‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 50 sur 325 · CHAPITRE Vn. — DES PLANTES TINCTORIALES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn. — DES PLANTES TINCTORIALES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE

Section i'

De la Garance.

Fig. 42.

Les anciens connaissaient Pusage de la garance et !a cultivaient. Pline nous a])prend que c'était une culture réservée aux pauvres, qui en tiraient de grands profits, et que celte racine était employée à la teinture des laines et des cuirs. Dioscoride dit que la gai-ance de Toscane, et principalement celle de Sienne, ét.'at renommée, mais qu'on la cultivait aussi dans presque toutes les provinces d'Itaiie. Cette culture devait être aussi commune dans les Gaules, car les invasions des barbares ne l'avaient pas détruite, lors- (jue, sous Dagoberl, les marchands étrangers venaient l'acheter au marché qu'il avait élabli à Saint-Denis. La tradition indique, vers le milieu du siècle dernier, l'intr» onction de la garance dans le comtat d'Avignon et la principauté d'Orange (aujourd'hui le départ, de Yaucluse ) ; elle est due à un Persan nommé Althen, venu dans le comial d'Avignon vers l'année 1747, qui essaya sans succès la garance sauvage de cette contrée {Rubia peregrina), mais réussit complètement avec de la graine du Levant. Des tentatives furent faites aussi dans différentes parties de la France. Mais la garance ne s'était pas étendue dans d'autres provinces que le Comtal, la partie de la Provence qui avoisine la Durance, et l'Alsace, jusqu'à ces derniers temps où le mouvement agricole et commercial, qui a été la suite de la révolution, s'est aussi dirigé vers cette branche de culture

La Garance cultivée ( Rubia tinctoria, L. ; en anglais, Madder; *ia allemand, /'«//.'e/-rot/ie; eu italien, Robia ; en espagnol, /i«^/« ) {fjg. 42 ) est une plante à racines vivaces et à liges annuelles, de la famille des Rubiacées. Deux circonstances peuvent fixer une culture dans une contrée, à l'exclusion des autres : la nature d.u climat et celle du sol. Quant au climat, la garance, cultivée en Zélande et à Smyrne, parait en braver l'effet ; mais il est telle nature de terrain qui lui convient si spécialement, qu'il aura toujours pour sa production un avantage marqué sur ceux qui ont des qualités différentes.

§ I'^'. — Nature des terres à garaa&j.

Entouré de terres d'une nature îrèsdiffé-

rente, qui ont toutes été soumises plus ou moins à la culture de la garance, j'ai pu comparer les frais qu'elles occasionent et leurs produits avec leur nature. Une expérience aussi répétée ne me permet guère de doute à cet égard. Cependant, ne voulant pas me borner à des données vagues et empiriques, j'ai soumis un certain nombre de ces terres à l'analyse chimique et à des expériences physiques, cjui m'ont mis à même de définir clairement les qualités que doit avoir une véritable terre à garance. Parmi ces essais multipliés, j'en choisirai six qui m'ont paru réunir les variétés les plus communes de terre, et que je vais détailler. Ces terres sont : l°Uneterre dite palud, blanchâtro par la sécheresse, noirâtre dans l'humidité, qui fait le fond d'une plaine arrosée parla Sorgue, et qui a été anciennement submergée par de vastes marécages qui suivaient le cours de cette rivière; partout où des eaux ont longtemps séjourné, on trouve une terre analogue. Ce bassin du départ, de Vaucluse est bordé par des collines qui contiennent beaucoup de gypse : c'est la tei're à garance, par excellence, du département , mddiocre terre à blé; elle contient beaucoup d'humus et de 90 à 93 pour cent de carbonate de chaux ; "1° une terre de dépôts nouveaux, prise vers les bortis du Rhùno, et pr( ckiitant aussi

très-bien la garance-, bonne terre à blé et a luzerne; l'argile et le sable y dominent; 3° U'vve palus deM environs d'Orange, se durcissant aisément, numquimt de prol'ondciir, c'est-à-dire avant au-dessous une couche de marne argileuse ; cette couche est Imp éj)aisse pour pouvoir être percée par les cultures orclinai:es. Médiocre terre à garance ; mauvaise terre à blé; point de luzerne ni de sainfoin, sans des travaux de minage considérables ; le calcaire y entre pour plus de înoilié; 4Merres des environs de Tarascoo, à" anciens dépôts du Rhône, donnant peu de garance et se durcissant beaucoup ; bonne terre à blé, l'argile y domine ; la proportion du calcaire est considérable; ô° terre de la inauie d'Oran'ge, vers le Rhône, quartier de llartignan, d'anciens dépôts du Rhône; bonne terre à blé, mauvaise terre à garance; le calcaire et l'argile y sont à peu prés en «'gale proportion; <à° w\\^ bolhène, i\\\\ m'a été apportée d'Auch, et que j'ai désiré soumettre à l'examen, n'ayant point de terre de cette qualité dans ce pays, où tous nos sols oiïrent une grande proportion de calcaire; celle-ci est composée à jîeu près pour les 0,4 d'argile et pour 1/4 de sable.

Toutes les terres à garance sont exemptes de graviers; l'expérience ayant [)rouvé que, (|nand il s'en trouve en quantité un peu notable, cette racine n'y prospère i»as, et que les travaux de larracliage morcellent la racine, de sorte qu'elle est d'une vente difficile ; les terres que nous avons soumises à nos expériences sont donc d'un grain homogène.

D'après l'exaniea de ces six sortes de terres, on peut dire que pour sa végétation, mais non pour ses qualités, comme nous le verrons plus lard, la composition minérale de la ierreest presque mdifterenteà la garance. Dans un sol de composition ideniique elle réussit d'autant mieux, que la pioportion de l'humus est plus forte. Quant aux proj)riétés physiques, la terre à garance par excellence est spécifiquement la plus légère de toutes; proportionnellement à son poids, c'est elle qui se charge le plus d'eau, c'est chez elle que l'évaporalion se fait le plus lentement, c'est elle qui adhère le moins aux f)ntils, et celle qui, étant sèche, fait-le moins corps. De plus, elle communique à un réservoii- permanent d'eau de 1 à 2 toises de profondeur, et moyennant la forte proportion d'humus qu'elle contient, elle eu aspire toujours suffisamment pour la maintenir fraîche presque toute l'année. Cette propriété fait que la végétation de la garance n'y cesse presque pas dans l'été, tandis que, dans les autres terres séparées du réservoir inférieur par une couche d'argile plus ou moins profonde, la garance cesse de végéter pendant deux ou trois mois de l'été, temps perdu pour Taugmentation de son poids.

Mais il faut bien noter ici que toute liumitlité séjournant dans la couche inférieure du sol est tout-à-fait contraire à la production de la garance; que nous ne parlons ici que d'un sol bien égoutté, et enfin que ces observations sont laites au 43° degré de latitude et dans le climat venteux de la Provence.

§ [1. — Engrais pour la Garance.

Il est très-essentiel de connaître pour la garance, comme pour toutes les autres plantes encidture, la consommation d'engrais qu'elle fait dans le cours de sa végétation ; c'est sur cette notion que sont fondées la convenance de son emploi et la place qui doit lui être destinée dans le cours d'un assolement. L'observation suivie sur des terres qui étaient réduites presqu'à leurs [)arties minérales a mis à portée de reconnaître assez précisément que chaque quintal de garance .sèche s'était approprié 13 quintaux (de 50 kilog. chacun ) d'engrais de cheval, point entièrement consoujmé, chaud, et dans un élatoii il pèse 4.5 livres le pied cube, sans être pressé. Ces données sul'îisent pour ari'iver à unt; assez grande exactitude dans l'estimation de la quantité de l'engrais. Ainsi, l'on serait sûr d'avoir autant de quintaux de garaoce qu'on aurait déposé de fois 13 quintaux de fumier sur ces terrains on il se décomposerait entièrement, et permettrait à la garance de s'en emparer pendant la durée de sa végétalion. Cela n'arrive que dans les terrains poreux et légers, que nous avons désignés comme bonnes terres à garance, qui, par la uatui e de leur-tissu, permettent à l'air d'agir sans obstacle sur toutes les parties d'engrais qu'elles contiennent, et qui d'ailleurs contiennent peu d'argile qui semble s'emparer des principes du fumier par quelque affinité chimique mal appréciée jusqu'à présent.

Dans les sols compactes argileux, les plantes végètent, d'ailleurs, avec lenteur, et l'on ne parvient à y avoir des récoltes avantageuses que quand l'engrais y est répandu avec assez d'abondance pour saturer le sol, et peut-être aussi en tenir les parties soulevées et divisées.

Nous avons vu que nos terres à garance contiennent une assez forte portion d'humus, il paraît étonnant qu'il faille cependant leur donner des engrais artificiels; n.ais l'une de ces 2 substances ne supplée qu'imparfaitement à l'autre; le fumier devient promplement soluble,et peutservir presqu'en eniiei-, dans l'espace d'un petit nombre d'années, à la nutrition des plantes, tandis que l'humus ne le devient que très-lentement: trésor qiif la Providence semble avoir dérobé, jusqu'à un certain point, aux calculs de la cupidité imprévoyante. Toutes les plantes n'ont pas une égale vigueur dans leur action à l'égard de l'himius. Il paraît que celle de la garance est très-grande, puisque dans un sol dont le blé peut à peme arracher sa subsistance, une première récolte de garance trouve presque toujours une quantité suffisante de sucs à mettre à profit. Cette force de végétation doit faire concevoir aussi la grande déperdition que suint un terrain qui est soumis à cette culture, et le danger de la réitérer souvent sans engrais.

Deux facteurs concourent à établir la quotité d'une récolte, les propriétés physiques du sol et sa richesse, ou autrement dit. les portions de matière assimilable dont il dispose actuellement. Dans des terrains traités de la même manière en engrais et en travail, j'ai cherché à quelle propriété du sol

CUAP. 7'

Page 1