DU BATTAGE AU FI EAU
mes, éprouvées en Angleterre, soit introduit «■n France.
Im fléau est un instrument composé de 2 bâtons attachés l'un au bout de l'autre au moyen de courroies. Ses formes varient beaucoup selon les pays : la plus ordinaire est celle représentée C/?g.
encore le fléau usité dans les Landes {,fi^.
470 ). Dans quelques contrées, notamment dans l'ancienne Provence et le Dauphiné, on bat les grains, non pi us au fléau, mais avec de longues gaules.
Plusieurs hommes
Keuvent battre ensemle sans se nuire, en se mettant deux par deux à quelque distance ; ils frappent alternativement et souvent enmesure,sur les gerbes étendues devant eux. Les coups portent dans toute la longueur des gerbes, afin que les épis des chaumes les plus courts soient égrenés comme les autres. Lorsqu'un côté est bien battu, un des batteurs retourne les gerbes, puis, après avoir battu ce nouveau côté, il 'délie les gerbes, en forme un lit de l'épaisseur de 4 à 6 pouces, qu'il bat et retourne encoreavecle manche du fléau; enfin, il secoue la paille toujours avec la verge du fléau, et la bat de nouveau. En sorte qu'une quantité de gerbes doit passer 8 fois sous le fléau, 2 avant d'être déliées, 4 après l'avoir été, et 2 lorsque la -paille est secouée. On se dispense de ces 2 dernières façons lorsque le blé est bien sec, ou qu'on ne tient pas à ne laisser aucun gi lin dans la paille.
La paille battue est traînée, d'abora a\ -^c le manche du fléau, puis avec un râteau, o. un coin de la grange, où on en fait des bottes d^environ 12 liv. : 2 bottes de blé non battu n'en font guère qu'une de paille. Quand le tas de blé est assez considérable pour gêner le battage, on l'amoncèle dans un coin pour procéder, soit à la fin de la journée, soit à jour fixe, au vannage et au nettoyage. On appelle autons, blé chappé, blé vêtu, les graius qui ne perdent pas leur balle florale interne dans les opérations du battage et du criblage; on les met généralement à part pour les donner aux volailles.
Un bon batteur peut battre complètement ou àvnet, par jour de travail, de 50 à 80 gerbes de froment, d'après les différens degrés de dessiccation et le poids différent des gerbes^ — Du reste, la dilficulté du battage varie à l'infini, en raison des années et des terrains, de l'état dans lequel les céréales ont été rentrées, etc. Le seigle est plus facile; le grain humide ou battu peu de temps après la récolle offre plus de difficulté; on risque même quelquefois, dans les pays du Nord, d'écraser le grain, si l'on n'attend pas assez pour opérer le battage.
Quant au prix du battage au fléau com paré à la \aleur vénale du rendement en grains, il diffère d'après les circonstance.-locales. Suivant les résultats recueillis par I»
AGRICULTURE : CONSERVATION DES RECOLTES
Liv. r**.
Société royale et centrale d'agriculture, le ttjinimumâe la moyenne prise pardéparlement, du prix proportionnel du battage, à la valeur vénale du rendement en grains, est de 3p. 100. C'est le département de la Haute-Garonne qui jouit de cet avantage. Dans le département de Tarn-et-Garonne, le prix du baltage est 5 p. 100; dans celui des Pyrénées-Orientales, de 5 1/2 p. 100; dans ceux de Jura et de la Sarlhe, 6 1/4 p. 100; Haute-Auvergne, Basse-Auvergne, 8 p. 100 ; Puy-de-Dôme, 6 1/3 p. 100; Haute-Saône et Haute-Vienne, 6 2/3 p. 100 ; Isère, 8 1/2 pour 100.
§ II.— Du dépiquage des grains.
Le dépiquage est l'égrenage fait au moyeu du piétinement des animau'x. Ce mode est très-ancien dans les pays méridionaux. Les dégâts que les animaux font ordinairement pendant la récolte peuvent avoir donné lieu a celte découverte : quelques gerbes renversées et fbulées aux pieds des animaux, auront été remarquées par un agriculteur industrieux qui aura conçu la première idée que le piétinement des animaux suffit pour laire sortir les grains des épis.
De nombreux documens historiques prouvent que le dépiquage a été connu, de temps immémorial, aes Hébreux, des Egyptiens et des autres peuples de l'antiquité-
£n France, ce mode d'égrenagetlale probablement de l'époque des Croisades. L'usage en a été de tout temps boroé à quelques contrées méridionales de ce pays, et il y est resté confiné. Il est généralement répandu dans les départemens de Vaucluse, de l'Hérault, des Bouches-du-Rhône, des Basses- Alpes, du Var et du Gard; dans 6 autres départemens, il est en usage simultanément avec le baltage au fléau; ce sont l'Ariége, )'Aveyron,les Pyrénées-Orientales, la Haute- Garonne, l'Aude et la Corse,
Pour être à même d'apprécier les avantagea et lesinconvéniens du dépiquage comparativement aux autres procédés d'égreuage, il faut connaître tous les détails de cette opéralion. L'abbé Rozier en a fourni, dans son Cours complet d'agriculture, une description aussi claire qu'exacte; nous la lui empruntons. — « On commence par garnir le centre de Faire par 4 gerbes sans les délier; l'épi regarde le ciel, et la paille porte sur la terre ; elles sont droites. A mesure qu'on garnit un des côtés des 4 gerbes, une femme coupe les liens des premières, et suit toujours ceux qui apportent les gerbes; mais elle observe de leur laisser garnir tout un côté avant de couper les liens. Les gerbes sont pressées les unes contre les autres, de manière que la paille ne tombe point eu avant; si cela arrive, on a soin de la relever lorsqu'on place des nouvelles gerbes : enfin, de rang en rang, on parvient à couvrir presque toute la surface de l'aire.
» Les mules, dont le nombre est toujours en raison de la quantité de froment que l'on doit battre, et du temps qu'on doit sacrifier pour celle opération, sont attachées deux-à- <leux, c'est -à-dire que le bridon de celle qui décrit le côté extérieur du cercle est lié au bridon de celle qui décrit l'intérieur du cercle;
enfin, une corde prend du bridon de ceJle<) et va répondre à la main du conducteur qni occupe toujours le centre ; de manière qu'on prendrait cet homme pour le moyeu d'une roue, les cordes pour ses rayons, et les mules pour les bandes de la roue. Un seul homme conduit quelquefois jusqu'à 6 paires de mulets. Avec la main droite et armé du fouet, il les fait toujours trotter, pendant que les valets poussent sous les pieds de ces animaux la paille qui n'est pas encore bien brisée, et l'épi pas assez froissé.
"On prend, pour cette opération, des mules ou des chevaux légers, afin que, battant et pressant moins la paille, elle reçoive des contre-coups qui fassent sortir le grain de la balle.
» Chaque paire de mules marche de front, et elles décrivent ainsi huit cercles concenlriaues en partant de la circonférence du conducteur, ou excentriques, en partant duconducteur à la circonférence. Ces pauvres animaux vont toujours en tournant, il est vrai sur une circonférence d'un assez large diamètre, et celte marche circulaire les aurait bientôt étourdis, si on n'avait la précaution de leur boucher les yeux avec des lunettes faites exprès, ou avec un linge; c'est ainsi qu'ils trollenl du soleil levant au soleil couchant, excepté pendant les heures des repas.
» La première paire de mules, en trottant, commence à coucher les premières gerbes de l'angle ; la seconde, les gerbes suivantes, et ainsi de suite. Le conducteur, en lâchant la corde ou en la resserrant, les conduit où il veut, mais toujours circulairement, de manière que, lorsque toutes les gerbes sont aplaties, les animaux passent et repassent sur toutes les parties.— Pour battre le blé en plein air, soit avec le fléau, soit avec les animaux, il faut choisir un beau jour et bien chaud; la balle laisse mieux échapper le grain.
» Le dépiquage se fait toujours en plein air^ ce qui a de grands inconvéniens à cause delà pluie et surtout des orages Dans ce cas, on perd beaucoup de blé et de paille, quelque précaution qu'on prenne.
» Outre les mules, on emploie aussi des chevaux, des ânes, et même des bœufs. Les chevaux de la Camargue, à demi sauvages, petits et vifs, sont préférés à tous les autres. »
Les avantages que présente le dépiquage sur le battage au fléau se réduisent à 2 principaux : celui de la vitesse avec laquelle s'exécute celle opération, et celui d'améliorer la paille pour la nourriture des bestiaux. Sous ces 2 rapports le dépiquage ne laisse rien à désirer. Le produit d'une ferme assez étendue peut être égrené dans un jour par ce moyen expédilif; rarement le battage dure au-delà de l-S jours dans les contrées où le dépiquage est répandu, et 2 mois sont le; maximum de la durée de cette opération : généralement parlant, 16 jours suffisent pour opérer la dépiquaison d'une récolle qui aura nécessité 10 jours de coupe avec 16 nommes, lorsqu'on emploiera le servicejournaiier de 12 à 14 chevaux.
D'après la réponse deM. Jaubert de Passa* faite aux ({uesLions proposées par la Société
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centrale d'agricuUure (1), un haras de 24 chevaux,dans le département desPyrénces-Orienîales, dépique assez ordinairement dans une journée 5,200 gerbes qui rendent jusqu'à 200 liectol. de blé. — Le même agronome relève l'avantage du dépiquage sur le battage au fléau, quant à l'amélioration de la paille. D'après son opinion, le dépiquage brise mieux la paille ; il la rend plus flexible, plus également mêlée aux débris des épis dont les animaux de travail sont avides, et plus susceptible d'être mêlée au -fourrage. Les chevaux de luxe rejettent la^longue paille de seigle, et mangent fort peu de paille de blé, si elle n'est foulée.
Ces avantages sont balancés par de grands ' n couvé ni ens. Le premier est celui du haut prix de ce procédé, relativement à tous les autres modes d'égrenage. Les frais du dépiquage sont évalués par M. de Gasparin presqu'au double de ceux du hallage au fléau. Dans les années 1823-24-25 et 1826, les frais du dépiquage montaient, d'après ses réponses aux questions de la Société d'agriculture, dans le département de Vaucluse, à 2 fr. 10 c. par hectolitre.
Un autre grand inconvénient du dépîqtiage et qui le rend inapplicable au centre et moins encore au nord de la France, consiste en ce que cette opération, par sa nature, doit avoir lieu en plein air. Le climat moins favorable de ces parties de la France exposerait l'agriculteur qui choisirait ce moyen d'égrenage, à des pertes considérables et presque inévitables. Il est reconnu 3 ne, même dans le climat heureux où le cpiquage est en usage, les cultivateurs n'échappent pas toujours aux perles occasionées par la pluie survenue pendant l'opération, sans parler de la détérioration qu'éi>rouve la paille, et de l'interruption du ravail.
L'égrcnage, au moyen du piétinement, j'est pas .plus parfait que le battage au fléau. La quantité de grams qui restent dans 'épi quand le dépiquage est bien fait, ce ^ui n'arrive pas toujours, est évaluée par M. Laure, autre rapporteur sur les quesuons précitées, à 1 pour 100. Souvent cette proportion monte à 2 1/2 pour 100, à 4, et même, dans certaines localités, et avec certaines circonstances, de 5 à 10 pour 100. Il y i des localités où l'on se sert régulièrement du fléau pour extraire les derniers grains des épis.
Voici le tableau du prix proportionnel du dépiquage du blé : Dans le dép. du Var, 10 p. 100; Basses- Alpes et Bouches-du-Rhône, 20 p. 100; Aveyron, 8 p. 100; Haute-Garonne, 5 1/5 p. 100; Ariége (partie en argent, partie en nature ), 7 p. 100; Pyrénées-Orientales, S 1/2 p. 100; Aude, 11 1/2 p. 100.
Il résulte de cette analyse de l'opération que si le dépiquage a quelques avantages incontestables sur le battage au fléau, ils sont payés bien cher.
Nous allons maintenant passer à l'examen des différens systèmes de machines à bat- Ire ; nous espérons démontrer leur incontestable supériorité, et leur voir prendre la