DES LABOURS
ICT
J . — Des labours à la cLarrne.
Dans tout labour à la charrue, trois points doivent particulièrement fixer l'attention du laboureur ; ce sont : 1° l'épaisseur de la bande à soulever, 2" sa largeur, et 3° la positioudaus laquelle doit la placer le versoir.
L'épaisseur et la largeur comparatives de la bande de terre a donné lieu parmi les agi'onomes à une assez grave divergence d'opinions. Les uns pensent que, pour être bon, un labour doit toujours être plus profond que large. Ils veulent que la profondeur soit à la largeur dans la proportion de 2 tiers au tiers, c'est-à-dire que si la bande a 9 pouces dans le premier sens, elle ne doit en avoir que six dans le second, la terre étant ainsi mieux ameublie, plus émiettée et remarquablement plus productive, surtout en temps <le sécheresse ; aussi, quels que soient les frais plus considérables qu'entraîne une pareille pratique en augmentant le nombre de traits, ils soutiennent que tout labour qui soulève une tranche de terre plus large qu'elle n'est profonde, est lout-à-fait contraire aux bonnes lois du labourage. — Les autres, retournant la proposition, demandent au contraire que la largeur soit à la profondeur dans la proportion de deux à un. Selon eux, un labour beaucoup plus pi'ofond que large est une opération que sa lenteur et sa complète inutilité, dans la plupart des cas, doit faire, à très-peu d'exceptions près, rejeter de la pratique. Ils ont pour eux l'exemple général;, et je partage leur avis.
Du reste, quelle que soit l'opinion qu'on se fasse à cet égard, il est des cas où l'on doit transgresser l'une ou l'autre règle. En effet, plus le sol est tenace, plus la bande doit être étroite, pour faciliter l'action de la herse ; et plus le labour est profond, moins il doit être large, parce que la charrue aurait à vamcre une trop forte résistance. — Sur des tei'rains meubles ou pour des labours superficiels, les choses peuvent se passer différemment.
Lorsqu'on cherche à diviser un sol tenace, 6à 7 po. (0°* 162 à O"" 189) peuvent paraître une largeur suffisante avec un attelage ordinaire. Plus communément on donne à la bande une larj^eur moyenne de 9 po. (0™ 24-1). — ]M. Mathieu de Dombasle, dans ses terres les plus fortes, au moyen de sa charrue attelée de trois bètes au plus, pour les premiers labours, et en donnant au soc de 6 à 8 j)o. (0'" 162 à 0°' 217) d'eutrure, ouvre une riiie qui atteint constamment de 9 à 10 po. (0'" 244 à 0™ 271).
La position de la bande de terre retournée par le versoir dépend à la fois de l'épaisseur proportionnelle de cette même bande, et de la disposition particulière des charrues. — Si la tranche est environ d'un tiers moins profonde que large, elle aura une propension naturelle à s'incliner sur la tranche précédente de manière à laisser une de ses arêtes audessus ; — si elle a, au contraire, une largeu,' couiparativemeut beaucoup plus grande, elle relomb'jra presqu'à i)lat. Il est à remarquer que la plupart des charrues perfectionnées dans ces derniers temps donnent le premier de CCS résultats, que l'on considère, à bon
droit, comme le meilleur. «Beaucoup de bons cultivateurs ont regardé, au premier coupd'œil, ce labour comme imparfait, et ne l'ont ' pas trouvé aussi propre que celui où les tranches de terre sont retournées à plat; cependant ils ont bientôt senti les motifs qui rendent ces labours préférables : eu effet, dans les terres fortes, la herse exerce une action bien plus énergique, soit pour ameublir la terre, soit pour enterrer la semence, sur un labour qui présente à la surface un angle de chaque tranche de terre, que lorsque ses dents ne font que gratter le côté plat de la tranche.
D'un autre côlé, ce labour expose bien mi'
toute la terre labourée à l'influence de luii-, des pluies et des gelées, qu'un labour plat. Il est vrai que lorsqu'on rompt une éteule, un trèfle, etc., on aperçoit ordinairement, après le labour, quelques herbes entre les tranches, dans le fond des sillons ou cannelures que laisse le labour à la surface de la terre ; mais un trait de herse les recouvre entièrement, lorsque cela est nécessaire, en abattant les arêtes 'des tranches. Dans tous les cantons où l'on a apporté quelque attention à ce sujet, on a reconnu, par expérience, que ce mode de labour est celui qui est le plus parfait dans toutes les terres et dans presque toutes les circonstances.» (Mathieu de Dombasle.)
"^ .a. — De la direction des labours.
Habituellement on dirige les labours dans le sens de la pente générale du terrain {fg. 185), pour donner aux eaux un écoule-
Fig. 185.
ment plus facile. Cependant, sur les champs d'une inclinaison considérable, surtout lorsqu'on a plusà redouter la sécheresse que l'humidité, il vaut luieux tracer les sillons perpendiculairement à cette même pente (%. 186),
Fig. 186.
non seulement pour diminuer le travail de l'attelage, mais afin que la terre et les engrais soient moins facilement entraînés par les pluies, et que celles-ci aient mieux le temps de pénétrer la couche labourable. — Les labours de ces sortes de terrains offrent toujours d'assez grandes difficultés. D'une part, ils sont fort imparfaits dans les parties où la bande de
iMw^k.^fc.AUh^'^Jïîtfé^S^S^'^.^J
fs^*?-r'?-. T^M
AGRICULTURE : FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL. i.iv. i"
terre est rejelée en haut, parce qu'elle est rarement retournée et qu'elle retombe dans la raie ; et de l'autre, parce que, si l'on rejette la tranche constamment en bas, on finit par dénuder de terre le haut de la pièce. Cependant ce dernier moyen est celui que préfèrent les bons cultivateurs ; et, comme la charrue à tourne-oreille, par suite de la forme de son soc et de son versoir, produit un travail vicieux, on a cherché à lui en substituer d'autres, qui seront décrites dans l'article suivant, sous le nom de charrues jumelles, charrues dos-a-dos, etc., et qui peuvent labourer mieux, tout en rejetant de même la terre de droite à gauche, ou de gauche à droite, selon le besoin.
Dans beaucoup de cas, au lieu 'de sillonner de bas en haut ou en travers, on trouve un grand avantage à labourer obliquement, en ayant soin de diriger la charrue à droite et non à gauche, en partant de la partie élevée du champ; car, d'après ce second mode, comme ou en peut juger d'après \^fig. 188,
Fig. 187.
autr
fe à côté, comme l'indique la fig. 189.— La Fig. 189.
pièce se trouve à la fin former une surface unie, sans autres subdivisions que celles qui résultent de la disposition plus ou moins régulière des rigoles d'écoulement des eaux. Cependant on verra tout-à-l'heure qu'on peut obtenir les mêmes résultats avec des charrues à versoir fixe.
Dans un labour à plat, lorsque la superficie du champ est réguhèrement divisée en parallélogrammes alongés, d'égale largeur entre eux, sensiblement planes et séparés par des rigoles , on dit que ce Labour est en planches.
Pout former des hillons avec une charrue à versoir fixe, on ouvre successivement des rayons parallèles dans la longueur et des deux côtés de chaque billon, les uns dans une dil'ection, les autres dans une direction opposée; c'est-à-dire que si on commence, par exemple, par lever une première bande A, {^fig. 190), du sud au nord, on vient en prendre
Fig. 190,
la terre serait jetée en haut par le trait qui va en remontant; ce qui fatiguerait beaucoup l'attelage, sans donner un bon labour '.tandis que, d'après le premier {fig. 187), lorsque la
Fig. 188.
charrue remonte, elle déverse la terre en bas.
— Il y a ainsi moins de fatigue, et la bande, n'étant jamais poussée contrairement à la pente du terrain, retombe librement du versoir dans l'une comme dans l'autre direction.
— Toutes les fois que les coteaux n'offrent pas sur des points rapprochés une trèsgrande inégalité de pentes, on peut les labourer ainsi, lors même que cela serait impraticable par tout autre moyen.
§ IV. — Des différentes espèces de labouis.
Selon les circonstances, mais le plus souvent sans autres motifs que les habitudes locales , on laboure tantôt à plat, ou en planches, tantôt en hillons.
Pour labourer à plat on fait ordinairement usage de la charrue à tourne-oreille qui, en allant et en revenant, jette toujours la terre du même côté de l'horizon, et remplit ainsi successivement chaque raie, eu eu traçant ui:e
une seconde B du nord au sud, puis une troisième C à côté de la première, une quatrième D à côté de la seconde, et ainsi de suite, en déversant toujours la terre de gauche à droite, de manière à laisser en définitive un sillon vide au milieu. — Cette première opération s'appelleyè«(^/-eou érayer le billon. — Pour le labour suivant, on commence au contraire au milieu, en sorte que les deux premières tranches soient appuyées l'une contre l'autre à la place précédemment occupée par la raie, et on continue de verser toutes les autres bandes de terre vers le milieu du billon jusqu'à ce qu'on arrive aux deux côtés, où il reste nécessairement deux raies ouvertes. Cela s'appelle endosser ov\ enrayer.
Lorsqu'on refend àe?, billons qui avaient été précédemment endossés une seule fois, il en résulte un labour presque plat ; et si l'on continue à érayer et à enrayer alternativement à une égale profondeur, il ne se forme à la surface du terrain aucune élévation sensible: — on obtient ainsi des planches plutôt que des billons. — Lorsqu'on endosse, au contraire, plusieurs fois de suite les mêmes billons, on leur donne une forme de plus ea plus bombée.
On a nommé billons simples {fig. 191), ceux qui ne présentent qu'un seul segment de cercle entre deux raies creusées au mêaae
i)ES LABOURS.
Fig. 191. nivfiaii.— Il y ades
billons simples
composés de deux
traits de charrue
Ijseulement, c'est-à-
Vdire d'environ 2 pi.
— il y en a de quatre, de huit, de dix traits;
— il y en a aussi de vingt et même de trente, qui acquièrent par conséquent de 6 à 10 mètres de largeur.
Les billons doubles {fig. 192) sont subdi-
Fig. 192.
vises en trois ou quatre billons plus petits, séparés par des rigoles moins profondes que les deux principales, et creusées à des niveaux différens sur la double pente du grand billon.— Cette disposition est peu ordinaire.
De même qu'il y a des billons de toutes les largeurs, entre deux tiers de mètre jusqu'à 15 mètres et plus, il y en a aussi de toutes les hauteurs, entre ceux qui se confondent presqu'avec les planches, et ceux qui s'élèvent au-delà de 3 à 4 pi. ( 1 m. à 1 m. 325).
A^'antages et inconvéniens du biilonnage.
— On a beaucoup dit pour et contre la pratique du biilonnage. Les uns trouvent qu'au moyen de billons bien faits on fournit aux plantes une couche labourable plus épaisse, qui contribue efficacement à leur belle végétation, qui les fait jouir, même sur les fonds les moins riches en terre végétale, des avantages des labours profonds, et qui permet (résultat incalculable dans l'état actuel de notre agriculture) d'introduire sur ces terrains peu privilégiés les récoltes de racines sarclées;— que sur les ados, l'humidité n'est jamais trop grande, quoique la sécheresse soit rarement redoutable, parce que la terre meuble du dessous consei've et communique pendant long-temps sa fraîcheur jusqu'aux racines; — que cette disposition du sol, procurant aux cultures tout-à-la-fois plus d'air et de lumière, favorise la formation du grain dans les épis et la maturation; — que, dans les temps de piuie, l'eau dont les plantes sont surchargées est plus promptement essuyée;
— que ces plantes courent moins le risque de verser; —enfin, que le sarclage est plus facile.
D'un autre côté, on répond : que si les billons sont larges et fort relevés, la meilleure terre se trouve inutilement amassée dans le milieu, et peu-à-peu mise hors d'action par la profondeur à laquelle elle est enfouie; — qu'à la vérité, dans les climats humides, la sommité des ados se trouve à l'abri des infiltrations, mais que les bas-côtés y sont d'autant plus exposés que l'eau, par une cause ou une autre, s'accumule presque toujours, au moins par places, dans les rigoles, et qu'il est le plus souvent impossible de faire des saignées dans le sens des tiiverses pentes du terrain ; —que, dans les temps de sécheresse, .lorsqu'il survient une pluie d'orage, au lieu de pénétrer dans la croûte dur-
cie qui forme la surface du sol, elle ne faif que glisser à sa superficie, de sorte que quelquefois les rigoles sont insuffisanles pou< con tenir l'eau qui s'y estjetée, ta II dis que l'ados se trouve presque aussi sec qu'auparavant; — que, lorsque les billons sont diiigés de l'est à l'ouest, les récoltes sont ordinairement moins belles et toujours beaucoup plus retardées dans leur végétation du côté du nord que de celui du midi; — que, dans les terres sujettes au déchaussement, le biilonnage augmente encore cette fâcheuse disposition;— enfin,que, non seulementavec de hauts billons les labours et surtout les hersages sont plus difficiles, mais que les labours croisés, qui sont parfois si utiles pour remédier à l'imperfection des autres dans les (erres fortes, sont impraticables. — Si les billons sont étroits, tout en conservant une grande élévation, l'endossement demande beaucoup de temps et exige une grande force de tirage; il n'est pas plus aisé de refendre; l'ensemencement est irrégulier, et les travaux de la récolte se font avec encore moins de facilité. — La multiplicité des raies occasione une perte notable de terrain. — Quant aux billons très-étroits composés d'un petit nombre de traits de charrue, et dont l'usage se lie nécessairement à celui des semis sous raie , ils sont accompagnés, dit M. Mathieu de DoMBASLE, d'un si grave inconvénient qu'ils devraient être proscrits comme métliode générale de culture. Cet inconvénient, senti de tous les praticiens, consiste à forcer le cultivateur à labourer, à l'époque même des semailles, toute la sole qu'il veut ensemencer, ce qui exige un espace de temps considérable pendant lequel la saison n'est pas toujours favorable; tandis qu'en donnant à l'avance le labour de semaille, on a la faculté de choisir le temps le plus convenable pour répandre la semence et pour l'enterrer à la herse ou à l'extirpateur.
Si donc les billons ont parfois des avantages incontestables, le labour à plat ou en planches doit être préféré dans la plupart des cas. — Je trouve qu'il y a peu d'objections raisonnables à faire au passage suivant que j'extrais littéralement de Thaer : « L'écoulement des eaux que dans bien des lieux on cherche à procurer surtout par le moyen des rigoles qui séparent les billons, s'obtient toujours d'une manière plus parfaite au moyen des raies que, sur le champ labouré à plat, on trace d'abord après avoir accompli la semaille, et auxquelles on donne la tendance lapins directe et la plus propreà l'écoulement de ces eaux, ce qui n'a pas toujours lieu pour les rigoles des billons. Ces raies d'écoulement peuvent être multipliées dans les lieux où elles sont nécessaires, et l'on en fait abstraction dans ceux où elles ne seraient pas utiles. Les sols labourés à plat conservent une égale répartition de leur terre végétale sur toute leur superficie, tandis que ceux labourés en billons en sont privés dans des places pour l'avoir en surabondance dans d'autres. Ces premiers conservent sur toute leur étendue une même épaisseur de terre reuuiée; ils faNonsent une répartition plus égale du fumier qui, sur les terrains labourés en billons étroits, a de la disposition à s'amasser dans les ri
goles : leur matière extractive n'est pas eatrainée sur la pente des billons et dans les rissoles. Mais surtout la scaicnce y est mieux
répartie; on l'y répand à la volée. La herse y agit sur toute la surface et d'une manière plus unUoruie; le hersage, en rond, qui est si efficace, devient à peu près im|)raticable sur un terrain labouré en billons;le hersage eu travers même est rendu beaucoup plus difficile par cette dernière manière de disposer le sol. Aussi le terrain labouré à plat peut-il beaucoup mieux être nettoyé de chiendent et des mauvaises herbes qui se multiplient par leurs racines. Le charroi, et surtout celui des récoltes,y est beaucoup plus facile. Enfin le faucheur et le faneur y accomplissent leur travail avec bien moins de peine. Les céréales y reposent à plat après qu'elles ont été séparées de leur chaume; elles n'y tombent pas dans les rigoles pour y être gâtées par les eaux, comnie cela n'arrive que trop souvent dans les champs labourés en billons étroits. Le ràteauy a^itavec beaucoup plus de promptitude, et c'est seulement là qu'on peut se servir du grand râteau, qui rend de si bons services lors de la moisson. »
On sait qu'une des premières améliorations qu'ait apportées aux terres basses de son exploitation le célèbre directeur de la ferme de Roville, a été d'aplanir leur surface par des labours successifs, en détruisant les billons qu'on y avait élevés avant lui avec tant de peines et de soins. O. Leclerg-Thouix.
Section ii. -^ Des charrues considérées comnie instrumens de labour et de préparation des terres.
Les charrues les plus simples se composent de diverses parties que nous devons étudier d'abord séparément, afin de connaître leur usage et, autant que possible, les conditions les plus nécessaires à leur bonne construction. Ce sont : le soc, le contre, le sep, le versoir, l'âge ou la haye, le régulateur q\. le manche.
Cette première partie de notre travail accomplie, après une courte mais indispensable excursion dans le domaine de la dynamique, afin de mettre le lecteur à même de juger de la résistance que présentent les diverses sortes de charrues à l'effort des animaux qui les traînent, et d'apprécier les moyens de diminuer la force de traction, nous traiterons successivement des araires proprement dites; — des araires à support sous l'âge ; — enfin des charrues à avant-train qui nous présenteront plusieurs subdivisions, eu égard à la fixité ou a la mobilité de leur versoir, au nombre de leurs socs, etc., etc.
A.RT. I-'. — Des dii'erses parties essentielles des charrues.
§ P^ — Le soc.
Le soc est la partie de la charrue qui détache la bande de terre, concurremment avec le contre, et la soulève en avant du versoir.
Sans remonter jusqu'à l'antiquité, si nous devions seulement tracer ici un tableau historique de toutes les charrues encore exis-
FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL. t.iv. i".
tantes dans les diverses parties du monde, nous verrions que l'aspect et les dimensions des socs varient à l'infini. Toutefois, à ne considérer que ceux dont l'usage est le plus général, on peut les ranger en deux divisions: — Les uns ayant la forme à\\njer de lance ou d'un triangle isocelle plus ou moins alongé, également tranchans des deux côtés (y?g.ly3); les autres à une seule aile terminée,
du côté qui en est privé, par une ligne droite alignée avec le corps de la charrue, et ne formant ainsi que la moitié desautres {Jig. 194).
Les premiers sont indispensables pour les charrues à double versoir ouà tourne-oreille; les seconds s'appliquent aux charrues à versoir fixe.
Le soc se compose de deux parties fort dittinctes : l'aile ou les ailes (A A.^fig. 193 et 194 ), dont la destination est de trancher latei're,et la souche B, fîg. 194, qui n'a d'autre but que d'unir cette partie essentielle à la charrue, et de commencer, pour ainsi dire, la courbure du versoir. — La bande qui forme et qui avoisine la pointe et le tranchant s'use à peunrès seule durant le travail; elle comprena ce que M. l\L\THiEU DE DoMBASLE appelle la matière à user. « La proportion entre ces deux parties, dit, dans un travail récent, cet agronome, l'un de ceux qui ont incontestablement le plus contribué de nos jours au perfectionnemeut de la charrue, peut varier considérablement, et l'on conçoit facilement que le soc est d';:utant meilleur sous le rapport de la dépense de renouvellement, que la souche est en poids dans une moindre proportion avec la matière à user. Les socs énormes dont on fait usage dans le nord et l'est de la France, ainsi qu'en Belgique, pèsent commimément de 18 à 24 livres, ils coûtent de 18 à 24 fr., et ils ne contiennent que 2 à 3 livres au plus de matière à user. C'est là, certainement, une proportion très-défavorable. Dans les charrues que l'on construit à Roville depuis dix ans, les socs étaient un peu moins pesans, mais la proportion de la matière à user n'était pas encore améliorée : je l'évalue à deux livres environ sur des socs qui pèsent 14 à 15 livres, et qui coûtent 12 francs. En 1832, on a adopté dans les fabriques de Roville une charrue d'nu nouveau modèle, dont le soc est beaucoup plus léger et ne dépasse guère 9 à ÎO livres. C'est uniquement sur la souche que porte l'économie de poids, et la matière à user reste la même que dans les anciens, en sorle que la proportion est maintenant beaucoup plus favorable. »
Beaucoup de socs se fixent au sep ou à la gorge de la charrue par une douille ou cnsochure. — Tantôt ce sont les deux côtés \^volongés des triangles qui se recourbent en-dessous pour emboîter l'extrémité antérieure du sep ; — tantôt la douille est placée entre les deux ailes, à peu près comme dans un fer de lance; — tantôt, enfin, elle se trouve à la partie gauche de l'aile unique des charrues à versoir fixe.Cependant, depuis quelque temps.
CifAP. G*.
DES CII/VRRUE;
la méthode américaine commence à se répandre; elle consiste à applic^uer et à fixer le soc à la |)ai*lie antérieure et inférieure du corps de la charrue par deux boulons à écrou, que le laboureur peut ôter lui-même et remettre chaque fois que le besoin de changer le soc se fait sentir.
La nouvelle araire écossaise dont nous donnerons plus loin la figure entière, telle qu'elle existe depuis peu de temps dans les ateliers de l'un de nous (M. Molard), est munie de 3 socs de rechange on fonle, portés par un bras, ou plutôt par une sorte de moi-
f;non accompagnant le sep, à l'aide duquel le aboureur peut les fixer et même les faire pénétrer plus ou moins profondément dans le sol, avec promptitude et facilité, à l'aide d'une simple clavette, ainsi que l'indiquent les détails des^g. 195, 196 el 197. A,/^. 195, soc p- „r vu isolément en-des-
tig. iJo, gyg^ gygp lgg 2 barres
b b qui servenl à l'adapter à l'extrémité du sep. — B, /7^'. 196, soc vu isolément endessous ; c c représentent les ensochures qui le retiennent sur le moignon 6, fig. 197, à l'aide de la clavette e. — La fis- 197 donne une idée de la partie antérieure de la charrue, vue en-dessous, au point de jonction du sep, du soc et du versoir. Celte disposition, remarquable par sa grande simplicité, nous parait une notable amélioration. — Chaque soc de rechange est ou peut être de dimensions différentes et combinées avec ia largeur qu'on veut donner à la raie.
M. HuooNET du Jura a approprié à une charrue légère, à tourne-oreille {fig. 249 ci-après), un soc qui réunit le double avantage de remplacer le contre et de changer de position au commencement de chaque sillon. La fig. 198 Fig. 198.
fera comprendre cette ingénieuse innovation- K.,fig. 198, soc disposé de manière à labourer du côté droit; — b manche en fer dudit soc qui tourne dans l'étançon antérieur de la eharrue, et auquel on a adapté une lige c, lorminée par une poignée c/. Cette tige, mobile entre les deux mancherons, peut se fixer, à l'aide d'un crochet, à celui de gauche ou de d: oilc, suivant que le versoir est de l'un ou de l'autre de ces côtés; elle fait tourner le soc sur lui-même, dans son mouvement, do manière que lorsqu'un de ses côtés U-an-
chans se relève perpendiculairement au sol pour tenir lieu de contre, l'autre s'abaisse horizontalement pour détacher la tranche du fond du sillon.
La plupart des socs, construits en fer, sont chan.s.séi- (l'une lame d'acier soudée sous le tranchant; on les rebat à chaud sur l'enclume à mesure qu'ils s'usent, et plus lard on les rechausse d'une nouvelle lame, opération assez difficile à bien faire, et dont la dépense varie de 5 à 8 et même 9 fr., selon les dimensions du soc et la quantité du métal. — Depuis quelques années, on fait à Roville les socs, petit modèle, dont il a été parlé cidessus, entièrement en acier. On ne peut, à la vérité, les rechausser avantageusement, mais par compensation il est facile de les rebattre pendant beaucoup plus long-temps que les autres, et, sous ce point de vue, ils présentent un incontestable avantage, parce que toute la matière à user se compose d'acier, tandis que dans les socs en fer, même en supposant que la soudure ait été parfaitement exécutée, le marteau attire du fer vers le tranchant, en même temps que de l'acier, à chaque rebattage.
Un des principaux avantages des socs américains, d'après M. Mathieu de Dombasle, consiste en ce que le poids de la souche est diminué, en sorte que la proportion entre cette dernière et la matière à user est beaucoup plus favorable que dans tous les autres. Les socs américains que l'on construit à Roville pèsent 6à 7 livres, et un tiers, au moins, de ce poids consiste en matière à user. Ces socs, entièrement en acier, peuvent s'exécuter
Eour le prix de 6 francs, et font un service eaucoup plus long, sans rechaussage, qu'un soc de 20 fr. en fer chaussé d'acier. — Lorsque le premier est usé, il n'en coûte pas plus pour le remplacer par un neuf, qu'il n'en eût coûté pour faire rechausser l'autre; — on a, du reste, la vieille souche d'acier, et l'on ne court pas les risques d'un rechaussage mal exécuté. On peut, d'ailleurs, avoir des socs neufs d'avance, pour les employer au moment du besoin, au lieu d'attendre le loisir du maréchal pour rechausser un vieux soc.
La forme du soc américain permet aussi de le construire en fonte, et cette construction est fort économique, puisqu'un soc de cette espèce ne coûte que 30 ou 40 sous. On fait en Angleterre un très-fréquent usage des socs de charrue en fonte. D'après les expériences tentées à Roville depuis quelques mois, on a reconnu qu'on peut tirer de cette construction, dans beaucoup de circonstances, un bien plus grand parti qu'on ne le croit généralement.
, Nous devons ajouter que la fonte-acier, dans laquelle on fait entrer, au minimum, xxn seizième d'étain, et qui acquiert ainsi une dureté plus grande que l'acier trempé luimême, devra être généralement préférée à la fonle ordinaire, dont elle ne dépasse pas beaucoup le prix.- Les épreuves leitéréesflnon:breuses qui ont été faites depuis plusieurs années des qualités de cette composition dans la construction des petites meules du moulin Molard, permettent de prononcer, avec assurance, (lu'elle pl•é^cnteI•ait de fort grands avantagea rpour la fctbricatiou ilo -toutes
les parties qui s'usent dans les charrues.
Enfin, on peut aussi construire des socs américains, entièrement en Jer; il est vrai qu'ils s'usent vite, mais ils se rebattent facilement; et comme ces socs ne coûtent qu'environ 3 fr. pièce, on trouvera dans beaucoup de cas que leur usage est fort économique.
M. Desjoberts, notre collaborateur, grand propriétaire-cultivateur, emploie un procédé très-simple pour aciérer ses socs de charrue. Le soc est en entier en fer forgé et fini comme à l'ordinaire ; quand il est terminé, on pose sur l'extrémité un morceau de fonte de fer gros comme le pouce, et l'on chauffe au blanc, un peu moins toutefois qu'on ne le fait pour le soudage. Aussitôt que le morceau de fonte commence à fondre, on le promène avec une tige de fer sur toutes les parties du soc que l'on veut aciérer. La fonte s'incorpore avec le fer, et le soc ainsi préparé se trempe au rouge cerise, sans recuit. Cette opération est plus facile que la soudure de l'acier avec le fer; elle est bien moins dispendieuse, ptiisqu'elle n'exige qu'une chaude. Avec une vieille marmite de fonte, ou peut, pendant 2 ou 3 ans, aciérer tous les socs d'une ferme.
Le côté tranchant de l'aile des socs des charrues à versoir fixe forme avec le côté opposé, à partir de la pointe, un angle plus ou moins aigu. Lorsque l'ouverture de cet angle est considérable, la bande de terre soulevée offre plus de largeur;— lorsqu'elle est faible, le soc pénètre avec plus de facilité. — Ordinairement, toutefois, l'obliquité est d'environ 45 degrés.
§ IL — Du coutre.
En avant du soc, pour régulariser et faciliter son action, se trouve le coutre, espèce de couteau destiné à trancher la terre verticalement , ou à peu près verticalement, et, dans les charrues à versoir fixe, à séparer la bande, sur le côté opposé à ce versoir, du sol non encore labouré.
La forme des contres varie : tantôt ils sont droits, tantôt recourbés en arrière comme les tranche-gazons; le plus souvent ils se recourbent légèrement en avant, à la manière des faucilles; et si cette disposiiion n'est, pas plus que la première, celle qui diminue la résistance, elle semble avoir, d'ailleurs, divers avantages particuliers. — Un coutre concave donne à la charrue une légère tendance à prendre de l'entrure, et compense un peu l'action des traits qui tendent, au contraire, à relever la machine; — ii facilite, en les soulevant, l'extraction des racines et des pierres qu'un coutre droit ou convexe ne ferait que pousser en avant ou même qu'enfiincer davantage; — il diminue plus efficacement l'adhérence des parties constituantes du sol, et sa puissance s'exei'çant obliqu( ment de bas en haut, il commence, en quelque sorte, le travail du soc qui vient après lui. Le même but est atteint avec un contre droit, incliné plus ou moins vers l'extrémiléde l'âge.
En principe, le coutre devrait être aligné en entier dans le sens de la pointe du soc; mais, comme on en fixe le manche au milieu de l'âge, où il esi ordinairement retenu par des coins, il est clair que s'il tombait perpen*
FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL. Liv. i*'.
diculairement, il se trouverait trop à droite.
En conséquence, on le dirige obliquement vers la gauche, et la résistance qu'il éprouve dans le sol, par suite de cette inclinaison, peut se trouver sensiblement augmentée dans les labours de quelque profondeur. Elle nuit, d'ailleurs, à la bonne et facile exécution du travail. C'est pour ce motif qu'on a inventé des contres a manches coudés, ou fixés par un mécanisme particulier sur la gauche de lage , de manière que la lame n'offre plus une telle obliquité. Cette disposition présente des avantages trop peu appréciés de la plupart des cultivateurs.— Dans les charrues dont le corps est entièrement en fer coulé, et dans quelques autres, le contre est maintenu dans une entaille latérale, au moyen d'un boulon ou d'un coin.
Fig. 199, coutre fixé au milieu de l'âge.
Fig. 200, coutre à manche coudé.
Fig. 201, coutre de la charrue de Roville. Fig. 199. lig. 200.
rnÊj
Fig. 201.
Les contres doivent avoir nne Jorce proportionnée à la résistance que présente chaque espèce de terrain; à peine utiles dans les sols d'une grande légèreté, ils deviennent d'une indispensable nécessité sur ceux qui se distinguent par leur compacité. On a recommandé avec raison A'aciérer leur tranchant; et, comme il essuie un frottement trèsfort, l'acier doit souvent en être renouvelé. — Lorsqu'il s'agit de défoncemens ou de défriches dans des champs qui contiennent de nombreuses et fortes racines, au lieu d'un coutre, on en met quelquefois deux et jusqu'à trois, en leur donnant progressivement une entrure moindre, à partir de celui qm est le plus rapproché du soc.
Dans quelques circonstances, ainsi qu'on a déjà pu le voira YavUcXe. Ecobuage , page 118, au coutre ordinaire on substitue, pour des labours peu profonds, un disque métallique tournant sur son axe comme une roue et tranchant à la circonférence, tel qu'il a été représenté fig. 76.
§ III. — Le sep.
Le sep est cette portion de la charrue qui reçoit le soc à sa partie antérieure, et, assez communément, l'origine du manche à sa partie postérieure. — Il glisse au fond du sillon de manière à s'appuyer sur la terre non labourée, du côté opposé au versoir. Tantôt
cnAP. 6'. DES CHARRUES,
il ne fait qu'un avec la gorge qui le prolonge et l'unit à l'âge, comnne dans la^^. 202; - Fig. 202.
tantôt il est fixé à cette dernière pièce par nri plateau {fig. 203) ou par deux élançons ou montans {fig. 204).
Fig. 203. Fig. 204.
Dans tous les cas, la résistance occasionée
f)ar la cohésion de la terre se faisant parlicuièrement sentir à la face inférieure et latérale du sep, il faut avoir soin de lui donner nn poli aussi complet que possible; de le travailler en bois dur, tel que le hêtre, le chêne, etc.; de le garnir de bandes de fer en dessous, ou même de le construire en entier en fer forgé ou en fonte nerveuse.
M. Mathieu de Dombasle, pour remédier au seul inconvénient reconnu aux charrues à bâtis en fonte, la prompte usure du talon des seps dans les sols sablonneux, fait construire des seps dont le talon, formant une pièce détachée, peut se démonter à volonté et se fixer avec des boulons à vis.
II est évident que plus un sep est long et large, plus le frottement est considérable, mais aussi plus le mouvement de la charrue est régulier et son maniement facile, en raison de la multiplicité des points d'appui. Lorsque la semelle est neuve, elle est ordinairement un peu concave; en s'usant, elle devient de plus en pins convexe, à mesure que les angles s'usent, et alors elle tient moins bien la raie. Cependant vme forme analogue se retrouve dans quelques araires du Midi, et notamment dans celle de Montpellier.
Afin de diminuer encore plus le frottement sans nuire à la régularité de la marche des charrues, on a exécuté en Angleterre, et on est dans l'usage, en certains cantons de ce pays industrieux , d'utiliser exclusivement des seps dont le talon est porté sur deux roues {fig. 205), ou dont toute la partie qui
Fis:. 203.
Fig. 206,
se prolonge postérieurement au-delà du soc est évidée de manière à recevoir une seule roue {fig. 206) fixée dans une mortaise, au
moyen d'un axe qui traverse le sep dans son épaisseur. Il est de fait que le mouvement progressif de rotation des roulettes, ou de la roulette dont il vient d'être parlé, sans diminuer en rien la régularité du labour, rend la traction plus facile, puisque le sep n'éprouve plus de frottement continu que sur un bien moins grand nombre de points. Cependant cette amélioration ne s'est point encore fait jour dans nos campagnes ; nous faisons des vœux pour qu'elle y soit tentée.
§ IV. -- Le vcrsoir.
Ce n'était point assez de détacher la bande de terre du fond du sillon; pour atteindre toutes les conditions d'un bon labour, il fallait encore la soulever, la déplacer et la retourner de côté dans la raie précédemment ouverte. Telle est la destination du -versoir.
Lesversoirs affectent deux formes principales qui se modifient, on peut dire à l'iuîini, dans leurs proportions et leurs détails. — Ils sont planes {fig. 207 ) ou diversement contournés \Jig. 208 ).
Fig. 208. Fig. 207.
Planes. Ils sont ordinairement faits d'une planche plus ou moins large, plus ou moins mince, clouée ou accrochée au côté droit du sep près du soc, et tenue à distance de ce même sep, à sa partie postérieure, par un nu deux bras. Dans cette position, ils repoussent la bande de terre, et la retournent même tant bien que mal, lorsqu'elle offre une certaine consistance, et qu'ils ont une longueur et une obliquité convenables. I\Iais, dans la plupart des circonstances, ils donnent dos résultats fort imparfaits, et, par surcroit d'inconvéniens, le poids et le frottement de la terre, dont ils ne sont débarrassés que lorsqu'elle a dépassé leur extrémité, augmente considérablement la résistance au tirage.
Naguère, les versoirs de la plupart de nos charrues avaient cette forme vicieuse. Beau coup l'ont même conservée; néanmoins, depuis un certain nombre d'années, les versoirs contournés se sont multipliés en France d'une manière remarquable. Tous les cullivatours qui connaissent le prix et les conditions d'un bon labour les ont adoptés pour toutes charrues autres que la charrue à tourne-oreille. Encore venons-nous qu'on a cherche, sniis changer la direction si commode du travail de celte dernière, à la remplacer par des charrues à versoir fixe qui pussent rejeter alternativement la bande à droite et à gauche.
Jefferson est, à notre connaissance, le
Fremier qui ait formulé géoinétri(|uemi'nt iirt de (lonner aux versoirs conca\'o - convexes une courbure identique cl modifiable selon des règles fixes, eu égard h la largeur et la profondeur du sillon pro|)osé, ainsi qu'à la longueur de l'arbre de la charrue, depuis la jonction avec l'aile jusqu'à son arrièrebout. Son beau travail, que nous regrettons de ne pouvoir leprodnire dans un ouvrage de la nature de celui-ci, publié dans le l*"" ' volume des Annales du 3Iuséum d'histoire naturelle, en 1802, eut alors en Europe une ré[)utation nuM'itée. Toutefois, quelques essais, trop peu nombreux peut-être, durent faire penser que la forme adoiitée par l'honorable président des Etats-Unis n'était pas diris tous les cas la plus parfaite, et elle fut en consécpience modifiée, selon les localités, d'une manière plus ou moins heureuse.
Il serait fort difficile de décrire bien intelligiblement, même à l'aide de figures, les modifications déforme des versoirs con?t\dérés de nos jours comme les meilleurs, et encore plus d'indiquer, pour l'un d'eux, les conditions d'une perfection qui n'existe pas d'une manière absolue. En effet, si dans les terrains légers, ou déjà divisés, une courbure considérable produit en général le meilleur effet, dans les sols plus consistans. et particulièrement sur les défriches des champs enherbés, avec une concavité moins grande on arrive à de meilleurs résultats. — Dans notre opinion, qui est appuyée de l'imposante autorité de Tn\ER, et de la pratique, chaque jour plus répandue, de nos meilleurs agriculteurs, le versoir doit être combiné de manière à retourner la bande obliquement, ainsi que l'indique \'Ajig. 209, plutôt qu'à plat. « Cette in- Fig. 209.
clinaison, dit l'agronome, justement célèbre, (pie nous venons de citer, est précisément celle qui, au moyen des espaces restés vides entre chaque tranche, opère l'ameublissemenl du sol de la manière la plus parfaite; car l'air est ainsi en quelque sorte renfermé dans la terre et entre en contact même avec la partie inférieure du sol. Ces espaces servent aussi à conserver l'eau que les pluies ont amassée dans la terre, et, lorsque cette humidité est évaporée par la chaleur, le sol s'ameublit encore davantage. La terre alors descend peu-à-peu et remplit les espaces vides. Celte surface, qui contient autant de jirismes qu'il y a de raies, a beaucoup plus de points de contact avec l'atmosphère, et lu herse y a une action bien plus sensible (jue sur une surface unie, à tel point même que, non seulement la terre en est pulvérisée, mais qu'encore les racines qui y sont contenues sont arrachées par cet instrument. Ainsi donc, dans tous les terrains qui ont besoin d'être divisés et ameublis, cette inclinaison des tranches a de grands avantages, et £'e6t dans des terrains tro^^ légers seuletueut
DONNER AU SOL. mv. i«'.
qu'elle peut avoir des inconvénlens. . . ■
Le grand avantage des versoirs concavoconvcxes sur les v»;rsoirs plats, c'est qu'au moyen de leur courbure, la teric, en s'élevant sur le soc et le versoir, est tournée sur son axe, de sorte qu'à mesure que le mouvement s'opère, la bande, entraînée par son propre poids, se détache d'elle-même après un court frottement.
Dans un terrain d'une consistance moyenne, assez siliceux pour user promptement les parties frottantes de la charrue, si on emploie un versoir en bois, déjà disposé d'après les principes connus, on remarque que la surface agissante prend la forme exacte que suit la bande dans les divers mouvemens d'ascension et de renversement. Par ce moyen, résultat bien simple d'une pratique continue, le versoir usé peut devenir un modèle qu'il est facile de reproduire en fonte, en suivant exactement sa courbure à l'aide des procédés connus des sculpteurs pour mettre au point.
Aux versoirs en bois on a substitué généralement, dans les temps modernes, ceux en Je?- battu ou enjonte. Ces derniers, beaucoup plus durables et plus solides que ceux de bois, et moins coûteux que ceux de fer forgé, ont sur les uns et les autres l'avantage d'une exécution parfaitement uniforme. Ils se polissent à l'usage, de manière à présenter une siu'face parfaitement lisse, qui retient beaucoup moins la terre que le bois, toutes les fois que celle-ci n'est pas pénétrée d'une humidité surabondante : dans ce dernier cas il peut arriver qu'un versoir en bois soit préférable à tout autre. Cependant c'est ici le lieu de dire que l'Anglais Finlayson, dont nous ferons connaître plus loin quelquesuns des travaux, a inventé un versoir composé de 3 ou 4 bandes de fer dirigées dans un sens presque parallèle au sep, et dont la courbure peut être réglée comme dans le versoir ordinaire dont elles forment pour ainsi dire la charpente; de cette sorte les points de contact avec la terre étant beaucoup moins nombreux, le frottement est diminué d'autant. Cette innovation singulière, a, dit-on, reçu, depuis quelques années, chez nos voisins d'outre-mer, la sanction de l'expérience.
Les versoirs se fixent h la charrue de plusieurs Xi\2,\\\kvçi%: Antérieurement : tantôt par des boulons adhérens au montant de devant, qui unit le corps du sep à la haye, comme dans la charrue américaine, — tantôt par une agrafe qui embrasse en entier ce même montant, comme dans la grande charrue écossaise (d'après cette disposition le versoir peut s'écarter du sep plus ou moins, selon la largeur de l'aile du soc); — tantôt enfin parun boulon horizontal qui traverse le sep, et autour duquel le versoir peut être élevé verticalement ou abaissé pour le service, comme dans la charrue Hugonet modifiée, que nous décrirons plus tard, et qui est destinée à labourer à la manière des charrues à tourne-oreille; — Postérieurement: soit contre le corps du sep et le montant de derrière, — soit par une disposition particulière (Jig. 210) qui permet, ainsi qu'il a déjà été dit, de lui donner plus ou moins d'écartement à l'aide d'une vis a et de deux écrous b b fixés de chaque côté
cnAP. 6''
DES CHARRUES d'une lige en forme
dause , bouloiiiiée , d'une pari sur le sep
r, de l'autre sur la liaye et le mancheron d.
J* V. — De l'âge.
Les diverses pièces que nous avons jusqu'ici examinées forment le corps de la charrue, c'est-à-dire la partie qui opère directement sur le sol. Pour lui imprimer le mouvement à l'aide des animaux de trait, et pour la diriger convenablement, on a dû lui ajust er deux autres pièces principales, qui sont l'âge ou la haye ^ quelquefois aussi nommé flèche, et le manche ou les mancherons: L'«^e {fig. 211 ) est destiné à recevoir et à
Fig. 211.
transmettre le mouvement de progression à la machine entière. Assez souvent il est assujetti sur le devant de la charrue par le montant on la gorge, à l'exIrémiLé inféi"ieure de laquelle s'unissent le sep et le soc, et sur le derrière par le manche gauche. — D'autres fois il est supporté par deux élançons AA, l'un antérieur, l'autre postérieur; par un seul étançon B et la prolongation du manche C, etc., etc.
'Il est évident que l'union de ces parties doit se faire de manière que, quand les traits sont convenablement fixés,la charrue marche parallèlement à la surface du sol, et pour cela il faut que l'âge ne soitni trop relevé ni trop abaissé sur le devant ; car, dans le premier cas, le soc serait entraîné trop profondément en terre, et dans le deuxième il tendrait à en sortir. Sur la plupart des charrues modernes il est dirigé parallèlement au sep, où il s'écarte légèrement de celte direction en se relevant un peu de son extrémité postérieure ▼ers son extrémité antérieure.
Dans les charrues à avant-tram on peut obtenir l'entrure et l'horizontalité voulue, soit en élevant ou en abaissant la baye sur son point d'appui, ce qui se fait, comme nous le verrons, de diverses manières; soit, ce qui revient au même, en diminuant ou en augmentant la longueur de la partie de l'âge qui se trouve entre la sellette et le corps de la charrue. — Dans les araires, le point d'atlache étant toujours à l'extrémité antérieure de l'âge, on arrive au même résultat en haussant ou en baissant les traits à l'aide du régulateur dont il sera parlé ci-après.
\.n. forme de l'âge n'est pas entièrement indifférente; tantôt elle est droite d'un bout h l'autre, tantôt elle est droite et courbe touth-la-fois : droite depuis son origine jusqu'au
I contre, et plus ou moins concave Se ce point jusqu'à l'exlrt-niilé antérieure. Cette dernière disposition, qui ne change absolument rien à la ligne mathémalitjue du tirage, présente surtoul des avantages dans les charrues à plusieurs contres et pour les labours en des terrains couverts de chaumes, de bruyères ou autres végétaux qui ne peuvent pas s'accumuler aussi facilement au sommet de l'angle formé par le contre et la haye.
§ VI. — Le régulateur.
Le régulateur, ainsi que son nom l'indique, sert à régler l'entrure de la charrue, et dans son état de perfection, a modifier la largeur de la raie ouverte par le soc.
Pour les charrues à avant-train, tout ce qui contribue à élever ou à abaisser la haye sur son appui, à rapprocher ce point ou àVéloignerdu corps delà charrue, ou enfin à modifier la direction du tirage, doit être considéré comme régulateur. — Parfois c'est une simple broche h., f g. 212, qui maintient l'anneau où s'attache la chaîne, et qui peut la fixer plus ou moins haut sur l'âge, au Fig. 212 A. 213 B.
moyen de Irons pratiqués de proche en proche pour la recevoir ; — d'autres fois ce sont des rondelles B/g. 213, qui s'interposent, en plus ou moins grand nombre, entre ladite broche et le jioinlde tirage; — en certains cas le régulateur est invariablement fixé sur le timon. Dans la charrue Ctullaime, ce sont deux montans D percés de trous nombreux (^i^ 214) le long desquels on fait glis-
ser la sellette, qui se peut ensuite arrêter et consolider, à la hauteur voulue, par de simples broches et des boulons à écrous. — Ailleurs, comme dans les charrues Rosé les plus récentes, on peut faire varier l'entrure d'une manière encore plus prompte, à l'aide d'une vis S. fig. 215, mobile dans un pas fixe, et qui abaisse ou élève l'avant-train R tout entier, avec l'âge C dont il détermine ainsi la plus ou moins grande obliquité.
Pour les araires pio^ivemcul dites, le régu«
IW
AGRICULTT^RE Fig. 215.
FArX).\S GENERALES A DONNER AU SOL. tiv. i".
pfeiiiiôre Iiorizoïitalenionl , la seconde verlic-aloniont, et toutes deux se fixer solidement, lorsqu'il y a lieu, au moyen d'un ccrou à vis.
Pour les charrues h roue ou à sabot, le régulateur n'étant destiné qu'à déterminer la largeur de la raie, la tige verticale devient moins utile. Les fig. 219 et 220 n'ont pas be-
Fig. 219. Fig. 220.
lateur varie aussi beaucoup de forme, mais il est toujours fixé à l'extrémité antérieure de la llcclie. — Layî"«-. 216 représente un des Fig. 216. plus simples, vu de fa-
ce en A et de profil en B. La tige dont il se compose traverse ime mortaise dans laquelle il est fixé plus ou moins haut , au moyen d'un boulon transversal. La branche horizontale ou cremaillère C, qui peut se tourner à gauche ou à droite à volonté, reçoit dans une de ses dents le dernier anneau D de la chaîne, au moyen de laquelle il est ainsi facile de faire prendre plus ou moins de largeur de raie. — Le crochet E sert à retenir la balance des chevaux.
La/!g. 217 donne l'idée d'un autre régulateur non moins simple, qui se compose d'une bride A tournant sur la flèche au moyen d'une cheville de fer qui lui sert d'axe. Une clavetteB placée, selon le besoin, dans un des trous de la partie supérieure, suffit pour la maintenir et fixer la ligne de tirage. Le degré d'entrure se détermine en accrochant la chaîne du palonnier à un des trous plus ou moins élevés de la bride.
Enfin, pour choisir encore un exemple, nous indiquerons, ^5^.218, le régulateur perfectionné de M. DE
DoMBASLE ; c'est une botte de fer qui embrasse un châssis , sur lequel elle peut glisser indistinctement à droite ou à gauche , et qui est traversée par une tige à crans.
La boite et la crémaillère peuvent se mouvoir indépendamment l'une de l'autre, la
soin d'explication.
l,es charrues à avant-train prennent plus d'entrure quand on abaisse l'âge sur la sellette; elles en prennent moins lorsqu'on l'eleve. — Les araires piquent d'autant plus qu'on élève le point de tirage, et d'autant moins qu'on l'abaisse. Elles ouvrent une raie plus large lors(ju'on j)orte ce point vers la droite, moins large lorsqu'on le dirige vers la gauche.
§ Vil.— Du manche ou des mancherons.
Dans une charrue bien combinée et bien construite, non seulement un manche unique peut suffire, mais, ainsi quc la démontré M. Grange, il n'est vraiment indispensable que lorsque quelque obstacle, en soulevant ou en écartant le soc, a pu le faire dévier de sa direction première.
Diverses araires n'ont qu'un manche sur lequel le laboureur i)ose la main gauche, se réservant ainsi la droite pour diriger et activer les animaux de irait. — Parfois près de l'extrémité de ce manche on adapte un petit mancheron., comme dans la charrue de Brabant; — le plus souvent le manche se compose de deux mancherons, l'un de gauche qui s'élève obliquement dans la ligne de l'âge, l'autre de droite qui s'en écarte plus ou moins de ce côté. — On ne peut se dissimuler que ce dernier ne serve beaucoup, dans les cas difficiles, à faciliter la direction de l'Instrument.
Fort communément le manche simple ou composé de deux mancherons est placé à l'extrémité postérieure de la charrue. — Il arrive cependant qu'on le fixe plus en avant, au-dessus du point même ou la résistance se fait davantage sentir dans le sol. — D'après cette seconde disposition, assez commune dans les fabriques anglaises, le levier, acquérant une longueur considérable, produit, à l'aide d'une force moindre, des effets beaucoup plus puissans; mais en général on a peu besoin de ce surcroit de puissance, et nos cultivateurs français préfèrent, avec raison, des mancherons plus courts.
Art. II. — De la résistance et de la force de traction.
Au nombre des auteurs qui ont cherché, avec le plus de talent et de succès, à établir la théorie de la charrue sur les principes de
CUAP. G".
la mécanique, Th\er et M. Mathieu de Dom- BASLE soat inconteslablement ceux qui ont envisagé de la manière la plus complète ce sujet, qu'il n'est désormais plus permis d'aborder sans les citer, sous peine de rester incomplet ou de se monti-er ingrat. C'est au second de ces agronomes (1), et a ceux de nos confrères qui ont concouru avec l'un de nous, par leurs expériences et leurs rapports (2), à faire mieux apprécier ses travaux, que nous empruntons en partie ce qui suit.
On a souvent comparé l'action du corps de la charrue dans la terre à celle d'un coin; on s'en ferait une idée plus précise, en imaginant sa forme dérivée de celle de deux coins accolés ou plutôt confondus à leur l>ase commune. L'un, que M. Mathieu de Dombasle appelle le coin antérieur^ parce que son tranchant se trouve placé un peu en avant de celui de l'autre, a une de ses faces horizontale : c'est le plan qui est formé par la semelle ou la face inférieure du soc et du sep, ainsi que par le bord inférieur du versoir qui touche le fond du sillon. Le tranchani du coin, qui est horizontal et dans le même plan, est représenté par la partie tranchante du soc : au lieu d'être placé d'une manière perpendiculaire à la li^ne de direction de la charrue, il reçoit toujours une position plus ou moins obliiiue à cette direction, mais sans sortir du plan horizontal. Cette obliquité variable a pour but de lui donner plus de facilité à vaincre les obstacles qu'il rencontre, mais il ne change rien à la nature du coin. La face supérieure de ce premier coin, qui, par sa position, ne peut que soulever la bande de terre de bas en haut, est représentée eu partie par la surface supérieure du soc. — L'autre coin, c'est-à-dire le coin postérieur, est placé à angle droit sur le premier; il a une de ses faces verticale : c'est celle qui, dans les charrues ordinaires, forme la face gauche du corps de la charrue, celle qui glisse contre l'ancien guéret. Le tranchant de ce second coin se trouve placé dans un plan vertical à la gorge de la charrue; ce second coin, par sa position, ne peut agir que latéralement. La partie postérieure du versoir forme l'extrémité de sa face droite, dans son plus grand écartement de sa face gauche.
Si l'on pouvait supposer par ia pensée chacun de ces deux coins indépendant de l'autre, il est évident que le résultat d'action du premier serait de détacher la bande de terre, de la soulever et de la laisser retomber derrière lui dans la même position et à la même place qu'elle occupait auparavant, tandis que le second, au coniraire, se bornerait à la refouler de côté, sans la soulever ni la retourner en aucune manière.
Dans les charrues les plus parfaites, et c'est ce (jui dislingue surtout les nouvelles des anciennes, on a lié ou plutôt remplacé par une suriacecourbe plus ou moins régulière la face supérieure du coin antérieur et la face droite du coin postérieur, afin d'amener insensiblement, et avec le moins de résistance possible,
DES CHARRUES. 177
la bande de terre de rextrémité antérieure de l'un à l'extrémité postérieure de l'autre.
Après avoir considéré de celte manière le corps de la charrue, il devient plus facile de de ter miner le point précis du centre de la résistance qu'il éprouve dans sa marche. — On trouve : 1" que la ligne de résistance est dans l'axe même du coin, et passe par son tranchant, s'il agit en pnrlageant en deux parties égales l'angle formé par le coin, comme par le ciseau à deux tranchans ( \oy./îg. 221) ; —
2; qu'elle est pi^, 22L Fig. 222.
dans le plan de la face du coin, parallèle à la li- .
gne de mouvement,en passant toujours par le tranchant, si le coin agit
comme le ciseau à un seul tranchant (^^.222;; — 3° que la puissance motrice, pour produire le plus grand effet possible, doit être appliquée dans la direction de la ligne de résistance; — et 4° que les deux coins qui composent le corps de la charrue étant de la dernière des deux espèces, la ligne de résistance du coin antérieur sera nécessairement une ligne droite placée au fond du sillon, dans le milieu de sa largeur, et^parallèle à sa direction: celle du coin postérieur sera une ligne droite placée sur la surface gauche du corps de la charrue, à moitié de la profondeur du sillon et parallèle à sa direction. Si on imagine un plan passant par ces deux lignes parallèles entre elles, la résultante des deux lignes de résistance se trouvera dans ce plan et à égale distance des deux lignes; le point où celte résultante rencontrera la surface supérieure du soc ou celle du versoir, sera le point qui doit être considéré comme celui où est accumulée la résistance que le corps de la charrue éprouve dans son action; — détermination parfaitement conforme à celle qu'on peut déduire de l'expérience de l'araire. Pour que la force motrice fût employée dans la charrue de la manière la plus utile, il faudrait donc non seulement qu'elle agît dans le prolongement de la ligne de résistance, qui se trouve à la surface du sol et parallèle à cette surface, mais aussi que le moteur se trouvât sous la surface du sol à la même profondeur que la ligne de résistance. Il ne peut malheureusement en être ainsi.
D'après les élémens les plus simples de dynamique, on sait: fque, dans toute machine, lorsque le mouvement se transmet de la Suissance à la résistance par l'intermédiaire 'un corps injlexible, la transmission du mouvement se fait dans une ligne droite tirée du point d'application de la puissance à celui de la résistance, quelle que soit d'ailleurs la forme du corps inflexible; — 2° que si entre le corps inflexible interposé entre la puissance et la résistance, on suppose un corpt flexible, tel qu'une corde ou une chaîne, les trois points de la résistance , de la puissance et de l'attache tendront toujours à se placer dans une même ligne droite, et, lorsqu'ils y
{\)De la charrue, par C.-J.-A. MATHIEU DE DOMBASLE , Mémoire iuséré parmi ceux de la Société centrale d'agriculture, année 1820.
(2) Rapports sur ce Mémoire, par MM. YvART, Molauu, Dviixy, père et fils, HÉRICART deThury, rap^ovteur.— Rapports {faits diimliii années postérieures) sur diverses cliarrues, par M. Hachette, de i'lastitut,l'uu de noscollaboratcurs, du précieux concours duquel la mort nous a récemment piivés.
TU MB
1T8 AGRICUl.TURE
seront arrivés , la puissance agira comme si elle était immédiatemenl appliquée à la résistance, ou comme si le point d attache de la corde se trouvait au point de la résistance; 3° que si la puissance ne s'exerce pas dans la direction de la résistance, de a en b, par exemple (fig. 223), et qu'elle forme avec la Fig. 223. ligne horizontale
un angle aigu èrtc, J[ i) enrésulleraune
~" — ^- — — -,.c décomposition, et
par conséquent \. une perte d'au-
X __,tant plus grande X[jHt^ la force motrii «ce que cet angle
sera plus ouvert;
— 4° enfin, que si la puissance, en formant avec la ligne horizontale un angle aigu bac, en forme un autre au pouit d'attache c, avec le corps inflexible, les trois points a,d,c, selon la seconde proposition, tendront à la placer dans une même ligne droite; mais, par la disposition de la machine, le point d'attache c ne pouvant se mettre en direction avec la puissance et la résistance, il y aura une nouvelle décomposition de force, et une partie de la puissance se perdra en produisant une pression c, b, perpendiculairement à l'horizon, au-dessus du point d'attache.
Cfs principes si simples se présentent a chaque instant dans le tirage de la chanue, qui n'est réellement qu'un corps inflexible de /orme irrégulière, par l'intermédiaire duquel l'action de la puissance, c'est-à-dire de la force des animaux de labour, se transmet à la résistance produite par le sol , à l'aide d'un corps flexible , les traits. Aussi toute la théorie de M. de Dombasie repose-t-elle sur les propositions précédentes. — Il en déduit successivement divers théorèmes dont nous croj'ons devoir reproduire les principaux:
— Dans la charrue simple (fg. 224), le point
Fig. 224,
d'attache est toujours placé à l'extrémité antérieure de l'âge, soit directement, soit par suite de l'action du régulateur. Il en résulte que, dans ces sortes de charrues, le point de tirage a, le point d'altache b et le point de la résistance c se placent toujours naturellement dans une même ligne droite, lorsque aucune puissance n'agit sur le manche (2'' proposition)— Ainsi, si l'on imagine une ligne droite a c, tirée de l'épaule des chevaux à la partie antérieure du corps de la charrue où se trouve placé le point de la résistance, l'angle que forme cette ligne avec l'horizon ou avec la ligne de résistance de, qui lui est
f»arallè!e, c'est-à-dire l'angle a ce détermine a proportion dans laquelle la force motrice se décompose, et par conséquent la perte quelle éprouve. Dans ce cas, \^' moteur exercera absolument la même action que si les traits s'étendaient jusqu'au point de la résistance et y étaient attachés (3" proposition).
FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL. in. i".
Lorsque dans la charrue a roues (Jig. 225 ) Fig. 225.
le point d'attache se trouve précisément dans la ligne droite tirée de l'épaule des chevaux b au point de la résistance c, la décomposition de force qui a lieu est la même que dans la charrue simple.
Si le point d'attache a {fig. 226) se trouve Fig. 226.
placé au-dessus de la ligne b c, tirée du point de la puissance à celui de la résistance, la machine se trouvera placée dans le cas indiqué parla 4* proposition : alors, non seulement la décomposition de force qui s'opère au point c deviendra plus considérable paice que hi ligne ac forme avec l'horizon un angle plus ouvert que la ligne b c; mais aussi il s 'opérera une nouvelle décomposition de force au point a, oh une partie de la force de tirage sera employée à exercer surl'avant-train une pression verticale, comme dans la fig. 223. — Si au contraire le point d'attache se trouve placé au-dessous de la ligne tirée de l'épaule des chevaux au point de la résistance, il y aura encore au point d'altache une décomposition de force , une partie de la puissance étant employée à soulever l'avant-train.
la perte de force occasionée par l'obliquité du tirage est donc au minimum dans la charrue simple, et la plus grande perfectiou à laquelle puisse alteincîre la charrue composée, sous ce point de vue, est de l'égaler. Cette vérité, théoriquement énoncée, a été depuis si bien démontrée par la pratique, qu'à l'époque où nous écrivons nous pouvons la considérer coinii>e incontestable. Nous allons voir que si les charrues simples nont pas remplacé les autres plus généraiement, cela tient à des circonstances qu'il est facile de s'expliquer sans nier leur supériorité , au moins dans beaucoup de cas , en des mains exercées.
Art. m. — Des araires proprement dites ou charrues simples.
Tandis que dans un grand nombre de contrées on ne croit pas pouvoir labourer la terre avec une charrue sans avant-train, dans d'autres on considère cette pièce comme inutile, nuisible même, et l'on peut conclure de ce qui précède que ce n'est pas sans raison. — L'avant-train, qui n'augmente ni ne diminue en rien la force nécessaire au tirage, ajoute cependant par lui-même à la résistance. A la vérité, il remédie à l'imperfection de construction des charrues mal conçues ou mal exécutées, parce que la position fixe de l'extrémité autel ieure de l'âge, qui ramène invinciblement la pointe du soc dans sa direc-
CHAP. 6'. DES CHARRUES
lion , corrige tons ces défauts; mais c'est en anj^mentant encore celte même résistance pnr la diversité des tendances et en exigeant par conséquent une plus grande force motrice.
A la vérité atissi la charrue simple exige la plus grande régularité dans sa construction, puisque, lorsqu'elle opère dans un sillon, Taclion au lahoureur doitse réduireà bien établir sa direction, vu que n'ayant aucun appui à la partie antérieure de l'âge, le plus léger changement dans le placement du coutre ou dans l'attache des traits trop courts ou trop longs, rend la marche de la charrue irrégulière et souvent impossible. Mais, lorsqu'elle est bien construite, elle donne lieuà la moindre résistance possible, etelle seraitmoins difficile à conduire qu'on ne le croit généralement, si le laboureui- parvenait à se déshabituer des efforts violens qu'il fait avec la charrue à avant-train.
En résumé , une bonne araire entre les mains d'un laboureur intelligent et habitué à la diriger, efii préférable à la plupart des charrues a avant-train. A l'aide d'une force moindre, elle accomplit autant de travail, elle laboure aussi bien, et elle occasione moins de Jatigue à l'homme chargé de régler sa marche et aux animaux destinés à la mouvoir.
D'un autre côté , entre des mains peu exercées, elle perd la plupart de ces avantages, et l'irrégularité ô.e sa marche est telle qu'il n'est pas étonnant qu'on la rejette faute de savoir l'employer. — Il est certain que sa conduite exige à la fois, plus de soin d' attention et d'intelligence de la part du laboureur que la charrue à avant-train. — Cette circonstance importante, jointe à la force de l'habitude, à la répugnance si naturelle que l'on éprouve à oublier ce que l'on sait pour apprendre, tel simple que cela soit, ce qu'on ne sait pas, on! contribué, nous n'en douions pas,plus que tout autre motif, à retarder sur plusieurs points l'adoption des araires perfectionnées. Toutefois, grâce surtout à M. ue Dombasle, « aujourd hui il n'est probablement pas un seul de nosdépartemens où il ne se rencontre un nombre plusou moins considérable de cultivateurs
qui emploient habituellement i'araire dans^ leur pratique et qui lui accordent une pré-^ lérence décidée sur tonte autre charrue.Dans un grand nombre de dé[)artemens, principalement parmi ceux du midi, du centre et de Fouest, l'usage en est considérablement répandu, et l'araire s'y est implantée de manière à donner la certitude que son emploi ne peut plus que s'y étendre. Plusieurs fabriques se sont établies dans ces paitics du royaume pour fournir aux cultivateurs les araires donl ds ont besoin. Le nombre de ces labriques s'accroit chaque année de nn-meque l'emploi
de rinstriimenl La fabrique de Roville,
seule, a fourni jusqu'ici plus de 3,000 araires aux propriétaires et aux cultivateurs sur tous les points du royaume, et ce n'est pas trop s'avancer que d'évaluer à deux ou trois fois le même nombre celui de cesinstrumens qui ont été construits dans les autres ateliers, en sorte qu'il yavraisemblablement aujourd'hui au moms 10,000 araires fonctionnant sur la surface de la France. «
De semblables faits parlent assez haut en faveur de la charrue simple. — Néanmoins, et nous devons le reconnaître avec tous les partisans impartiaux de l'araire, sans l'avanttrain il est extrêmement difficile de donner, avec quelque régularité, les labours peu profonds d'écobuage, de déchaumage, etc.; il ne l'est guère moins d'obtenir un bon travail dans les sols tenaces lorsqu'on les attaque un peu humides, parce que la terre qui s'attache sous le sep et aux diverses parties de l'instrument, tend constamment à le je! er hors de la raie. Cette dernière circonstance surtout mérite attention; seule, elle serait de nature ■) empêcher de proscrire l'avant-train d'une manière absolue.
Araire de Roville. — Au nombre des araires les plus perfectionnées et les plus répandues en France, nous devons placer d'abord celle de M.Mathieu de Dombasle, heureuse modification de la charrue belge ou brabançonne dont nous parlerons dans un autre pai-agraphe.
A,^^. 227(1), soc de forme triangulaire qui prend ordinairement de 9 à 10 po. (0" 245 à
Fig. 227.
0™ 271) de largeur de raie, et qui peut péné- j dans les charrues de moyenne grandeur. Il trer jusqu'à 11 po. ( 0™ 30) de profondeur 1 est fixé au versoir par un lieu de fer solide
(I) Ce dessin et tous les siiiv.ins sont acconip.ignés (rtiiio rebelle Tc\a\\\c d'un mètre qui facilitera aux yeux du Lecteur l'appréciation assez rieoureu.se <\ci^ proport'ons des < liarrues dans leur cuseintile et dàos les détails de chacune de leurs parties.
AGRICULTURE : FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL
et à la semelle par un boulon; il peut être construit en fonte, en fer forgé ou en acier ; — B,coulre presque vertical, placé en arrière de la pointe du soc, à une certaine distance de la gorge de la charrue, et fixé par une vis de pression sur le côté gauche <ie Tage, dans une coutelière où il peut se mouvoir ;—C,sepen fonleavec son talon C; — D, versoir en fonte coulée, et dans quelques cas particuliersen bois,courtel très-contourné;— EE, élançons qui assemblent invariablement l'âge et le sep. I.e versoir prend appui sur eux au moj en de deux verges boulonnées ;— F, âge horizontal, plus court que celui de la plupart(lc nos autres charrues; — G, régulateur ( vovez page 176, /îi^. 2 18) garni de sa cluiiue, laquelle est attachée au point là mi crochet fixé sous l'âge à l'extrémité d'une batide de ter ; — K, mancherons fort courts, simplement fixés à la partie postérieure de l'âge, où se trouve un trou destiné h recevoir le manche du fouet du laboureur. — Le mancheron de gauche, seulement, s'éloigne de la ligne de l'âge.
L'âge et les mancherons sont en bois ; le bàlis entier, ainsi qu'il a déjà été expliqué, est en fonte. — On voit que celte conslruclion donne à la machine une très-grande solidité; aussi a-t-elle été combinée de manière à pénétrer à une profondeur moyenne de 8 pouces, et à résister indistinctement dans tous les terrains.
Les araires de RoviUe, modèles de 1833, sont des prix suivans : grande charrue, bâtis et versoir en fonte, soc entièrement en acier et
un talon de rechanj^e 67 fr.
La même avec un versoir en bois. . 65 fr. Charrue moyenne, même construction que la 1"
La même avec versoir en bois. . .
— Versoir en fonte polie avec le T et les boulons s'adaptant à volonté aux grandes et aux petites charrues. .
—Versoir en bois garni pour les mêmes
— Soc de rechange entièrement en acier pour les charrues ci-dessus. . A Grignon, où l'on a adopté l'araire de Ro-
ville et où il en a, dès l'origine, été créé une fabrique, on vient récemment de lui faire subir Quelques légères modifications : la longueur de l'âge, qui mettait trop de distance entre les chevaux et le laboureur, et causait, par suite, des variations qui nuisaient à la régularité du labour, a été diminuée;— on a également diminué le sep et par là le frottement;—on a reculé les mancherons du point de résistance, afin de donner plus de puissance et une facilité de conduite plus grande au laboureur; — enfin, on a augmenté l'énergie du versoir et diminué son frottement en l'élevant vers son extrémité inférieure.
Araire Lacroix, àa^e court.— «Celte charrue, résuUiit des médita lions d'un homme industrieux, a été exécutée d'après les principes de THAin, Small, Machet et Domuasle, c'est-à-dire sur le modèle des trois meilleures charrues connues. De toutes celles qui ont
66 fr.
64 fr.
10 fr.
8 fr.
8 fr.
concouru (1), c'est celle qui nous a paru mériter la préférence. Le tirage s'exécute par le moyen d'une chaîne attachée sous l'âge, tout près (lu contre, et dirigée par un régulateur en fer, fixé au bout de l'âge. Ce régulateur détermine avec la plus grande précision l'entrure de la charrue et la largeur de la bande déterre qu'il convient au laboureur de prendre. Cette charrue nous paraît réunir toutes les conditions que nous avons reconnues nécessaires pour former une bonne charrue; elle trace un sillon profond, divise facilement la terre, l'ameublit et enterre très-bien les chaumes; elle convient à toutes les natures de sol : ses avantages se font particiilièrenient sentir dans les terres fortes et argileuses; elle exige une force de tirage moitié moindre que les charrues ordinaires; elle accélère le travail, car elle fouille en trois sillons un mètre de largeur du terrain; elle rend le travail plus régulier et donne peu de peine à conduire, car l'entrure étant fixée par le régulateur à une profondeur donnée, le laboureur n'est plus obligé de faire des efforts continuels sur les mancherons pour maintenir la charrue à cette profondeur. Son entretien est presque nul, tout le corjjs de la charrue étant en fonte et d'une solidité qui le rend presque indestructible (2).»
Araire écossaise. — L'araire que Ton considère de nos jours, grâce aux perfectionnemens qu'elle a reçus, comme l'une des meilleures charrues de l'Angleterre, était, malgré le nom qu'elle porte, fort peu connue en Ecosse, avant que Small appelât sur elle l'attenticn des cultivateurs par la manière de la construire. Cet ingénieux mécanicien, le premier, lui adapta un versoir courbe dont il détermina mathématiquement la forme et les dimensions, et qu'il fit exécuter en fonte. Depuis 1810, tout le corps de la charrue fut généralement exécuté en fer. Les principales modifications de l'araire d'Ecosse sont les suivantes :
L'araire écossaise de Small se distingue particulièrement par la grande concavité de son versoir. — Nous la représentons ici telle qu'elle a été employée par Tuaer. — A {Jîg. 228), lecoutre;—<3, poignée au moyen de laquelle il est fixé dans l'âge par deux coins ; — G, tige de fer mobile,taraudéeà5a partiesupérieure; elletraverse un piton enferfixésur l'âge et est surmontée d'un écrou au moyen duquel on peut changer la direction du contre et le maintenir solidement sans avoir besoin de serrer fortement les coins. Cette tige a, de plus, l'avantage d'empêcher l'engorgement du chaume et du fumier dans l'angle formé par l'âge et le contre ; — F, jambe ou montant assemblé dans l'âge au moyen d'un boulon; — B, soc fixé à frottement seulement sur le pied de la jambe, et qui vient s'unir exactement aux 3 pièces de fer C, D, E ; sa poin te /j se trouve à. 5 lignes plus bas que la semelle; — c, pièce de fer qui ne forme qu'un avec la semelle proprement dite; — D, seconde pièce de la muraille; — E, plaque supérieure qui, à sa partie antérieure en f,
DES CHA.RRUES.
Fig. 228.