laS.yVzwwe blanche (à peau jaune et à chair blanche), que M. de DoMBASLE a trouvée la plus riche en sucre après la blanche, mais elle est très-peu l'épandue et donne peu de jus.
La difficulté de trouver <le la graine bien pure et surtout bien choisie, et l'inconvénient qui en résulte d'avoir des racines trèsmêlées ou très-petites, rabougries et sans valeur, doivent engager le cultivateur à recueillir lui-même sa semence; à cet effet, il doit conserver un certain nombre des racines les plus belles, ni trop longues, ni trop courtes, point branchues. et annonçant une végétation vigoureuse. On leur enlève les feuilles, mais sans toucher au collet; on les conserve placées debout dans du sable et dans un celliei- sec et frais, pour les mettre en terie au printeuif>s, dès qu'on n'a
eu vp. 3'.
plus de gelées à craindre, dans un bon sol mais non récemment fumé; on les plante à 3 pieds de distance en tout sens, en ne laissant soriir de terre cpte le collet. Il est bon, lorsque les liges commencent à se ramifier, de placer queicjues échalas ou rames aulour des plantes et de les y attacher. La graine se .récolte en septembre, à mesure qu'elle mûrit ; on ne doit prendre que la meilleure et celle qui est très-mùre, et rejeter ou laisser sur le pied tonte celle qui offre de l'incertitude dans ses qualités. Chaque pied de betterave peut fournir depuis 5 jusqu'à 10 onces de semence. On peut battre la graine au fléau, mais elle est alors moins pure; en tout cas, après l'avoir battue, il faut la faire sécher au soleilsur des toiles, ou dans unetouraille avec un feu très-doux.— Elle conserve sa faculté germinalive pendant 4 à 5 années. — liOrsqu'on veut avoir des semences de diverses variétés, il faut avoir soin d'en éloigner les porte-graines ; autrement les poussières fécondantes se mêleraient cl les variétés cesseraient d'être pures.
Ucpoque la plus convenable pour le semis de la betterave est celle oii la tei're, déjà échauffée par le soleil et parfaitement meuble, renferme encore assez d'humidité pour favoriser la germination et hâter le développement de la plante, et où les gelées prinlanières seront peu à craindre quand les premières feuilles sortiront de terre. La dernière moitié d'avril et la première de mai, pour le nord et le centre de la France, réunissent ces conditions. On conçoit que, dans le midi, cette épociue doit être avancée, et d'autant plus que 1 on redoute davantage les sécheresses de l'été. — Toutes les fois que la terre est saine et en état', et la tem[)érature favorable, il y a même avantage, dans le nord et le centre de la France, à semer plus tôt, c'est-à-dire dans la première quinzaine d'avril ; ce temps à gagner n'est pas à dédaigner lorsqu'on a de grands semis à faire; il est encore plus important sous le rapport de la précocité de la récolte. Au surplus, lorsqu'on sème trop tôt, les betteraves lèvent le plus souvent mal et inégalement, parce que le sol n'est pas assez échauffé, et, en outre, on les met aux prises avec une multitude d'herbes parasites qui les étouffent ou rendent les sai'clages plus difficiles et plus dispendieux. — Lorsqu'on sème tard , ce qui réussit bien néanmoins quelquefois, on risque de voir la sécheresse et les chaleurs empêcher le premier développement ou diminuer la végétalion des plantes, et on recule nécessairement l'époque de la récolte, ^l'ous ignorons dans quelles circonstances et d'après quelles expériences M C. ToLLARU conseille de semer le plus tard possible, c'esl-à-dire à l'époque la plus rapprochée de la dernière quinzaine de juin.
La graine cfe betterave étant assez longtemps à germer, pour en hâter la levée, certains cuilivaleurs la mettent tremper pendant plusieui's joui * dans de l'eau ou du purin ; on obtient ainsi une avance importante, mais on risque quelquefois, si la saison est défavorable, de peidre la semaille.
Le semis a lieu : V à la volée, comme pour les céi'éales, cequiexige de 10 à 12 kilog. de
DE LA BETTERAVE 4f
graine par hectare : celle méthode réunit tant d'iuconvéniens et si peu d'avantages, qu'elle est généialement abandonnée dans toutes les bonnes cultures.
2° Enrayons on //^«^y, méthode qui exigeai! plus de 5 à 6 kilog. de graine. Dans ce cas, on trace sur le sol bien préparé, à l'aide d'un layonneur pourvu de socs distans les uns des autres de 1 pied et demi à 2 pieds et demi, de petits sillons parfaitement droits et parallèles entre eux, qui doivent avoir environ 2 pouces de profondeur; des femmes suivent l'instrument et déposent les graines dans les rayons au nombre de 3 ou 4 par chaque pied de longueur rians la ligne ; chacune d'elles peut en répandre de la sorte environ 7,000 parjour. — Dans la petite culture, où tous les binages devront avoir lieu à la main, 18 pouces entre les lignes, et même de 12 à 1.5 dans les terres maigres, suffisent, et on peut mettre les 3 ou 4 graines par touffes, à chaque longueur de 9 à 15 pouces, ce qui offre l'avantage de garnir le champ d'une manière plus égale.
Y^emploi d'un semoir pourvu de pieds ra3'onneurs et suivi d'une chaîne, d'un râteau ou rouleau, comme il en existe plusieurs, notamrnent celui de M. Hugues (7bme I^ page 214), serait encore plus convenable et plus économique pour celte opération.Dans l'usage de toute espèce de semoir, la graine de betterave coulant très-difficilement à cause de sa légèreté et de ses aspérités, il est essentiel de n'employer que de la semence préalablement nettoyée et exempte de tout corps étranger.
C'est pour remédier à cet inconvénient que M. CuARTiER a fait connaître tout récemment qu'// pile les graines dans une sébile de bois, puis les crible et pile de nouveau jusqu'à ce qu'elles soient débarrassées des aspérités, et qu'on n'en trouve plus que très-peu adhérentes les unes aux autres; 1 livre de graine ainsi nettoyée perd environ 1,3 de son poids. Par cette méthode on évite le dépôt et la geiminalion de 3 ou 4 graines àla mêmeplace, etconséquemmentla nécessité de faire enlever à la main les plants surabondans, opération coûteuse, minutieuse et qui n'est pas sans inconvéniens ; en plaçant les rayons à une distance de 2 pieds, et la graine à 10 ou 11 pouces sur les lignes, le kilog. contenant de 40 à 50 mille graines, il faudrait, par la méthode ordinaire, environ 3 kilog. par hectare, tandis qu'après les avoir piléesj 2 suffisent; il y a donc ainsi économie de main-d'œuvre el de graines. Par là on facilite aussi beaucoup l'emploi des semoirs.
C'est à cause du même inconvénient que M. DE DoMBASLE recomiiiaude particulièrement pour la semaille des betteraves, le semoir (i brosses et à brouette, avec lecpiel on n'a pas à craindre les intei-ruptions dans la chute de la graine, dont il est difficile de s'apercevoir dans les grands semoirs, el qui ont l'inconvénient de laisser des lignes t-ntières non semées. La brosse ne doit être serrée que très-légèrement.
Lorsqu'on n'a ni rayonneur, ni semoir, on peut, comn;e dans le Palatinat, mettre à la suite de la charrue 2 personnes, donl l'une pratique avec la main, ou avec un bâton, un
petit cnfoncenient dans la bande retournée, cl dont laulre dépose dans ce ci'eux les graities de betteraves et les i:econvre de terre ; on fait Oi'isiiite passer un rouleau.
Danx les terres humides^ on fait, à l'aide du buttoir, des sillons espacés de 2 pieds environ, et c'est sur la crête de ces sillons qu'on |)lace les graines.
Dans le déparlement du Nord, la scnuiille il ht houe est la plus usitée; un cordeau, tendu au nioven de deux piquets, guide un ouvrier qui, faisatit entrer un des angles d'une petite houe en terre, pratique une raie de quelques pouces de profondeur; après cette ligne il en ouvre une deuxième, et ainsi de suite. Une femme suit et dépose dans la première ligne les graines qu'elle prend d'une main dans un panier, les répartit également en faisant constamment jouer le pouce sur les doigts; une seconde femme l'ecouvre les graines en promenant alternalivement les deux pieds sur la raie. L'homme et la première femme doivent marcher en sens contraire, afin qu'arrivant en même temps aux deux extrémités du champ, ils puissent ôter ensemble les piquets du cordeau et les reporter à la ligne suivante.
3*^ En pépinières, pour repiquer lorsque le 4 plant est parvenu à une certaine grosseur, manière oui est avantageuse lorsqu'on veut hâter le développement des betteraves, ou lorsqu'on doit les placer dans un sol humide, froid, ou dans des terres tiès-sales, mais qui impose une transplantation longue, dispendieuse, et qui, en faisant presque toujours perdre aux racines leur pivot, les empêche de s'alonger et leur fait produire une multitude de radicules nuisibles à leur valeur. — Au rtste, quel que soit le mode d'ensemencement adopté, le cultivateur doit toujours se réserver quelques milliers de betteraves en pépinière, afin de pouvoir regarnir les vides et remplacer les plantes qui liendraient à périr.
Dans la culture pour transplanter, il faut choisir pour la pépinière un terrain trèsliche, parfaitement préparé et bien fumé, même une portion de jardin; on y répand la semence à la volée ou dans des rayons dislans de 4 à 5 pouces, et de manière qn'il y ait de 6 à 8 plants par pied de longueur; on calcule qu'il faut pour la pépinière le lO*" de la surface à repiquer, quantité qu'on |)Ourrait peut-être réduire.
Le repiquage a lieu du 15 mai au 15 juin, lorsque le plant a environ la grosseur du petit doigt; il y a un grand avantage, dit ScnwERz , à faire le repiquage de bonne heure et avec du gros plant, qui résiste aux sécheresses, tandis que le petit périt infailliblement. Avant de repiquer, on coupe les feuilles à 3 ou 4 pouces au-dessus du collet, en ménageant seulement les petites feuilles du cœur. On profite autant que possible, pour le repiquage, d'un temps pluvieux ; cependant il ne faut pas trop différer la transjjlaulation. Lorsqu'on le peut, l'arrosage, avec de l'eau on avec du purin, est très-avantageux. — Le repiquage s'exécute au pianloir et à la charrue. Pour le repiquage au plantoir, il faut enlever l'extrémité de la racine, qui, en se recourbant, nuirait au déve-
DES PLANTES ÉCONOMIQUES. nv. u
loppement. On donne au plantoir la K>ngueur qui doit séparer les plants les uns des autres; armé de cet instrument, chaque ouvrier suit une raie, et pratique un trou assez profond pour que la racine y pénètre jusqu'au collet; il dépose dans ce tiou un plant, il serre la terre tout contre, en enfonçant le plantoir une ou deux fois à côté du ti'ou ; puis il termine en appuyant le pied tout près du plant afin d'affermir la terre. — Le Repiquage à la charrue se fait comme pour le Colza ( voyez ci-devant, page 4 ), excepté qu'au lieu de garnir tous les sillons, on n'en garnit qu'un sur trois, en suppo.saut le labour exécuié à 9 pouces. Le plant est couché contre la bande retournée et couvert lorsque la charrue repasse; il n'y a plus alors qu'à venir presser la terre contre la racine avec le pied.
La méthode du semis en pépinière avec repiquage est peu usitée en France et dans les grandes cultures de la Flandre; elle est, au contraire, adoptée dans presque toutes les contrées de l'Allemagne, où la betterave est cultivée en grand, et M. de Dombasle la recom.mande hautement. Ses partisans et ses détracteurs api)uieul leur sentiment par de très-bonnes raisons qu'il faut abandonner au jugement souverain de la pratique.
Les binages et sarclages fréquens sont la garantie de la prospérité des racines, comme de l'heureux résultat des cultures sarclées pour le nettoiement et la préparation de la terre. Ils sont de première nécessité pour la betlei'ave, et c'est particulièrement sous ce rapport qu'il y a un avantage immense à les cultiver en rayons, l'économie dans les frais de main-d'œuvre s'élevant à plus de moitié.
Dès que les feuilles ont atteint la longueur d'un pouce à un pouce et demi, on procède au premier sarclage. « Aucune plante, dit M. DE Dombasle, ne souffre autant que la betterave du retard ou de la négligence apportée dans ce premier sarclage ou dans ceux qui doivent le suivre. » Le premier sarclage a toujours lieu à la main ; on se sert de la ser- Jcuetle {fig. 327, Tome i, page 225); on j)ourrait aussi se scrviravec avantages du .sY/zr/o//- Hugues ( id. fig. 326 ). — Pour le second, qui se donne quinze jours ou trois semaines plus tard, on peut encore employer ce sarcloir ou la boue à cheval ; mais, comme dans les cultures subséquentes, et surtout dans les terres dont la surface se durcit facilement, on est toujours obligé de biner à la main dans les lignes. — On doit avoir soin de ne commencer les binages qu'après que la rosée a disparu, ou, s'il a plu, qu'après que la terre e.->t suffisamment ressuyée sans cependant être déjà devenue sèche ou durcie.
\^ Eclaircissage des plants s'exécute lors du premier ou du detfxième sarclage. Cet arrachage est une Ofiération indispensable, assez délicate quand plusieurs plantes se touchent, et qui demande à être faite avec attention, en appuyant au pied de celles qu'on veut conserver, et tirant les autres sur le côté en les inclinant. Il doit laisser les plants dans les lignes à 8 on 10 pouces, et même à 5 ou 6 si l'on veut obtenir tks racines moyennes.
Le nombre des sarclages et binages erenUrtien est difficile à déterminer : on peut dire
qu'il ne faut jamais laisser les mauvaises herbes se développer ni la terre se durcir; ces opérations sont d'ailleurs peu dispendieuses, et pernieltent de snisir le moment favorable, la houe à cheval étant assez ex|)éditive pour pouvoir biner de 1 I 2 à 2 hectares par jour, lorsque les lignes sont à 27 pouces, et, le sarcloir-Hugues {Tome I,p. 225), abrégeant aussi beaucoup la besogne. — On cesse les binages lorsque les feuilles des betteraves s'étendent assez pour gêner dans le fonctionnement de l'instrument et pour arrêter la croissance des mauvaises herbes. — On ne saurait trop répéter que la belle venue des racines, qui est assurée par de nombreux remuemens de la terre, démontre qu'il n'y a pas de plus fausse économie que celle qui porlesur les travaux d'entretien et de propreté qui viennent de jjous occuper.
§ IV.— Récolte, conservation, maladies, produits de la betterave.
Lorsqu'on cultive les betteraves pour la fabrication du sucie, encore plus que lorsque c'est pour la nourriture des bestiaux, il est très-important de bien saisir Fépo- (]ue convenable pour en opérer l'arrachage. MM. BArDRiMO.\T et Grar pensent que les betteraves gagnent constamment en terre, jusque dans la saison la plus avancée, aussi bien en grosseur que le jus en densité. Il y aurait donc intérêt à retarder l'arrachage le plus possible, si la crainte des gelées, la quantité qu'on a de betteraves, la nécessité de faire les semailles d'hiver lorsqu'elles succèdent à ces racines, et encore d'autres considérations, n'obligeaient généralement à faire cette opération du 15 septembre à la fin d'octobre, et, dans les grands établissemens, depuis le 1'^' septembre jusqu'en décembre. Au reste, en arrachant trop tôt les betteraves, il y a l'inconvénient grave, outre qu'elles ne peuvent plus gagner en grosseur et en qualité, et qu'elles se conservent moinsbien, que les racines se flétrissent, se rident, s'amollissent, et que l'extraction du sucre est plus difficile.
L'arrachage des betteraves est exécuté par des hommes et souvent par des femmes à l'aide du louchet ou du trident pour celles qui ne sortent point de terre et dans les terres fortes ; il suffit souvent dans les terres légères, et presque toujours pour les racines qui croissent hors de terre, de les tirer par le bas des feuilles. M. de Dombasle emploie pour cette opération une charrue qui a été représentée et décrite {fg. 418,/?. 303 du T. 7), et qui rendra de grands service- dans les cultures étendues de ces racines, lorsqu'elles sont disposées en lignes. Nous renverrons aux généralités de ce l""" volume, pour les autres détails de cette opération, et nous nous bornerons à dire qu'on doit autant que possible exécuter l'arrachage par un temps sen, afin que la terre qui adhère aux racines s'en détache facilement.
Le décollctage suit immédiatement l'arrachage; il consiste à couper le collet de la racine, soit d'un seul coup du louchet frappé avec netteté, et après avoir couché les racines sur la terre, soit en prenant la bctte-
DE LA BETTERAVE
•ave à la main et
par des coupures successives avec un couteau ou une serpe. Dans cette opération on enlève aussi l'extrémité des racines et l'excès de terre adhérente : il faut veiller à ce que les ouvriers ne les frappent pas pour cela l'une contre l'autre, cornu e on le fait iiabituellenient, et en général n( les heurtent pas rudement, parce qu'il et résulte des contusions qui déteiminent 1; pourriture des racines dans les tas.
Les betteraves arrachées et décolleléet sont mises sur le champ en petits monts qu2 permettent aux voilures de chargement de le parcourir sans écraser de racines; on les charge alors pour les conduii e aux lieux de conservation ou directement à la rabri({ue. — Lorsqu'on laisse sur le sol les feuilles elles collets, ces matières peuvent équivaloir à un quart de fumure, pourvu qu'on les enterre immédiatement.
L'arrachement des betteraves, ainsi que leur transport en lieu abrité, doivent toujours précéder les gelées; si l'on était surpris à contre-saison par le froid, il vaudrait mieux différer l'arrachage, attendu que les racines se conservent mieux en terre que dehors: mais si elles étaient déjà arrachées et que l'on ne pût pas en opérer le transport, il faudrait les réunir eu tas et les couvrir de leurs feuilles ou bien de paille, etc.
Pour la conservation des betteraves , l'opinion générale prescrivait encore naguèi'e de les arracher à la fin de septembre ou au commencement d'octobre, lorsque le jaunissement des feuilles indiquait la maturité des racines, de les laisser parfaitement ressuyer sur le sol, à l'air et au soleil, avant de les mettre en silos, et cela pendant assez longtemps; enfin, de ne les transporter dans les fosses que par un lemj)S sec. Les fâcheux résultats de cette méthode, devenus évidens en 1830, ouvrirent les yeux des fabricans. Voici sur quels principesMM.BAUDRiMONTetGRAR, que nous laisserons presque toujours parler, (ont reposer la conservation des betteraves , reconnaissant d'abord qu'il faut les arracher le plus tard possible, et beaucoup moins craindre l'humidité que la sécheresse et la chaleur.La betterave, étant une plante bisannuelle, doit continuer de végéter dans les fosses, et l'on ne doit point s'inquiéter des jennes feuilles qu'elle produit quelquefois, quoiqu'il y passe une petite partie de sucre, parce que si elle ne poussait pas du tout, ce serait un signe évident de la mort du végétal, et il s'ensuivrait promptement une altération dans les principes immédiats ou une espèce de fermentation d'abord acide , puis glaireuse dans laquelle le jus devient visqueux, puis enfin putride, d'où il résulterait avec plus ou moins de célérité, selon les causes agissantes, la décomposition et la poui-riture. Lorsque la betterave vient d'un champ fortement fumé; lorsqu'elle a été arrachée trop tôt, c'est-à-dire avant la suspension naturelle de la végétation; quand on la rentre ou qu'on la laisse sur le champ par un temps chaud, ce qui la fait rider, la i end molle et flasque, on la prédisj^ose à l'altération que nous venons de signaler. Il résulte, de ces princijjes (pie, dans les précautions à prendre ponr la conservation des betteraves,
il est lr»';s-ossentiel d'éviltM' lonl ce qui peut non seulement faire mourir la plante, n)ais encore lui occasioner des blessures : « Il faut mellre la betterave fr.iîche en fosses el aussitôt son arrachement, sans s'inquiéter quelle soit humide ou non; car l'essentiel est qu'elle ne reçoive pas, de la chaleur du soleil, ce commencement d'altération qui est le germe de la maladie qu'elle emporte dans les conserves; si on ne peut le faire, il faut du moins couvrir les monceaux avec des feuilles, afin d'éviter une partie du mal. Il faut éviter de mettre en Ibsses les racines trop sèches ou trop humides : trop d'humidité (ait pousser, c'est un mal léger; trop de sécheresse, jointaux autres circonstances qui se rencontrent dans les fosses, peut faire mourir et [par suite pourrir; on pèche plus souvent par excès de sécheresse que par excès d'humidité. Il faut craindre; la chaleur dans les fosses; car en même temps qu'elle favorise la pousse, elle est aussi une cause très-puissanle d'altération; riuiniidilé, au contraire, favorable à la pousse, ne conlriinie pas à l'altération; il vaudrait mieux un peu d'humidité et le moins possible de chaleur. On doit travailler aussitôt l'arrachage les betteraves provenant de terrains fortement fumés et conserver celles des champs moins engraissés. Il ne faut pas trop bien nettoyer les racines destinées à être mises en fosses, parce qu'on leur tait alors des blessures, des contusions, des froissemens qui ont des dangers, tandis que la terre, (|ui reste adhérente, n'a d'autre inconvénient que <le coûter un peu de transport. En résumé, les betteraves que l'on veut conserver doivent être, autant que possible, récoltées par un temps froid, ni trop sec, ni trop humide, mais plutôt humide que sec. »
Quant à L' époque la plus favorable pour la rentrée des betteraves , d'après les mêmes principes, elle doit avoir lieu le plus lard [/Ossible; cependant la gelée vient mettre un terme à ces retards; mais généralement on ne croit pas avoir assez de latitude el l'on rentre Iroj) tôt. C'est ainsi que les savans agronomes que nous venons de citer, pensent (|ue des betteraves dont le jus pèse 7 degrés I>auni(», peuvent sans danger subir une gelée de 5 à G" cent, à l'air, et de 6 à 7° en monts couverts ou avant d'être déplantées ; que , par conséquent, on peut différer de rentrer les racines qu'on destine à la conservation, sous le climat de Paris, jusqu'au 22 novembre, époque où, pendant 18 années d'observation, il n'a gelé qu'une seule fois à 5" cent, au dessous de 0°. Ils ont constaté que les betteraves exigent un degré de froi<l- d'autant plus intense pour geler, que leur jus a une plus grande densité , et qu'elles sont d'autant moins susceptibles d'être altérées par la gelée ou plutôt par le dégel, {jue ce dégel s'opère d'une manière moins brusque.
Quant aux détails des procédés de conservation des racines, par leur rentrée dans des magasins, des caves, el des silos ou fosses, nous'renverrons aux généialilés données à ce sujet. {Tome 1, page 328. )
Les betteraves ne yidLVa'xssenisujettes qu'à un petit nombre de maladies, et ne sont pas non plus attaquées par beaucoup d'insectes. Une
DES PLANTES ECONOMIQUES. liv. ii.
affection assez commune dans quelques parties de la France, quoi(iu'inconnue dans le Nord, est désignée sous le nom ûe pied-chaud; M. i)E DoMBASi.Erallribue aux froidsqui surviennent dans les premiers temps delà croissanceetaussià la mauvaise qualité du terrain. Le premier sjniplôme de celte maladie, qui se développe toujours avant que les plants aien acquis sixteuilles, est la cessation absolue de la croissance; cependant les feuilles ne paraissent pas souffrir, mais, si l'on examine la racine, on la trouve dans le quart, la moitié, les 3 (luarts, ou même la totalité de sa longueur, llétrie, brune et desséchée, sans chevelu ni apparence de vilalilé. Les plants attaqués de la sorte périssent souvent; mais souvent aussi, après 8 ou 15 jours de cette situation, quelques journées chaudes ou une pluie douce font apparaître à l'extrémité des racines quelques points blancs, signes certains de guérison. On ne connaît pas de remède celle maladie. — Il existe encore une autrd afleelionqui se reconnaît, à l'époque des récoltes, par un trou plus ou moins profond, plus ou moins grand, qui se trouve sous le collet des betteraves, et qui forme une sorte de plaie qu'on pourrait considérer comme le résultat d'une consomption produite par des insectes ou des larves; la cause de cette lésion est mal connue. Du reste, elle ne fait pas périr les racines; mais, lors de leur manipulation, on les trouve d'un travail plus diificile et n'offrant qu'un jus d'une qualité inférieure.
Les insectes les plus redoutables pour la betterave sontles larves des hannetons, ou versblancs; elles l'altaquent surtout lorsqu'elle a déjà pris un certain développement, et par conséquent à une époque où il est prescjuc impossible de repiquer les lieux où les plants ont été dévorés. Lorsque le ver blanc attaque une betterave, on voit ses fVuilles setlélrir immédiatement : on ne doit jamais balancer à larracheraussitôt , afin de détruire ce redoutable ennemi. Pour les moyens préservalits contre ce fléau, nous renverrons aux généralités ( Tome 1, page 566 ), et nous dirons seulement que, lors des labours et des sarclages, il ne faut jamais négliger de faire ramasser les vers-blancs que l-es inslrumens mettent à découvert. — MM. Bacduimo^t et Grar signalent \\\\ autre insecte très- petit qui se rencontre principalement dans les terres fortes et en bon état de fumure, et qui attaque le jeune plant des betteraves avant qu'il ait acquis six feuilles. Il arrive quelquefois que, dans une pièce très-bien levée et de la plus. belle apparence, une partie des plants disparaît comme par enchantement; c'est l'indice de la présence de ces insectes. On ne connaît pas de moyens de destruction el pas d'autre remède (jiie de repiquer les places dégarnies, ou bien de semer tard et avec beaucoup de graines; les jeunes plants atteignent alors plus vile les six feuilles avec lesfjuellcs ils sont hors de danger, ou les ravages sont moins sensibles, et malgré la (juantité de plants dévorés, il en reste encore suffisamment.
Tels sont les préceptes qui peuvent guider les agriculteurs dans la culluie de la bellerave. Il nous resle à estimer la valeur en ar-
DE LA. BETTERAVE
gcnt (les tidi'aiix et des produits ; celle appréciation offre tant de varialions en raison des localiîés, qne ce travail ne saurait èlre consulté qu'à titre de reuseignemens ; eu eflel , tandis que les calculs deM. DEDoMBASLEque nous allons citer, font ressortir le prix de revient des 1000 kilos à 16 fr. 21 cent.;, et que souvent les fabricans ne les trouvent pas trop chèrement payés a 20 ou 24 fr., il est des contrées où les cultivateurs ne vendent la récolte de l'hectare (graine fournie par le manufacturier) que 100 à 120 francs.
Frais de culture d'un hectare de betteraves , semées en place, d'après M. de Dombasle.
Loyer de la terre GO »
Frais généraux de la ferme, comprenant intérêt du capital d'exploitation, entretit^n des instrumens, dépenses de ménage, etc., évalués par hectare, à 60 »
Deux labours à 15 fr. (le deuxième pourra souvent être remplacé \y.\Y une culture à l'extirpateur). . . 30 »
Deux hersages, à 3 f r 6 »
Fumier : vingt-cinq voilures de 6 à 700 kilos, à 5 fr. font 12.5 fr., dont moitié à la charge de la récolte de betteraves 62 60
Semence, 5 kilos à 2 f r 10 »
Rayonnage et semaille au semoir. . 3 «
Premier sarclage à la main, 30 journées de femme à 75 cent. ... 22 50
Deuxièiîie sarclage et éclaircissement de plants, 20 journées de
femme 15 »
2 binages à la houe à cheval. . . 4 »
Arrachage, décollage et nettoyage des racines, savoir : une journée de 3 chevaux à 2 f. par tète. 6f. »c. 2 hommes poiir la charrue ) 34 25
à arracher 4 »
35 journées de femme pour
le nettoyage 24 25 j
Transport des racines à la ferme, 8 voitures à un cheval, employées pendant une journée, pour la conduite de 20,000 kilos
Chargement, déchargement et emuîagasinage des racines, 8 journées d'honmie à 1 fr
o24 25 Produits : Dans un sol où le froment donne PU moyenne 15 hectolitres par hectare, on doit obtenir un produit moyen de 20,000 kilos de betterfives, ce qui en établit le prix à 16 fr. 21 c. les 1000 kilos. Dans les terrains assez fertiles pour rendre en moyenne 22 heclolilres de froment, on obtiendra, avec peu de frais supplémentaires , un produit de 50,000 kilos
Quant à la valeur nutritive des hetterai'es pour l'alimentation des bestiaux, le même savant agronome a trouvé, par des expériences très-précises, que 100 kilos de betteraves nourrissent autant que45kilog.4 debon foin; l'hectare de terrain médiocre produisant au moins20,000 kilos d.- racines, donne d^nc un éqcnvaleni de 9,000 kilos (18 milliers) de bon loin, c'est à-dire le doiible environ de ce
qu'on obtient dans d'excellentes praiiies. Et, quani au prix, on voit, d'après les calculs cidessus, que, les 1000 kilos de betteraves ne re\enanl qu'à 16 fr. environ, les 1000 kilos de foin é(}uivalens ne devraient coûter que 30 f. environ, prix qui est ordiuairenient double.
. Si la culture de la betterave n'offre que des pratiques fort simples et généralement connues, il n'en est pas de même de l'extraction du sucre, qui exige des connaissances chimiques, de l'intelligence el de l'habileté, et enfin des capitaux assez considérables; par conséquent, elle n'est pas à la portée de tous les cultivateurs, mais elle offre aux riches propriétaires un emploi doublement avantageux de leurs capitaux, qui viennent ainsi enrichir et augmenter la valeur des fonds de terre, et introduire dans les assolemens d'immenses améliorations.
Les avantages de la culture de la betterave ne se répartiront sur tous les cultivateurs que quand les fabriques de sucre, au lieu d'être une propriété particulière, seront en quelque sorte un élablissemenl banal créé pour le service d'un certain nombre d'habitans du même canton. En effet, dans létat actuel des choses, la création d'une fabrique de sucre de betterave exige une mise de fonds considérable, et, tandis que le propriétaire de cette fabrique, à moins qu'il n'exploite par lui-même une immense étendue de terrain, est sous la dépendance des cultivateurs voisins qui peuvent s'entendre pour lui fournir les racines à un prix exorbitant, ceux-ci sont eux-mêmes aussi dans sa dépendance, puisqu'ils ne peuvent vendre leurs betteraves qu'à lui seul, d'où il résulte qu'il y a réciproquement incertitude dans les placemens. — D'une autre part, il est difficile qu'un grand établissement ail une quantité suffisante de bestiaux pour consommer les résidus des betteraves, et il en résulte qu'on est obligé de les donner à vil prix ou de les laisser perdre. — Ces considérations ont engagé la Société d'encouragement pour l'industrie nationale à proposer un prix de 4,000 fr. en faveur del'^-ssociation agricole formée pour l'exploitation d'une fabrique de sucre de betterave, dont le but principal serait de concourir à l'amélioration de la culture de chaque membre de l'association, en lui fournissant les n^oyens de nourrir régulièrement un plus grand nombre de bestiaux , et de participer aux avantages de la culture de la betterave et de rextracliou de son sucre, que des moyens bornés ne permettraient pas d'entreprendre individuellement. Ce prix a été remporté par l'association de 15 propriétaires, formée à Saint-Clair (Isère), qui a été aussitôt imitée dans le même département et dans celui de la Drôme par plusieurs établissemens semblables.Faisons des vœuxardenspourvoii' se répandre une branche d■ilidu^trie agricole trèsproductive, et un mode d'exploitation qui lèra participer à sesa\antages l'universalité des propriétaires et des fermiers, enfin qui étendra l'esprit d'association qui a tant de peine à s'implanter dans le sol français, i-t qui y exercerait une si heureuse influence!