C. B. DE M
Section i. — Plantes fourragères .
Le Sainfoin du Caucase {Hedysarum caucasicum, Marsch.) est une belle plante vivace. introduite à Paris en 1831, à tiges droites, hautes de 1 à 2 pieds. Indépendamment de son emploi comme plante d'ornement, elle pai-ait présenter de grands avantages en la cultivant comme fourrage, à cause de sa piécocité et du déveUwpement ainsi que des qualités de ses feuilles et de ses tiges ;
elle pourrait être employée comme fourrage sec, ou donnée en vert, car elle repousse facilement après avoir été coupée. Cette plante se plaît sur les montagnes, dans les terrains pierreux et sablonneux; elle ne redoute rien des froids les plus rigoureux ; elle développe l'une des piemières, au printemps, ses feuilles et ses fleurs. C(;lies-ci s'épanouissent depuis avril jusqu'à la fin de mai, et les graines mûrissent à la fin de juin; en août et septembre, elle donne de nouvelles fleurs. On la multiplie facilement de graines qu'elle fournit abondamment.
Galegas, plantes vivaces de la favnille des Légumineuses, hautes de 3 à 4 pieds, dont les deux espèces qu'on cultive en pleine terre croissent dans tous les lermins, même les plus médiocres et sans profondeur, et ne craignent ni les froids ni la sécheresse. Le Galega officinal ou Rue-cle-Chèvre ( Galega ojficinalis, L. ) a été recommandé à l'art. Prairies ( K. Tome I, p. 517 ). — Le Galej^a d'Orient ( G. orientalis, L. ) n'a pent-Olre pas été essayé en grand, et il n'est guère cultivé que pour la décoration des grands jardins ; mais s'il est moins vigoureux que la 1'^ espèce, sa grande précocité, puiscpie ses feuilles se développent pour ainsi dire sous la neige, le rendent très-précieux poijr la nourriture des bestiaux, auxquels il fournit un fourrage vert à Uiic époque où il est fort rare; on peut aisément en olitenir deux coupes dans l'année après l'avoir fait brouter sur place au printemps. Cette plante donne des graines en assez grande quantité: ^0 ou 4.5 livres suffisent pour ensemencer un hectare.
Pdturin du Chili { Foa chilensis, Desf. ), plante graminée, introduite à Paris en 1829, annuelle, ti es vigoureuse et rustique, à tiges
i:G CULT. industrielles : DES VEGETAUX NON ENCORE CULTIVES, liv. iï.
haules de 2à 3 pieds, rameuses, à feuilles longiK's de 6 à 10 pouces, nombreuses, à fleurs en panicules; semée fin d'avril ou commencement de mai, elle ne commence à pousser que dans les premiers jours d'août, et le 20 ou 25 du même mois, elle a acquis toute sa hauteur et est même en pleine floraison ; Ion peut récolter ses graines du 15 au 30 octobre. A. cet avantage très-grand, si elle réussissait bien, comme on doit l'espérer, en la semant dans du seigle, du sarrasin ou autre récolte hâtive, celle plante joint celui de croître à une exposition brûlante, dans une terre aride et peu profonde. C'est un fourrage excellentà introduire; les chevaux et les moutons le mangent comme le foin.
Pépin.
Le Prangos pabularia est une plante <lu nord de l'Inde, de la famille des Ombellifères, qu'on emploie comme fourrage, et à laquelle on attribue des avantages merveilleux; malheureusen)ent elle est encore fort rare en Europe.
La Spergide ( Spergula arvensis) est depuis longtemps cullivée en Hollande, dans le Brabaul méridional, et même dans le départ, du Nord, où l'on estime beaucoup le beurre provenant du lait des vaches qui en ont été nourries. On pense que c'est un excellent fourrage et un engrais vert très-avanlageux, qu'on devrait multiplier dans les landes de Bordeaux, de la Bretagne et de la Sologne, et qui a très-bien réussi dans les mauvais terrains des Ardennes. C. B. de M.
La Persicaire ( Polygonum persicaria ) {fig. 71) est une plante annuelle de la famille des Fis:. 7t. Polygonées,qui, jus-
qu'à ce jour, a été regardée comme un parasite, un ennemi, el qui depuis peu de lemps aspire a uxhonneurs de la culture.
Bien des personnes, à son nom seul , se sont récriées ; elles l'ont confondue avec X^Polygonurn amphibium dont une variété, connue sous le nom de Polyg.amph.
terrestre, infecte les champs en culture et ne peut être détruite par les labours les mieux soignés, parce qu'elle est vivace, et que ses racines j e lèlrent bien au-dessous de la couche arable : d'ailleurs, les tiges de la Renouée amphibie sont un peu acides el moins du goût des bestiaux que celles de la persicaire, qui est annuelle et se détruit facilement lorsqu'on ne la laisse pas venir en graines. La renouée persicaire, dans un sol humide, peut réellement fournir un fourrage très - abondant, très-sain pour tous les bestiaux, el de beaucoup préférable aux carex, aux joncs et aux prêles qui envahissent presque exclusivement les prés dans cette nature de terre. La persicaire pourra être une ressource quand on aur.a immédiatement besoin de fourrage,
et que le terrain sera trop humide pourle.s vesces.
La Centinode ( Polygonum aviculare ) ou Rc nouée , Traînasse , Herbe à. Cochons ( fig.l2), petite plante qui ne ressemble nullement par son porta la précédente, car elle est presque toujours couchée et rampante. Ses liges vertes, étalées, ses feuilles petites, niais serrées et nombreuses, cou vrent la terre où elles croissent.Elle estdu goût de tous les bestiaux, et les moutons paraissent la préférer à toutes les autres. Les bergers rechercheni les. endroits où elle abonde, et la nomment traînasse. Quoiqu'elle soil annuelle, on peut la serner dans un pâturage à moulons; elle produit un si grand nombre de graines, qu'on n'aura pas besoin d'en ressemer les années suivantes. Tous les oiseaux de basse-cour aiment ses semences, et les oies en mangent les feuilles avec avidité. On devra donc en semer dans les parcs et dans les cours, afin que l'appât de cette nourriture les retienne. Antoiive, professeur à Roville. ■ La Persicaire orientale ( Polygonum orientale ) est une grande plante annuelle, trèsrépandue dans les jardins, où on la recherche pour la décoration des massifs. Comme elle croîl facilement et qu'elle rapporte une quantité considérable de graines assez grosses et bien remplies d'une belle fécule, on pourrait sans doute la cultiver avec profit pour ses semences qui seraient employées à ta nourriture des volailles ou à d'autres usages.
Le Polygonum cymosum {fig. 73), grande
Fig. 73.
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plante du Népaul, introduite en France en 1828, vivace par les racines, et qui produit un grand nombre de belles tiges; elle est d'une végétation extraordinaire, puisqu'elle atteint jusqu'à 8 pieds de hauteur; comme le sarrasin, elle croît dans tous les terrains, mais mieux dans les sols humides. Elle parait devoir être d'une grande ressource comme fourrage Vert pour la nourriture des bestiaux, à cause de sa prompte végétation qui la met à même d'offrir plusieurs coupes; j'ai plusieurs fois tranché les tiges lorsqu'elles avaient 1 pied ou 15 pouces, et quelques jours après elles étaient susceptibles de l'élre une seconde fois ; j'ignore si les bestiaux la mangeraient en fourrage sec, car en fiénéral ils refusent la paille de sarrasin. Comme plante farineuse, elle ne parait pas présenter d'avantages, parce que ses graines, d'ailleurs assez semblables à celles du sarrasin, mûrissent successivement et que la récolte en semble fort difficile à faire. Pépin.
Section ii. — Plantes alimentaires.
Parmi les plantes à racines bulbeuses ou tuberculeuses *|u'on pourrait utiliser, nous citerons particulièrentent les suivantes :
La Gesse tubéreuse ( Lathyrus tuberosus ), appelée aussi mf'guzon, mac/on, gland de terre, est une plante vivace, qui croit naturellement dans les blés ; ses racines fibreuses portent de distance en distance des renflemens noirs, de la grosseur du pouce, qui contiennent une chair blanche, assez semblable à la châtaigne, et qu'on peut manger de la même manière. On les récolte à la suite des labours d'automne on d'hiver, et on peut les garder jusqu'au milieu du piintemps en jau{;e ou à la cave : les cachons en sont fort acides.
Le Soucliet comestible {Cyperus esculentus) a des racines vivaces, fibreuses, accompagnées de lubéiosités jaunâtres, de la forme et de la grosseur d'une noisette; elles sont agréables au g<nit, soit crues, soit cuites, et on les maugeliabiluellenienldans quelques cantons de l'Allemagne et en Orient, oii on cultive cette plante dans les terrains jégers et humides, en plantant les petits tubercules en mai; la récolte s'en fait deux mois apiès, et ces tubérosités se conservent tout l'hiver et une partie du printemps.
On peut en dire à peu près autant de la Terre-noix {Bunium bulbocastanum).
Le Gouet commun [Arum maculatum, L.), dit aussi Pied de veau, est très-abondant dans les haies, les bois, et les lieux ombragés, nun cultivés. Ses racines vivaces, tubéreuses et charnues, ont une saveur acre et piquante, et purgent violemment; cependant, dans les Deux-Sevres,où on les appelle^/roK, on les donne lux cochons; desséchées et surtout râpées et lavées, la fécule qu'elles donnent n'a aucun iuconvénient, et peut servir aux divers usages alimentaires. Plusieurs autres gouets,el notamment la colocase, fournissent des racines comestibles très-productives; mais leur culture ne peut avoir lieu dans nos climats. C. B. de M.
U'Atractyle gommijèrc {Atractjlis gummifera, L. ; Carthamus gummi férus, La m.) est une plante vivace, à lacines charnues, blau-
PLANTES ALIMENTAIRES. l,-,7
châtres, laiteuses, fusiformes et simples, or ginaire du pays d'Alger, et rapportée en France par Desfoivtaines. Cette plante croît dans les terrains incultes, arides et brûlés par le soleil; elle mériterait d'être cultivée dans nos déparlemens méridionaux^ ses racines pouvant être mangées comme celles de la scorsonère, et son réceptacle comme celui de l'artiehaut. Elle exigerait moins de soins, puisque les terres sableuses lui suffisent et qu'elle n'a pas besoin d'arrosemens. Peulêtre, sous le climat de Paris, pourrait-on la voir réussir en lui appliquant la culture et les moyens de conservation adoptés pour les artichauts. Les Mauresobliennent encore de cette plante un suc gonimeux, inodore, d'un jaune pâle, qui découle de la lleur, et av» c lequel ils font une sorte de glu. Pépin.
La Belle-de-nuit ou Njctage {Nyctago numbilis, Mirabdis jalapa) est une plante trè^cultivée dans les jardins pour ses fleurs; elle s'y reproduit spontanément de semence chaque année ; ses racines vivaces, lorsqu'on les protège contre les fortes gelées ou lorsqu'on les rentre comme celles des dahlias, atteignent souvent des dimensions très-considérables : il en existe un pied à Soissons, dont la racine a 3 pieds de circonférence, et communément, dès la 1'^ année, ces racines ont le volume d'une carotte ordinaire. Déjà l'on a proposé d'en extraire la substance purgative connue dans le commerce sous le nom An jatap ; il serait peut-être possible aussi de VuûWs^r comme racine alimentaire, à cause de son volume. Quoi qu'il en s-oit, les graines de cette plante, qui sont fort nombreuses et fort grosses, contiennent une grande quantité de fécule que M. Payen, qui les a analysées à notre sollicitation, a trouvée d'une blancheur parfaite, très-pure, et à grains tout-à-fait libres, d'une ténuité beaucoup plus grande (jue ceux de la fécule du panais queM.BiOTavait déclarée plus fine que toutes les autres. La séparation mécanique de la partie féculente, des enveloppes et de Tendosperme, ne parait pas présenter de difficulté; seulement cet embryon, très-volumineux et composé de deux substances azotées en grande proportion, dont l'une est solubie et l'autre insoluble, renferme aussi un principe acre probablement vénéneux qu'il serait nécessaire d'éliminer par deslavages à grande eau. On peut fonder de grandes espérances sur la culture decette plante, et il esta désirer qu'on en fasse des essais en grand.
Du salep indigène. — Dans be;uicoup de contrées delà Frariceon renconlrcabondamment dans les bois et les prés différens Orchis dont les bulbes pourraient être utilisés à procurer un produit analogue au salep d'Orient, dont l'importation en France est, chaque année, assez considérable. Dès 1791, M. de MabciLLAC et récemment M. A. Chevallier ont conslatéqu'un homme peut, d.-ins sa journée, arracher de 15 à 18 livres de tubercules d'orchis frais, qui en donnent de 5 a 7 livres secs, qu'on peut convertir en une fécule très-nourrissante et très-adoucissante, et qui, lorsque la préparation a été bien faite, ne diffère en rien du salep du commerce. D'après M. de DoMBASLE,on doit récolter les orchis à l'cpoque où la plante commence à défleurir, et où