‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 76 sur 325 · CHAP. 11'. DU · texte numérisé non relu

CHAP. 11'. DU

Dans tous les cas, il faut choisir pour les creuser le temps où la terre n'est pas mouillée, surtout dans les terrains argileux dont les moites se durcissent alors au point qu'on ne peut plus quelquefois les rendre propies à la végétation. S'il est possible de les faire creuser plusieurs mois à l'avance, cela n'en vaudra que mieux, parce que cela facilite à la terre fralchemenl remuée les moyens de se bonifier par l'impression de lair et des pluies. Il est très-avantageux, en faisant creuser les trous, de faire en sorte que les ouvriers aient le soin de séparer les terres qui en sérient; il faut leur faire mettre sur un des bords la couche supérieure de terre avec les {;azons qui recouvraienl le sol ; ensuite on leur fait jeter sur un autre bord la terre du fond, et, si le terrain est pierreux, il est bon de séparer toutes les pierres sur un troisième bord, ce qui ne se pratique presque jamais. La terre retirée la première est la [)lus fertile, elle servira a\ec les gazons, lors de la plantation, à mettre au fond du t!'<iu et à recouvrir les racines afin de leur faire un bon fond et faciliter leur reprise. La terre tirée la dernière sera remise ensuite pour remplir le trou, et on finira par placer les pierres pnrdessus le tout, pour en faire ui.e dernière couche à la surface du sol. Cetle manière de faire entretient la fraîcheur des racines et les préserve de la sécheresse; car l'observation apprend que les pierres empêchent l'évaporalion de l humidité de la terre, et que le sol qui est placé au-dessous d'elles conserve toujours de la fraîcheur, quelque grande que soit d'ailleurs la sécheresse.

Les i7iûr:ers qu'on erdève de la pépinière pour les pianverà demeure doivent être arrachés avec tout le soin possible ; il faut toujours cheri'her à leur conserver le plus de racines qu'on pourra, en fouillant largement autour de leur ç)ied, en enlevajit la terre avec précaution, et pour éviter de blesser les racines avec la pioche ou la bêche, on les détaclie (lu soJ avec la main toutes les fois que cela est nécessaire. On ne doit faire arracher les arbres de la pépinière que lorsque tout est disposé pourleurlransplantalion, et s'il arrive que celle-ci ne puisse avoir lieu tout de suite, on d )it recouvrir les racines avec de la grande paille ou de la litière, afin de les préserver du hàle.

Avant de placer à demeure les mûriers dans les irons qui leur sont destinés, il im- ■oorte de les tailler ré^ulicrement, et de ne leur laisser que 3 à 5 branches bien dis])osées, qu'on taille a 2 ou 3 yeux, et on fait la résection de toutes les autres. En même temps on rafraîchit les racines^ en coupant bien net Textrémiléde toutes celles qui, lors de Tarrachement, ont été mutilées ou endommagées par une cause quelconque.

C'est d'après la nature du terrain qu'on devra décider s'il convient de planter Us mûriers plus ou moins profondément. Quand le sol est léger, rocailleux, ou Irèsexposé aux ardeurs du soleil, il est toujours à propos d'enfoncer les arbres davantage, sans cependant jamais enterrer la greffe, aliii qu'ils soient moins exposés à la sécheresse. iJans les terrains de cette nature, surtout dans les pays du Midi, il est aussi beaucoup

MURIER

plus avantageux de faire ses plantations en automne, parce qu'alors les arbres ()euveni profiter des pluies de l'hiver, commencera faire de nouvelles racines avant la lin de cetle saison, et entrer plus tôt en végélalion au pi'inteinps. Dans les terres qui sont au contraire humides, forles et argileuses, ou ne doit piauler qu'a la fin de l'hiver , et les racines des arbres n'ont pas besoin d'être placées aussi profondément. Il est bon, avant de planter les mûriers, de ficher dans leur Irou, immédiatement à côté de la |)lace qu'ils doivent occu|)er, un pieu assez gros, assez droit et de longiunu* convenable, auquel on les assujellira avec plusieurs liens d'osier, afin (le les garantir des ébranlemens qu'ils pourraient éjirouver de la part des vents ou des bestiaux.

La distance à mettre entre chaque arbre ne peut être fixée d'une manière absolue, cela dépend de la fertilité plus ou moins grande du sol, et de l'emploi auquel il est destiné. Si les mûriers ne font pas la principale culture, et que ceux-ci ne soient plantés (|u'en bordure, pai'ce que le champ est d'ailleurs consacré à des céréales, des plantes à fourrage ou autres, ce n'est pas trop, dans les bons fonds, de mettre 30 à 36 pieds d'inlei-valle d'un aibre à l'autre; 20 à 24 pieds suffiront dans ceux qui sont médiocres, et 15 à 18 quand ils seront mauvais. Mais, lorsqu'on veut consacrer tout le terrain à une plantation de rnùriers, on rapproche ces arbres beaucoup plus, et 16 à 18 pieds dans les meilleurs sols seront une distance convenable pour ceux à haute tige, et 6 à 10 pieds suffiront pour les nains.

§ V. — Conduite des mûriers plantds.

Le mûrier en plein vent étant planté à demeure, il ne faut pas croire qu'il ne demande plus de soins et qu'on peut l'abandonner n lui-même; c'est, au contraire, un arbre qui en exige toujours.

Beaucoup trop de personnes pressées de jouir font cueillir les feuilles de leurs mûriers dès la troisième année après la plantation, et même dès la seconde, ce qui est trèspernicieux pour ces arbres. Pour qu'un mûrier puisse prospérer, il faut, suivant la fertilité du sol et selon les progrès de la végétation de l'arbre, ne cueillir sesjeu/lles qu'a la 4" et même à la ô"" année. On lui laisse alors le temps de se fortifier, et les récolles qu'il donne par la suite dédommagent amplement le propriétaire du léger produit que lui auraient fourni des récoltes anticipées.

Tant qu'on ne cueille pas la feuille des mûriers pour en nourrir les vers-à-soie, il faut les tailler au commencement de mars, ou à la fin de ce mois, selon que la végétation est plus ou moins précoce dans le pays où l'on est; mais, lorsqu'une fois on dépouille les arbres de leurs feuilles, c'est aussitôt que la cueillette est terminée qu'on doit les tailler.

Comme c'est principalement de la bonne conduite des mûi'iers, dans les |)reniièi'es années de leur plantation, que dépend leur réussite future, on ne saurait apporter trop d'attention ii les bien gouverner; voici comme ils doivent l'être. Dans la première année de

12fi CULTURES INDUSTRIELLES: DU MURIER ET DE SA CULTURE.

soit recouvert. Si la greffe se trouve un peu iàche, il prolonge ses lanières en les faisant descendre plus bas jusqu'à ce qu'elle soit assez serrée contre le bois, car il vaut mieux en géiu'ral que l'anneau entre sur le sujet avec quelque difficullé que d'êlre irop lâche; il peut même se fendre dans une partie de sa hauteur, pourvu que ce soit du côté opposé à l'œil. Lorsque la greffe esl suffisamment entrée dans le sujet, l'ouvrier empoigne iioucement celui-ci au-dessous des languettes pour les lelever un peu autour de l'anneau , et la greffe est terminée, sans avoir besoin d'appliquer aucune ligature ni aucun masliv:.

Comme celle de tous les arbres laclescens, la greffe du mûrier a besoin d'êlre faite par un beau temps; s'U survient de la pluie après qu'on l'a pratiquée, cela en fait souvent manquer beaucoup. Pour parer à cet iucouvé- «ienl, il est bon. lorsque le temps est à la pluie, de recouvrir ou de coiffer pour ainsi dire le sommet de chaque greffe avec une coquille vide d'escargot d'une grosseur convenable ; cela empêche l'eau de s'infiltrer entre le bois et l'écorce.

Les greffes en flûte faites de la manière qui \ienl d'êlre exjdiquée rei)rennent en général avec tant de làciiilé que, par un temps favorable, elles sont parfailement soudées sur le sujet en moins de 24 heures , et que quelques jours après on voit les veux commencer à se gonfler, et au bout de 8, il y a des greffes qui ont déjà développé 2 à 3 feuilles. J'ai vu, le 23 a( ùt de cette année (1835), des mûriers à haute tige, qui, avant été greffés le 5 du même mois, avaient déjà fait des pousses de 2 pouces de longueur et développé 9 à 10 feuilles.

La greffe en flûte peut se [)ratiquer depuis le 10 ou 15 de mai jusque dans les premiers jours d'août, et un homme bien exercé peut en faii'e par jour 250 à 300.

rrelfe

pas

sauvpgcon au même

On ne âge dans tous les pays. En Provence, en Italie, et particulièrement dans le Yéronais, où la culture du mûrier peut servir d'exemple, on greffe toujours ])i'ès du collet de la racine, lorsque les sujets ont acquis au moins 18 à 20 lignes de tour à leur base. Dans lesCévennes, au contraire, on ne greffe guère les mûriers qu'en tête, et lorsqu'ils sont déjà plantés à demeure depuis un au ou deux. La première de ces deux méthodes parait offrir plus d'avantages : 1° dans une petite étendue de terrain, on peut rassembler un nombre plus ou moins grand d'arbres qui sont bien plus faciles à soigner que lorsqu'ils sont éloignés les uns des autres, et répandus çàet là dans les champs; 2° la greffe faite près clu collet des racines, point vital de l'ai bre, reprend toujours plus facilement que celle qui est faite sur le,'- branches.

Dans les pépinières du midi de la France, où les fumiers, les labours, les binages et les arrosemens sont abondamment répartis aux mûriers greffés, on obtient souvent, dans l'année qui suit l'application de la greffe, des jets de 7 à 8 pieds de hauteur, et quelquefois même il s'en trouve qui ont jusqu'à 10 pieds.

§ IV. — Entretien, taille et plantation des mûriers.

Tous les mûriers greffés en pépinière , qui ont fait une tige de 7 pieds ou plus, soiit coupés au mois de mars suivant à une éf;a/e hauteur^ le plus souvent à G pieds, plus larenu'nt au-dessus ou au-dessous. Les arbres ainsi étêtés poussent au commencement de la belle sai^on. tout le long de leur tige, de nombreux bourgeons qu'on a soin de supprimer peu après qu'ils ont commencé à paraître, en prenant larbre à poignée et en glissant la main du haut en bas ; on ne réserve au sommet que 3 à 4 bourgeons destinés à produire les branches principales qui doivent former la tête de l'arbre.

Déjà à l'automne suivant tous les mûriers, qui jusque là seront bien venus, pourront êlre transplantés à demeure ; ils ont alors ce qu'on appelle, en termes de pavs, un an de chapeau, et ditux ans de chapeau si on ks laisse un an de plus.

Quant à ce qui est du mûrier greffé en tête, à la hauteur de 5 à <i pieds, comme le sauvageon a toujours les fibres plus serrées que la greffe elle-même et les branches qui en proviennent, il en résulte ordinairement avec le temps un bourrelet plus ou moins considérable au point de l'insertion, et la tête venant à prendre des dimensions hors de proportion avec le sujet, il lui arrive quelquefois d'être rompue par un coup de vent. Cependant on doii dire que rien n'est mieux tenu dans les Cevennes que les mûriers greifés de cette manière; ils font la richesse du pays, et les Cévennais n'y épargnent pas les soins. Les collines, peur peu qu'il s'y rencontîe de t«rre végétale, sont employées à la culture de ces arbres, pour laquelle on pratique des terrasses, des murs pour soutenir les terrains dont on augmente la fécondité par des engrais, par des tiansports de nouvelles terres; aussi des terrains ainsi cultivés qui, sans tous ces soins, seraient de nulle valeur ou n'en auraient qu'une très-minime, sont d'un prix fort élevé dans les environs d'Anduze, d'Alais, et autres lieux des Cevennes, surtout auprès des villes et des villages pcpuleux.

vSi cela n'exigeait pas une dépense considérable, il sérail fort avantageux qu'on pût défoncer complètement, à 2 ou 3 pieds àc prolondeur, le terrain qu'on destine à une plantation de mùriers;niais,commeuntel travail deviendrait trop dispendieux, on doit se contenter ée faire des trous de distance en distance, là ou l'on doit planter les arbres. La largeur et la profondeur à leur donner peuvent varier selon la force des plants; mais, en général, ces trous ne doivent jamais avoir moins de 4 pieds de largeur sur 2 de profondeur. On devra augmenter l'une et l'autre de ces dimensions si les mûriers sont déjà loris, et, d'ailleurs, on ne risque jamais rien de faire des trous trop grands ; car plus il y aura de terre remuée, plus les arbres prospéreront. Lecomte VEnRi, qui a publié un très-bon Traité sur l'art de cultiver les mûriers, conseille même de donner aux trous 8 pieds en carré et 2 pieds 1,2 en profondeur.

CUA.P. 11'. DU MURIER,

Dans tous les cas, il faut choisir pour les creuser le temps où la terre n'est pas mouillée, surtout dans les terrains argileux dont les mottes se durcissent alors au point qu'on ne peut plus quelquefois les rendre propies à la végétation. S'il est possible de les faire creuser plusieurs mois à ravance,{"ela n'en vaudra que mieux, parce que cela facilite à la terre fraicliemeni remuée les moyens de se bonifier par l'impression de lair et des pluies. 11 est très-avantageux, en faisant creuser les trous, de faire en sorte que les ouvriers aient le soin de séparer 1rs terres {|ui en sérient; il faut leur faire metire sur un des bords la couche supérieure de terre avec les t;azons qui recouvraient le Mol ; ensuite on leur fail jeter sur un autre bord la terre du fond, et, si le terrain est pierreux, il est bon de séparer toutes les pierres sur un troisième bord, ce qui ne se pratique presque jrimais. La terre retirée la première est la plus fertile, elle servira a\ec les gazons, lors de la plantation, à mettre au fond du tmu et à recouvrir les racines afin de leur faire un bon fond et faciliter leur reprise. La terre tirée la dernièie sera remise ensuite pour remplir le trou, et on finira par placer les pierres pardessus le tout, pour eu faire ui.e dernière couche à la surface du sol. Cette manière de faire entretient la fraîcheur des racines et les préserve de la sécheresse; car l'observation apprend que les pierres empêchent lévaporalion de l humidité de la terre, et que le sol qui est placé au-dessous d'elles conserve toujours de la fraîcheur, quelque grande que soit d'ailleurs la sécheresse.

Les mûr'ers qu'on enlèi^e de la pépinière pour les pian.erà deujeure doivent être arrachés avec tout le soin possible ; il faut toujours cheivher à leur conserver le plus de racines qu'on pourra, en fouillant largement autour de leur pied, en enlevant la terre avec précaution, et pour éviter de blesser les racines avec la pioche ou la bêche, on les détache du Soi avec la main toutes les fois que cela est nécessaire. On ne doit faire arracher les arbres de la pépinière que lorsque tout est disposé pour leurlraiisplautalion,et s'il arrive que celle-ci ne puisse avoir lieu tout de suite, on d )il recouvrir les racines avec de la grande paille ou de la litière, afin de les préserver du hâle.

Avant de placer à demeure les mûriei-s dans les irons qui leur sont destinés, il im- T)orle de les tailler régulièrement, et de ne leur laisser que 3 à5 branches bien disposées, qu'on taille a 2 ou 3 ^^\\\, et on fail la résection de toutes les autres. En Uiéme temps on rafraîchit les racines^ en coupant bien net Textrémilé de toutes celles qui , lors de l'arrachement, ont été mutilées ou endommagées par une cause quelconque.

C'est d'après la nature du terrain qu'on devra décider sil convient de planter Its mûriers plus ou moins profondément. Quand le sol est léger, rocailleux, ou très-exposé aux ardeurs du soleil, il est toujours à propos d'enfoncer les arbres davantage, sans cependant jamais enterrer la greffe, afin qu'ils soient moins exposés à la sécheresse. Dans les terrains de cette natui-e, surtout dans les pays du Midi, il est aussi beaucoup

plus avantageux de faire ses plantations en automne, |)arce qu'aloi's les arbres peuvent profiter des pluies de l'hiver, commencera faire de nouvelles racines avant la fin d.; celle saison, et entrer plus lot en végélatioi) au printemps. Dans les terres qui sont au contraire humides, fortes et argileuses, ou ne doit planter qu'a la fin de l'hiver, et les racines des arbres n'ont pas besoin d'être placées aussi profondément. Il est bon, avant de planter les mûriers, de ficher dans leur ti'ou, immédiatement à côlé de la place qu'ils doivent occuper, un pieu assez gros, assez droit et de longueur convenable, auquel on les assujettira avec plusieurs liens d'osier, afin de les garantir des ébranlemens qu'ils pourraient éprouver de la part des vents ou des bestiaux.

La distance à mettre entre chaque arbre ne peut être fixée d'une manière absolue, cela dépend de la fertilité plus ou moins grande du sol, et de l'emploi auquel il est destiné. Si les mûriers ne font pas la principale culture, et que ceux-ci ne soient plantés qu'en bordure, parce que le champ est d'ailleurs consacré à des céréales, des plantes à fourrage ou autres, ce n'est pas trop, dans bs bons fonds, de mettre 30 à 36 pieds d'intervalle d'un arbre à l'autre; 20 à 24 pieds suffiront dans ceux qui sont médiocres, et 15 à 18 quand ils seront mauvais. Mais, lorsqu'on veut consacrer tout le terrain à une plantation de mûriers, on rapproche ces arbres beaucoup plus, et IG à 18 pieds dans les meilleurs sols seront une distance convenable pour ceux à haute lige, et 6 à 10 pieds suffiront pour les nains.

§ V. — Conduite des mûriers plantés.

Le mûrier en plein vent étant planté à demeure, il ne faut pas croire qu'il ne demande plus de soins et qu'on peut l'abandonner à lui-même; c'est, au contraire, un arbre qui en exige toujours.

Beaucoup trop de personnes pressées de jouir font cueillir les feuilles de leurs mûriers dès la troisième année après la plantation, et même dès la seconde, ce qui est trèspeinicieux pour ces arbres. Pour qu'un mûrier puisse prospérer, il faut, suivant la fertilité du sol et selon les progrès de la végétation de l'arbre, ue cueillir ses Jeuilles quk la 4" et même à la 5^ année. On lui laisse alors le temps de se fortifier, et les récolles qu'il donne par la suite dédommagent amplement le propriétaire du léger produit que lui auraient fourni des recolles antii'ipées.

Tant qu'on ne cueille pas la feuille des mûriers pour en nourrir les vers-à-soie, il faut les tailler au commencement de mars, ou à la fin de ce mois, selon que la végétation est plus ou moins précoce dans le pays où l'on est; mais, lorsqu'une fois on dépouille les arbres de leurs iéuilles, c'est aussitôt que la cueillette est terminée qu'on doit les tailler.

Comme c'est principalement de la bonne conduite des mûriers, dans les |)remières années de leur plantation, que dépend leur réussite future, on ne saurait apporter trop d'attention à les bien gouverner; voici comme ils doivent l'être. Dans la première année de

V2S CULTUAEi INDUSTRIELLES : DU

la plaiilalion, on i)e laissera, lors de la pousse, tjue <leu\ boiiigeoiis à chaque bout de bran- <he, en priilt-raut toujours ceux qui sont en dehors eL dans un sens opposé l'un à Taulre. Ensuite on visitera souvent les arbres pour retrancher, chaque fois, les pousses inutiles ou mal placées. Il ne faut rien semer dans le terrain qui est autour du pied des jeunes arbres, mais il faut le biner trois fois ou tout au moins deux fois dans le courant du piintemps et de Tété, ce qui devra se renouveler tons les ans de la même manière. — Lors de la deuxième année, on donne, dans le courant de l'hiver ou au plus lard dans le commencement de mars , un bon labour autour des mûriers, dans toute l'étendue du trou où ils ont été plantés, et ce labour devra être répété tous les ans à la même époque. Dans le même temps on visite les liens d'osier qui fixent chaque arbre à son tuteur; on renouvelle tous ceux qui i)Ourraient le trop serrer ou n'être pas solides. Quanta la taille, on coupe à une hauteur convenable les pousses de la première année, toujours près des yeux, en ayant soin de ne raccourcir que les jets vigoureux et de laisser intacts ceux qui sont faibles. Lorsque les arbres commenceront à pousser, on les gouvernera comme il a été dit pour la première année. — A latroisièmeetàla quatrième année, la taille continue à se faire au mois de mars , d'après ce qui vient d'être dit, et elle doit être faiie de manière à donner aux arbres une forme agréable à la vue et en même temps commode, c'est-à-dire que leur léle doit être vide en dedans et bien garnie loutautour. — Règlegéuérale,ilnefaiit jamais pratiquer la taille lorsf|u'il pleut, ni, lorsqu'on l'exécute, appuyer d'échelle sur les jeunes arbres, encore moins grimper dessus, parce que les secousses qu'on leur donnerait seraienttrès-nuisibles. On doit toujours, jusqu'à ce que les mûriers soient très-forts, se servir d'une échelle double. U échelle-brouette , recommandée et figurée d'abord par le comte Verri et ensuite par M. Bonafous et autres, m'a paru manquer de solidité et ne pouvoir être employée que lorsqu'elle est réduite à de petites dimensions.

C'est une mauvaise méthode d'abandonner les mûriers adultes à eux-mêmes, comme on le fait dans quelques cantons, parce que les arbres donneni alors des feuilles plus petites, en moindre quantité, et surtout plus difiiciles à cueillir, ce qui est un grave inconvénient, parce que cela augmente les frais de la cueillette,tout en en diminuant le prodnil.Celaade pi us un au Ire inconvénient, c'est que ces arbres rapportent beaucoup pius de fruits, lesquels sont, non seulement nuisibles au produit de la feuille, mais sont encore une cause d'allération pour la litière que les vers laissent après avoir mangé, ce qui peut être pour eux une cause de maladie. La taille, au contraire, rend les feuilles plus abondantes, plus grandes et bien plus faciles à récolter; mais, dans tous les pays où elle est pi-atiquée, elle ne s'exécute pas de la même manière. Tous les 3 à 4 ans, dans certains pays, on rabat toutes les branches secondair*'s pour ne laisser que les mères-branches, qui donnent alors des pousses vigoureuses dont les feuilles sont très larges et dont la cacillelle est t:ès-facile;

MURIER ET DE SA CULTURE. liv ii,

mais ou reproche aux feuilles venues sur les mûriers après cet émondage d'être trop aqueuses et de ne pas fournir aux vers une nourriture de bonne qualité. Cet ébranchement, renouvelé ainsi tous les 3 à 4 ans, nuit surtout à la durée des arbres, et, dans les lieux où cet usa^^e existe, les plantations de mûriers dépérissent irès-promptement. Il parait donc prélérable de tailler ces arbres tous les ans et de le faire selon des règles reconnues les meilleures. Ainsi, la taille a laquelle on soumet chaque année les mûriers, après qu'ils ont été effeuillés pour la nourriture des vers-à-soie , doit avoir pour but : 1" de décharger les arbres des branches mortes et de celles qui auront pu être cassées et endommagées parle cueilleur; 2' de retrancher les branches d'une végétation trop faible et celles qui, placées dans l'intérieur de l'arbre, l'empêcheraient d'être convenablement évasé ; 3' d'arrêter les branches qui poussent trop vigoureusement, surtout da'fls la partie supérieure des arbres, afin de s'opposer à ce qu'ils s'élèvent outre-mesure: 4" de raccourcir les branches qui paraîtraient vouloir s'étendre horizontalement , et de supprimer celles qui sont pendantes; 5' de rcjilacer dans leur situation naturelle celles qui auraient pu être forcées pendant le cueillage.

On ne doit employer pour la taille que des ouvriers adroits, qui se serventd'une serpette bien tranchante ou du sécateur. Il ne faut pas surtout la confier aux fermiers, auxquels on serait convenu de laisser le produit de l'éiagage, parce que ces gens là ne voyant que la perte que leur occasione l'ombre des arbres, cherchent à s'en dédommager en leur faisant couper beaucoup de bois. A ce qui vient d'être dit, il faut ajouter que pour avoir de beaux mûriers on ne doit jamais les effeuiller en autouiiie pour en nourrir les bestiaux; on doit attendre que la feuille tombe d'ellemême. 11 faut aussi bien se garder de faire ensemencer autour du pied (les mûriers, mais tenir au contraire cette partie constamment en labour.

Le bois qui provient de l'émondage ou de la taille est très-utile dans les Cévennes pour chauffer les fours, les fourneaux, etc., d'après ce que nous a fait connaître M. Oct. de Chapelain, propriétaire-cultivateur dans les Cévennes, qui nous a adressé de fort bons documens sur le mûrier.

Après tous ces soins, il ne reste plus qu'à Juiner les mûriers : c'est ce qu'on fait ordinairement tous les 3 à 4 ans; outre les engrais ordinaires, la litière des vers-à-soie (pion a laissée pourrir pendant quelque tem,js, est très-propre a servir de fumier, et les arbres se trouvent ainsi fertilisés par leur propre dépouille.

§ VI. — Cueilictte des feuilles

La cueillette des feuilles exige des soins qu on ne lui donne pas toujours; ainsi il ne làut pas laisser la moindre feuille sur les arbres, car s'il en reste sur quelques branches, la sève y est attirée au détriment de celles qui sont dépoaillées. Les jeunes mûriers doivent être dépouillés les premiers, afin qu'ils aient oins de temps pour pousser

ciïAr. lis DU MURIER

leurs secondes feuilles. Cela offre d'ailleurs l'avantage de ne donner aux vers, dans leurs derniers âges, que la feuille des arbres âgés qui leur convient raieux. La taille devant suivre immédiatement la cueillette, et, une grande partie des rameaux effeuillés devant être raccourcis, c'est à l'ouvrier chargé de ce dernier ouvrage à remédier au dommage qu'a pu faire le cueilleur. Les échelles doubles sont préférables pour cueillir les feuilles, à celles qui sont simples et qu'il faudrait appuyer sur les arbres, et ce n'est que lorsque ceux-ci sont devenus très-gros qu'on peut se permettre de monter dessus.

Comme les vers-à-soie ne mangent pas les feuilles malpropres ni celles qui sont flétries, il faut éviter tout ce qui pourrait ou les salir ou les flétrir. On doit s'abstenir de cueillir la feuille qui est couverte d'un enduit visqueux nommé vulgairement miellée, parce que cela est contraire à la santé des vers. Celle qui a des taches qu'on nomme rouille, n'est pas mauvaise pour cela, parce que ces insectes ne mangent que la partie saine.

Les ouvriers chargés de cueillir les feuilles sont munis de grands tabliers dont ils relèvent les deux coins du bas en les fixant à leur ceinture, et lorsqu'ils ont rempli ces tabliers, ils descendent de l'arbre et mettent ce qu'ils ont de feuilles dans des sacs.

La feuille cueillie avec les précautions convenables peut facilement se conserver deux à trois jours et même jusqu'à quatre, en ayant soin de la tenir dans des lieux bas, secs et privés de luniière. Quand on en fait des amas un peu considérables, parce qu'on craint la pluie, on doit toujours éviter que les feuilles ne soient trop pressées, et il faut avoir la précaution d'y enfoncer la main plusieurs fois par jour, pour s'assurer qu'il ne s'y développe pas de chaleur et par conséquent de fermentation. Si cela arrivait, on remue et on agite les feuilles; par là on prévient cet accident qui pourrait altérer assez la feuille pour la rendre hors d'état de servir.

Pour les autres détails de la cueillette des feuilles de mûrier, nous renverrons à l'article des Arts agricoles [Tom. IIL pag. 124), où il eu est traité à propos de V Education des vers-à- ••oie.

Dans tous les pays où les habilans des campagnes et même des villes se livrent à l'éducation des vers-à-soie, les feuilles du mûrier se vendent au quintal pesanf, et daprès l'estimation des personnes expérimentées en ce genre. On estime en général qu'un mûrier dont les rameaux bien garnis peuvent, couvrir une, deux ou trois toises carrées de surface, doit fournir autant de quintaux de feuilles. Le prix courant du quintal, en général, poids de table ou seulement de 80 livres métriques, est depuis quelques années de 3 fr., mais il va quelquefois jusqu'à 5 fr.

S vn.

Des mûriers nains, en prairies, en haies, en taillis.

Après avoir parlé avec détail du mûrier planté en plein vent pour faire de grands arbres, je vais dire quelque chose de ceux qu'on réduit à de plus petites dimensions et

AGniCtn.TTJRE.

que pour cela on appelle mûriers nains. Ils ne peuvent guèreètre placés en bordure, il faut leur consacrer exclusivement tout le terrain dans lequel on les plante. M. Camille Beauvais a planté ainsi presque tous ses mûriers. Dans les premiers lemps, il laissait entre chaque arbre 12 pieds d'intervalle dans un sens et 6 pieds seulement dans l'autre, et ainsi espacés, un arpent pouvait en contenir environ 500; mais, depuis deux ans, il met 12 pieds d'intervalle dans tous les sens entre chacun de ses mûriers, et par conséquent il n'en a plus que 250 par arpent. Il trouve par cette dernière pratique, que la culiure de ses arbres est plus facile, et il espère que ceux-ci deviendront plus beaux. M. C. Beauvais dispose en vase tous ses mûriers ainsi plantés, et chaque année, après la cueillette des feuilles, il les fait ravaler sur 3, 4 à 5 branches principales et à 2 pieds ou 2 pieds 1/2 de terre. Chacun de ces arbres nains, âgé de 7 ans, lui a fourni cette année 40 à 50 livres., de feuilles, c'est-à-dire beaucoup plus de 100 quintaux par arpent. J'ai vu aussi aux Bergeries une plantation de mûriers sauvageons faite dans 24 perches seulement, et plantés à 3 pieds les uns des autres, laquelle a donné 58 quintaux de feuilles, ce qui para! trait prouver qu'il y aurait de l'avantage à rapprocher les mûriers nains, puisqu'en supposant qu'un arpent entier fût planté de cette dernière manière, il pourrait rapporter plus' de 200 quintaux de feuilles, tandis qu'en espaçant les mûriers à 12 pieds, on n'en obtient guère que la moitié.

Les mûriers nains, comme on vient de le voir, ont le grand avantage de fournir beaucoup de feuilles, et d'une feuille Irès-facile à cueillir ; car ces arbres ne devant pas s'élever au-delà de 8 à 9 pieds tout au plus, cela permet de saisir leurs branches les plus élevées étant placé sur le sol même de la plantation. Ce mode de culture, encore nouveau chez nous, est très-anciennement usité à la Chine, car leP, DuHALDE,dans la description de celle contrée, dit que dans la province de Tche- Kiang, qui est la plus riche de l'empire en soie, on voit quantité de champs remplis de mûriers nains, qu'on empêche de croître, et qu'on plante et taille à peu près comme les vignes.

Ou a proposé de faire des semis de mûriers en plein cliamp, et l'on a dit qu'on pourrait les faucher deux fois par an. Je ne crois pas ce moyen praticable, du moins dans nos climats, parce que les semis de mûriers exigent beaucoup de soin pendant leur première année et même pendant les suivantes. Mais, en supposant qu'on pût faire des prairies de mûriers en repiquant de jeunes pourrettes à 3 ou 4 pouces les unes des autres, ces prairies seraient très-dispendieuses à établir, et elles ne donneraient cependant qu'un mince produit, parce que leurs petites tiges, toujours rabougries, ne pourraient pousser que de faibles bourgeons, et que les mauvaises herbes les auraient bientôt détruites, à moins de soins réitérés et coûteux de sarclages, car il m'a paru qu'il serait très-difficile de les faire biner. J'ajouterai que, d'après les essais que j'ai faits en ce genre, ces espèces de prairies ne pourraient jamais

Page 1