‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 126 sur 304 · CHAI». 8 . FAÇONS POUR L'AMEUBLISSEMENT DU SOL · texte numérisé non relu

CHAI». 8 . FAÇONS POUR L'AMEUBLISSEMENT DU SOL

bas (Je In pièce ot dcsiinée à révaciialiou définilive de l'eau. Lorsque le sol présente une grande inclinaison, il serait peu prudent de diriger le sillon d'écoulement dans le sens de la plus (orte pente. L'eau provenant des pluies ou des fontes subites de neige se nrécipilerait par torrens , enlraînatit avec elle la terre, les engrais et les plantes. Une direction oblicpie qui force l'eau à s'écouler lentement i:t sans dégâts, est beaucoup plus avantageuse. Le fossé qui reçoit les sillons secondaires sera barré par intervalles , afin que la terre et les engrais que l'eau lient en suspension, puissent s'y déposer. Ce limon, provenant des parties supérieures, est enlevé dans un moment de loi'^ir et va féconder les portions qui en ont été frustrées. Cette opération, bien connue dans les pays de vignobles, se nomme terrage. La direction des raies d'écoulement doit prendre insensiblement celle de la grande i igole inférieure. Sans cela l'eau, arrivant impétueusement des hauteurs et lencontrant direclemenl l'eau du canal de dérivation, comme w«, forcerait celle-ci à sortir, et occasionerait souvent de grands dégâts.

Ixs barrages don t nous avons parlé {fig. 323)

Fig. 323.

seront formés de pieux enfoncés verticalement et assemblés par une traverse horizontale. Ils seront assez éloignés les uns des autres pour laisser passer l'eau, et assez rapprochés aussi pour lui opposer un faible obstacle. 11 est même quelquefois utile, pour atteindre ce dernier but, de clayonner le barrage.

Pour tracer les raies d'écoulement, au lieu d'une charrue à un seul versoir qui trace une raie f>eu régulièie et accumule la len-e sur une seule épaule du sillon , on se sert du butoir à double versoir, dont le travail est plus satisfaisant. Mais, dans l'un comme dans l'autre cas, il y a toujours de chaciue côté un amoncellement formé par la terre sortie de la raie, et qui empêche l'eau d'arriver dans la rigole. 11 faut, pour obtenir des raies d'écoulement tout l'effet désiré, rabattre cet exhaussementà la pelle, ou mieux adapter au butoir le rabot de raies ( fig. 324 ).

Fig. 321.

Ce n'est autre chose qu'un encadrement formé par deux morceaux de bois réunis par des traverses : il faut que les deux ailes ne soient pas parallèles. A chaque versoir est attachée une chaîne fixée pareillement à chacun des deux bras, de telle sorte que lorsque l'iu'-trument fonctionne, le r;djot en suii la direction en repoussant et nivelant la terre qui a été amoncelée.

Il est souvent nécessaire encore de curer les rigoles à la pelle aUn que rien n'obstrue le passage de l'eau. Immédiatement après les pluies un peu abondantes et après les fortes averses, on visitera les rigoles avec soin; il peut se former des amas de terre qui forcent l'eau à prendre une autre direction : une pierre, une branche la détournent quelquefois de la marche qui lui a été tracée. La moindre négligence sur ce point peut occasiohcr de grands dégâts. Dans les grandes exploitations bien dirigées, où chaque employé est chargé d'une atlribution spéciale qu'il affectionne, un seul ouvrier fait le service des raies d'écoulement. (!omme c'est son œuvre à lui, il y prend un intérêt |)lus particulier, et si (juelque chose pèche sous ce rapport, il ne peut en éluder la responsabilité, ce qui arrive tiop souvent (juand il n'y a pas de spécialité dans les attributions. C'est ordinairement à l'irrigateur qu'est confié le tracé et l'entretien des sillons d'écoulement.

Un avantage important qui résulte des rigoles d'évacuation lorsqu'elles sont établies avec intelligence et entretenues avec soin, c'est que les plantes déchaussent rarement. Personne n'ignore cpie ce dernier phénomène se manifeste principalement pendant l'hiver dans les sols humides et qui se gonflent par la congélation de Teau. Si celle-ci ne s'y trouve que dans une faible proportion, le gonflement n'aura lieu qu'imparfaitement, et ses résultats n'auront pas de suites fâcheuses.

Si , malgré les précautions que nous venons d'indiquer, le déchausseiiient a lieu et met à nu les racines des plantes, on remédie au mal jusqu'à un certain point en semant sur la récolte un compost formé de terre et de fumier et en .roulant énergiquement.

L'engrais pulvérulent forme comme une couche légère sui* les racines dénudées, le rouleau les a enfoiicées dans le sol et les a recouvertes avec la terre des aspérités provenant des mottes de la surface.

SectioiV II. — Façons pour l'anieublisscment du sol.

ART. i*"". — Du hersage des récoltes.

§ I*'.— Hersage des céré<ilcs.

Les cultivateurs sont assez généralement convaincus de reffuacité du hei-sage comme moyen de préparation des terres et d'enfouissement pour les semences, mais ils ne reconnaissent pas tous les résultats avantageux qu'a celte opération pour l'entretien des céréales. Les plantes une fois confiées à la terre , le laboureur français ne s'en occupe plus que pour hs récolter ou leur donner un sarclage insuffisant.

Il ue laut pas se dissimuler que le succès

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Ae celle façon dépend moins de l'habileté dans re\écution que de la sagacité dans le choix du moment. Si la terre est humide, pâteuse, la herse bouleversera tout, et personne n'ignore que le terrain remué lorsqu'il est trop humide, n'en est que plus disposé par la suite à former croûte en se desséchant. Si l'on herse, au contraire, lorsque la sécheresse a déjà durci la surface, l'instrument ne |)énélrera que difficilement et par saccades; la terre s'enlèvera par masse et déracinera les plantes. Le cultivateur placé daiisct'tte circonstance ne devra pas renoncer au bénétice du hersage. En faisant auparavant passer le rouleau ordinaire, ou mieux le rouleau squelette de M. de Dombasle, la leireest brisée en petits fragmens, la herse pénètre sans peine et ameublit le sol qui n'est plus susceptible de s'enlever par plaques. Mais, pour obtenir un plein succès, il faut choisir .e moment où la terre se réduit en poussière sous une faible pression et par le moindre choc, bien plutôt que par le déchirement de sa surface. Il laut pour cela un œil vigilant, un tact particulier. L'instant opportun est facile à saisir dans les terres argileuses, mais , dans les terres sablonneuses dites terres blanches^ il n'en est pas de même; la couche supérieure est déjà souvent trop desséchée lorsque la partie inférieure est encore trop humide. Pour les sols de cette nature, il n'y a souvent qu'un seul jour favorable au hersage, et ceux qui en cultivent de tels devront èti'e aux aguets pour en profiter.

Un des grands avantages du hersage des céréales, c'est la production des lalies. Le tallemcnt est une sorte de marcotage qui n'a lieu qu'autant que les plantes sont butées avec une terre nouvelle. Tous les moyens qui peuvent rechausser les végétaux procurent ce résultat, mais aucun n'est plus économique ni plus expéditif que le hersage.

§ II. — Hersage des plantes earclées.

Si quelques cultivateurs ont appréhendé que le hersage des céréales ne détruisit un trop gi'and nombre de plantes, à pins forte raison tremblera-t-on à la seule idée de voir une herse dans une pièce de betteraves, de colza, de navets, etc. Comme cet instrument marche un peu au hasard, on pourrait craindre qu'en somme le résultat ne fût pernicieux. Certainement, lorsque les plantes ont acquis une grande dimension, il serait difficile que la herse ne fonctionnât pas sans occasioner de très-grands dégâts. Il n'en est pas de même lorsqu'elles sont à leur première enfance. Il est prudent de se servir d'une herse dont les dents soient presque perpendiculaires au sol. Quand l'inslVument a passé, le champ semble quelquefois ravagé : aussi les Belges disent proverbialement que « celui qui herse des navets ne doit pas regarder derrière lui. » Cette culture ne s'applique pas exclusivement aux plantes semées à la volée, elle agit d'une manière aussi efficace et aussi avantageuse sur celles qu'on a semées en lignes.

D'ENTRETIEN DES TERRES. iiv. \" ,

% III. — Du hersage des prairies

Cette opération, si profitable aux prairies en général, et aux prairies artificielles en particulier, est encore inconnue de la plupart des cultivateurs français. Pourtant la proportion dans laquelle elle augmente le produit dans certains cas est à peine croyable. Elle a pour but, dans les prés naturels, de rechausser le gazon, de l'ouvrir aux influences de l'air, et par conséquent de le lenouveler. En Allemagne, on ne se contente pas du hersage, on scarifie {voy. pour \&^Sca- /7)?m^<?«r.f, ci-devant p. 203). Ce travail est utile surtout pour enlever la mousse et donner passage aux engrais qui pénètrent alors plu.* facilement dans la terre, et ne courent point le risque d'être entraînés par les eaux pluviales loin des lieux qu'ils devaient féconder. Le hersage produit sur les prairies artificielles un résultat absolument semblable, mais plus énergique; de plus, ildétache du sol les pierres qui s'y trouvaient enchâssées , et qui se fussent opposées à l'action de la faux. On les amasse ainsi avec la plus grande facilité ei une économie notable. En Angleterre, on se sert pour cela d'un instrument spécial inventé par M. Baldwin {fig. 325); quoique Fig. 325.

destiné à la culture de la luzerne semée en lignes, il pourrait fonctionner avec avantage dJ>os tontes les prairies artificielles. On pourrait croire que le déchirement des pieds de sainfoin, de luzerne, etc., amènera la mort des individus lésés ; il n'en est rien, la nature cherche constamment à réparer ses pertes, la sève alfliie avec abondance vers la partie offensée, et la végétation se ranime.

Art. l\.—Bu binage.

Ce que nous avons dit de l'efficacité de la pulvérisation du sol par le hersage s'applique avec bien plus de raison encore aux résultats obtenus par le binage. Généralement on est disposé à tomber dans 2 graves erreurs relativement à cette façon. La première c'est de croire qu'il n'est indispensable que lorsque la terre est couverte de mauvaises herbes; la seconde, d'être persuadé que les résultats sont nuisibles aux récoltes , qu'on met le feu dans la terre^ si on en ouvre le sein par un temps sec. L'opinion de Tull, de CoBBETT et de quelques autres agronomes qui croient pouvoir attribuer toute la lértilité à l'aération du sol, milite contre la dernière de ces opinions, et la plus simple observation des phénomènes qui se pas.sent sous nos

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