‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 74 sur 325 · CHA.PITRE XL · texte numérisé non relu

CHA.PITRE XL

Du MURIEn ET DE SA CULTURE SPÉCIALE.

§ \" — Espèces et variétés de mûriers.

Le Mûrier [Moi-us, L. ; en anglais, Mulberrjtree ; en italien, Moro ; en allemand, Maidheer) forme nn genre de la famille des Urtirées, qui comprend des arbres de moyenne grandeur, dont les fleurs sont monoïques ou dioïques, disposées en chatons serrés, ovales ou alongés, et dont les femelles se transforment en des espèces de baies succulentes, agglomérées plusieurs ensemble et contenant chacune nne seule graine. Plusieurs espèces de ce genre sont précieuses et d'un grand intérêt pour l'agriculture à cause de la propriété que leurs feuilles ont de servira la nourriture des vers-à-soie, et de ne pouvoir être remplacées par aucune autre substance végétale, ou de ne l'être au moins que trèsimparfaitement et toujours avec une perte très-considérable dans la production de la soie. Nous allons d'abord énumérer les différentes espèces et les principales variétés du mûrier; ensuite nous reviendrons aux détails que mérite le mûrier blanc.

Le Mûrier blanc {Moru<> alba. Lin. ; en anglais, IVhile Mulberry-tree; en italien, Moro bianco; en allemand, IFeisse Maulbeere) {fig. 61 ) est un arbre qui peut s'élever à 25

Fi-. 61.

ou 40 pieds, et même jusqu'à 50 dans le midi, sur un tronc de 4 à 8 pieds de circonférence. Ses feuilles sont alternes, péliolées, luisantes en dessus, glabres des deux côtés, ovales, un jjeu écliancrées en cœur à leur base, dentées eu leurs bords, entières dans la plupart des variétés cultivées, souvent diversement divisées en lobes dans les individus sauvages. Cet arbre, originaire de la Chine, de la Perse et de quelques autres contrées de l'Asie, est aujourd'hui naturalisé dans W midi de l'Europe, et même il supporte assez bien les rigueurs de l'hiver de plusieurs des pa}s tempérés de cette partie du monde.

Une longue culture et des semis multipliés

ont fait produire au mûrier blanc plusieurs variétés qu'on distingue en général par la largeur ou la longueur des feuilles, par leur consistance, leur surface plus ou moins luisante, etc. Voici la nomenclature des variétés que M. AuDiBERT, habile hotticulteur de Tonelle, près Tarascou (Bouchesdu Rhône ), cultive dans ses \ié[)\n\^ve?> : Mûrier feuillerose, à feuilles luisantes, comme vernissées, rarement lobées, portées sur des pétioles roses; M. romain, à feuilles grandes, ovales, luisantes; /)/. grosse-reine, oii à lrès-grand(«s feuilles, nn peu plissées, à pétiole cnurt comparativement à leur grandeur; M. langue de bœuf, à feuilles presque deux fois aussi longues que larges; M. nain, à feuilles et bourgeons très rapprochés; M. ci feuilles non luisantes ; M. à feuilles grandes et coriaces ; M. à feuilles lobées ; M. lacinié ; une autre variété est le M. veineux [Morus albavenosa), que M. Delille, professeur de botanique à Montpellier, a f.iil connaître; enfin la variété la plus remarquable qui, à ce qu'on assure, se multiplie bien parle semis, c'est le il/. />/oretti qui a été trouvé, il y a environ 18 ans, par M. Mor.ETTi, professeur d'économie agiicole à Pavie; cette variété a beaucoup de rapports avec le mûrier à grandes feuilles de M. AuDiBERT ; mais les siennes sont plus rapprochées, plus nombreuses sur les rameaux, et d'ailleurs au moins aussi grandes.

La difficulté étant fort grande pour bien caractériser toutes les variétés du mûrier blanc et pour les comparer à celles qui sont cultivées dans d'autres cantons, nous allons seulement énumérer celles qu'on trouve dans les Cévennes. Ces dernières sont, d'après les noms qu'on leur donne dans le pays, la colonibassetle, la rose, la colomhasse verte, la rabalayre ou traîneuse, la pomaoû ou la poinoine, la nieyne, Vaniella ou Vaniande, la J o arcade ow \\jourclie, la dure, X admirable. De ces dix variétés, la colombassc verte et la colombassette sont celles qui sont regardées par les Cévennais comme étant les meilleures pour la santé des vers-à-soie.

Mûrier cV Italie [Morus ilalica, Poir.; angl., italian Mulberry ; ital., Moro italiano). Celte espèce a le port et les feuilles du mûrier sauvageon, et elle n'en diffère que parce que son bois est teint sous l'écorce d'une couleur rose claire. Les versà-soie mangent ses feuilles comme celles du mûrier ordinaire.

Mûrier de Constanlinople {Morus constantinopolitana, Poir.; angl., Constantinople MulberrjYfig. 62). Cet arbre ne s'élève qu'à 12 ou 15 pieds; son tronc est noueux, divisé en branches qui ne poussent que des rameaux gros et courts, sur lesquels les bourgeons tt les feuilles sont liès-pressés ; ces dernières sont cordiformes, entières, très-luisantes, et elles naissent si rapprochées les unes desautres qu'elles paraissent comme si elles étaient disposées en touffes. Ces feuilles sont très-bonnes pour la nourriture des vers-à-soie ; car dans deux expériences que j'ai faites avec elles comj aralivement à celles du mûrier

1 22 CULTURES INDUSTRIPXLES : DU blniic, elles m'ont conslanimeiit donné de cocons plus gros et plus pesans. Ce qjii empêche qu'on ne les emploie, c'est que l'arbre ne produit pas beaucoup.

Fis- G2.

Mûrier noir {.Monts tiigra , Lin.; angl., common Midberry ; ital., Moro jicro ; al!., caehte Maulbeere) {Jig. 63). — Cet arbre s'ë- Fig. G3.

lève à 20 pieds et plus, en formant ordinairement une tête arrondie ; ses feuilles sont cordiformes, aiguës, dentées, rudes au toucher en dessus et pubescentes en dessous: ses fruits, plus gros que dans les autres espèces, sodI ovales-oblongs, d'un pourpre noirâtre, d'une saveur douce et agréable. On les mange frais, et on en prépare, dans les pharmacies, un sirop priticipalemenl employé dans les maux (le gorge. On pourrait en faire une sorte devin, en retirer de Teau-de-vie par la distillation, ou en faire du vinaigre en les faisant passer à la fermenlaliou acéleuse. Les vers-àsoie mangent fort bien les feuilles du mûrier noir, mais il m'a paru, d'après quelques expériences que j'ai faites à ce sujet, que les cocons qui en furent le produit élaient moins gros et moins pesans que ceux faits par des vers qui avaient été nourris de mûrier blanc.

MURIER ET DE SA CULTURE. liv. n

Généralement on n'emploie les feuilles de mûrier noir qu'au défaut de l'autre espèce ; l'arbre est d'ailleurs d'un rapport bien moins considérable : il n'y a plus que dans quelques parties de l'Espagne et dans quelnues cantons de la Calahrc, de la Sicile et (le la Grèce, qu'on nourrit encore les versà-soie avt-c les feuilles de celte espèce.

Mûrier rouge {Mortts riihra. Lin ; angl., red Mulbvrry; ital., Moro rosso ; ail., rothe Maulbeere). Cette espèce est un grand arbre (|ui, dans l'Amérique seplenirionale , son pays natal, s'élève à 60 pieds et plus. Ses feuilles sont grandes, ovales, un peu en cœur à leur base, tiès-aiguësel souvent entières en leui's bords, glabres en dessus, légèrement pubescentes en dessous. Duhamel avait dit qu'on pouvait nourrir les vers à-soie avec les feuilles de cet arbre; mais, quoique ces petits animaux les mangent fort bien, elles sont très-contraires à leur santé ; ceux qui en vivent exclusivement meurent en grand nombre, et ceux qui survivent ne font que de trèsfaibles cocons, impropres à produire de bonne soie. Comme ce mûrier donne d'ailleurs un bois bon pour la charpente et la menuiserie, on pourrait le planter comme arbre forestier.

Mûrier muUicaule ou des Philippines {Morus muUicaidis, Perrolet; Morus cucullata, Bonafous) (^g-. 64). Cette espèce, au lieu de

Fig. 04.

former un seul tronc, comme Te mûrier blanc, se divise le plus souvent dès sa base en plusieurs tiges peu cylindriques en général; mais plutôt un peu léiragones, à angles trèsobtus; ses feuilles offrent aussi de grandes différences ; elles sont en cœui" à la base, le plus souvent huilées ou boursouflées, bordées de grandes crénelures ovales et mucronées. Ses fruits sont oblongs pendans, noirs, succulens et bons à manger. Ce mûrier a été introduit en France, en 1821, par M. Perrotet, botaniste-cultivateur et voyageur de la marine, qui l'a apporté de Manille, où un Chinois l'avait importé depuis peu de Canton. Nous consacrerons un article spécial à la culture de celte espèce à cause de son ims portance.

Mûrier intermédiaire {Morus intermedia^ Perrotet). Cette espècp se distingue de la pré-

DU MURIER

cédente parceqiiesesfeiiillesse prolongent en longue pointe au sommet; parce qu'elles sont dentées en scie, les unes entières, les autres partagées en 2, 3 à 5 lobes, et enfin parce que ses fruits sont ovales, rouges, peu succulens et non bons à manger. Ce mûrier n'a encore été que peu employé en France à la nourriture des versà-soie ; mais on s'en sert à la Chine et aux Philip|)ines. C'est de ce dernier pays que M. Perrolet l'a rapporté en 1821, avec le précédent.

Le Mûrier à papier forme aujourd'hui le genre Broiissonetia. Ses feuilles sont toutài'ail impropres à la nourriture des vers-à-soie; sur 100 de ces insectes auxquels j'en avais donné à manger, 92 sont morts, et les 8 autres n'ont survécu que parce que je lésai remis au mûrier blanc.

§ H. — Multiplication des mûriers.

Le mûrier peut se multiplier de graines, de boutures et de marcottes; la greffe n'est point véritablement un moyen de multiplication; elle ne peut servir qu'à conserveries variétés acquises par la culture et qùil est avantageux de propager. Comme on a reconnu depuis assez long-temps que les marcottes et les boutures ne donnaient pas des sujets aussi vigoureux que ceux pro'S'enus de semis, on n'emploie presque plus aujourd'hui dans les pépinières ces deuxmoyens démultiplication dont le premier surtout était au contraire fréquemment en usage dans les premiers temps où le mûrier fut cultivé dans le midi de l'Europe. C'est seulement par la voie des semis qu'on se procure maintenant des mûriers.

La graine qu'on destine à faire des semis de cette espèce d'arbre doit être prise sur des individus sains, vigoureux, qui aient déjà atteint un certain degré de croissance, comme l'âge de 30 à 40 ans. On doit encore donner la préférence à ceux qui ont les feuilles les plus larges, en s'abstenant d'en dégarnir les arbres dont on se propose de récoller les fruits, et il ne faut cueillir ceux-ci que lorsqu'ils sont parfaitement mûrs. La meilleure manière de faire à cet égard est d'attendre que la maturité en soit assez ava.ncée, pour qu'en secouant légèrement les branches des arbres, les mûres s'en détachent facilement. On peut encore se contenter de ramasser ces fruits à terre, au fur et à mesure qu'ils tombent nattn-ellement et qu'il s'en trouve une suffisante quantité sous les srbres.

Lorsqu'on ne doit pas semer tout de suite :es graines de mûrier, il paraîtrait naturel de les conserver en-vc\o\i\)ée'i de leur pulpe, en les stratifiant dans du sable: cependant celles qui sont ainsi conservées subissent un certain degré de fermentation, et elles ne lèvent pas aussi bien que celles qu'on en a préalablement séparées en écrasant doucement les fruits entre les doigts, dans un vase contenant une petite quantité d'eau, à laquelle on en ajoute en plus grande abondance lors- (ju'ils sont suffisamment délayés; on agite le tout, le suc et la pulpe restent quelque temps suspendus dans le liquide, tandis que les graines se précipitent promptement au fond du vase; on décante alors le liquide, et

on lave de nouveau les graines dans une seconde ou mèmeune troisième eau, jusqu'à ce que les graines soient bien nettes et que l'eau décantée coule claire ou à peu près. La graine, recueillie par ce moyen, est ensuite mise à égoutter sur des assiettes qu'on incline pour faciliter l'écoulement de l'eau, puis on iétend sur du papiei'ou mieux sur du linge, à l'air et à roml)re, afin qu'elle achève de sécher, et lorsqu'elle l'est tout-à-fHit, or» la serre, si on ne la sème pas tout de suite, dans des sacs ou dans des boites et dans un lieu sec, jusqu'au moment de l'employer.

Dans le Midi, on peut suivie l'ordre de la nature, c'est-à-dire semer la graine de mûrier aussitôt qu'elle a été récollée et convenablement préparée, et c'est alors vers le fin de juin qu'on doit faire le semis. Il reste encore assez de beau temps pour que le plant qui en proviendra ail acquis la force nécessaire pour résister à l'hiver qui suivra, et, par ce moyen, on gngne une année. Dans les parties du centre et du nord delà France, au contraire, où il ne serait pas possible de semer avant la mi-juillet, ou même à la fin de ce mois, le semis n'aurait pas acquis assez de force pour braver le froid de la mauvaise saison, froid qui, d'ailleurs, est prestjue toujours plus rigoureux que dans le Midi. Il ne faut donc, dans les départemens du milieu et du nord de la France, semer la graine de mûrier qu'au mois d'avril et même au commencement de mai, lorsqu'il n'y a plus de gelées à craindre. Comme cette graine est très-petite, on la mêle, pour la semer, avec une certaine quantité de terre ou de sable, et on la répand à la volée. Il ne faut pas semer trop dru, et, en général, on doit faire en sorte que la graine soit bien es[)acée; il y a cependant moins d'inconvénient à semer un peu serré que trop clair, parce qu'il est toujours facile d'éclaircir le plant lorsqu'ayant bien levé il se trouve trop pressé. Il suffit d'une once pour garnir une platebande de 8 pieds de longueur sur 4 de largeur.

Le terrain propre à faire un semis de mûrier doit être plutôt léger que fort, ni sec, ni humide, défoncé au moins à 2 pieds de profondeur, et la terre doit en être rentiue aussi meuble que possible, afin qu'elle soit plus facile à pénétrer par les jeunes racines du plant. Un bon moyen pour en accélérer la végétation, c'est d'en amender le sol avec une certaine quantité de vieux terreau de couche.

La graine de mûrier ne doit pas être trèsen/errée ; il suffit qu'elle soit recouverte avec; 6 h 8 lignes ou au plus 1 pouce de terre, ou encore mieux avec la même quantité de terreau.

On sème ordinairement le mi\v\er en planches aussi longues qu'on le veut, mais auxquelles il convient de ne pas donner plus de 4 pieds de largeur, afin qu'il soit facile d'atteindre de chaque côté au milieu d'elles, lorsqu'il sera nécessaire de les sarcUr.

Quelques auteurs ont recomnia-ndé le semis en raies espacées à 6 ou 8 poucs l'une de l'autre, mais ce mode a l'inconvénient d'employer plus de terrain, et encore de faire que le jeune semis est plus pressé dans ces

121 CULTURES INDUSTRIELLES : DU MURIER ET DE SA CULTURE, liv. ii

la volée.

raies que lorsqu'il a été l'ail a

Selon que la saison est plus ou moins favorable à la vc'.'étalioo, la graine de mûrier met 15 à 10 jours à let'cr. Peu après qu'elle est hoi's (le terre, el dès que le semis a poussé 3 à 4 feuilles qui le font reconnaître, il faut le (léharrasacr par le sarclage des mauvaises /icrhes qui s'y trouvent mêlées, ot on éclaircit le plant en larracliant dans les parties où il est trop épais. Uti peu plus tard, environ 5 à 6 semaines après avoir sarclé, on donne un hinas;e(\y\\ doitètre fait avec beaucoupde précaution à cause de la petitesse du plant. Un seul suffit si on a fait le semis à la fin de juin ou au commencement de juillet; mais il en faut toujours deux et même trois lorsqu'on a semé au printemps. Si la saison est sèche après qu'on a fait le semis ou lorsqu'il est levé, il e^t nécessaire de pratiquer un ou plusieurs arrosemens selon le besoin ; sans cela, on en compromettrait la réussite.

On donne le nom de pourrette au jeune plant provenu de la graine de mûrier. A la fin de l'automne de la première année ou pendant l'hiver qui suit, on arrache toute cette pourrelte qui a acquis assez de force , c'est-à-dire toute celle qui a environ 1 pied de haut ou un peu plus, et on la plante en pépinière dans nn terrain convenablement préparé et dans des rayons tracés à 2 pieds les uns des autres, en plaçant chaque pourrette à la même distance, et de manière que la plantation se trouve disposée en quinconce. On doit éviter en arrachant la pourrette de la tirer hors de terre en employant seulement la force de la main, ce qui brise et endommage toujours plus ou moins ses racines, et nuit à la reprise du jeune plant; mais il faut se servir de la fourche ou de la bêche pour soulever la terre ; par ce moyen toutes les racines et même leurs plus petits chevelus se trouvent pai-raiiement intacts. Toute la pourrette trop faible pour être transplantée est laissée dans les plaies-bandes où elle a été semée; à la fin de l'hiver, on la coupe rez-terre afin de lui faire produire un plus beau jel dans le courant de la belle saison suivante. Il est préférable d'employer le sécateur pour faire ce recépage; il n'ébranle pas, comme le fait la serpette, les racines encore faibles, et il offre l'avantage de pratiquer l'opération beaucoup plus promntement.

Lorsque la pourrette commence à pousser, soit celle qui a été transplantée en pépinière, soit celle qui a été laissée en place, il faut avoir soin de retrancher les jeunes rameaux qui croissent latéralement, avant qu'ils aient pris beaucoup de consistance, et il sera bon que cette opération précède toujours ciiaque binage. Quant à la pourrelte qui aura été recepée, on ne lui laisse qu'un boui-geon, et pour que celui-ci forme un beau jet, on a également soin de retrancher de bonne heure toutes les pousses latérales; on ne souffre pas surtout qu'il en croisse dans le bas, afin qu'il se forme des tiges bien droites el bien unies, sur lesquelles la greffe est bien plus facile à pratiquer.

Quoique le mûrier blanc ne soit pas cultivé pour le fruit qu'il rapporte, on est cependant presque généralement dans l'usage de le trai-

ter comme on fait pour les arbres fruitiers; tous les jeunes plants que le semis a donnés sont regardés comme sauvageons et soumis à la grcjfe, par le moyen d(î laquelle on leur fait porter des feuilles plus grandes et plus épaisses, dans lesquelles, à quantité égale, le ver-à-soie, qui doit en faire sa nourriture, trouve une bien pins grande proportion de substance alimentaire. Voici, d'après les observations que j'ai faites, les différences qui existent dans le poids des feuilles du sauvageon et de plusieurs variétés de mûrier greffé, ou du mûrier Moretti, ou de l'espèce dite multicaule.

Le même nombre de feuilles pris sur des rameaux de même force et de même âge, pesait, provenant :

1" D'un sauvageon à feuilles très-petites et

très-découpées 16 onces.

2" D'un sauvageon à feuilles

petites, mais non découpées. . .

3° D'un 3 sauvageon h feuilles

moyennes

4" D'un 4" sauvageons feuilles plus grandes et peu découpées.

5° D'un 5* sauvageon à feuilles larges et entières 62

6' \i\\n Mûrier greffé {M., romain, AUDIUERT ) 80

7° D'une autre variété de M.

grefjé, (\\\.e feuille-rose 89

8** D'une 3^ variété de M. greffé, dite grosse -reine 105

d'D'un 3Iùrier-3Ioreai II |

10^ D'un second M. Moretti^

plus vigoureux 118

11° D'un M. multicaule. ... 180 Vl" D'un second M. multicaule

plus vigoureux 206

Il est bien facile de comprendre, si Von compare le poids proportionnel des feuilles fourni par chacun d(î ces douze arbres, qu'if y aurait un grand désavantage à se servir de celles des premières, puisqu'elles exigeraient autant de temps pour être cueillies (et la cueillelle des feuilles fait une grande partie de la dépense dans les éducations de vers-àsoie \ que celles des dernières qui fourniraient aux vers 1 à 5 fois et jusqu'à 10 fois plus de nourriture. On ne devra donc conserver sans les greffer, dans un semis de mûriers sauvageons, que le petit nombre d'individus qui présenteraient des feuilles plus larges, plus étoffées, se rapprochant enfiiî par leur apparence des variétés déjà connues que l'on conserve et propage habituellement par la greffe. Quant à la plus grande partie qui ne présentera que des petites iéuilles plus ou moins découpées, tous les jeunes plants qui seront de cette nature devront être modifiés par la greffe.

§ III. — Delà greffe des mûriers.

L«s sauvageons de mûrier peuvent être ^^^ff^^ ^^^ plusieurs manières : en fente, en écusson et en flûte ; mais ces différentes sortes de greffes ne réussissent pas toutes égalenient bien. La première, outre qu'elle est sujette à manquer, est aussi plus longue à pratiquer, ce qui fait qu'elle n'est que peu ou point en usage, si ce n'est pour des ar-

bres déjà très-âgés ou trop gros pour qu'ils puissent être entés d'une autre manière. Dans tous les cas, il n'y a qu'une époque pour la pratiquer, c'est la lin de l'hiver, ou les premiers joui's du printenips.

La greJJ'e en écusxon peut se faire à deux époques différenles : la première à œil poussant, dans les derniers jours de juin ou dans les premiers du mois suivant; la seconde, dile à œil dormant, dans le courant de sep tembre Celte sorte de grelïe est facile à (aire et très-expéditive ; mais elle s'adaple uioins bien au sujet, ce qui fait que les jets qu'elle donne sont plus exposés à être brisés par les \enls, et enfin, ils manquent à reprendre dans une proportion plus grande que dans la suivante.

Dans la plupart des pays où la culture du mûrier est répandue, c'est à la grejje tn f.ilte ou ensijjlet qu'on donne la [)rétéi'ence. Quoiqu'elle ne présente pas de difficultés en apparence, il faut cependant une maiu exercée à cette opération pour qu'elle soit piaiiquée avec succès. M. Camille ÈEAi:vAis,qui, depuis 7 ans, a planté, aux BerL;eries de Senart, à quelques lieues de Paris, plus de 14 hectares en mûriers, a vu, pendant les premiers temps, échouer en grande quantité les greffes de cette sorte qu'il faisait faire chacjue année, quoiqu'il employât, pour les pratiquer, les plus habiles garçons des meilleurs pépiniéristes de Paris, et comme cela lui occasionait un dommage notable, il s'est décidé à faire venir de Gange, pays où la culture du mûrier est florissante, un ouvrier habitue et très-exercé à pratiquer la greffe en llûle, et dès- lors ses greffes ont réussi dans une proportion bien plus considérable; c'est tout au plus s'il en voit manquer un dixième. Ayant été visiter plusieurs fois la magnanerie et les plantations de mûriers de ?il. Camille Beauvais, j'ai vu des milliers de celle espèce d'arbre, qui, greffés en flûte dans les premieis jours de juin, avaient, à la fin d'août, poussé des rameaux de trois pieds et plus. D'après cela, je crois utile de faire connaître avec quelques détails les procédés employés par l'ouvrier de Gange qui travaille aujourd'hui aux Bergeries de Senarl, lesquels m'ont paru faciles à comprendre, de sorte que ceux qui voi'.dront suivre avec exactitude la description que je vais en donner pourront également réussir. — Yoici comment on s'y prend pour faire ces greffes en flûle : on coupe vers le 15 d'avril ou un peu plus tard, selon que la sè\e monte plus promptement ou plus tard dans les mûriers, les rameaux destinés à fournir les greffes dont on aura besoin quand l'époque de les placer sera venue, et, aussitôt qu'ils sont c<)upés, on les dispose, couchés les uns à côté des autres, sous un hangar à l'abri de la pluie et du soleil. Lorsqu'on en a foruié un lit de 2 à 3 pieds de largeur, on les couvre d'une couche de 2 pouces de sable ou de terre qui soit fraîche sans être huujide, pardessus laquelle on dispose un second lit de rameaux, puis une nouvelle couche de sable, et ainsi de suite alternativement, jusqu'à ce qu'on en ait formé un tas de 20 pouces à 2 pieds de hauteur. Lorsque le moment de greffer est arrivé, l'ouvrier prend sur le

DU MURIER. 125

dessus du tas ce qu'il cr<;it pouvoir empiojer de rameaux en un travail suivi pendant 3 à 4 heures, et prenant successivement chacun de ces rameaux, il les serre dans la main gauche, en commençant pai- le bas et en finissant par le haut. En même temps que chaque partie d'un rameau est maintenue et serrée par la main gauche, il imprime avec la droite un mouNcment de torsion au rameau, et, par ce moyen, il détache peu-à-i.eu l'écorce du bois, de sorte que quand celle-ci n'y adhère plus, il pourrait la tirer tout d'une pièce comme un long fourreau; mais il la laisse pour le moment à sa place jusqu'à ce qu'il ait ainsi fait subir celte prépai-ation préliminaire à tous les rameaux qu'il doit employer dans la journée. C'est là la partie la plus difficile, parce qu'il laul faire grande attention, en serrant d'une i art les rameaux et en cherchant de l'autre à en détacher l'écorce par un certain mouvement de torsion, de ne pas endommager les \iiu\ qui sont la partie essentielle de la greiie. Tout ce qui restera à faire apiès, sera très-facile, puisqu'il ne s'agit plus, pour préparer cha(pie greffe, que de faire une incision circulaire au-dessous et au-dessus de chaque œil, de manière que celui-ci fasse partie et se trouve à j)eu près au milieu d'un anneau d'écorce de 8 à )0 lignes de hauteur au plus. Quand cela est fait, chaque anneau qui n'adhère déjà [)lus au bois, s'en dé^iage avec facilité, et l'ouvrier l'en sépare toui-à-fail, en commençant alors par le supérieur, et eu descendant successivement jusqu'au plus inférieur. A mesure cjue chaque anneair est com[jlètement detaciiédu bois, l'ouvrier le met dans un pot de terre, au fond duquel esl un linge ujouillé assez grand pour qu'il puisse, en le rejdiant, en envelopper les anneaux destinés à servir de grelfes, et lorsqu'il en a ainsi préparé ce qu'il peut en employer en 8 à 4 heures , il se transporte au pied des mûriers sur lesquels il doit opérer. — Comme la principale dilficiilté de !a greffe en flûle consiste à bien détacher l'écorce du bois, ne la rendrait-on pas plus facile, au lieu de séparer cette écorce en un long fourreau tout d'une pièce, en faisant d'abord l'incision circulaire qui doit servir à diviser chaque anneau, qu'où laisserait toujours sur le bois jusqu'au moment de séparer tous les anneaux à la fois, comn.e on le pratique habituellement pour ce genre de greffe? — Quoi qu'il en soit, rou\rier doit faire en sorle d'avoir à sa disposition des anneaux qui siieut autant que possible de la même dimension que les tiges ou les rameaux auxquels il doit les adapter. Cette précaution ayant été prise, il retranche, avec une forte serpette, la partie supérieure de la tige ou de la branche à greffer, et il pratique sa coupe aussi horizontalement qu'il le peut. Cela étant fait, il détache, a\ec l'ongle du pouce droit, l'écorce du sujet eu 5 à 6 lanières ou languettes qu'il rabat en dehors, de manière à mettre à nu 8 à 10 lignes de bois, enfin, la même hauteur qu'ont ses anneaux ou ses greflés; ensuite, il choisit dans son pot l'anneau qui s'adaple le mieux à la portion de bois qu'il a tjise à nu sur le sujet, l'en enveloppe en faisant descendre l'anneau jusqu'à ce que tout le bois dénudé

Page 1