‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 189 sur 304 · I. Epuration et dessiccation du grain · texte numérisé non relu

I. Epuration et dessiccation du grain

Dans la plupart des modes de conservation des grains que nous décrirons tout-àl'heure, on commence par revêtir de paille les parois intérieures des silos; mais il est important de faire subir préalablement à cette pnifie une préparation qui a pour objet de l'épurer et de la sécher parfaitement, ce qui s'exécute en effet dans plusieurs contrées.— Pour cela, on fait d'abord passer la paille dans une chaudière d'eau bouillante, puis on la place sur un sol bien uni et un peu en pente, ou mieux sur une forte table, et l'on fait rouler dessus, à plusieurs reprises, un cylindre de pierre. Cette opération écrase la paille, eu exprime l'eau, et une dessiccation à l'air ou au soleil achève de la rendre très-propre à l'usage auquel oa la destine.

L'expérience a prouvé que, dans la plupart des silos, les grains peuvent être bien conservés pendant un certain temps; mais, les résultats n'ayant pas toujours été avantageux, ni la conservation continuée pendant un grand nombre d'années, il parait certain que pour atteindre ce but sans làlonnemens et sans riso'.es, il est indispensable, avant de dépo?' /e grain dans les fosses à réserve, deprocéu .r à son épuration en détruisant ses propriétés germinalivcs et les larves d'insectes qui s'y trouvent, et en le desséchant parfaitement.

Tout porte à croire que le froment trouvé dans lessilosdesAnciens avait subi celte préparation. On y procédait, chez les Romains, sur une plate-forme en communication inférieurenïent avec les conduits destinés à chauffer leurs vastes établissemens de bains

conduits pour la fumée el pour la chaleur; ce dernier est un tuyau carré de cuivre rouge, qui s'élève en spirale jusqu'au sommet de la construction, en suivant le contour du revêtement intérieur; ce tuyau, destiné à l'épuration du grain, a une ouverture supérieure pour le recevoir, et une inférieure pour le déverser. Tout l'intérieur de la tourelle, au reste, est une véritable étuve. On a ménagé les moyens de retarder ou accélérer la marche du blé dans le tuyau, de l'ébranler pour prévenir les engorgemens, enfin, d'en connaître la température au moyen du thermomètre, afin de la maintenir entre 45 et 50°.

Ces dispositions ne peuvent convenir qu'aux grands établissemens ou aux greniers (le réserve fondés par le gouvernemenl ou par dos villes; mais il sera facile aux propriétaires el fermiers qui voudraient enfouir leurs grains, dans les années de baisse, afin de les conserver pour celles de disette, de leur faire subir une préparation analogue dans les Jours, ou dans les petites étuves que toute exploitation bien ordonnée doit posséder.

IL Principales Jormes des silos.

En Egypte, on a trouvé un lieu de réserve composé d'un vaste vestibule ayant, à droite el à gauche, sept chambres contiguës. Les murs, très-épais, sont en granit et parfaitement joints et cimentés. Ou y trouve aussi du?, silos de petite dimension, Ae. forme carrée; une seule dalle de granit forme le fond; quatre, les côtés; et l'ouverture supérieure est fermée par un bloc de même matière et mis parfailemenl à l'abri par un dallage en pente qui rejette les eaux.

Les Romains avaient aussi des fosses de réserve pour la conservation des grains {fîg. 45S); elles étaient en meulière enduite d'un excellent ciment ; ils en creusaient aussi dans le roc comme à Amboise,mais dans des positions à mi-côte et h des expositions favorablf ~'"- J'-'-:'— '*' î !!• ' ^ ..

les grains étendus sur celte plate-forme, et 1 baric

ables, afin d'éviter l'humidité. Cette pratique a retrouve dans l'Inde, l'Arabie et la Bar-

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AGRICULTURE : CONSERVATION DES RÉCOETES

Fig. 458,

Dans beaucoup de contrées, et notamment en Chine, les cavernes naturelles furent les premiers greniers de réserve; on les remplissait dansiesannées d'ahondance, et on enfermait l'ouverture avec de gros rochers, de la terre et du gazon. Ces cavernes étaient choisies dans un sol bien sec et bien compacte, ou plutôt dans le roc sans crevasses ni nuuiidité, ayant ouverture au nord.— L'intérieur avait été préalablement tapissé de paille, et le grain pai'faitement séché au soleil le plus ardent. Il parait que du blé a été très-bien conservé de celte manière pendant plusieurs siècles.

Souvent on creusait à mi-côte des puits nommés liiar, dans les endroits les plus secs, et où le terrain avait le plus de consistance. Quand un puits avait la largeur et la profondeur nécessaires pour contenir les grains qu'on y voulait mettre, on le remplissait de branchages secs qu'on allumait pour dessécher et durcir les parois. Comme l'humidité du fond pouvait encore être à craindre, on laissait les cendres de ce qui avait été brûlé, et, pour plus grande sûreté, on y ajoutait quelques pouces de balle de riz bien sèche, ou on le couvrait de nattes de paille; souvent toutes les parois étaient garnies de ces nattes, ou bien simplement de paille. — L'ouverture du puits était d'abord fermée avec une natle, sur laquelle on étendait une couche de 10 à 15 centim. de balle de riz ou de paille hachée; on couvrait le tout de terre grasse humide, qu'on battait à plusieurs reprises pour la rendre plus compacte et empêcher l'eau d'y pénétrer. Au niveau du terrain on ajoutait encore de la terre ordinaire pour former un mamelon.

D'autres J'osses avaient lajormedun cône; leurs ouvertures étaient au sommet, ce qui était un obstacle pour l'introduction de l'air extérieur, et offrait alors plus de sécurité pour 'la conservation des grains. Ces fosses étaient aussi plus faciles à fermer; on recouvrait ces ouvertures avec du gazon, que l'on irellait au niveau de celui qui était à l'entour, en sorte que les dépôts se trouvaient caches et en sûretédaosles temps de guerres ou de troubles.

Sur les terrains trop humides pour être creusés, on construisait des tours {jkouerî) rondes, avec des briques séchées au soleil, ou du pisé. Le mur, 'sans ouverture latérale, avait une grande épaisseur. Extérieurement, ces tours etaientrevêtues d'un glacis déterre, et soutenues par des contre-iorts qui supportaient le toit et les préservaient des eaux pluviales. L'épaisseur des terres des glacis était suffisante pour garantir le grain de l'humidité froide de l'hiver et des grandes chaleurs de l'été. Ces constructions, souvent agglomérées et enfermées dansune même masse de terre, présentaient l'aspect d'une colline couverte de gazon et d'arbustes.

Quel que soit le procédé employé, les Chinois ont le plus grand soin que les grains enfermés dans leurs silos ou dans leursgreniers de réserve soient parfaitement secs

Sous le terre-plein d'un bastion de la ville <VArdres, il existe neuf magasins souterrains, destinés à renfermer le grain de la garnison en cas de siège ; on les connaît sous le nom ûe poires d'Ardres. Ce sont des fosses en forme de poires, établies en maçonnerie, et qui reposent sur une galerie souterraine; en bas, elles communiquent avec cette galerie par un tuyau fermé avec un clapet à charnières et un cadenas, ce qui permet d'en retirer du grain sans déboucher l'ouverture supérieure ou d'entrée.

M. DE Lasteyrie a décrit avec soin les silos de l'Espagne, remarquables par leur solidité et leur bonne disposition. L'une de ces fosses avait 10 mètres de profondeur et 4 de diamètre. En Catalogne, on les construit dans des terrains à ce destinés, comme les places publiques ou les rues des villes. Dans leroyaume de Valence, on lesagglomère dans des lieux un peu élevés, on les entoure de murs à hauteur d'appui, et on les pave en larges dalles; les silos sont en pierres de taille et recouverts d'une plate-forme inclinée, qui sert à exposer le grain au soleil avant de l'enfermer. Tous ces silos ont le fond garni, d'abord de fagots, puis de nattes ou de paille, ainsi que les parois et la partie supérieure. On a soin de fouler le grain avec les pieds de temps en temps, et on augmente la couche de paille en raison de l'état plus ou moins humide du sol. Des fosses analogues se rencontrent en Italie, en Sicile, à Malte et dans le midi de la France.

Dans beaucoup de lieux du territoire français, on a rencontré des constructions destinées à la conservation du blé, et qui dataient de diverses époques. Nous ne fes citerons pas, parce qu'elles n'offrent qu'un intérêt de curiosité, et nous nous occuperons des expériences les plus récentes. La figure 459 représente les silos proposés parM. de Lasteyrie; il donne à la bâtisse 0 " 40 d'épaisseur, non compris le revêtement intérieur et extérieur, et il l'entoure de toutes parts d'une couche de sable de 40 à 50 centim., qui faci lite l'écoulement des eaux pluviales. L'on verture est une pierre circulaire dont le bon* s'ajuste dans une rainure tracée circulaire ment à la partie inférieure d'un couvercle d« pierre avec deux gouttières à ses extrémités Au-dessous est une planche qui sert de pre raier couvercle, et le vide est rempli de paille.

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