V. Direction et surveillance des travaux
Pour assurer la bonne exécution de ces travaux, il faut, 'comme pour tous ceux qui exigent des soins, une bonne direction et une surveillance 6t)«j-/«/i/e, c'est-à-dire qu'il faut que, dans chaque commune, une personne ayant les connaissances, le zèle et racli\ité nécessaires, et nommée par l'autorité municipale, soit chargée de diriger et de surveiller les lel•rassemen^ ainsi cjue les fournitures, cassages et emplois de matériaux. Celle personne peut être salariée par la commune, à lilre de vojer, ou remplir ces fonctions volonlaireinenl et gratuiieinenl. On doii espérer que, dans les communes qui ne |K>urront pas avoir un voyer, on vei-ra h-s propriétaires aisés el libres de leur temps, en consacrer volontiers une partie à cette branche si importante d'intérêt public el communal.
Ce qui importe le plus,c'est de ne jamais faire
de mauvais travail, sous le prétexte d'obtenir des résultais plus prompts; ainsi, il vaut bien mieux ne Taire chaque année qu'un quart de lieue de bon chemin, que de faire des réparations grossières et imparfaites, ou de jeter, comme on le fait la plupart du temps, dans les ornières, de grosses |)ierres qui s'enfoncent dans la boue et rendent le chemin plus raboteux; tandis qu'avec ces mêmes pierres cassées et bien employées, on peut faire une bonne route; il n'y a d'ailleurs jamais ui'gence à f.iiie la chaussée, puisqu ou peut toujours assurer une bonne viabilité sur nu cheuiin en terre, convenablement réglé et biiMi entretenu.
Quand on n"a que de faibles moyens, il faut lesappliquer d'abord et uniquement à détourner les eaux pluviales, et à empêcher qu'elles suivent le chemin, ou qu'elles y séjournent. Quand ou peut faire un peu |)lus,on remplit lesbas-foudsavec la lerrela plussableuseou la plus gt aveleuse qu'on pourra trouver à proximité; autant que possible pour foimt-r ces remblais, on pread les terres sur les hauteurs des penles du chemin qui descendent au basfond, pour adoucir ces pentes en même temps; puis il faut bomber le remblai et le couvrir de sable, de pierrailles ou de toute autre matière analogue que l'on pourra obtenir, le bien tasser et l'entretenir dans cet état jusqu'à ce qu'on puisse le couvrir d'une chaiissée.
On ni- doit jamais commencer une nouvelle amélioration sans avoir assure complètement l'entretien de celles qui sont faites ; car on aura toujours une meilleure viabilité sur un chemin simplement en terre, exécuté avec soin, comme on l'a prescrit, et couvert d'une couche légère de sable ou de pierrailles, en l'enlrelenant avec soin, qu'avec une chaussée épaisse et exécutée à grands frais, qui ne serait pas entretenue.
§ III. — De l'entretien des chemins.
L'objet le plus important pour les chemins \iciuaux, comme pour foules les roules, est l'entretien. Ce travail n'est nullement difficile, mais il exige des soins constans, et c'est une des choses qu'on a le plus de peine à obtenir des ouvriers; on ne peut y parvenir que par la surveillance active et journalière uf personnes qui s'en occupent spécialement par devoir ou de bonne volonté; mais, comme la bonne volonté est de sa nature facultative et temporaire, e't attendu qu'il est difficile d'espérer un concours constant des personnes aisées, qui seules peuvent avoir du temps à consacrer a une surveillance gratuite, et qui rarement voudront s'assujettir à ces fonctions autant qu'il est nécessaire pour les bien remplir, il vaut généralement mieux, toutes les fois que It-s ressources pécuniaires des communes ou des cantons le permettent, en charger des personnes salariées, desquelles on puisse exiger des visites fréquentes et tous les soins que nécessite la direction et la survedlance constante de ce genre de travaux.
Le premier soin pour le bon entretien d'un cheram doit être, comme on l'a déjà dit, mais comme on doit sans cesse le répéter, d'assu- j rer l'écoulement des eaux pluvialesi et d'em- 1
COaLMUrsICATIONS VIClNALtS ET RURALES. iiv. l'
pêcher leur stagnation sur les côtés, en tenant constamment les rigoles bien curées. On peut charger de ce soin le garde champêtre. Il y a des communes où il remplit bien ces fonctions, moyennant un supplément de traitement de 50 francs par année. Ces travaux sont trop faciles à comprendre pour avoir besoin d'explication.
Entretien des chemins en terre. — Les travaux (ïentreden des chemins proprement dils diffèrent suivant leur état et leur nature. Quand ils sont simplement en terre réglée et bombée convenablement, il ne s'agit que de faire disparaître les ornières à mesure qu'elles se forment, en rabattant les bourrelets dans les cavités. Quand on a laissé les dégradations s'accroître, il faut faire les premiers terrassemens de grosse réparation à la pioche et à la pelle, ce qui est long et dispendieux, ou mieux avec des instrnmens conduits par des chevaux. On peut employei-, pour couper et diviser les terres, une charrue légère ou une houe à cheval, ou bien encore un cultivateur. Quand il ne s'agit que de combler les ornières en y rabatlantles bourrelets qui les bordent, on peut se servir avec beaucoup d'avantage d'un instrument simple et peu dispendieux, en forme de chevron, dont il convient de lui donner le nom. Il se compose de deux fortes pièces de bois de 3 mètres (S) pieds) de longueur chacune, assemblées, d'un côté, par une traverse d'un mèlre, etréunies. du côtéopposé, par l'assemblage de leurs extrémités, fortifié au moyen déquerres en fer.Onattèle sur la traverse un cheval qui
Fig. 490.
marche dans l'ornière à combler {fig. 4Ê0 ). L'ouverture de l'angle que forment les deux pièces marche en avant et embrasse l'ornière et ses bourrelets, et son sommet marche en ar rière directement au-dessus de l'ornière. Les faces qui frottent sur le sol sont garnies ii<lérieurement de deux lames de fer saillantes pour couper les bourrelets; les faces verticales intérieures poussent, au moyen de leur inclinaison, ces terres divisées dans l'ornière, et l'angle, en passant par-dessus, les force à y entrer. Une caisse ouverte est fixée sur le milieu des deux pièces du chevron, pour augujenter, au besoin, sa pressionsur le sol, au moyen d'une charge de terre ou de |)ierres qu'on met à volonté dans cette caisse. Il est facile déjuger que ce moyen d'exécution est beaucoup plus économique que le rabattage des bourrelets à la main.
Soit que le rabattage se fasse par l'un ou par l'autre procédé, il ne suffit pas, parce que des terres ainsi ameublies et divisées, ayant peu de consistance, sont bientôt creusées de nouveau ou rejetées de côté par les roues, surtout si le lemns est humide ou très-sec-
ciiAP. 13' DES CHEMINS CANTONNAUX ET COMMUNAUX.
Pour leur donner de la consistance et de la fermelé, et les rendre plus diflicilenient pé- Iiétrables à l'eau, il laut les comprimer avec le cylindre, qui a encore l'avantage d'empêcher, en effaçant les traces des ornières, que les chevaux suivent toujours la même voie.
Quand un chemin est bien surveillé et bien entretenu, on ne doit pas attendre^ pour le réparer, que les bourrelets soient prononcés^ mais s'en occuper dès que les traces des roues, que l'on nomme Jrayés, commencent à se former. Alors il suffit de faire passer le cylindre seul en temps favorable, c'est-à-dire lorsque, le sol étant encore humide, la surface commence à sécher, parce que, dans ce cas, l'action de ce roulage suffit pour refouler les bourrelets naissans dans les frayés et pour les y bien tasser. Lorsqu'on a quelques ressources et qu'on veut commencer à améliorer lin chemin, en atlendantqu'on puisse y faire une chaussée, ou peut répandre, de temps en temps avant les roulages , du sable ou du gravier, qui, pénétrant dans la terre par l'effet de la pression, augmentera beaucoup sa consistance. Ce répandage se fait avec un tombereau derrière lequel on suspend avec des cordes une large planche inclinée en arrière. Un garçon placé dans le tombereau fait couler le sable sur la planche qui le sème par l'effet de balancement que produit sa suspension.
11 est très-facile, en employant les moyens que l'on vient d'indiquer, d entretenir un chemin en terre constamment en bon état, à peu de frais ; cav on peut, avec le chevron conduit par un homme et un cheval, et coûtant, tout compris, 8 à 10 francs par jour, et avec le cylindre tiré par 4 chevaux et conduit par deux hommes, lesquels coûteront de 30 à 35 fr. ou 10 fr. au plus, c'est-à-dire avec une dépense totale de 60 francs, aplanir et tassec deux lieues au moins de chemin en terre par jour, ce qui fait 26 fr. par lieue. Celte opération étLiut facile et peu dispendieuse, on pourra, en la répétant lô à IG lois par an, prévenir totalement la formation d'ornières profondes, et par conséquent maintenir un chemin eu terre coustanunent en bon état, avec une dépense annuelle de 400 francs par lieue.
Entretien des chaussées pavées. — L'entretien des chaussées pavées ou en blocage ne peut être fait que par des paveurs de profession et à la lâche, ou par abonnement; il est donc inutile de donnera ce sujet des explications détaillées.
Entretien des chaussées en cailloutis, — L'entretien des chaussées en cailloutis consiste dans le comblement des ornières, qui doit se faire de la même manière que celui des chemins en terre, c'est-à-dire qu'on coupe et divise les bourrelets lorsqu'ils sont encore humides, et on les rejette dans les ornières avec un chevron lortement chargé, à cause de la résistance du gravier, puis on roule avec le gros cylindre.
Quand il n'y a pas de bourrelets, mais seulement des frayés creusés par l'usé des roues et des Jlaches déterminées par des affaissemens partiels, ou quand le bombement est usé ou trop affaissé, il faut, pour les réparer, de nouveaux matériaux et uu travail
ûGRICDl.TUt. '.
particulier, afin d'assurer h-tir linison avec les anciens; pour cela, il faut/yjVyMr/- a la pioche la surface des parties à garnir ou à recharger; on met à part le détritus provenant du repiquage. On met un premier lit de pierres dures, bien cassées à la grosseur d'un œuf de pigeon, on élend dessus une couche trèslégère de matières tendres ou du gravier, puis on couvre avec le détritus extrait par le repiquage. Quand les ornières ou les Haches sont profondes, on met la pierre dure en deux couches, dont la première doit être composée de pierres plus fortes que celles de la seconde.
Lorsqu'on a fait une certaine étendue de ces réparations, on les roule au cylindre pour les tasser et les affermir, afin que les roues ne divisent et ne rejelîent pas trop aisément les petits rechargemens, comme il arrive souvent lorsqu'on n'a jjas eu le soin de les tasser. Quand les réparations sont peu étendues, on se borne à les piloner.
En ayant soin de réparer les petites dégradations à mesure qu'elles se forment , et de regarnir journellement en petites pierres, avec les soins que nous avons indiqués, les ornières et les flaches dès qu'elles commencent à paraître, ou n'a jamais besoin de faire des rechargemens de quelque étendue ; ils ne sont nécessaires que quand on a laissé un chemin long-temps sans entretien habituel, ou quand le bombement est trop usé ; alors, il faut faire ces rechargemens de la même manière et avec le même soin que quand oa ajoute une seconde couche de pierres dures à une chaussée, pour augmenter son épaisseur, c'esl-h-dire qu'il faut exécuter ce travail en temps humide, commencer par piquer la vieille chaussée, retirer le détritus enlevé pai* le piquage, étendre la pierre dure en mettant d'abord des pierres un peu fortes au fond, et les plus petites par-dessus; couvrir dun peu de pierre tendre, cassée menu, puis de détritus, de gravier ou de sable, et rouler.
Art. II. — Des chemins ruraux.
Les chemins ruraux sont ceux qui ne servent pas aux communications entre les communes, mais seulement aux travaux de la culture; ils n'ont ordinairement qu'une seule voie et sont presque toujours en terre : ou peut donc appliquer pour leur amélioration et pour leur entretien, les procédés indiqués ci-dessus pour les chemins vicinaux en terre; mais il arrive souvent, et surtout dans les pays humides et glaiseux, qu'on a besoin de leur donner plus de résistance, sans cependant vouloir y établir une chaussée. Alors, comme ces chemins n'ont ordinairement qu'une seule voie, que les voitures s'y croisent rarement, et qu'on est obligé de mettre une grande économie dans leurs travaux d'amélioration, on peut se borner à empierrer seulement le passage des roues, sur 45 à 50 cenlim. (15 à 18 pouces) de largeur, de chaque côté (^g. 491). Pour cela, on fait aux emplacemens de ces rouages, de petites tranchées de 15 à 20 centim. (G à 8 pouces) de proibndeur. On emploie les terres de ces tranchées à remblayer le milieu et les côtés du chemin, qui se trouve ainsi relevé et bombtj
AGRICULTURE : COMMriNIC ETIONS VICINALES ET RURALES.
Fig. 491.
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sans transports, et ces tranchées deviennent par cet exhaussement de 20 à 28 centim. (8 a 10 pouces) de profondeur totale. Si on a des
f>ierres ou des matières tendres, on en garnit es tranchées jusqu'à la moitié de leur hauteur; on fait passer des charrettes à lar^^e jante, quelune temps, pour tasser celle première couche; puis on remplit le reste des tranchées avec de la petite pierre dure bien cassée. Si on n'a que de la pierre dure, on pose d'abord un rangdes pierres L s pins larges et les plus plates, en appliquant les faces {»lates sur le fond, et on remplit tout de suite e reste en petites pierres. On engage à mettre des pierres plates au fond, parce que ces petits massifs étant étroits et ne présentant pas, comme ceux des chaussées, de larges plates-formes bien unies, on aurait à craindre que la pression des roues ne fit enfoncer d;ins la terre leurs bords qui ne sont pas épaulés; et on diminue cet inconvénient d'autant mieux que les pierres plates du fond sont plus \av-
\J entretien de ces rouages sépares doit toujours se faire, comme ceux des chaussées en cailloutis, en piquant la surface des fliclies, et les regarnissant avec de la petite pieri-e, recouverte avec le détritus.
Art. III. — Considérations générales sur les obstacles qui arrêtent l'amélioration des chemins vicinaux et sur les moyens de les vaincre.
Le plus grand obstacle à l'amélioration des chemms vicinaux est, comme nous l'avons déjà fait observer, dans l'opinion liénéralement répandue qu'il n'est pas possible d'obtenir de bons chemins sans y consacrer des sonjmes considérables. Cette conviction a produit le découragement que cause toujours une impossibilité reconnue; il importe donc essentiellement de détruire cette prévention et de prouver qu'on peut obtenir de bons résultats à peu de frais.
La seule difficulté réelle consiste à trouver des hommes capables de bien diriger et de bien surveiller l'exécution des procédés économiques et de perfectionnement que nous avons indiqués, non que leur application soit réellement dilficile, ujais parce qu'ils exigent une certaine instruction et des soins particuliers. Le meilleur moyen d'assurer le succès des applications des méthodes nouvelles et des perfectionnemens, est assurément de former des hommes spéciaux, en les leiu" faisant pratiquer sous les yeux de ceux qui ont déjà une expérience acijuise, et nous pensons que, pour bien reuiplir le but proposé, il faudrait s'occuper de îbrmer de bons inspecteurs-voyers des chemins vicinaux; mais il serait fâcheux d'ajourner leur amélioration jusqu'à l'époque à laquelle on aura pu former des sujets pour cette destination.
L'importance d'avoir de bons chemins étant actuellement bien sentie, on doit espérer que, dans un assez grand nombre de communes, il se trouvera des honmies éclairés et animés de l'amour du bien public, qui, convaincus par la lecture attentive des explications qui précèdent, de la possibilité et de la facilité d'ap|)liqner utilement les moyens d'exécution décrits ci-dessus, se chargeront volontiers de diriger des travaux d'amélioration; on doit espérer également que parmi les jeunes gens, actuellement en a.>sez grand nombre^ qui ont des notions élémentaires de géométrie et quelque connaissance des travaux, on en trouvera quelques-uns qui seront disposés à prendre la carrière nouvelle de conducteurs-vojers des chemins vicinaux, et à conduire et surveiller les travaux d'amélioration sous la direction supérieure et l'inspection des ingénieurs ou des propriétaires instruits qui voudront bien s'en charger.
Il n'est nécessaire d'avoir recours aux hommes de l'art que pour les tracés, ou pour les rectifications de pentes qui présenteraient des difficultés, ainsi que pour les pavages, pontceaux et aqueducs; l'exécution des terrassemens et des chaussées en cailloutis,et leur entretien, n'exigent que de l'intelligence et des soins, et dès qu'où aura commencé, onverra que les difficultés sont beaucoup moindres qu'on ne le pense généralement, surtout pour lesP'' travaux qui sont les plusnécessaires,et, qui consistent à assurer d'aliord l'écoulement des eaux et à établir simplement de bons chemins en terre. Il suffit, pour atteindre ce premier but, que quelques propriétaires éclairés, sans se laisser arrêter par la crainte exagérée des diîficultés, prennent la résolution de s'occuper sérieusement, avec activité et persévérance, de ces améliorations, disposent, de concert avec . les autorités locales, le^ moyens d'exécution et de surveillance, et se chargent de diriger l'emploi des moyens économiques et l'inexpérience des ouvriers qui en feront les premières applications.
On élèvera peut-être des doutes ou des objections relativement à l'usage et aux frais des ins! rumens que l'on conseille d'employer? La réponse est facile : on observera d'abord que l'usage de ces instrumens n'est pas absolument indispensable pour l'application des procédés recommandés, et que ce sont simplement des moyens de faire les travaux indiqués, et surtout ceux d'entretien, mieux, plus vile et avec le plus d'économie possible, et que la différence entre le travail exécuté par ces instrumens sur les routes, et !e même travail exécuté à la main, est tout-à-fait comparable à la différence qui existe entre la culture faite à la charrue et au rouleau, avec la culture faite à la bêche. Ainsi, un chevron tiré par un cheval coûtant 10 à 12 francs, rabattra et comblera plus d'ornières en un jour que cent ouvriers qui coûteraient 1.50 francs. De même, un cylindre tiré par 4 chevaux et conduit par deux hommes et coûtant de 30 à 35 francs par jour, aplanira et tassera plus vite et mieux, une lieue de chemin, que ne le pourraient faire 2U0 piloneurs. qui coûteraient 300 francs. De plus, comme les régalemens et les tassemens s'opèrent rapidement sur de grandes longueurs avec ces
DKS CHEMINS ViaNAtJX- 856
leurs cbemiDS vicinaux, surtout en considérant qu'elle leur procurera sur les frais ordinaires de main-d'œuvre une économie annuelle, fiupërieure au montant du premier déi)oursé.
Les communes qui n'auront pas d»* revenus suffisans pour faire celle dépense, pourront s'entendre facilement avecdescommunes voisines, pour avoir en commun d*îs inslrumens qui serviront successivement à chacuiif. délies, pendant un nombre de jours déteruiiné dans chaque mois; en outre. quel(|ue pauvre ([ue soit une commune, il s'y trouve presque toujours des propriétaires ricRes. ou du mouis aisés, qui, posstdnnt ou cultivant de jurandes étendues de terre, sont plus intéressés que les autres habitans au bon état des chemins vicinaux; et il y en aura sans doute d'assez éclairés pour reconnaitrc qu'il leur sera véritablement avajiîaçeux de faire exécuter à leurs frais des cylindres et des chevrons, qu'ils euiploieroul à leur propre usage, pour leurs chemins particuliers d'agrément ou de culture et pour le roulage de leurs terres, et alors ils pourront les prêter ou les louer, pour les travaux de la commune. On vient dédire que ces cylindres peuvent être employés au roulage des terres; en effet, avec leur poids simple, sans charge additionnelle, ils valent beaucoup mieux que les rouleaux, toujours trop légers , qu'on emploie ordinairement pour rompre los mottes et pour tasser les terres légères ou les prairies. Pour rendre les cylindres propres à ce service, il faut, comme on vient de le dire, enlever la charge supplémentaire intérieure, oui n'est nécessaire que pour les chemins ; alors ils peuvent, à raison de leur grand diamètre, être traînés partout facilement avec deux chevaux, et font un excellent travail. (Quelques cultivateurs de la Brie ont déjà adopté ces cylindres formés avec de vieilles roues. )
Quand on veut appliquer les cylindres alternativement à ces deux services difterens, au lieu de faire le chargement supplémentaire en remplissant l'intérieur de terre ou de pierres, pour rendre le chargement et le déchargement p)lus faciles, on supprime les deux fonds du cylindre et on forme le poids additionnel avec des troncs de bois dur ou des pierres longues, ou bien encore avec des saumons ou de vieux tuyaux en fonte, qu'on passe dans les rais des deux roues, et qu'on fixe en enveloppant les exlrémités saillantes hors des rais avec des cordes serrées au moulinet (/?g. 492).
Fig. 492.
CIIAP. 13'-.
rnstrumens, ils peuvent toujours s'achever dans les circonstances les plus favorables pour leur bonne exécution et pourleur durée, c'est-à-dire quand la terre n'est ni trop humide ni trop sèche; et il résulte encore de la célérité du travail ainsi fait, (|u'il suffit de quelques jours de surveillance, et que les dégradations :i'ont p;is le temps de s'accroître d'un côté pendant qu'on répare de l'autre, Conmie il arrive fréquemment dans les travaux à la main, qui, à raison de leur lenteur, Se font souvent en temps contraire, et exigent une surveillance ronlinuelle. Il faut eacore remarquer que d;ins les travaux exécutés avec (les inslrumens conduits par des chevaux, on a bien moins à redouter les pertes de temps et la paresse, parce que généralement l'homme craint beaucoup moins la fatigue pour ses chevaux que pour lui-même, et aime mieux donner un coup de fouet, qu'un coup d'épaule, ou un coup de pioche.
Il y a donc à la fois avantage pour la bonne exf'cution et bénéfice à employer des instrumens. Nous ajouterons que nous ne concevons pas la possibilité d'entretenir à peu de frais des chemins en terre constamment en bon état, autrement qu'en y einpioyant des moyens mécaniques; en effet, l'inconvénient principal de ces chemins est de s'amollir par les temps humides et de se rouager alors facilement; et comme les ornières qui sont d'abord des effets de cet amollissement, seivant de réservoirs aux eaux, deviennent bientôt elles-ii'.êmes des causes très-actives de l'accroissement du mal, le seul moyen de l'arrêter est de combler les ornières dès qu'elles se forment: le travail à la main est trop lent et trop cher, et d'ailleurs il n'opère le comblement des orriière.". qu'avec de la terre divisée et ameublie, que l'eau pénètre et que les roues lepoussent (!e mmveau, en y enfonçant avec la plus grande facilité, tandis que le cylindre de compression l-nsse immédiatement la terre refoulée et elî.ue les Irayés (ce qui est utile pour empêcher les chevaux de suivre toujours la même voie), et qu'il aplanit et raffermit en même temps tout le sol du chemin.
La conduite de ces inslrumens n'exige aucun apprentissage, car le chevron s'attèle et se trahie comme la herse, et le cylindre s'at- Dèle et se conduit comme une voiture lourde cpii tournerait difficilement, c'est-à-dire qu'il faut seulemenl éviter de tourner court; cependant, quand on y est obligé, on le peut encore facilement en faisant monter le cylindre sur une planche, ou sur une pierre plate, ou sur un pelit monceau de sable, sur lesquels il pivote facilement (1).
Quant à la dépense première, elle n'est pas très-considérable; un cylindre de compression, de 2 mètres de diamètre, peut coûter de 5 à GOO francs, un chevron 50 iVancs, et leur entretien est peu de chose. Il y a assurément |)eu de communes qui ne puissent faire cette dépense, pour un objet d'une aussi grande importance que l'amélioration de
(t) Sur huit on dix voituricrs pris au hasard pour conduire les deux premiers cylindres Je compression qnc nous avons emptovés, d'un inètre et demi < e di3n<ètre, pesant 4.000 kilog., et l'autre de 2 met. de diamètre, posant 0,000 kilog., et qui ont été en ptojés à Versailles, à Orsay, à Gometz , et récemment A Paris, snr la chaussée du pont du CarrouseS et aux Chanips-lîJy8«its, aucun u'a éprouvé de difiirulté à manœuvrer ces cylindres.
AGRICULTURE : COMAIUNICATIONS ^ ICINALES KT RURALES. Les communes qui ont des revenus suffi-
sans et les t)ropriélaires riches, feront encore mieux d'acheter des cylindres eu fonte, qui coûteront de 12 à 1500 francs, et qui, étant garnis sur les côtés de fonds pleins, fermant hermétiquement, se chargent en les rem[)lissant d'eau, et se déchargent par son simple écoulement {Jig. 493).
Fis:. -193.
Quand une expérience suffisante aura prouvé la facilité d'amener un chemin en terre ou en caiiloutis à un bon état d'entretien, et de l'y maintenir à peu de frais, en employant les moyens indiqués et surtout en le roulant fréquemment, on trouvera dans chaque commune à traiter, à Xannée et aforjait, pour l'entretien habituel de chaque chemin, et on n'aura plus alors d'autre embarras que celui de veiller à l'exécution des marchés. Ces marchés peuvent être très-simples, car il suffit de fixer les quantités de matériaux de diverse nature, qui seront fournis chaque année par les habitans et par la commune, ainsi que les lieux et les époques de ces fournitures; et de stipuler que l'entretien devra être tel que jamais il n'y ait sur le chemin ni flaches ni ornières d'une profondeur-supérieure à une quantité déterminée, en expliquant que cette profondeur sera mesurée par la hauteur de l'eau que la flache ou l'ornière f)ourra contenir.
Pour assurer le bon état des chemins vicinaux, il faut empêcher qu'ils ne soient écrasés par des surcharges extraordinaires , qui %ont d'autant plus à craindre que ces chemins seront en meilleur état; comme on ne peut songer à y établir des ponts à bascule qui, d'ailleurs, ne remplissent que très-imjjarfaitement leur but sur les routes royales, il faut chercher un moyen plus efficace et moins dispendieux. Un des meilleurs, à notre avis, est celui qui a été proposé par la Société d'agriculture deSeine-et-tiise: j1 consiste à fixer les dimensions des fusées des essieux des roues à leur origine en dedans des moyeux, parce qu'alors on ne pourrait surcharger sans s'exposer à faire rompre ou plier les essieux, et que la vérification de cette prescription pourrait se faire facilement et sans frais, en tout lieu et par tout le monde.
Abt. IV. — Des inspecteurs-loyers.
IS^ous a von s observé que pour arriverpromptement et sûrement à l'amélioration générale des chemins vicinaux et pour assurer l'emploi utile des sommes et des efforts qui y sont consacrés, le meilleur moyen était de confier la direction et la surveillance des travaux et de l'entretien à des inspecteurs ou conducteurs- 7wyerx capables de tiiriger les travaux de ces chemins avec les soins et l'économie qu'ils exigent, et d'exercer une surveillance active et constante; parce que ce n'est qu'en réparant les petites dégradations à mesure qu'elles deviennent sensibles, qu'on évite les ornières profondes et les grandes dépenses. Pour assurer cette surveillance, il faut que celui qui s'en charge s'en occupe exclusivement; ainsi, il vaut mieux donner à un inspecteur toute l'étendue des chemins qu'il peut diriger à la fois, sur deux ou trois communes, que d'en charger une personne dans chaque commune, parce que les émolumens qu'une commune rurale peut accordera un voyer ne pouvant suffire pour assurer son existence, il serait obligé de se livrera d'autres occupations qui pourraient le retenir aux époques où sa présence sur les chemins serait le plus nécessaire, tandis que la réunion des traitemens alloués par 3 ou 4 communes, doit être suffisante pour faire de ces fonctions un état assez avantageux pour qu'on craigne de le perdre, et pour permettre d'exiger l'exclusion de toute autre occupation, en sorte que l'inspecteur-voyer n'aura à penser qu'à ses chemins, et arquerra beaucoup plus d'expérience et d'habileté que celui qui ne s'en occuperait que temporairement.
Un inspecteur-voyer aura dans chaque commune un ou deux ouvriers intelligens et de confiance qu'il formera avec soin ; il leur fera faire les petites réparations habituelles suivant les besoins;et quand il jugera à propos de former des ateliers a mbulans, ce seront ces ouvriers de confiance qui les dirigeront et qui veilleront au bon emploi deleurtemps: l'inspecteur.ayant la responsabilité dutravail, doit toujours être libre de choisir et de renvoyer ces chefs-ouvriers.
La surveillance sur ces inspecteurs s'exercera par les maires et par les conseillers municipaux, lesquels pourront déléguer un commissaire spécial annuel, etpar les propriétaires intéressés au bon état de chaque chemin, qui, dès quUl y aura un service organisé, y veilleront avec l'activité de l'intérêt particulier, parce que, pour chaqxie habitant, le bon état des chemins dont il se sert habituellement, est un véritable intérêt personnel.
Quoique ces moyens de surveillance soient assez directs et assez multipliés pour prévenir ou pour réprimer promptement les fautes et les néf^ligences, nous pensons qu'il faut encore y ajouter un moyen d'action plus puissant, celui des peines et des récompenses. Pour cela, il faudrait que le traitement de chaque inspecteur-voyer fût composé de deux parties: l'une, fixe, seraifseulement suffisante pour assurer convenablement son existence et l'autre, variable, dépendrait des autorités locales;cettepartie variable serait, comme N
cti,vi>. 14'. DP:S CLOTURES RURALES.
partie fixe, divisée en autant de parts qu'il y aurait de communes comprises dans l'inspection : ces ])arts seraient toujours portées au budget C(jmmunal, pour garantir la possibilité du paiement immédiat, mais elles ne seraient allouées à l'inspecteur, qu'autant qu'on serait satisfait de saconduiti^ cl de l'état de ses chemins dans chaque commune.
Pour bien remplir les fonctions d'inspecteur des chemins vicinaiix . il faut une mstnirtion théorique élrmentairet et surtout Verpcrience des bons procédés d'exécution. Or, il y a très-peu d'hommes capables de remplir ces fonctions, plus difficiles qu'on ne pense, et il faut d'ailleurs que ceux qui voudront les exercer apprennent à bien appliquer les procédés les plus convenables, el sachent les modifier au besoin suivant les localités : pour remplir ce but, il faudrait former une École spéciale d'application et de pratique, dans chaque département. I\Iais on manque généralement d'hommes capables de diriger ces écoles, car ceux mêmes qui y sont propres par leur instruction, ignorent les nouveaux procédés et pourraient les mal appliquer, toutes les fois qu'il s'agit d'innovations en travaux manuels, il faut que ceux qui veulent en faire usage commencent par pratiquer sous les yeux de ceux qui ont une expérience acquise, et comme il n'y a encore qu'un très-petit nombre d'hommes expérimentés dans cette pratique, il faut nécessairement commencer par former aux environs de Paris, dans le département de la Seine ou dans celui de Seine-et-Oise, au centre de 2 ou
3.57 3 chemins vicinaux à améliorer, une Ecole normale pratique destinera former des sujets capables de diriger ensuite des écoles semblables dans les départemens. On y admettrait des jeunps gens d'une bonne moralité, ayant en arithmétique, en géométrie et en dessin linéaire, une instruction première, que Ton compléterait en la dirigeant vers le but de leur spécialilé; on leur ferait ensuite exécuter les divers travaux d'amélioration et d'entretien des chemins voisins de l'école: quand ils auraient acquis l'inslruction et l'expérience nécessaires pour er)sei.ineràleur tour, on leur donnerait des diplômes poiii* être admis comme directeurs d'écoles pratiques locales dans les départemens, ou comme inspecteurs-voyers de cantons.
L'amélioration des chemins vicinaux étant véritabkMuent un objet d'intérêt général, il serait juste que les frais du matériel el de renseignement de YEcole normale fussent au compte de l'Etat, et ceux des Écoles locales aux frais des départemens. Quant aux dépenses à faire en travaux d'expérience et d'amélioration, qui s'exécuteraient sur des chemins vicinaux voisins de chaque école, pour l'inslruclion des élèves, ils devraient être partagés, savoir : pour Vécole normale, yid^r tiers entre le gouvernement, le département et les communes traversées par les chemius sur lesquels s'exécuteraient les améliorations, et pour les écoles départementales, entre le département et les communes intéressées.
POLONCEAC.