C.-B. DE M
Section m. — Du battage et du nettoyage des grains.
ART. i*^'. —Du battage des grains.
La séparation des grains de la paille, Végrenage, est une des opérations les plus importantes de l'agriculture : de la manière dont on l'exerce, dépend en grande partie, le profit quelecullivateurretirede son exploitation. Il influe essentiellement sur la qualité du produit tant en grain qu'en paille; il rend cette opération plus ou moins coûteuse, et met le produit plus tôt ou plus tard à la disposition du propriétaire.
Celte opération s'exécute par le battage au fléau, par le dépiquage., ou par Végrenage. C'est l'homme qui manie le fléau ; c'est au moyen du piétinement des animaux que le dépiquage a lieu; ce sont les machines qui effectuent l'égrenage. Le battage au fléau, quoique très-lent, est le procédé le plus généralement répandu, et celui qui probablement disputera le plus longtemps le terrain aux machines qui le remplacent très-avantageusement presque dans* toutes les localités et dans presque toutes les circonstances; ce que nous indiquerons, en montrant d'un côté les nombreux et graves inconvéniens inhérens au battage, et de l'autre, les avantages que procurent les machines à battre, dont lelficacité est prouvée par l'expérience.
§ I", — Du battage au fléau.
Pour se faire une idée de la fatigue que le battag? cause à l'ouvrier <iui l'exécute, il
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suffit de le voir manœuvrer le fléau : il lève cet instrument au moins 37 fois par minute poui- le faire tomber avec un fort appui autant de fois; s'il travaille 10 hein-es par jour, il frappe donc 22,200 coups avec un instrument assez lourd. Aussi ce ne sont que des liommes forts qui peuvent être employés à ce genre de travail ; et l'emploi des fenimes ou même des hommes faibles n'est qu'excë|>lionnel, ce qui constitue un très-grand inconvénient de ce procédé, surtout daeis les contrées où la population est clairsemée, et non moins dans les localités où les fabriq^ues absorbent une grande fraction des ouvriers valides.
La lenteur avec laquelle s'effectue le battage au fléau est un autre grand inconvénient de ce .mode. Il deman-de une surveillance journalière'très-attentive, qui se prolonge pendant une grande partie ae l'aunét;, et qqi, par cette raison, est coûteuse, sans pouvoir empêcher de nombreuses dilapidations et sans pouvoir garantir un égrenage parfait, attendu que l'ouvrier, quel que soit le genre de sa rétiibution, n'a aucun intérêt à extraire le dernier grain de l'épi; en effet, il gagne en faisant son travail d'une manière imparfaite, s'il est payé à la tâche; et il ménage ses forces, s'il est soldé à la journée. L'esprit de corps qui règne parmi les ouvriers de tous les pays rend le contrôle, quant aux petites infidélités des batteurs à fléau, trèsdifficile.
Encore une des conséquences fâcheuses pourV agriculteur , qui résulte de la lenteur de ce procédé, c'est qu'il ne peut pas disposer de ses grains quand il en a besoin, soit pour faire la semence, soit pour profiter des conjonctures commerciales, souvent aussi avantageuses que passagères.— Dans les localités où les ouvriers vigoureux n'abondent pas, le cultivateur est réduit quelquefois à la nécessité de subir des conditions très-onéreuses.
— Le blé qui a souffert de .l'humidité pendant la récolte, ou après, ne peut être sauvé par ce mode lent d'égrenage.
Le battage au fléau, en outre, ne brisant pas suffisamment lapaille^ l'apprête mal pour la nourriture des bestiaux, ce qui est l'usage le plus économique qu'on en peut faire dans la presque totalité des cas. Ce n'est que dans la proximité des grandes villes que la paille non brisée est recherchée pour la litière des chevaux de luxe et pour quelques fabriques.
— Dans les localités où les bâtimens ruraux sont couverts en chaume, la paille longue est bien un objet de nécessité ; mais ce besoin n'absorbe qu'une petite fraction du produit total de la paille, et n'est pas par conséquent une raison sulfisante pour maintenir le battage au fléau comme règle générale.
Cependant, malgré tous ces inconvéniens, le battage au fléau est préférable à tout autre mode d'égrenage, dans le centre et dans le nord de la France, pour les cultivateurs peu aisés, à cause de l'économie de ce moyen et de la facilité de limiter ses résultats aux besoins, aux travaux de la ferme. -La petite propriété demeurera toujours son domaine, jusqu'à ce que l'usage des machines « battre transportables et mues par les bras des hom-