‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 133 sur 304 · FAÇONS POUR LE TERRASSEMENT DES PLANTES · texte numérisé non relu

FAÇONS POUR LE TERRASSEMENT DES PLANTES

commencent à se former était mieux connu, on pourrait prévenir les obstacles qui arrêtent les progrès de leur développement. Il est une saison particulière où les semences tallent; cette saison passée, il n'y a aucune culture qui puisse leur faire produire un seul tuyau de plus : il en est de même de la formation de l'épi ; dès qu'il est sorti des enveloppes que lui forment les feuilles, on ne réussira par aucun art à le rendre plus considérable, c'est-à-dire à augmenter le nombre de ses balles ou calices: et l'on peul ajouter qu'après le temps de la fleur, tous les labours du monde ne parviendront pas à faire croître un seul grain de plus que ceux qui sont déjà formés dans l'épi, quoique la plante eût pu recevoir, dans chacune de ces circonstances, une grande amélioration par une culture bien entendue et donnée à propos. Il est donc pour nous d'une grande importance de connaître les diverses périodes du développement des différentes parties des plantes, et cela, afin que si nous manquons de lui donner les secours dont elle peut avoir besoin dans une saison, nous puissions lui en donner d'autres dans les développemens qui doivent succéder. Si nous laissons échapper le moment d'accroître le nombre de ses tiges, nous tâcherons du moins de saisir celui de multiplier le nombre des grains dans les épis, de les rendre plus gros, plus pesanset plus remplis de fleur de farine. » C'est à l'aide de l'observation et des connaissances botaniques qu'on pourra mettre en pratique de si sages conseils.

Antoine, de Roville.

Section iv. — Façons pour le terrassement des plantes.

Art. 1*

Du butage.

Il est impossible de déterminer d'une manière générale la nature des plantes auxquelles cette opération convient particulièrement : ce n'est guère qu'à celles dont la tige pousse des racines latérales, là où seraient venus des bourgeons si cette partie avait été exposée à l'air au lieu d'être couverte Ue terre. Il est de fait aussi que les plantes à feuilles radicales supportent difficilement un buttage énergique qui les couvrirait de terre.

Le butage est une opération de la plus haute importance , et si des cultivateurs ont cherché à se faire illusion sur ce point, c'est que, quand on n'y emploie que les bras de l'homme, le butage est très-|)énible, dispendieux et souvent mal exécuté. Cette dernière assertion sera peut-être en contradiction avec les idées que quelques personnes se sont faites, sur le butage ordinaire; cependant l'expérience ne la confirme que trop souvent. En effet, lorsqu'on a résolu de ne buter qu'une seule fois, parce qu'il serait trop coûteux de le faire deux, ou ne choisit pas pour ce travail l'époque de la première croissance de la plante, soit parce qu'en opérant alors à une certaine profondeur on risquerait de les recouvrir totalement de terre, soit parce que depuis le UKnnentde l'opération ius(|u'à celui de la récolte les mauvaises herbes auraient trop de temps pour se multiplier, soit

enfin parce que les pluies ou d'autres circonstances déformeraient et abattraient les buttes. On est donc forcé de différer jusqu'à ce que la tige ait pris un certain développement, et il est bien rare alors que l'opération n'ait pas été trop retardée, car c'est surtout dans leur jeunesse que les plantes veulent être cultivées. Cependant, lorsqu'on ne peut être maître des circonstances, on fera toujours mieux d'exécuter le butage à bras d'hommes que de ne donner aucune culture. Celui qui se trouvera dans ce cas devra bien se persuader qu'une seconde façon sera largement payée par le surplus du produit.

La perfection dans le hutage consiste à amonceler autour de la tige une butte de terre qui, sans recouvrir le feuillage ., soit cependant aussi élevée que possible. Lorsque la plante a plusieurs tiges, l'opération est meilleure lorsqu'on les écarte les unes des autres par la terre et qu'on en fait une sorte de marcottage.

I. Butage à la main. — Avec la houe à main on s'y prend de deux manières. Lorsque les végétaux sont alignés, on élève une butte continue en exhaussant la terre non seulement près de chaque plante, mais encore entre tous les vides qui se trouvent d'une plante à l'autre: pour cela il n'y a qu'à creuser l'intervalle qui existe entre chaque rangée parallèle; ou bien on élève autour de chaque plante une butte en forme de cône plus ou moins tronqué. Cette dernière méthode est plus longue que la première et n'est pas plus parfaite. Elle exige de plus un instrument de forme particulière; il faut se servir d'une houe dont l'extrémité tranchante décrive à peu près la même courbe que la base de la bulte, car la butte étant ronde , si on se servait d'une lame rectiligne, celle-ci ne pourrait être apphquée tangeutiellement et n'agirait jamais que sur un point, taudis que la lame courbe s'applique exactement sur tous les points de la ligne qu'elle décrit.

Le premier butage sera peu énergique, et la profondeur de terre qu'on amoncellera proportionnée à la hauteur des plantes. Le second se donnera à une plus grande profondeur, et aussitôt que l'on s'apercevra que la terre durcie par la première opération s'est lassée de nouveau ou a formé croûte.

Quelques précautions que l'on prenne on ne pourra jamais éviter que le butage à bras d'hommes n'exige des frais considérables. Cette méthode offre encore un autre genre de diitlculté qu'on surmonte rarement. On sait que pour les travaux de cette nature l'à-propos a au moins autant dinlluence sur les résultats que la bonne exécution; on peut fort bien saisir l'instant proj)ice pour commencer; mais si un changement quelconque de température force à interrompre, on n'obliendra qu'un succès partiel. Ce dernier inconvénient se rencontre principalement quand on a peu de bras à sa disposition.

IL Butage à la charrue. — Le butage au moyen de la charrue oUvc, sur celui que nous venons de décrire, l'avantage de l'économie, de la célérité et de la perlection. En effet, lorsque les rangées de plantes sont à 27

poucos Ic^ unes dos autres, un homme et un clifval fonl 1 hectare et demi dans un jour, tandis qu'avec des houes à main il eût talhi au moins 20 j3ersonnes pour buter la même superficie.

L'instrument dont on se sert s'appelle imtoir. Il y eu a de différentes sortes; tous doivent être sans a\aut-train, et portent un double versoir. Celui de M. de Domdasm: (fig. 349) n'a ni sabots ni roule lies. Les deux

Fis. 349.

ENTRETIEN DES TERRES. liv. i".

taire seul toute la besogne. Le butage a d'autant plus d'efficacité que l'inslrument marche plus vite; il tant par conséciuent employer les chevaux; les bœufs, toujours voraces et sans cesse affamés, se détournent et s'arrêtent continuellement pour manger les })lantes qui les environnent. On ne remédierait que médiocrement à celte difficulté en les niuselant ou en leur mettant un panier à claires voies, comme on le fait dans certaines contrées pour les mulets et les chevaux de somme;

versoirs tournent en avant sur un pivot qui a ses points d'appui sur l'a^e et sur le sep; celui-ci se termine par un soc en fer de lance. Les versoirs s'éloignent ou se rapprochent à volonté dans leur partie postérieure, et on les maintient à un écartement déterminé au moyen d'un régulateur horizontal placé sur l'élançon de derrière, et dans les trous duquel s'engagf nt des crochets fixés à la paroi interne et postérieure de chaque versoir. La charrue à buter de M. RosÉ ^g- 350), du Fig. 350.

prix de 55 fr., est construite à peu près sur les mêmes principes; seulement chaque versoir à un pivot spécial. L'âge repose sur une roulette a chappe. Je crois que l'addition de cette roue au butoir et à la houe à cheval est Irèsimportante; l'instrument marche avec plus d'assurance pendant son travail, et on ne risque pas de détruire beaucoup de plantes en tournant lorsqu'on est arrivé à la fin d'une rangée. Cet accessoire coiUe fort peu, puisque toute montée celte roue à chappe ne revient qu'à 10 francs.

Pour le premier butage à la charrue on écarte beaucoup les versoirs et on prend peu de profondeur. Dans les opérations subséquentes on fait précisément le conlraire, c'est-a-dire qu'on diminue l'écarlement des versoirs et qu'on fait piquer l'instrument à une plus grande profondeur.

Le butoir est un instrument facile à diriger. On l'attèle ordinairement d'un seul cheval. Si le sol présentait trop de résistance, on pourrait en mettre deux a la file l'un de l'autre. Dans ce dernier cas un enfant est nécessaire pour conduire, tandis qu avec un animal exercé un conducteur habile peut

Art. II.— Du tcrrage et durouchottage ou r'iolage-

C'est une opération analogue au butage pour les résultais qu'on en obtient. Il est certaines récoltes qui demandent à être rechaussées pendant le cours de leur végétation, et qui poussent annu» llement une couronne de racines lorsque le collet se trouve couvert de terre. Comme ces racines nombreuses s'étendent dans toutes les directions, elles ne peuvent souffrir l'action d'un instrument qui, pénétrant à une certaine profondeur, en détruirait la plus grande partie. Dans ce cas le terrain se divise par planches d'inégale largeur; on ensemence celles qui ont le plus de superficie, les autres restent libres. Lorsqu'arrive l'époque du terrassement on fait passer une charrue ou l'exlirpateur dans les plates-bandes afin d'ameublir le sol. On prend à la pelle celle terre ainsi pulvérisée et on la jette sur la planche où se trouvent les plantes à chausser.

Il est inutile de donner des indications sur le mouvement que décrit le bras de l'ouvrier pour la distribution uniforme de la terre ; l'exercice et l'habilude sont ici les meilleurs maîtres. Une précaution qu'on ne néglige pas impunément dans le ferrage, c'est de ne jeter la terre que lorsqu'il n'y a plus de rosée sur les plantes. Si le feuillage était humide, la terre s'y attacherait, empêcherait l'évaporation, et la réussite de la récolte serait compromise si une pluie ne sui-venait bientôt.

Cette opération se pratique non seulement sur la garance, mais sur les céréales et sur le colza. En Flandre, de 12 en 12 pieds, ou même moins, on creuse une rigole de la largeur et de la profondeur d'un bon fer de bêche, et la terre qui en provient est jetée sur le colza. On recommence la même opération au printemps. Cette pratique, nommée rouchotiage^i est fortvantée par les Flamands, qui l'emploient, non seulement pour le colza, mais pour toutes les plantes indistinctement. Le sillon est changé chaque année; en sorte que dans l'espace de 10 ans toute la pièce a été défoncée à plus d'un fer de bêche.

Le terrassement ne se Jait pas toujours avec des terres prises dans le champ même. On conduit su ries récolles par un beau temps, des terres, des marnes, des composts, pour être répandus sur les plantes en végétation. Toutes les fois qu'on aura à sa disposition des décombres de bâlimens, des cururesde fossés, des limons, des vases d'étangs, on ne pourrM mieux faire que de les répandre sur les récolles d'une végétation languissante»

A.NTOi.^E de Roville.

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