C CULTURES INDUSTRIELLES: DU MURIER ET DE SA CULTURE
soit recouvert. Si la greffe se trouve un peu
iâche, il prolonge ses lanières en les faisant § ,v. —Entretien, taille et plantation des mûriers, descendre plus bas jusqu'à ce qu'elle soit assez serrée contre le bois, car il vaut mieux en géiu'r;d que l'anneau entre sur le sujet avec quelque difficidlé que d'être trop jàclie; il peut même se fendre dans nne partie de sa hauteur, pourvu que ce soit du côté opposé à l'œil. Lcrsque la greffe est suffisamment entrée dans le sujet, l'ouvrier empoigne «îoucement celui-ci au-dessous des languettes pour les relevei- un peu autour de l'anneau, ft la greffe est terminée, sans avoir besoin d'appliquer aucune ligature ni aucun masliv:.
Comme celle de tous les arbres laclescens, la greffe du minier a besoin d'élre faite par un beau temps; s'il survient de la pluie après qu'on l'a pratiquée, cela en fait souvent manquer beaucoup. Pour parer à cet iiicoiivéliienl, il est bon, lorsque le temps est à la pluie, de recouvi'ir ou de coiffer pour ainsi dire le sommet de chaque greffe avec une coquille vide d'escargot d'une grosseur convenable ; cela empêche l'eau de s'infiltrer entre le bois et l'écorce.
Les greffes en flûle faites de la manière qui vient d'être exjjliquée reprennent en général avec tant de laciiilé que, par un temps favorable, elles sont parfaitement soudées sur le sujet en moins de 24 heures , et que quelques jours après on voit les veux commencer à se gonfler, et au bout de 8, il y a des greffes qui ont déjà développé 2 à 3 feuilles. J'ai vu, le 23 ac ût de cette année (1635), des mt!iriers à haute tige, qui, ayant été grefiés le 5 du même mois, avaient déjà fait des pousses de 2 pouces de longueur et développé 9 à 10 feuilles.
La greffe en flûte peut se pratiquer depuis le 10 ou 15 de mai jusque dans les premiers jours d'août, et un homme bien exercé peut
en faire par jour 250 à 300.
On ne grelfe pas le sauvpgeon au même
âge dans tous les pays. En Provence, en
Italie, et particulièrement dans le Yéronais,
où la culture du mûrier peut servir d'exemple, on greffe toujours près du collet de la
racine, lorsque les sujets ont acquis au
moins 18 à 20 lignes de totir à leur base.
Dans les Cévennes, au contraire, on ne greffe
guère les nuiriers qu'en tête, et lorsqu'ils
sont déjà plantés à demeure depuis un au ou
deux. La première de ces deux méthodes
paraît offrir plus d'avantages : 1° dans une
petite étendue de terrain, on peut rassembler un nombre plus ou moins grand d'arbres
qui sont bien plus faciles à soigner que lorsqu'ils sont éloignés les uns des autres, et
répandus çàet là dans les champs; 2° la greffe
laite ])rès du collet des racines, point vital
de l'ai bre, reprend toujours plus làcilement
que celle qui est faite sur les branches. Dans les pépinières du midi de la France,
où les fumiers, les labours, les binages et les
arrosemens sont abondamment répartis aux
mûriers greffés, on obtient souvent, dans
l'année qui suit l'application de la greffe,
des jets de 7 à 8 pieds de hauteur, et quel-
quetois même il s'en trouve qui ont jusqu'à
10 pieds.
Tous les mûriers greffés en pépinière , qui ont fait une lige de 7 pieds ou plus, sont coupés au mois de mars suivant à une éf;ale hauteur, le plus souvent à G pieds, plus rarement au-dessus ou au-dessous. Les arbres ainsi ététés poussent au commencement de la belle saison, tout le long de leur tige, de nombreux bourgeons qu'on a soin de supprimer peu après qu'ils ont commencé à paraîtie, en prenant larbie à poignée et en glissant la main du haut en bas ; on ne réserve au sommet que 3 à 4 bourgeons destinés à produire les branches principales qui doivent former la tête de l'arbre.
Déjà à l'automne suivant tous les mûriers, qui jusque là seront bien venus, pourront être transplantés à demeure ; ils ont alors ce qu'on appelle, en termes de pavs, un an de chapeau, et Aiiwx ans de chapeau si on ks laisse un an de plus.
Quant à ce qui est du mûrier greffé en tête, à la hauteur de 5 à <J pieds, comme le sauvageon a toujours k-s fibres plus serrées que la greffe elle-même et les branches qui en proviennent, il en résulte ordinairement avec le temps un bourrelet plus ou moins considérable au point de l'insertion, et la tête venant à prendre des dimensions hors de proportion avec le sujet, il lui arrive quelquefois d'être rompue par un coup de vent. Cependant on doii dire que rien n'est mieux tenu dans les Cévennes que les mûriers grelfés de cette manière; ils font la richesse du pays, et les Cévennais n'y épargnent pas les soins. Les collines, peur peu qu'il s'y rencontre de t«rre végétale, sont employées à la culture de ces arbres, pour laquelle on pratique des terrasses, des murs pour soutenir les terrains dont on augmente la fécondité par des engrais, par des transports de nouvelles terres; aussi des terrains ainsi cultivés qui, sans tous ces soins, seraient de nulle valeur ou n'en auraient qu'une très-minime, sont d'un prix fort élevé dau.s les environs d'Anduze, d'Alais,et autres lieux des Cévennes, surlout auprès des villes et des villages p<'puleux.
Si cela n'exigeait pas une dépense considérable, il serait fort avantageux qu'on piit défoncer complètement, à 2 ou 3 pieds do prolondeur, le terrain qu'on destine à une plantation de mûiiers;n!ais,commeuntel Iravail deviendrait trop dispendieux, on doit se contenter défaire des trous de dislance en distance, là où l'on doit planter les arbres. La largeur et la profondeur à leur donner peuvent varier selon la force des plants; mais, en générai, ces trous ne doivent jamais avoir moins de 4 pieds de largeur sur 2 de profondeur. On devra augmenter l'une et l'autre de ces dimensions si les mûriers sont déjà forts, et, d'ailleurs, on ne risque jamais rien de faire des trous trop grands ; car plus il y aura de terre remuée, plus les arbres prospéreront. Lecomte Verri, qui a publié un très-bon Traité sur l'art de cultiver les mûriers, conseille même de donner aux trous 8 pieds en carré et 2 pieds 1,2 en profondeur.