DE LA GARANCE
se rapportait la qnaolilé variabi»; de la récolte, et j'ai Ml que c" était priinipalement à sa qualité de s'emparer de l'humidité atœospliérique, et en seconde ligne au défaut de ténacité du sol; mais les terres fraîches, en été, ont décidément le premier rang dans la production de la garance. Des terres sablonneuses de peu d'adhérence laissent sécher et périr la garance pendant la saison chaude, et doniient un résultat beaucoup moindre (|iie des terres compactes qui ont de la fraîcheur, tandis que les terres sablonneuses fraîches produisent des récoltes surprenantes.
§ m. — Culture de la Garance.
La culture de la garance s'entreprend actiiellement, dans le dép. de Vaucluse, par trois différentes classes de cultivateurs : 1" les pro.priétaires qui la font avec soin sur leur terrain; 2" des fermiers voués spécialement à cette branche, et qui louent des terres pour la culture de la garance; : ceux-ci entreprennent ordinairement sur une grande échelle; 3>^ les fermiers à mi-fruils qui, ayant un excédant de journées oisives depuis la récolte jusqu'aux semences, et aussi dans le courant de l'hiver, les emploient à cette culture. C'est un véritable bienfait pour eux que l'introduction de la garance dans leur assolement ; elle leur fait tirer un parti utile d'un temps qui était entièrement perdu pour eux, et en les entretenant dans une activité constante, elle les soustrait à ces habitudes de paresse, qui se conservent dans les momens mêmes oii leurs champs réclament des travaux non interrompus.— Nous iiouvonsdonc ici trois genres de culture ada[)Lés à ces trois classes d'individus : 1" la cuUure soignée, jardinière, par laquelle on a débuté dans ce pays; 2° la grande cuUure ; 3" la culture à Dras sans engrais. La première est permanente, étendue sur toutes les véritables terres à garance, et ne reçoit guèie que des augmentations insensibles ; la deuxième a une grande extension dans les années où l'on prévoit une augmentation de prix, et se resserre dans celles où les prix sont bas; enfin la dernière est permanente aussi, gagne chaque année de l'étendue, se propage dans les habitudes de nos cultivateurs. — On donne aussi pour les cultures en garance, des terres détachées à des paysans qui s'en chargent pour la moilié de la récolte; le propriétaire contribue à l'arrachage dans une proportion relative à la récolte présumée, et l'on convient de l'indemnité à payer au cultivateur, si, par l'effet des intempéries, la graine ne sortait pas et qu'il fût obligé d'abandonner gratuitement sa V culture : on lui donne alors de 40 à 60 francs par hectare, ou bien on lui laisse faire à moilié profils une récolle de grains sur son travail.
Nous allons trailer spécialement de la 1" de ces cultures, comme étant la meilleure, en ayant soin de noter les différences que présentent les autres modes.
Quand on a un terrain propre à la garance, et qu'on se propose de se livrer à cette culture, il n'est pas douteux qu'il ne convienne de le lairc avec «les soins proportionnés au
profit qu'on en peut retirer, et des engrais qui puissent réparer la déperdition qne la garance fait subir au sol: c'est dans ces sortes de terrains que l'on est sûr d'être remboursé de ses avances.
On doit faire défoncer le terrain à demimètre de prolondeur, à moins qu'il n'ait reçu depuis peu un travail profond : cette façon se donne ordinairement à la bêche. Les ouvriers sont disposés de manière à faire front à la ligne du travail, ils enlèvent ainsi une première pointe de terre; faisant ensuite un à droite, ils se trouvent en file, descendant dans l'excavation qu'ils viennent de faire, ils enlèvent une seconde pointe, et la rejettent sur la première; ils font ensuite front de nouvea^i pour continuer le travail, et ainsi de suite. Cette oj^ération a lieu pendant l'hiver; les pluies et les gelées rompent les mottes de terre, qui se trouvent pulvérisées au printemps : on l'entreprend quand la terre est dans cetélat où, avant une humidité suffisante, elle ne s'attache pourtant pas aux outils. Il faut observer, cependant, qiie les défoncemens qui ont lieu avant l'hiver favorisent la sortie des mauvaises herbes, et occasionent ensuite plus de frais de sarclage : aussi beaucoup de cultivateurs intelligeus préfèrent-ils ks travaux qui ont lieu au commencement de mars, quoitju'ils obligent à de plus grands frais pour lameublissenient de la terre. Mes nombreuses expériences sur la ténacité des terres, comparées au nombre de journées, faites en divei ses années sur les mêmes sols, m'(mt donné des résultais dont les épreuves journalières me prouvent la très-grande approximation. Sur nos bonnes terres à garance, dont la ténacité n'est que d'un kilogramme et 1/2, et (|ui se remuent presque avec la pelle de bois, on fait ce travail avec 44 journées de 8 heures de travail par hectare, ou avec 3.''>2 heures de travail. Cette quanlité augmente de 66 heures par kilogramme d'augiijentalion dans la ténacité du sol, avec les ouvriers dont on dispose dansle sud-est de la France; mais l'augmentation devient moindre dans les terres gélisses, dont une couche plus ou moins Ibrte a été soulevée et ameublie par l'effet des gelées. Si le terrain était gazonué, il faudrait augmenter les frais de main-d'œuvre.
Dans la grande culture de la garance on a recours à une forte charrue pour les premiers travaux de défoncement ; ce changement a été amené forcément par la baisse des prix delà garance et par l'infériorilé des sols d'une ténacité plus grande que les bonnes terres à garance, et qui eussent été définitivement éloignées de la concurrence, si on avait continué à employer les moyens de la petite culture sur de vastes étendues de terre.
On fait les charrois cF engrais tout l'hiver : il est des terres oîi la quantité que r(in en met peut être, pour ainsi dire, illimitée, et produire une récolle de racine proportionnée; mais il faut reconnaître ici que ce n'est que sur les sols poreux, légers et frais qu'il convient de tenter ces doses surabondantes d'engrais. Ces essais, qui réussissent trèsbien sur de pareils sols, sont sujets à causer des pertes sur des t'-riains moins favorable-
72 CllLlURKS INDUSTRIELLES :
nieiii disposes, dans lesquels le rmnier se décompose avec plus de lenteur : la proportion dépend donc d'expériences faites sur les dilTérens sois, cependant Tenj^rais n'étani pas perdu pour le pro[)riétaii'e qui le retrouve chins la récolte subséquente, il peut agir plus libéraienient qu'un simple fermier, et disj)oser d'une masse de fumier au-delà de la quantité que Ton a coutume d'em- I)lover a cette culture, et qui est de 880 cpiintau\ ( 22 voilures de 40 quintaux ) par hectare.
Quand le fumier est étendu, on passe deux raies croisées de ïah\)ur pour l'enterrer légèrement; ensuite on herse pour égaliser le sol. On frrtc'É? alors, avec un siLlonneur h bras, les sillons où Ton doit semer la garance; ces sillons doivent avoir un mètre et 2/3 de largeur, avec un intervalle de 1,'3 de mètre entre deux sillons: ainsi on trace les lignes à 2 mètres de distance l'une de l'autre. Cette 0[)ération terminée, un homme creuse, le long du sillon, une raie plus profonde ai\ec une houe à bras ; il est suivi par une femme ou un enfant qui répand la semence dans la raie : on en emploie 170 livres par hectare. Les grains doivent être ^'j/^rtccV également, et au plus à 1 pouce et 1/2 l'un de l'autre dans tous les sens, et non pas placés en ligne. En revenant sur ses pas, après avoir achevé sa raie, l'homme en ouvre une autre à côté de celle-ci, dont la terre lui sert à recouvrir la graine mise dans la première; la semeuse le suit encore, et ensemence cette nouvelle raie, et ainsi de suite, jusqu'à la sixième, qui reste sans être semée, et qui fait l'intervalle du 1^' au 2'^ billon. Dans les terrains légers de palus, cette opération est faite le plus souvent avec une pelle de bois.
§ IV. — Plantation de la Garance.
Trois circonstances conduisent ci planter la garance au lieu de la semer : 1" la cherté de la graine; T le climat; 3' l'état du sol, qui rend la sortie des germes précaire. 1° La plantation de la garance se faisait assez généralement, il y a quelques années, quand le haut prix de la graine pouvait se compenser avec la valeur de la racine On emploie, pour planter un hectare, 30 à 40 quintaux de racine fraîche, bien nettoyée de terre, qui se paie un cinquième du prix de la racine sèche: c'est la proportion dont le poids de la garance diminue par le séchage; mais il faut compenser avec cette augmentation de frais la valeur d'une année de rt nte du terrain, puisque la garance plantée ne l'occupe que deux ans au lieu de trois. Ainsi, toutes les lois que le prix de 6 quintaux et 1/2 de racine sèche, plus l'intérêt de ce prix pendant deux ans, est inférieur à une année de rente, plus la valeur de la graine, plus l'intérêt de cette valeur pendant trois ans, plus l'intérêt des travaux de la première année pendant un an, il. peut convenir de planter la garance au lieu de la semer. Ainsi, dans les terres dont la rente est chère, il y a toujours un avantage à planter.
2° Le climat est un autre élément important à considérer dans le choix d'une des deux méthodes; partout où l'on a de fortes
DES PLANTES TINCTORIALES. iiv. u.
chances d'éprouver des gelées après l'épo- (|ue des semailles, on doit renoncer aux semis, car la garance jeune est une plante très-délicate, et l'on perdrait de la sorte une grande partie des plantes, et peut-être la totalité. La réussite d'un semis a aussi à craindre la sécheresse du printemps; et cette circonstance, qui se présente assez souvent chez nous,inllue alors sensiblement sur la beauté des cultures: les plantes sortent rares si elles manquent de pluie, et la récolte en éprouve un assez grand déficit. Ainsi, sous le rapport du clin)at, la méthode de plantation est aussi la plus sûre; mais on ne doit |)as s'exagérer cette difficulté, et, par exemple, si la graine n'est pas chère, il est facile de ressemer avec peu de frais une terre bien préparée et qui vient de souffrir de la gelée : il n'en est pas de même de la sécheresse, qui fait perdre souvent le moment favorable en se pi'olongeant.
3" Examinons maintenant ce qui tient à la nature du sol. Quand les terres calcaires peu abondantes en silice ont été bien ameublies, et qu'elles éprouvent une pluie suivie d'un temps sec, il se forme à leur surface une croûte que le germe des plantes n'a pas la force de percer, et qui exi^e qu'avec un râteau ou une herse légère, tirée à bras, on en brise Tadhérence. Cest un petit surcroît de travail qui, étant fait à temps, détruit l'inconvénient dont nous venons de parler; mais il faut le réitérer plusieurs fois dans certaines années où les petites pluies, suivies de vent ou d'un bon soleil, se reproduisent à plusieurs reprises avant la sortie des semences. Dans les terres très-légères, comme celles de palus, dont la ténacité n'est que de 1 à 2 kilogrammes, les grands vents emportent tpielquefois en forme de poussière une assez forteconchede la surfacedu sol, et, déchaussant ainsi les jeunes plantes, les exposent à périr: c'est encore une raison qui milite dans ces terrains en faveur de la plantation. Enfin, il est certain que la semence sort mal dans les terrains où l'on a réitéré souvent cette culture, et qu'il est des terrains que, pour cette raison, on est presque forcé de planter au lieu de les semer. Cependant le bon marché de la graine, permettant de semer bien épais dans les terrains que l'on connaît pour être rebelles à la sortie, diminue beaucoup cet inconvénient.
Il résulte de ce que nous venons de dire que la plantation de la garance est la méthode la plus sûre, qu'elle est la plusavantageuse dans un grand nombre de cas, et que c'est la forte avance à faire qui décide le plus souvent les cultivateurs dans la préférence presque générale qu'ils donnent aux semis.
La plantation de la garance se fait en novembre ou décembre, et quelquefois en février et mars, sur un terrain préparé en tout point comme si on allait le semer; on tire le plant des pépinières, où on l'a semé Irèsdru au printemps précédent, ou bien on l'achète, comme nous l'avons dit, à raison du cinquième du prix de la garance sèche, en portant une grande atlentioii au nettoiement de la racine, qui peut garder aisément un dixième de son poids en terre pour peu qu'on nsanque de vigilance. On trace des
ciiAP. 7*. DE LA GARANCE,
raies avec la houe à bras, comme nous l'avons dit pour les semis à la main, et on en garnit le fond de racines bien étalées que l'on recouvre de la terre de la raie suivante.
La culture de la garance en Alsace ne diffère de celle que je viens de décrire pour planter la garance, qu'en ce qu'on y donne aux billons 6 mètres de largeur, y compris le fossé, au lieu de 2 niètres qu'on leur donne chez nous. On plante au printemps; on ne couvre qu'une fois en plein, avec 3 pouces de terre, vers le milieu de novembre.
En Flandre, selon Duhamel, les planches ne sont que de 3 mètres. Les plantations se font de préférence en automne, à cause, sans doute, de la douceur des hivers du climat océanien, que l'on n'a pas en Alsace.
§ V. — Soins d'entretien de la Garance.
Dès que la garance est sortie de terre, tous les soins doivent être dirigés vers son sarclage, qui ne saurait être trop parfait et doit être répété après chaque pluie, dès que lesherbesauventices commencentàsedistinguer sur le sol. Les bienfaits de cette opération, accomplie d'une manière parfaite, se prolongent, au reste, bien au-delà de la récolte de la garance. Ce sarclage se fait à la main; les femmes et les enfans qui y sont destinés se mettent à genoux dans l'intervalle des billons, et épluchent exactement tous les filamens de mauvaises herbes. — Le sarclage est toujours suivi de Vopération de couvrir la garance d'une légère couche de terre prise dans l'intervalle, et destinée à raffermir la terre et remplacer celle que l'arrachement des herbes peut avoir déplacée.— Ce sarclage est répété plus ou moins la première année, selon la faculté du terrain a produire de l'herbe; mais on doit compter sur environ trois sarclages pendant le premier été : ils exigent 22 journées de femme par hectare pour chaque fois, dans les terrains qui produisent médiocrement d'herbes; mais cette quantité peut être beaucoup plus forte dans ceux cii la végétation est vigoureuse.
Au mois de novembre, on couvre tous les billons de 2 à 3 pouces de terre, et c'est dans cet état que la garance passe l'hiver. A l'époque où l'on couvie, la fane est flétrie par les premiers froids et ne tarderait pas à sécher : il ne s'agit pas ici de la défendre des gelées, auxquelles elle résiste très - bien, mais d'obliger la plante à former de nouvelles racines dans la terre dont elle est couverte, pour se montrer au jour. La première végétation du printemps est si vigoureuse, qu'elle perce cette couche avec rapidité, et que la nouvelle tige ne tarde pas à en sortir dès que les premières chaleurs du printemps se font sentir.
Nos ouvriers se chargent de couvrir les garances, à prix fait, moyennant 25 francs par hectare.
Pendant la seconde année, on continue à donner des soins au sarclage ; mais, s'il a été bien fait la première, les plantes de garance, s'étant emparées du sol, ne permettent guère aux herbes étrangères de se montrer. Oa couvre légèrement après chaque
sarclaiie; cependant bien des personnes ne couvrent plus la seconde année, prétendant, avec quelque raison, que l'arrachement des herbes ne peut plus déranger les racines de la garance, désormais bien établie en terre. Quand la tige est en fleur, on la coupe pour avoir du fourrage, ou bien on la laisse {.rener. Les avis sont partagés sur ces deux méthodes : bien des personnes pensent awa le fauchage oblige la plante à une nouvelle pousse qui doit épuiser la racine; mai*;, d'un autre côté, qui ne sait comment la fructification épuise les plan tes et les racines de tous leurs sucs! Je dois dire, d'ailleurs, quel'expérience ne m'a jamais montré de différence sensible entre les produits en racine, dans les cultures traitées selon l'une ou l'autre méthode; que d'ailleurs, dans les terrains qui ne sont pas naturellement frais, cette opération précède de peu de jours le temps où la tige se dessèche après la fructification, et où sa végétation s'arrête pendant la grande chaleur de l'été, et qu'ainsi la racine n'en est pas moins obligée à produire de nouvelles tiges aux premières pluies qui annoncent l'automne.
Hous le rapport du produit de ces deux méthodes, indépendamment de la quantité du produit en racine, il ne peut plus y avoir de comparaison depuis que le prix de la graine est si modique. La culture faite seulement d'abord sur les terres palus, où la fleur coule aisément, ne produisait qu'à peine la quantité de semence nécessaire; mais transportée aujourd'hui, par la culture des métayers, sur des terres fortes, où la graine mûrit bien, elle en pi-oduit une quantité qui surpasse de beaucoup la demande. Sur un terrain pareil, un hectare de garance produit, en moyenne, 300 kilog. de graine, c'est-à-dire de quoi ensemencer quatre fois et demie un pareil espace. Portée en 1816 jusqu'à 3 francs la livre, elle n'a pu s'élever, depuis quelques années, qu'à 25 centimes.
Pour récolter la gi-aine, on attend qu'elle soit d'un violet foncé; on fauche alors la tige rez-sol, on la transporte sur l'aire, où elle se sèche ; on en sépare alors la semence en la remuant avec une fourche, ou tout au plus par le moyen d'un léger battage au fléau.
Quant au fourrage^ il est d'une excellente qualité, presque aussi estimé que la luzerne; on sait qu'il a la propriété de teindre en rouge les os des animaux qui en mangent, circonstance que l'on trouve souvent dans le pays à garance. Son produit est un assez bon critère pour juger du produit futur des racines, que les cultivateurs expérimentés estiment être égal au poids du fourrage de la première année, et double de celui de la seconde.
§ VI. — Récolte et conservation de la Garance.
La troisième année n'exige d'autre travail que le fauchage de la tige^ et enfin, au mois d'août ou de septembre, aussitôt après que les pluies ont assez pénétré le sol pour ie rendre facile à creuser, on se livre à V arrachement.S\ l'on peut faire arriver l'eau dans les fossés qui séparent les billons, on a l'a-
vanlage de pouvoir devancer de quelques jours la masse des arracheurs, de trouver ainsi des ouvriers et des acheteurs avec plus de lacililé.
Oans les terres palus, oii la ténacité de la terre est presque nulle, on [teux. pratiquer cette opération à l'époque que l'on veut : autre avantage de ces excellentes terres à ^.irauce. Il est important que cette opéra- Woi' précède le temps où l'on peut craindre des^gelées, qui nuiraient beaucoup à la qualité delà racine pendant le séchage. Dans aucun cas, on ne doit taire l'extraction au printemps quand la racine est entrée en sève, car alors elle se dessèche prodigieusement, et sa couleur n'est pas de bonne qualité; pratiquée assez souvent à cette époque, quand une pièce de garance a mal réussi ou qu'on destine le terrain à une autre culture, ou i|uand la terre a été trop dure, ou qu'on a élé trop occupé l'été précédent, elle ne fournit jamais qu une mauvaise marchandise.
Poui" exécuter l'urnic/iage, les hommes sont disposés sur chaque billon ; on en place même deux si la terre est tenace et exige un grand effort; avec leur bêche, ils renversent la terre devant eux, et creusent aussi profondément qu'ils |)euvent apercevoir dans le sol des fiianiens de racine. Il est important pour le propriétaire que cette opération soit Lien faite : dans les terres meubles, où la garance s'approfondit beaucoup, on a vu perdre jusqu'au tiers de la récolte, que des cultivateuis industrieux venaient ensuite extraire à moilié profit; njais, d'un autre coté, dans les terrains compactes, elle s'enfonce raienientà plus d'un pied, et tout le temps employé pour rechercher de trop petits filamens causerait de la perte au propriétaire, surtout dans les années où la racine esta bas prix. Après une heure de travail, tout homme expérimenté a bieiitôt jugé de la profondeur où diot se borner le travail. Cet ouvrage est long et coûteux, sa dul'ée varie dans le même terrain selon l'état actuel du sol; mais quand on attend une pluie suffisante pour le bien pénétrer, ou (|u"on l'a ramolli par l'irrigation, on rentre clans des données plus précises. J'ai cherché à recueillir, à cet égard, des notes sur les différentes espèces de terrains; il en résulte que dans les terrains de palus, on emploie 1,320 heures de travail par hectare, et qu'il augmente de 123 heures |)ar kilogramme de plus dans la ténacité de la terre.
Devant chaque ouvrier se tiouve placé un linceul dans lequel il jette la garance à mesure qu'il la recueille; à chaque repos, ces linceuls sont portés sur l'aire, où l'on étale la récolte pour la faire sécher: on la remue à la fou relie pour en séparer la terre et la poussière qui pourraient y être restées attachées; on ia transporte ensuite dans un local sec, car Ihumidilé lui ferait contracter de la moisissure et la détériorerait entièrement.
Dans la grande culture les travaux d'arrachage ie font aussi à la charrue, à laquelle on met d'abord pour 1*' couple de l'attelage une paire de bœufs, en attelant devant ceuxci des mules ou des chevaux en nombre proportionné à la ténacité du sol ; avec ces moyens on fait un demi hectare par jour en
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creusant à 17 pouces (45 cent.) de profondeur. On peut aussi exécuter le même travail en passant une seconde fois dans la raie ; deux charrues, se succédant dans la même raie, ne pourraient pas servir à cet usage, parce que l'on morcellerait et l'on enterrerait la racine. Pour exécuter ces travaux, 20 hommes et 20 femmes au moins sont nécessaires pour chaque charrue; la largeur du champ est divisée en 20 distances égales, lin homme et une ou deux femmes sont attachés à chacune de ces divisions; les honin;es, armés d'un râteau de fer, étendent la terre qui vient d'être retournée par la charrue le long de leur division; les femmes ramassent la racine dans des paniers et la déponent ensuite dans des linceuls placés à distances égales.
Dans les pays du nord, comme en Alsace et en Flandre, et c'est la principale différence avec les méthodes du dép. de Vaucluse, ouest dans ia nécessité de faire sécher les racines à Cétuve au lieu de le faire sur les aires à dépiquer le blé; c'est un accroissement de dépense assez important.
Après la dessiccation, il ne s'agit plus que d'ernballer sa récolte. Il convient presque toujours au propriétaire de se charger de cette opération, parce que la récolte non emballée est soumise par l'acheteur à un triage toujours préjudiciable. 4 mètres et 12 de toile pesant 10 livres, servent à emballer 3 quintaux de garance, et coûtent 4 fr. 30 c. : ce qui donne 1 fr. 43 c. de toile par quintal de garance; plus, lô c. pour l'emballeur; totale 1 fr. 58 c. Il y aurait donc de la perte toutes les fois que 3 livres et 1,3 de garance ne vaudraient pas 1 fr. 58 c.,c'est-à-diie environ 48 fr. le quintal; mais la première considération, réunie à celle du moindre espace qu'occupe une récolte, à l'arrangement qu'on peut lui donner, à la facilité de la changer de place, doit faire préféier au propriétaire d'emballer lui-même en attendant la vente, à moins qu'elle n'ait lieu tout de siiite après la récolte.
§ VII» — Calcul des frais et produits.
Le calcul que nous allons donner de la dépense pour un hectare de terre en garance, cultivée à bras dans une terre palus du département de Vaucluse, mettra à même de calculer approximativement pour d'autres localités, le prix de revient de cette denrée.
Première année.
Défoncer le terrain, 44 journées d'hiver à 1 fr. 50 cent., ci. . . . 66
22 charretées de fumier, à 20 fr.
( prix moyen ) 440 »
Charroi du fumier (variable selon l'éloignement), à 6 fr. la charretée 132 »
Deux raies de labour pour enterrer le fumier et hersage pour égaliser la terre 24 »
Graine, 170 livres, à 25 cent. . 42 50
CHXV. T.
D'autre part. . , . .
Huit journées d'homnie et de femme pour semer
Sarcler trois fois. 66 journées de femme en été, à 1 fr
Couvrir trois fois
Couvrir en plein ( prix fait). .
Rente de la terre, au prix du pays pour faire de la garance, location plus hante que pour d'antres emplois
DE LA GARAISCE.
Intérêt à dix pour cent. . .
Total de la 1'* année.
Deuxième année.
Sarcler en plein, 22journées.
Couvrir une fois
Couvrir en plein. ......
Rente de la terre
Intérêt
Intérêt du capital avancé t"" année
la
Intérêtdu capital de la 1"^ année
pour 6 mois 50
Intérêt du capital de la 2" année
pour 6 mois 11
Le capital de la 3' année n'est
déboursé que presque au moment
de la récolte et de la vente. ... »
Récapitulation.
1'^ année.
2" année. .
3' année. .
Produits.
r Fourrage de la 1"^ année. 77
quintaux, à 2 fr '. , 154
Intérêt de deux ans 30
2° Fourrage de la 2*= année. . . 77
Inléiêl d'un an 7
3' 77 quintaux de racines, à 30 fr. 2,310
Total de la 2^ année. . 347 74 Troisième année.
Arracher, 165 journées, à 2 fr. .
Sécher et emballer, 1 fr. 58 cent.
parquinlal, et 77 quintaux. . . .
Rente de la terre pour un an. .
Total. 2,144 26
Ce qui fait ressortir un hénéfic
1) après ce compte, /a crarance resient à 24 fr. 34 cent. 3 4.
Dans des terrains plus compactes, une première récohe de garance se fait fort bien sans l emploi du fumier, et alors le prix de la racine revient aussi à 24 fr. environ.
Dans la grande culture, où le défoncement et I arrachage ont lieu à la charrue et en ne ponant pas de frais d'engrais, la dépense
pour les trois années peut être évaluée à 871 fr. 9 cent ; le produit, en ne portant la graine et la tige que pour mémoire, étant évalué à 33 quintaux de racine, ils reviennent à 26 fr. 40.
Dans ce compte, si l'on avait des terres qui élevassent le produit à 55 quintaux, en supposant que les frais restassent les mêmes, la garance ne s'élèverait pas à plus de 15 fr. pour une première récolte ; pour les récoltes suivantes, qui exigeraient l'emploi du fumier, les frais seraient considérablement augmentés.
Dans la culture des métayers, si la récolte est de 55 quintaux, ils coûteront en totalité 1,159 W. 12 c. ; le quintal reviendra donc à nos cultivateurs à 21 fr. 7 c. 1/2, et encoie nous ne faisons pas entrer en déduction le fourrage ou la graine. On conçoit tout ce que l'extension d'un pareil système doit appor ter de changement dans les prix de la gurance, el par là dans toute la situation agricole du pays, et aussi dans le prix des journés payées en argent. C'est l'introduction dans la concurrence ju travail d'une classe nombreuse, qui auparavant perdait une [lartie de son temps dans l'oisiveté, et qui vient prendre sa part au dividende général de l'agriculture, fait dont les conséquences peuvent être immenses-
§ VIII — Assolemens dans lesquels il convient d'intercaler la garance.
Une récolte peut détériorer un sol de trois manières, ou en le durcissant, ou en le salissant, ou en l'épuisant. La garance, loin de durcir le sol, \\\\ procure un ameublissement très-profond par l'opération de l'arrachage: ainsi, sous ce rapport, elle est favorable au sol; et, dans toutes les estimations de culture que nous avons faites, ou doit, en toute justice, si l'on sait profiter, pour une récolte consécutive, de cet excellent travail du sol , déduire du compte des frais d'arrachage une somme égale à la valeur dont il peut être, et qui équivaut à la préparation du sol de la première année de culture.
Si la garance a été soignée, il ne faut pas douter aussi que la terre ne se trouve, après sa récolte, dans un grand état de netteté. Cependant, je dois observer que dans les garances de métayers el dans celles de la grande culture, où l'on néglige souvent les sarclages de la seconde année, la terre se trouve salie par cette culture; et, quoique ces plantes paraissent peu la troisième année, où eUes sont dominées par la vigueur de la garance, leurs semences, dispersées dès la seconde année, remplissent le soi, el ne lardent pas à se remontrer.
Quant à l'épuisement du sol , il esl indubitable pour toute personne qui a suivi celte culture. Je dois dire, cependant, que des doutes sur son étendue m'ont été manifestés par des cultivateurs éclairés des pays du Nord. Nous différons aussi avec eux sur l'épuisement causé par les pommes-de-terre, les betteraves, les carottes, et en général toute,s les racines : il est considérable chez nous, et ils le regardent comme presque nul. Celle divergence ticndrait-eilc à ce (^uc ces
7(3 CULTURES INUUSTiUELLF.S
ciilhu'cs, qui végèleiit mu? pailio de relé, lireut plus du sol cl imiius de ralmosphère dans nos régions du Midi, dans une saison aussi chaude et aussi sèclie? Jt; penche d autant phis pour celte explication, que nous sommes d'accord sur l'intensité de l'épuisement cause par les céréales, dont la végétalion a lieu dans des saisons plus constamnioiit humides.
Quand on cultive un sol profond et riche dans toute sa profondeur, que la couchearahle eu a été épuisée par.une longue série de cultures superhcielles, la cullure de la garance, ramenant à la surface, par un travail profond, les principes féconds qui n'ont pu être alteuits par les labours ordinaires, semble communiquer à ce terrain une fécondité nouvelle, et l'améliorer au lieu de le détériorer. Ainsi, sur un sol d'alluvion du Rhône, nous avons vu de superbes récolles de céréales succéder à la culture de la garance, tandis qu'elles étaient devenues chétives par une rotation vicieuse avant le défoncement du sol.
D'autres fois, il arrive que la couche arable soumise h la charrue manque de profondeur, que l'humidilé stagne Ihiver au pied des racines des céréales : la cullure de la garance change Tétat des choses, et produit sur ces sols une amélioration qui fait plus {[ue compenser l'épuisement qu elle cause.
Il arrive aussi très-souvent que la couche arable imprégnée d'humus n'ext pas trèsprojo/ule^ et "qu'au -dessous d'e'rle se trouvent des argiles ou des graviers maigres; dans ce cas, la garance détériore réellement le scd, et ce n'est que par des engrais réitérés qu'on lui rend sa fécondité pi'emière. On sent, d'après cela, que tout propriétaire qui loue ses terres pour la garance doit bien examiner leur constitution; si elles sont maigres au fond comme à la surface, la garance achèvera de les détériorer, en leur enlevant le peu de substance organique qu'elles possèdent. Si le sol est fertile dans sa couche supérieure et maigre dans l'inférieure, il faut se garder absolument de cette cullure; mais, daas le cas où le sol est vraiment fécond dans sa couche inférieure, tout se réunit pour recommander cette opération : augmentation de fermage pour les années de la garaace, augmentation de valeur du sol pour les années qui suivront.
Le temps que l'on doit laisser la garance en terre dépend de plusieurs élémens : le prix de la rente, l'augmentation du poids de la racine, et l'assurance qu'elle n'éprouvera pas de mortalité par un plus long séjour. Quand la rente de la terre n'est pas forte, et que la terre est fertile, on peut, avec avantage, prolonger la durée de celte cullure ; c'est ainsi que dans la Livadie la racine reste cinq à six ans en terre. Dans les terrains légers', où la racine s'empare avec facilité des sucs de la terre, on regarde le terme de trois ans comme le plus avantageux; il peut n'eu être pas de même dans les terrains compactes, où la garance laisse une plus grande quantité d'engrais non consommés; l'opinion des cullivaleurs est que, sur ces sols, la quatrième année augmente la récolle d'environ 3 à 4 quintaux par hectare : la cin-
DES PLAJ^TES TINCTORL^LES.
quième annt-c produirait, sans doute, une aug uenlatiou moins forte. C'est une expérience à faire, mais qui dépend encore tellement des saisons et des sols, qui devrait ètr»; variée di- lant de manières, qu'elle pourrait bien n'être pas aussi conchiante que difficile.
Une cause qui tend à abréger la durée de la garance sur beaucoup de terrains, c'est un Rhizoctone non décrit [Rhizoctonia rubiœ), espèce de Champignon, qui attaque cette racine et l'enveloppe d'un épais réseau couleur de lie de vin; ce rhizoctone a des rapports avec- celui de la luzerne, dont il diffère d'ailleurs spécifiquement. Quand la garance est gagnée par le rhizoctone, elle jaunit et meurt, et la plante parasite, se communiquant d'une racine à sa voisine, finit par dévaster de grands espaces. Les terrains où les luzernes sont sujettes à cette cause de destruction la présentent aussi pour la garance, quelquefois dès la seconde année, mais surtout si on en prolonge la durée. Je ne crois pas que l'on ait encore bien caractérisé la disposition du sol qui occasione celle espèce de maladie des racines : ce n'est pas toujours sur des sols humides qu'on l'observe. C'est encore un sujet d'observation qui s'offre à l'agriculteur intelligent.
Dans les terres qui ont porté plusieurs récoltes de garance, les céréales qui suivent cette culture sont très-pauvres, à moins qu'on ne leur applique une fumure considérable. Après une première récolle, leur réussile dépend de la valeur de la couche inférieure que l'on a ramenée au-dessus ; mais, en général, elle est moins belle que celle que l'on retirerait après un repos d'un an; quant aux fourrages artificiels, ils réussissent fort bien après la garance; j'ai vu des sainfoins donner deux bonnes couoes dès la première année de leur semis, el dans une année sèche où les autres sainfoins étaient sans produit. Des luzernes en donnent plusieurs très-belles; mais on a besoin de semer épais à cause de la perte de la semence, et de rouler le terrain comme pour les céréales. Le défoncement du sol produit donc un effet tellement marqué sur ce genre de récolte, qu'on ne doit pas hésiter à la préférer, toutes les fois que cela se rattache aux autres convenances agricoles : bien entendu que, si c'est de la luzerne que l'on sème, il faut lui consacrer les mêmes engrais qu'on lui destine ordinairement. Sur les sols médiocres ou mauvais,on profite aussi de ce défoncement pour planter des vignes, des arbres, etc., et les frais du premier établissement se trouvent ainsi réduits à rien. Il est facile d'imaginer que les racines se trouvent très -bien de cette préparation, et qu'avec des engrais suffisans, elles ne peuvent donner que de belles récoltes.
§ IX. — Coiiiiucice de îa garance.
Après avoir produit il faut pouvoir v2ndro, et pour bien vendre il faut des concurreus. Le bas prix ({ue l'on offre d'une denrée nouvelle dans un pays, dépend de ce que les negocians qui l'achètent tâtonnent eux-mêmes, et ne veulent sortir du cercle de leurs spé-