‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 142 sur 304 · DE SE PROCURER DE L'EAU · texte numérisé non relu

DE SE PROCURER DE L'EAU

plusieurs exemples. Le plus grand de ces réservoirs est celui de Ternava^o, où l'on réunit les eaux nécessaires à l'arrosement de 57 hectares.

En Espagne, on donne le nom de pantanot à ces réservoirs ou grands bassins qu'on forme dans les vallées pour conserver les eaux pluviales et les faire servir aux irri-^alions des champs. Celui que nous représentons (y?^.364) sert aux irrigations de la Huerla

Fig. 361

d'Alicante, et a été construit sous le règne de Philippe II ; on a profité de deux collines dont les masses de rochers sont situées au débouché d'unevallée profonde, sinueuse, qui relient les eaux dans une longueur d'une lieue et demie. Le point de séparation où se trouve la digue, est de 6 mètres à la base, et va en s'écartant jusqu'à la partie supérieure de la digue, où elle a 78 mètres. Elle a une forme circulaire bombée du côté des eaux, afin de présenter une plus grande résistance à leur pression. A côté de l'ouverture destinée à l'écoulement des eaux qui servent à l'irrigation, en est une plus grande qui sert à vider le pantano, et le nettoyer de la vase qui s'y accumule, ce qui a lieu environ tous les 15 ans. M. Dii Lasteyrie, amiuel nous devons le dessin et la description de re bel ouvrage, ajoute que les Espagnols sont redevables de ce genre de construction aux Romains et aux Maures, qui l'avaient trouvé établi de toute antiquité dans les contrées de l'Asie. Les Indiens en pratiquent dont la digne a un quart de lieue, une (femi-!ieue et même une lieue de long, et qui fournissent l'eau nécessaire aux irrigations des terres cultivées par 50 ou GO villages. Des terrains couverts de rizières et d'autres produits demeureraient incultes et déserts s'ils n'étaient vivifiés par ces eaux. Les Arabes ne sont pas moins industrieux : ils réunissent les montagnes par des digues en pierres de taille, de 40 à 50 pieds d'élévation, et ils forment ainsi dans les vallées des réservoirs qui fécoudçnt au loin les sols les plus arides.

C'est encoi-e au moyen d'un réservoir de 104 ares de superficie et de G mètres de profondeur, que M. Taluyers, que j*ai déjà cité précédemment, a réuni les eaux pluviales et colles de plusieurs petites sources qui se perdaient auparavant sans utilité, et a pres- <iue décuplé le revenu d'une propriété de

TOMK {. — 3a

2M AGRICULTUHE : DES ARROSEMENS ET IRRIGATIONS.

1200 fr. Combien de vallons (s'écrio M. de

Gasparin ) corresponJant h une vasle surlace de revers, où l'eau s'écoule en torrens après les pluies, sans fruits pour la culture et quelquefoisà son grauddoniniage, qiii,s'ilsélaient barrés, se changeraient en réservoirs précieux!

Lorsque les eaux sont réunies dans le réservoir, on établit des rigoles princijiales et des rigoles secondaires eu quantité suflisante.

Toutefois, avant la mise à exécution, il faut que le propriétaire étudie long-lemps les faits, calcule les dépensés et le produit probable qu'il pourra retirer. Trop de préci- ])itation pourrait lui faire commettre des erreurs graves.

Lorsqu'il s'agit du barrage dune vallée, M. DE Gasparin dilqu'il faut calculer l'épaisseur du mur d'après la hauteur qu'on veut lui donner; savoir : deux pieds pour le preuiier pied, en y ajoutant G pouces G lignes par pied de surhaussement, cette épaisseur exprimant l'épaisseur du sommet. On cons- Iruit l'ouvrage en talus du coté de l'eau, el d'aplomb du côté opposé, pour que, si elle vient à déverser, elle ne tombe pas sur le talus du mur, qu'elle dégraderait.

La possibilité de former un vaste réservoir creusé daus le sol, dépend de la nature des terres dans lesquelles ou veut l'établir ; 31. Taluyeus recommande, pour s'en assurer, de former, une anuée à l'avance, une chaussée d'épreuve, sur de petites dimensions, et de comparer pendant ce temps l'eau ^|ui se rend dans le réservoir provisoire, avec celle qui y reste, augmentée de celle perdue par l'évaporation. Cette précaution est excellente et ne doit jamais être négligée.

La hauteur des digues doit surpasser d'un demi-mètre au moins la plus grande hauteur de l'eau, afin qu'elles ue soient pas dégradées par les flots.

La profondeur du bassin doit être la plus grande |)Ossible, relativement à sa superficie, afin que la perle causée par l'évaporation soit moindre.

Zy2 chaussée doit avoir à sa partie supérieure une longueur égale à son élévation, et sa base doit avoir trois fois sa hauteur.

C'est sur ces données que l'on établira ses calcuU, lorsqu'on aura reconnu l'emplacement d'où l'on tirera au meilleur marché la terre la plus favorable à la solidité de la digue. Dans aucun cas il ne faut la planter d'arbres qui ébranlent la cliaussée ilaus le temps des grands vents et dont les racines, en sillonnant les terres, y forment des issues pour l'eau.

Les usages locaux apprendront à régler la quantité d'eau nécessaire; dans le midi, on il'iil compter sur 10 arrosages couiplcls ou 10,000 mètres cubes d'eau par hectare, tandis que M.Tamjyeus, daus le Lyonnais, n'en compte que 3G0 mètres.

§ II. — Des arrosages par les machines hydrauliques.

Lorsque les locaUies sont dépourvues de cours d'eau, et qu'elles s'opposent à l'établissement des réservoirs artificiels, pour y réunir les eaux pluviales à une hauteur supérieure aux lerrams que l'on veutanoser, etque l'on possède une masse d'eau inférieure, on peut encore avoir recours aux machines pour l'é lèvera une hauteur suffisante.

Sans rappelerici lescalculsde M.Christiax, consignés dans sa Mécani([ue industrielle, il suffit de dire que, la ferce de Chomme et même celle du cheval<\) sont, en général, bien coûteuses, pour être employées comme moteurs à l'irrigation des prairies ; il faut des cultures plus productives, telles que celles du jardinage, pour compenser de pareilles dépenses.

Les courans d'eau, parmi les moteurs inanimés, sont les plus constans et les moins coûteux; aussi s'en sert-on avantageusement quand on en possède, pour mettre eu mouvement des roues /z godets qui peuvent élever l'eau à la hauteur de leur diamètre ; on en voit beaucoup sur les bords de l'Adige, et, en France, un grand nombre de prairies des environs de Lule( département de VaucUise) sont arrosées parce moyen; mais les situations où il est permis de s'en servir sont rares, et alors il reste le veut et la vapeur d'eau.

Le vent a le défaut d'êîre ivrégulier, de manquer souvent au moment o;i l'eau serait le plus nécessaire; par conséquent, quand on en fait usage, on ne peut guèi-e se dispenser de construire na réservoir qui contienne au moins l'eau d'un arrosage com plet et même de deux dans beaucoup de pays. Je ne puis trop recommander, avant l'entreprise de ces travaux, de calculer les frais d'élablissement de la machine, et ceux du ou des réservoirs, et de bien s'assurer si ces frais sont proportionnés à l'amélioration espérée; après cela, quand on aura des vents constans et des teri-i's propres à retenir l'eau pour foi-mer les réservoirs, on pourra employer ce moteur avec avantage pour l'irrigation des terres.

Quand on est privé de la force du vent, on jjeut avoir recours à la vapeur, lorsque le prix de la houille ou de tout autre combustible permet de s'eti servir avec une certaine économie, et que l'on peut se procurer des mécaniciens pour les réparations les plus urgentes. P.îais, pour user de ce moyen, il faut opérer en grand.

Certaines contrées peuvent encore se livrer utilement à la pratique des irrigations en faisant forer des puits artésiens; nous avons parié de ce moyen au chap. des Dessécheniens.

DeFerthuis indique comme machine trèséconomi(|ue pour arroser 5 à 6 hectares de

(1) Pour donner un exemple, je citerai, d'après M. de Gasparin, une des niacliines les plus perfectionnées, celle de M. Ménestrel d'Arles, qui ne produit que 37S mètres cuhes d'eau par cheval el par jour, le reste de la force étant pcr-Ju daLS les frotteuieus ; il faut donc plus de deux journées et demie par hectare, et, l> supposer le prix de la journée de 2 fr., Tarro^saj^e «l'un hectare coûterait ô f>-. et 50 fr. pour Ico dix ai !(>o.i;;ii i« ti)!)!îij.-< i.tLtSiaiies daus le midi, sans } cou-piei^d»»; eiico^ o ie:> IiUiâ d'ctdLlisScuitnt et d'entretien de la maeliluc.

cuAP. d\ MOYENS ARTIFICIELS DE

près, lorsqu'il ne faut élever l'eau d'une rivière que de 1 mètre à 1 mètre 33 au-dessus du niveau de la naissance de la prairie, une simple vis d'Arr.himède de dimensions convenables (vo/./^. 112,/>>«^<? lIG).Ces eaux, arrivées dans le réservoir placé à la partie supérieure de la vis, s'écouleront dans des cliéneaux en bois supportés par des chevalets aussi en bois, et seront ainsi conduites dans le canal de dérivation.

Les machines quon peut employer à élever Veau, et par conséquent à faciliter les irrigations, sont multipliées à l'infini. Le moulin hollandais {fit:;. 10\), page 145) servira à cet usage lorsqu'on n'a pas une grande élévation à surmonter; toutes les pompes, qui offrent presque autant de variétés que de pays, et dont plusieurs ont reçu dernièrt-ment des modifications importantes, peuvent encore recevoir la destination de tirer l'eau d'un puits pour la répandre sur le sol : nous rappellerons la pompe à chapelets {/îg. 110, p. 146) et le noria à godets {fis- 11 1, /a 146 ), qu'on peut faire fonctionner dans un puits très-profond. Parmi les [)ompes les plus récentes et les plus perfectionnées, nous citerons la pompe américaine de M. Farcot, rue Sainte-Geneviève, n''22, à Paris; celles rotatives et portatives de MM. Dietz et Stoltz, rue Coquenard t n" 22 ; la pompe sphérique et continue de M. TuuiLLiER, rue Monceau, n° 12, appareils qu'on a pu remarquer au milieu de beaucoup d'autres à l'Exposition de l'industrie en 1834. h*i31émorial encyclopédique (juin 1834) a décrit une machine de M. Edward Lucas, de Birmingham, propre à élever l'eau, et qui a pour objet de tirer parti du plus petit courant d'eau, pourvu qu'il soit continu.

Nous croyons devoir encore citer la pompe de M. Arnolet, ingénieur à Dijon, et L roue hydraulique oblique de M. Léo- RiER de Tonnerre (Yonne ), qui sont dé critcs et figurées avec beaucoup de déloils dans le tome II des Mémoires de la Société centrale d'agric. pour 1822, ces ingénieurs ayant reçu une honorable distinction de la Société royale et centrale d'agriculture pour avoir appliqué ces machines aux irrigallons.

M. La Përelle a présenté, il y a peu de temps, à la Société d'encouragement pour l'inclustrie nationale, une machine à épuisement (/«g^. 365), à manège pour un cheval tournant toujours dans le même sens, et établie à Alh en Belgique, où elle remplace trois grandes vis d'Archimède. M. le v'*- Héricart DE Thury, chargé de faire le rapport, en a fait l'éloge, comme pouvant être appliquée aux irrigations; l'effet ordinaire et régulier de cette machine est de 2,800 mètres cubes d'eau élevés d'une hauteur de 3 mètres 14. Le prix de la machine de M. La Perelleest de 1,000 fr., et il faiblit pour remplir le même objet à A.lh trois vis a'Archimède du prix de 800 fr. Le prix du mouvement de ces vis est de 30 à 35 fr. par jour et même plus, suivant sa force. Celui de la machine à cuveaux de 31. La Perelle ne revient qu'à 12 ou 15 fr, cl permet l'emploi de chevaux d'une médiocre valeur et qu'il est très-facile de dresser ^ ce serwoe.

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