CHAPITRE XII. — I>E LA COxNSBRVATlON DBS RÉCOLTES
Dans la revue que nous traçons des principaux travaux du cultivateur, nous approchons enfin du terme qui va lui en faire recueillir les fruits. Nous avons vu qu'il a dû consulter et connaître le climat et le pays où il doit s'établir; étudier le sol auquel il doit confier ses cultures ; chercher s'il est possible de l'améliorer par des amendemens sans de trop fortes dépenses; entretenir sa fécondité par une juste proportion d'engrais convenablement choisis et appropriés; le rendre, par divers travaux de préparation, plus apte à la production des végétaux utiles; lui donner, par les labours et autres façons, le degré ae perméabilité et de propreté qui doit assurer la réussite de ces végétaux. Après ces travaux préparatoires, il s'est occupé des meilleurs modes d'ensemencement et de plantation; ces cultures, confiées à la terre, ont dû être entretenues et soignées pendant leur végétation ; lorsque la disposition du terrain l'a permis, ie cultivateur a dû profiter des cours d'eau pour augmenter la fertilité et les produits de son sol ; il n'a pas dû choisir ses cultures au hasard, mais au contraire des principes théoriques et pratiques très-importans ont réglé ses assolemens; enfin, dans le chapitre f (recèdent, il a vu tous ces travaux recevoir eur récompense par de belles récoltes; il lui reste encore à les mettre à l'abri des
événemens et à les conserver pour le moment opportun à la vente ou a la consommation.
Ce chapitre traitera donc du transport des récoltes dans les divers abris destinés à les conserver, et des véhicules propres à opérer ce transport; puis du battage et du nettoyage des grains; enfin de la construction et de la disposition des abris pour les fourrages, les grains, les racines, les fruits, etc.
C B. de M.
Sectioî» I. — Du transDort des récoltes.
Quoique nous n'ayons pas à nous occuper ici de lart du charron et du constructeur de voitures pour ce qui regarde tes détails de l'exécution matérielle, nous ne pouvons cependant nous dissimuler que les cultivateurs français sont généralement trop étrangers aux principes qui doivent présidera la confection des véhicules agricoles, et nous allons présenter ici quelques considérations qui pourront les guider dans leurs déterminations. Nous diviserons ce sujet en deux articles. Le premier traitera des instrumens employés au transport à bras; le second renfermera tout ce qui est relatif aux véhicules proprement dits.
AftT. \*'.—înstrumens à bras.
Pvarement la grande culluie fait un iisage fréquent deces instrumens ; ils sont, au contraire, souvent employés dans la petite culture et l'agriculture maraîchère. Il n'en est pas de l'homme, réduit à n'employer que ses membres, comme d'un moteur mécanique dont la vitesse augmente en sens inverse de la résistance, et dont la puissance utilisée est toujours la même, soit qu'on diniiniie, soit qu'on augmente la résistance à vaincre. Il est donc important, lorsqu'on doit déplacer des matériaux qui occupent un grand volume sous un faible poids, d'avoir recours à des instrumens qui suppléent à l'amplitude des bras de l'homme. On doit encore se servir de ces instrumens toutes les fois que l'on a à opérer le transport de substances qui se composent de fragmens isolés, tels que tubercules de pommes-de-terre, racines de betteraves, etc.
§ I". — Des brouettes.
Ce sont des instrumens fort connus et qui certainement méritent d'être répandus; malheureusement ils sont presque toujours mal construits. Le mouvement de progression des brouettes est assuré par la rotation d'une roue ordinaire; considéré sous un autre point de vue, c'est un levier du troisième genre, c'est-à-dire que la puissance et le point d'appui étant à chacune des extrémités, la résistance ou la charge se trouve entre les deux. D'après les lois qui régissent cette sorte de leviers, il serait à désirer que la roue ne se trouvât point tout-à-fait à l'extrémité, mais au-dessous du centre de gravité : alors, la totalité de la charge étant supportée par la roue, les épaules de l'homme seraient soulagées. On a bien essayé de placer la roue sous la charge, mais on tombait par là dans d'autres inconvéniens : on était forcé de faire la roue très-petite, ce qui nécessite l'emploi d'une plus grande force ; il était ensuite inipossibl'^ à l'ouvrier d'apercevoir cette roue cachée par les matériaux à transporter, et par conséquent ou ne pouvait diriger l instrument d'une manière ferme et assurée.
Les qualités qui distinguent une bonne brouette sont: 1° que la construction en soit lelleiiient simple que les diverses parties qui la composent soient traversées par le moins de mortaises possible; car, plus il y a de trous et de mortaises, moins les brancards sont solides; 2° qu'elle puisse basculer facilement dans (ous les sens; 3" qu'une grande partie de la charge porte sur la roue ; 4" que celle-ci soit de grande dimension. Enfin, je voudrais que toutes les fois qu'il n'est pas possible au conducteur de la brouette d'en a))ercevoir la roue, la |)artie supérieure de l'mstrument fût surmontée d'un point de mire qui en facilitât la direction, et permît d'éviter les pierres et les autres obstacles qui embarrassent la marche.
Il y a certainement impossibilité matérielle à obtenir à la fois toutes ces conditions; mais on peut en réunir un plus ou moins grand nombre.