DE DIVERSES AUTRES PLANTES TEXTILES
Fig. 19. Fig. 18.
diltérence qui me semble assez grande pour constituer deux espèces. En effet, Tagave, en Amérique, produit une lige qui ne s'élève pas à plus de 10 à 12 pieds ; à Toulon, la lige ou hampe de l'agave s'élève à la hauteur de 20 à 24 pieds. En Amérique, les rameaux de la panicule sont simples, se courbent avec grâce en girandoles, et leur ensemble forme un lustre de la plus grande élégance; les fleurs sont toutes réunies en ombelle au sommeldes rameaux, et les étamines sont plus courtes que le style. A Toulon, les rameaux de la panicule sont rameux ou plusieurs fois divisés, à divisions toutes tournées du côté supérieur, et leurs fleurs, également jaunâtres, ont les étamines plus longues que le style. Je laisse aux botanistes à apprécier ces différences. Les feuilles ne m'en ont offert aucune.
L'agave est une plante qui ne fleurit qu'une lois, 3. l'âge de 30 ou 40 ans, et qui meurt naturellement après sa floraison, à moins que, par quelque circonstance, elle n'ait produit au pied vm ou plusieurs œilletons, ou qu'on ait coupé sa hampe au moment de son premier développement pour forcer les bourgeons axillaires à se développer. Ses feuilles nombreuses, étendues en rosette près de la terre, sont glauques, épaisses, raides, succulentes, meurtrières par l'épine acérée qui les termine et par celles dont elles sont bordées.
M. le baron de HcsiBOLOTa fait connaître que lesMexicains tirent de cette plante, en lui coupant la hampe, une quantité considérable de liqueur qiii devient vineuse et que l'on boit dans le pays sous le nom de pulque. Sans doute les agaves qui fleurissent en France en donneraient aussi, si on en coupait la hampe au milieu de sa croissance, si rapide que l'œil peut en suivre les progrès; maison n'en a pas encore fait l'expérience, non plus que l'analyse de la liqueur mielléeque distille abondamment l'intérieur de ses fleurs.
En Amérique, l'agave croit naturellement sur les terres élevées, médiocres, où l'eau ne séjourne pas ; à Toulon, il affecte la même position. C'est quand la plante est près de fleurir qu'on en coupe les feuilles pour en extraire la filasse qui est assez grossière, et dont on fait des cordes. M. Pavy a récemment introduit, sous le nom de j'o/ew^e7a/e,une substance filamenteuse très-belle qu'il déclare être de l'agave et provenir du territoire d'Alger. Quoiqu'il en soit, il en confectionne des cordes d'une grande puissance, qui résistent parfaitement à l'humidité, toutes sortes d'objets de passementerie, et des tapis de divers genres.
POITEAU.
§ ni. — Del'Apocin.
Apociiv ou herbe à ouate^ Asclépiade de Syrie {Asclepias Syriaca,\ATi.\ diï\^\ . ^Syrian swallow-wort; aW.^SyricsIie seidenpJlauze){fig.^O),
Fig. 20.
plante à tiges nombreuse, droites, herbacées, simples, cotonneuses, hautes d'environ G pi., qui se renouvellent et meurent chaque année. Ses racines sont vivaces. rameuses et trèstraçantes. Ses fleurs rougeâtres, axillaires, disposées enombelles terminales, sont remplacées par des gousses qui renferment ua grand nombre de graines rousses, aplaties, surmontées d'une grande aigrette soyeuse très-blanche, qui est proprement la ouate. Ce duvet soyeux a quelque ressemblance avec le coton. Bien qu'originaire de Syrie, l'asclépiade est acclimatée en France depuis longtemps , mais sa culture n'est pas aussi généralement appréciée que ses qualités précieuses le méritent. Cependant, peu de plantes réunissent |)Ius d'avantages que l'asclépiade de Syrie. Si elle ne peut remplacer le coton et le chanvre, elle offre un duvet qui, par sa finesse, peut en faire diminuer la consommation, et ses tiges, coupées à leur malu-
32 CULTURES INDUSTRIELLES : PLA.NTES TEXTILES ET FILA.MENTEUSES. liv. ii.
rite, rouies el teillées convenablement, donnent une filasse fine, forte et blanche, propre à faire (liffërentes sortes de toile. Des essais heureux el encourageans en ont été faits depuis longtemps, et on a lieu de s'étonner que, vu la facile nmlliplication de la plante, la simplicité de sa cullure dans les terrains médiocres ou n)auvais, elle ne soit pas cultivée pour en tirer de la filasse. Les étoffes que l'on confectionne avec ce duvet et avec les fibres corticales des tiges sont douces, chaudes, fortes et fines, prennent bien la teinture noire, se blanchissent parfaitement, et paraissent pouvoir être imprimées.
On ne parvient à filer le duvet de l'asclépiade de Syrie qu après l'a\oir cardé^ parce que les fils en sont courts el droits ; il faut rnème le mêler avec un quart de soie, de coton ou de laine de la plus grande finesse. On garnit la carde en partie de ces ma:ières, et on remplit de duvet les intervalles de la carde. On peut employer le duvet sans être filé et sans mélange pour des courte-pointes, des jupons piqués el autres ouvrages. C'est même un de ses principaux usages. Une livre peut remplacer deux livres de coton, parce qu'elle est plus léj,ère et s'étend davantage. Ce qu'on lui reproche princi^^alement, c'est de ne pas être élaslicpie et de ne pas se laisser feutrer suffisammotit.
Les fleurs de cette plante sont très-recherchées des abeilles, qui y recueillent abondamment du miel. Les chimistes en tirent aussi un sucre, un peu brun à la vérité, mais d'une excellente qualité. Les jeunes pousses se mangent comme les asperges. La graine est un puissant sudorifique; la volaille la mange avec voracité. Les feuilles sont un caustique très-actif.
L'asclépiade de Syrie n'est ni délicate, ni difhcile a multiplier. Sa culture est Jacile et exige peu de frais. Elle croît dans toutessortes de terrains, même les plus ingrats-, mais cultivée dans une terre substantielle, plutôt légère que forte, modérément humide, bien préparée par des labours et des hersag>s, elle rapporte le double. On la multiplie par la voie des semis, ou par celle des diageons, ou par ses racines. On marque à cet effet des rayons parallèles, éloignés d'environ 2 pieds l'un de l'autre. Dans ces rayons ou place derrière la charrue, les semences ou plants rapprochés d'un pied à peu près dans la ligne, en laissant un sillon vide entre deux qui sont plantés. Cet intervalle facilite l'emploi des instrumens à cheval pour les sarclages et hersages nécessaires. A la 2' et à la 3* aimée, les raciuesgarnissentcomplètemenl les intervalles de nouvelles pousses qui, par les fibres corticales des liges et par le duvet précieux des aigrettes, donnent des produits aussi abondans, plus soyeux et plus souples que le chanvre.
Cette plante peut ainsi fournir, pendant plusieui's années consécuth'cs, 2 récoltes précieuses, en lui donnant des engrais de temps en temps, surtout lors([ue ses racines Irèsmullipliées ont envahi tout le sol. Un arpeni de terre bien préparée peut rapporter de 360 à 400 livres de duvet à 2 f. et quelquefois à 3 f. la livre. La récolte se Jait quand la (pousse est mûre, ce qu'on reconnaît à ce
qu'elle s'entr'ouvre. Alors on coupe les gousses et on les fait sécher au soleil. Après leur dessiccation on sépare le duvet d'avec la graine et on le met dans des sacs à l'abri de toute humidité. Quant aux tiges, elles sont coupéeset disposées en javelles aussitôt après l'enlèvement des gousses, et on les fait rouir comme celles du chanvre. Ce n'est qu'à la fin de la seconde année que l'asclépiade de Syrie produit des gousses, et elle n'en donne en abondance qu'à la 3" année.
Pour détacher le duvet de sa graine, on en remplit un baquet; une ou plusieurs personnes y enfoncent leurs bras nus, et tournent ciiculairement. Le duvet s'attache aux bras, qu'on en débarrasse facilement pour le poser sur un drap placé auprès. La graine bien mûre reste séparée au fond du baquel ; celle qui n'est pas mûre retient du duvet; il faut la jeter, parce qu'elle n'a pas les qualités convenables.
Apocyn-Chawre {Apocynum cannabinum, Lii\. ; anglais, .^ew/? dogs-bane; allemand, liundshohl seïdenpflauze; italien , Apocino). Originaire de rAméricjue septentrionale , cultivée seulement dans les jardins de botanique, celte plante, vivace et rustique, s'élève à la hauteur de 3 ou 4 pieds; ses feuilles oblongues et velues en dessous, ses fleurs verdàlres disposées en corymbes plus élevés que les feuilles, la distinguent de ses congénères. Feu le professeur Tiiocin trouvait que les fibres de son écorce étaient plus fortes que celles du chanvre, et conseillait de la cultiver dans les terrains médiocres, dont elle s'acco'.nmode très-bien, pour en retirer la filasse qu'elle contient en abondance. Cependant, jusqu'ici les économistes ne s'en sont pas occupés, et l'apocj'n-chanvre est resté confiné dans les jardins de botanique. L'abbé Beri.ése.
«, IV. — De l'Abntilon.
Fiir. 21.
cnxp. 2. DE PHJSIEbRS AUTRÎiS
Abctilon {SidaAbiitilon, Lin.; angl., Round leavcd sida ; ail., Sarnmct-niali-e, Sanimetsnppel ; ilal., Abut'do ( fig. 21 ). Plante annuelle, originaire de l'Inde, depuis longtemps introduite en France, où elle végète parfaitement et s'élève à la hauteur de 3 à 5 pieds; produit des fleurs jaunes et fructifie en abondance. Elle est douce, comme veloutée, et ses feuilles sont grandes, cordifbrnies et fort belles. Appartenant . à la famille des Mauves, cette plante est mucilagineuse dans toutes ses parties. — En Cliine on fait rouir J'Abutilon comme nous rouissons ici le chanvre, et, de son e'corce, on fait de la filasse qui ne vaut pas notre chanvre, il est vrai, mais dont on fabrique de gros tissus et des cordes à bon marché. Les expériences faites en France ont confirmé ce que les voyageurs avaient rapporté de ses qualités. Pour l'obtenir belle, il faut la semer à la fin d'avril ou dans les premiers jours de mai, en terre fertile, légère, à bonne exposition, et faire en sorte que lesjeunes plants ne se trouvent pas à plus d'un pied les uns des autres, afin qu'ils soient obligés de filer sans se ramifier, et que leur écorce donne ainsi une filasse pUis longue, plus fine et plus facile à extraire.
§ V. — De l'Alcée
PLAM'ES TEXTILES.
ÎTû»
Alcée à feuilles de chanvre {Althœa cannana, LiNN.j anglais, Hemp leaved , marshallow ( fig. 22 ). Les botanistes moder-
Fig. 22.
Inès ayant réuni en un seul les genres Alcea et Althœa (X^Wwné , c'est sous le premierde ces noms que l'on doit demander la plante qui nous occupe. L'Alcée à feuilles de chanvre est une plante vivace qui croît naturellement en Autriche. Ses racines sont longues, rameuses et mucilagineuses, et il en sort chaque année des liges menues, rameuses, lon^
gués de 4 à 6 pieds, qui ne peuvent se soutenir que mutuellement ou par le secours d'un tuteur. Elles ont les feuilles divisées en 3 ou 5 lobes étroits et dentés ; les fleurs sont roses, axillaires et terminales , assez jolies pour servir à l'ornement des jardins. Cette plante n'est pas difficile sur le terrain ni sur l'exposition ; elle se multiplie facilement de graines et par la division des gros pieds. Ses liges se coupent à l'automne, on les fait rouir comme le chanvre et on en extrait une filasse trèsforle dont on fait de la toile ou des canevas d'une grande solidité. La culture de cette plante étant très-facile, on ne devine paa pourquoi elle n'est pas cultivée en grand.
Alcée de Narbonne {Alcea ISarbonensis, Jacq.; angl. Narbonne Marsh-rnallo(v). Celleci ressemble extrêmement à la précédente par ses feuilles et ses fleurs, mais elle s'élève un peu moins. Les Espagnols la cultivent beaucoup, et, après le rouissage, en tirent une filasse avec laquelle ils fabriquent de bonnes toiles.
§ VI. — Des Mauves.
Mauve en arbre, Lavatère {Lavatera arborea^ Lin.; angL, Tree malloiv; ail., Maher baum; ital., Malva arbiisto) {//g.23). Celte es-
Fig. 23.
AGRCrULTURR.
pèce croit spontanément dans le Piémont et dans l'île de Corse, et vient très-bien eu France ; on la dil bisannuelle; mais, quand les hivers nesontpas rigoureux, elle persiste plusieurs années, s'élève en petit arbre, se ramifie, conserve ses feuilles, et devient une belle plante d'ornement par ses larges feuilles arrondies,lobées, sinuées, et ses fleurs violâtres, disposées en grappes interrompues au sommet des rameaux de l'année précédente. Cette planleétantd'une vigoureuse végéta lion, il lui faut une bonne terre. On la multiplie lacilemeiit de graines qu'il faut semer fin d'avril.
roMF rr. — 5
C\VAMLLE8 a expérimenté que les fibres de son écorce, après avoir été purgées de leur mucilage et du tissu cellulaire par le broiement et la macération, pouvaient être converties en cordes assez bonnes. Dernièrement l'expérience de Cavamli.es a été répétée à Toulon avec succès, et l'auteur a envoyé à la Société d'horticulture, des échantillons de cordes faites avec cette plante.
Mauve à feuilles crépues {Malva crispa, Li\.; angl., Curled lea^-ed mallow; ital., Malva riccia), plante annuelle, originaire de la Syrie, croissant très-bien en France, où elle atteint presque la hauteur d'un homme, et fait l'ornement des jardins par ses grandes feuilles élégamment crispées et frisées sur les bords. Je n'en paile ici que parce que l'on dit que Cavamlles est parvenu à fabriquer d'assez bonnes cordes avec les fibres de son écorce. Je ne sache pas que depuis cet auteur personne ail tenté d'en extraire.
§ VU. — Des mûriers.
McRiEiv à pa[Mer {Broussonctia papyri-
fera, AVilld.; angl., Paper mulberry;a\\., Pa-
pier-Maulbeerbaum; ital., Moro papirijfer-o)
{fig. 2-1 ), grand et gros arbre du Japon ,
à fleurs dioïc^ues, les mâles réunis en chaton, et les femelles formant une boule ài^ 8 à 9 lignes de diamètre, de la circonférence de laquelle sortent de gros filets rouges, charnus, mangeables, portant cliacun une graine noirâtre au sommet ; les feuilles, grandes, <lrapées et un peu rudes, sont la plupart divisées en deux ou trois lobes. Cet arbre croît très-bien en France, n'est difficile ni sur le terrain ni snr l'expesitico, et se multiplie facilement de graines.
On a cru pendant longtemjri que c'était avec l'écorce des rameaux de cet arbre que les Chinois faisaient ce beau et fin papier que nous appelons ici papier de Chine, et on
S TEXTILES ET FILA.IVÎE1STEUSES. i.jv. ii.
espérait, en l'inlroduisanl enFrance, trouver le moyen d'en tirer aussi un papier d'une qualité supérieure aux noires; mais on a appris depuis peu que c'est avec une plante cypéracée, dont l'espèce ne nous est pas connue, que les Chinois fabriciuent leur beau papier. Du reste, le mûrier en question leur serl à faire du papier inférieur et quelques tissus ; dans des îles voisines du Japon, on en fait des habillemeiis; mais il n'entre pas dans la confection de ce qu'on nous vend sous le nom de papier de Chine. Néanmoins, d'après les premières idées, Faijas de Saint- Fo\D a essayé d'en fabriquer du papier à la manière européenne, et il a eu lieu de s'applaudir de son essai. Aujourd'hui, on se borne à considéier le mûrier à papier comme pouvanl contenir une assez bonne filasse dans son écorce, sans que personne le démontre par des expériences convaincantes.
MiRiER BLAVC { Morus albo. Liw; angl.,. ïVhite inulberry; ai\\.,l^ei\ser nu.ulbeerbauni; ital., Moro binnco). Olivier de Serres, dans sonThéàtre d'agriculture, rapporteet détaille le procédé qu'il a employé pour tirerde l'écorce du mûrier une belle et forte filasse dont il a fait faire de la toile. On ne drute pas de la vérité de ce qu'a dit ce patriarche de l'agriculture, et pourtant on ne s'occupe guère aujourdhui ni de répéter, ni de perfectionner son expérience.
§ VIIU - Des Orties.
Ortie de la Chine {Urtica nivea. Lin.; augl., fVhite leavcd nettle; ital., Ortica bianca, ( fig. 25 ), plante vivace, d'une végétation
Fig. 25.
vigoureuse, formant, parle nombre de ses tiges, de gi'osses touffes hautes de 5 à 6 pieds. Ses feuilles, dénuées de ces poils piquans et brûlans, propres à plusieurs espèces d'orties, sont innocentes, alternes, ovales-acuminées, grandes et très-blanches en dessous, ce qui rend la plante propre à l'ornement des grands jardins. Elle ne fleurit pas ordinaire
CUAP. 2'. DES PLANTES PROPRES AUX ment aux environs de Paris, maison la multiplie par la divisttDn de ses touffes.
L'éeoice des tiges contient des fibres d'une grande force, très-nombreuses, qui peuvent otre préparées comme le chanvre et converties en toile. Sous ce rapport, l'ortie de lu Chine offrirait de grands avantages par la persistance de ses racines, par les tiges nombreuses qui s'en élèvent chaque année sans presque aucun soin, et par la finesse et le moelleux de la filasse de son écorce.
Ortie ordinaire, grande ortie {Urtica dioica, Lin.; angl., Common nellie; ail., Brennnessel, ital., Ortica pungentc). Si l'on excepte les pauvres gens qui cueillent l'ortie pour la donner à manger à leurs vaches, celte plante est généralement dédaignée par tout le monde, et même en horreur, parce qu'on ne peut guère la toucher sans en ressentir une démangeaison brûlante, causée, dit on, par une liqueur qui transsude à l'extrémité de chacun des poils qui couvrent la surface des feuilles et des tiges. A part cet inconvénient, l'ortie n'est pas sans mérite, puisque ses tiges brûlées i'ouiuissent une grande quantité de potasse, et que, rouies et préparées à la manière du chanvre, on en relire une filasse peu inférieure à celle du chanvre même, sinon paila force, du moins par la finesse, la blancheur et la facilité de la convertir en toile. On en a fait de très-beau papier en Allemagne. Au Kamtschalka, les habitans en font Jes cordages, des filets pour la pêche et du fil pour coudre. Toutes ces propriétés de lorlie ont été confirmées par la Société »l'agriculture d'Angers, qui en conseille la lullure sous ces divers points de vue.
Quant à la culture en elle-même, elle n'est nullement difficile; l'orLie vient partout; les endroits pierreux, d'un labour impraticable, peuvent lui élre consacrés, soit en y répandant de ses graines, soit en y plantant de ses racines. qui tracent et se propagent .-ivec rapidité. Cette plante n'a pas d'ennemis, f^t les intempéries sont presque sans action sur sa végétation.
Ortie à feuilles de chanvre ( Urtica cannabina. Lin.; angl., Hcmp leaved nettle)- Celle-ci est originaire de la Tartarie, et croît très- bien en France, où elle n'est connue que dans les jardins de botanique. Elle est vivace et ses tiges s'élèvent chaque année à la hauteur de 5 pieds; ses feuilles, quoique velues, ne sont pas piquantes comme celles de notre ortie ordinaire. Je trouve que ses tiges se rompent sans de grandes diflicullés; cependant Bosc pense que sa culture serait une bonne spéculation agricole, ne fût-ce que pour en retirer du papier commun.
§ IX.— Du Genêt.
Genêt à."Ls^a^nQ{Spartium lunceum, Lin.; (jcnista juncea, Desf.; angl., Spanish broom; ail., Pfrleme, Sl.orpion-PJrieme ; ital., Ginestro) {fig. 26), arbrisseau de 10 à 12 pieds, dont les rameaux effilés, verts, flexibles et très-forts, sont munis latéralement de petites feuilles lancéolées, peu nombreuses, et se terminant par de ^l'iiiules fleurs jau-
OLVRAGES DE SPARTERIE.
Fig. 2G.
nés papilionacées , d'un bel effet et recherchées dans les jardins d'agrément. Il se nuiUiplie facilement de graines, qu'il donne abondamment dans des cosses longues de 2 à 3 pouces et larges de 3 lignes. Ses racines, longues comme des cordes, dont elles ont force et la souplesse, s'accommodent des terres pierreuses, sèches et de médiocre qualité.
Pour cultiver le genêt d'Espagne dans l'intention d'extraire la filasse de ses rameaux, il faut faire de petites fosses naviculairesavec une houe, à 4 pieds les unes des autres ; mettre dans chacune 3 ou 4 graines et les recouvrir d'un demi-pouce de terre; quand elles sont levées, on arrache les plus faibles et on ne laisse qu'une plante dans chaque fosse. Au printemps de la 3* année, on rabat les plantes à un pied de terre, pour les faire ramifier, leur donner la forme de têtard, et les obliger à produire chaque année un grand nonibre de brancli»'S longues et vigoureuses. A l'automne, et mieux au printemps de chaque année, on coupe ces branches, on les fait rouir,on les bat avec un maillet pouren briser et en faire sortir le plus gros du bois, et, par des serançages répétés, les fibres de l'écorce se divisent en fil comme du chanvre; on en fait de la toile qui est d'autant i)liis belle et meilleure que les manipulations du rouissage, du !)allage et du serançage ont été mieux exécutées. Il arrive qu'au lieu de mettre le genêt dans l'eau i)our le rouir, ou l'enterre quelquefois et on arrose la terre qui le recouvre de manière à la tenir constamment très-humide pendant S ou 10 jours, après quoi on retire le genêt, suffisaninient roui, et on le lave. Poiteau.
Section v. — Des plantes propres aux ouvrages de sparterie.
Sous ce litre, je comprends quelques plan-
.•ÎG CyLTuUES liNDUSTUIELLES: PLA^Î^TF les dont on fait des clianssnres, des naltes, des lapis de pied , et ceiiaius paniers légrrs Il misés dans les camp:ignes.
§ 1". — De la Stipe.
Stipe tenace {Stipa tenacissima, Liiv.; angl., Rush Icaved feather grass; ail., Spanisches spartogras ; italien, Slipa tenace), plante graminée, \ivace, croissant naturellement en Espagne, et que l'on pourrait acclimater aux environs de Ba.yonne, dans les mauvais terrains secs et montueux. Ses feuilles sont piesque cylindriques, longues de 2 à 3 pieds ; son chaume s'élève à la hauteur de 3 pieds, et se termine par une panicule de fleurs dont l'une des valves se prolonge en une très -longue barbe soyeuse, ce qui d'ailleurs est commun à toutes les espèces du genre. J'aurais pu ranger celle-ci daiis larticle précédent, puisqu'on lui fait subir le rouissage pour en diviser les fibres, lorsqu'on veut l'employer à la confection de certains lissiis; mais, comme on l'emploie plutôt sans préparation, j'ai cru de\oir la placei" dans celte section.
Ce sont les feuilles de la plante dont on fait usage. Depuis un temps immémorial, on en tresse une chaussure ou espèce de stjulier, chez les Basques et d'autres habitans des Pyrénées. Ce sont ces mômes feuilles qui, sous \^ nom de sparterie, composent les petits tapis de pied, unis ou plucheux, teints de ditférentes couleurs, usitésdanslesappartemeus, ainsi que d'autres plus grands tapis, des nattes, des cordages, etc., d'une grande solidité. La sparterie est aujourd'hui un commerce assez étendu pour (|ue l'on fasse l'essai de multiplier la stipe tenace en deçà des Pyrénées, et de nous affranchir delà contribution que nous payons aux Espagnols.
Le Stipe-Jonc ( Stipa juncca; ital. , Stipa giunco )cro\\. naturellement en France; ses feuilles ont aussi une grande force et paraissent posséder à peu près les qualités de celles de la stipe tenace, mais je ne sache pas qu'on en fasse usage. Peut-être n'y a-t on pas encore pensé.
§ II.— Du Jonc.
Jonc des jardiniers [Juncus cffusus, Lïn^ angl., Sojt rush; i\\\., Flaltei'gras; ilal., Giunco commune). Cette j^lante, très-vivace par ses racines nombreuses et traçantes, croît sur le bord des rivières, des fossés et aux endroits humides, oii elle forme des touffes qui s'élargissent de plus en plus; au lieu de feuilles, elle n'a que des gaines courtes qui embrassent le bas de ses tiges; celles-ci sont cylindriques, striées, longues de 2 pieds, d'une ligne de. diamètre, terminées en pointe aiguë, et portant un^ panicule latérale de fleurs à quelques pouces au-dessous du sommet. Tant que ces liges sont vertes ou fraîchement coupées, elles conservent toute leur souplesse et toute leur force; elles perdent l'une et l'autre en séchant, mais ou les leur rend en les faisant tremper dans Teau pendant une journée. Les jardiniers on font ua grand usage pour pa-
S TEXTILES ET FILAMENTEUSES, iiv. n.
lisser et attacher les branches de leurs arbres. Il remplace économiquement, dans beaucoup decas,la ficelle, la paille, les écorces d'arbres et d'autres liens; on en fait des paniers, de petites nattes sur lesquelles on place les fromages pour qu'ils s'égouttent, etc. C'est lo seul de tous les joncs dont la lige a assez de ténacité pour être employée à tous ces usages.
§ III. — Du Lygee.
Lygée sparte {Lygeum spartum, Lin.; angl.. Rush kuued (rgeum;a\\., Unechtes spartogras {/ig.27), graminée vivace de l'Europe méridio-
Fig. 27.
/iv ■
nale et qui prospère bien sous le climat lie Paris ; ses feuilles sont fort étroites, longues de 3 pieds et plus, tenaces et très-difficiles à rompre ; elles me semblent avoir tant d'analogie avec celles de la stipe, qui fait la base de la sparterie, que je crois qu'elles pourraient être employées aux mêmes usages. Déjà on en fait des sommiers, des cabas, etc., en îLspagne et dans le midi de la France, dit M. de TiiÉis.
§ IV. — Delà Massettp.
Massette ( Typha latifolia , l.i\.; angl., Broad lea^'ed cats'tail; ail., Genieine rohrf,nlbc , Tuttenfiolbe, Schmac/.edusen; ilal., Tijfa; fig. 28). On trouve abondamment celte plante vivace dans les étangs, dans les livières où l'eau a peu de courant. Sa tige est de la grosseur du doigt, cylindrique, simple, terminée par un gros et long cylindre (masselte), fleurs très-serrées, entremêlées de beaucoup de soie. Les feuilles naissent sur la souche, embrassent le bas de la tige, s'en écartent ensuite, et s'élèvent aussi haut qu'elle sous forme de lames larges de 6 à 7 lignes. C'est à l'automne que l'on cou-
DES BETTERAVES
pe les liges et les feuilles de celte plante, et qu'on les fait sécher à l'ombre, autant que faire se peut, pour les cojiserver souples. Les feuilles s'einploienl telles qu'elles sont, mais il faut aplatir les tiges avec un maillet ou les faire passer dans une espèce de laminoir pour les aplatir et les rendre plus souples. Le plus grand usage des unes et des autres est d'en former des couvertures de petits hâtimens dans les campagnes; on en fait aussi des nattes, des paillassons qui durent longtemps; on eu rembourre les chaises avec plus d'avantage qu'avec de la paille. On a en vain cherché à utiliser la
assez abondante, qui se trouve dansl'épi dense (massette) des fîeurs de cette plante, maison n'en a obtenu aucun résultat satisf.iisant.
§ V.— Du Scirpe.
SciRPE des étangs {Scirpus lacustris^ Lia.; angl.. Mari h club-rush; ail., Sumpjbcme , Sumpfsende, Riesch; ilal., Scirpo acquatico). Cette cvpéracée est très-vivace et se trouve abondamment dans les étangs et dans les ri- I
vières. Ellea les tiges cylindriques, un peu diminuées de grosseur dans le haut, longues de 7à 8 pieds, et terminées par des fleurs en épis paniculés. Les botanistes ne parlent pas de ses léuiiles, probablement parce qu'ils n'en ont pas vu; en effet, lorsque la plante croît dans les étangs dont l'eau est tranquille, elle n'en produit pas; mais, dans les rivières, les gaines qui embrassent le bas des tiges se développent enrubans minces, flexibles, larges de 3 lignes, plus longs que les tiges, s'élèvent et flottent à la surface de l'eau, dans la direction du courant. J'ai découvert ce fait en cherchant à connaître quelle sorte de plante formait chaque année une masse de verdure flottante au milieu de la Seine, vis-à-vis Bercy, à des époques où on n'y apercevait aucune tige de scii-pe. Quand les tiges de scirpe parurent el furent en fleurs, la flottille des feuilles était presque détruite, mais j'en trouvai une assez grande quantité dans toute leur longueur, adhéreutes encore à la souche des scirpes et engainant un peu leurs tiges à la base, pour que je puisse assurer que le Scirpus lacustri.s produit des feuilles" aussi longues que ses tiges dans l'eau courante de la Seine. Je pense que ce sont ces feuilles que Dalib.vp.d a prises pour les feuilles de la /«- Usneriti spiralis qu'il avait cru avoir trouvée dans la Seine.
C'est quand les tiges du scirpe sont en fleurs qu'on les juge assez mûres pour être coupées. On les fait sécher à l'ombre, on les aplatit et on en fait des nattes tressées pour les appartemens, des couvertures de petits bàlimens dans les campagnes, des abris el des paillassons plus durables que ceux faits en paille.
POITEAL.