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DES IRRIGA.TIONS EN GÉNÉRAL

Ai»T. III — Des terrasses et costieres.

Dans les Ccvcnncs, les hai)itans em|)loient desiTioyensappropriés pour retenir les terres de leurs montagnes que les pluies enlrainenl, et pour les défendre contre les ravaf^es des torrens, en les faisant même tourner à leur profit. Ces moyens étant susceptibles de trouver leur application dans d'autres localités, il ne sera pas hors de propos de les faire connailre.

Dans les lieux les plus escarpés, des murs en pierres sèches diminuent les pentes, soutiennent les terres et par conséquent les arbres ; leur hauteur et leur longueur dépendent de la situation des lieux et de la quantité des terres; l'agriculteur cevennois prend souvent la peine d'en transporter sur son dos

Eour remplir ses terrasses ; il remonte du as de la montagne celle que les torrens lui enlèvent.

Dans quelques endroits les murs sont si multipliés, qu'ils forment un amphithéâtre de terrasses horizontales appelées des/<a!/.vjo.s-. Des pierres saillantes forment des escaliers pour aller de l'une à l'autre. C'est là que sont les vignes, les plantations de mûriers, le peu de seigle et les jardins des Cevennois.

Dans les montagnes plantées de châtaigniers, des valais {tranchées) sont creusés de dislance en distance pour recevoir les eaux du ciel et les diriger vers les ravins. Aj)rès c|uelques instans de pluie, ces valais, remplis de celle qui tombe dans les intervalles qui les séparent, font couler l'eau, les uns à droite, les autres à gauche, sur les croupes des montagnes, et formeraient dans toutes les gorges des torrens impétueux si le Cevennois ne savait rendre leur cours moins rapide. Après avoir empêché les eaux de se creuser des sillons profonds en les recevant dans

des valats qu'il a soin d'entretenir nettoyés, il les retient par des rascassos [pierréx) dans les r.Tviiis où elles déposent la tene qu'elles ( luinii-nl et (ormentdes étages plans qu'elles arrosent, au lieu de se précipiter du haut de la montagne et de la décharner jusqu'au roc, comme cela arriverait sans ces préparations.

M. le comte Cuaptal a décrit dans un excellent mémoire (1) ces digues, et comment on convertit les rochers en terres iértiles dans les Cevennes. J'ajouterai quelques détails à ceux qu'il nous a donnés sur la construction des rascassos. Dans les pays granitiques on y emploie les plus gros blocs (]u'on peut rouler; dans les pays schisteux, on na que des pierres. plates, mais en sait bien les arranger droites et les e«c/acer les unes dans les autres. Quels que soient les matériaux qu'on emploie, on appuie toujours les deux extrémités du mur sur les rochers des bords du ravin, et l'on tâche de le fonder aussi sur le roc, ou, lorsque cela n'est pas possible, on place au fond et en avant de larges pierres pour recevoir la cascade et l'empècner de creuser. On forme des retraites pour briser l'eau dans sa chute; on fait ces rriurs en talus, on leur donne beaucoup d'épaisseur et peu de hauteur d'abord, pour les élever à mesure que l'attérissementse forme.— Je dois citer un simple ouvrier à cause de son génie naturel ; en construisant des rascassos, non seulement il les appuyait sur le roc et prenait toutes les précautions que j'ai indiquées, mais il les ceintrait du côté d'amont, dans l'idée qu'elles résisteraient mieux au courant et seraient plus durables que celles faites en ligne droite. Un mathématicien l'aurait démontré, un paysan cevennois l'imagina et l'exécuta.

Le baron L. A. d'Hombres-Firmas.

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