‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 211 sur 304 · AGRICULTURE : DES CLOTURES RURALES · texte numérisé non relu

AGRICULTURE : DES CLOTURES RURALES

i.iv. i*"*.

lorsque le sol est consacré, toujours ou altornativemeut, au pàtui-iige du bétail ou translorméen |)raii'ies artificielles oonsoinuiées sur place, parce qu'ellesprocurent aux troupeaux uu abri favorable et eu rendent la garde plus facile. D'après ces considérations, il convient donc de donner aux clos pins d'étendue si le sol est humide et consacré principalement à la cnUure des j^rains ; si, au conli'aire, le terrain est sec et est principalement destiné au pâturage du bétail, il est avantageux (|u'il soit réparti eu divisions moins considérables. En thèse générale, des clôtures solides et une répartition convenable des terres, opérée par le mo^en de haies \ives, fortes et suffisamment garnies, contribuent essentiellement à la bonne administration d'un fonds ; facilitant les moyens d'en tirer des produits divers et de le faire pâturer par du bétail de divers genres ; enfin, les vols et les dommages sont beaucoup plus rares dans les lieux où des haies sont établies que dans les champs ouverts.

Il y a plusieurs sortes de clôtures, les murailles, \q^ fossés Q\. \q^ haies.

Section i""». — Des murailles.

On emploie ordinairement pour la construction des murailles, les matériaux fournis par les localités qui sont le plus à proximité du lieu où elles doivent être élevées. Ces matériaux sont : le moellon, la pierre de meulière, la brique, et même la terre lorsqu'elle est de nature à pouvoir être employée à cet usage.

Murailles de moellons. — Les murailles construites en moellons piqués, liés entre eux par un bon mortier à chaux et à sable, avec des chaînes en pierres de taille, et couverts de dalles de pierre dure, sont les plus durables; mais elles ne s'emploient ordinairement que pour enclore des espaces peu étendus et attenant à une riche habitation, à cause du haut prix auquel reviennent ces constructions. On emploie de la même manière le Uioëllon brut; mais alors ou le crépit avec le même mortier qui a servi à la construction, ou on l'enduit d'une légère couche de plâtre.

Murailles de pierre de m.eulière. — Ces murailles se construisent comme les précédentes ; mais cette sorte de pierres étant rude et mal unie, il est nécessiaire de les crépir en mortier pour en faire disparaître les inégalités ; on substitue souvent aux dalles qui servent à les couvrir un chaperon fait avec la même pierre, et quelquefois de tuiles ou de briques. Pour ce.tie partie de la construction, on place sur l'extrémité supérieure de la muraille, et des deux côtés si le mur est mitoyen, un rang de pierres plaies les plus droites et autant que possible de la même épaisseur, qui débordent de 4 à 5 centimètres. Cette partie se nomme larmier ou égout. On

f)lace au-dessus, et au niveau de la façade de a muraille, un premier rang de pierres ou de briques, et successivement, en rapprochant chaque assise du centre de la construction, de manière que cette construction se termine par un angle obtus que l'on nomme la crête du chaperon^ et qui ne doit être élevé au-des-

Fig, 494.

sus du larmier que de 32 à 40 centim., plus ou moins, eu proportion de l'épaisseur du mur. Ces cha|)erons doivent toujotu-s être faits avec soin, car c'est de leur boiuie construction que dépend la conservation et la durée du nuir.

Murailles en briques. — On procède pour la construction des nuu'ailles en brique, en tout point comme il a été dit ci-dessus i)our les murailles en pierres de meulière; mais dans ces constructions en moellon brut, pierre de meulière et brique, on substitue souvent, pat- économie, un mortier en tene ati mortier a chaux et à sable; alors on élève de distance en dislance une chaîne en maçonnerie faite avec du bon mortier, d'une largeur de 1 m. à 1 met. 32 cent, pour remplacer les chaînes en pierre de taille, et on crépit le tout en mortier à chaux et à sable.

Murailles en pierres sèches. — Ce n'est guère qu'autour des cours et jardins qu'on trouve les véritables murailles dont nous venons de parler; mais il arrive souvent qu'on entoure les possessions rurales de murs en pierres sèches ou en terre. Les premières [fig.A'èA )se construisent en superposant, sans mortier, des pierres de toute nature, telles que le local les foui'nit, et quelquefois ramassées par le cultivateur dans le chanip même qu'il veut enclore. Ces murs, couverts d'un bon chaperon et crépis de chaque côté, sont peu coûteux et se maintiennent îongtemps.Quelquefois même, sans les crépir, on n'emploie d'autre couverture qu'un chaperon sans mortier, mais dont les pierres sont placées avec soin sur 2ou 3 rangs seulement, pour que les vents aient moins de prise et qu'ils puissentleiir résister; enfin, on se borne le plus souvent à unir les pierres avec de la mousse ou des plaques de gazon. Si l'on n'a que peu de pierres plaies et larges, il ne f lut pas donner au mur beaucoup d'élévatioii : on le couvre avec du gazon et on y plante des groseiliers ou des ronces, qui y réussissent fort bien; cesarbustes donnent auxmurs plus de solidité, et rendent la clùttu-e plus défensive.

Murs en plâtras. — Les murs en plâtras, tels qu'on en voit chez h^s maraîchers de Monlreuil près Paris, se bâtissent avec les débris de vieil'es constructions en plâtre liées ensemble avec du mortier en terre et crépis des deux côtés, ou seulement du côte de la culture, par une légère couche de plâtre. Ces murs sont propres, durent assez longtemps et forment d'excellens supports pour les arbres palissés à la loque.

Muradles en terre. — A défaut de pierres, et lorsque la terre offre assez de consistance, on en fait des nmrs en la comprimant lit par lit entre deux planches; ces murs sont presque toujours recouverts par un petit toit en chaume, ou par un chaperon en plaques de gazon : ces constructions durent assez de temps et sont très-économiques, puisqu'elles ne coûtent que la main-d'œuvre. D'ailleurs la terre qui lescompose, exposée aux mfiueu»

CHAP. 14» DES f OSSES.

ces de l'atmosphère, devient très-propre à l'aniendement du sol.

Murs en torchis. — On appelle torchis un morlier fail de terre argileuse, dans lequel on met une quantité relative de paille longue de gros foin, et quelquefois de laiche et de jonc. Le torchis est achevé lorsque ces pailles sont bien enduites, bien peuélrées du morlier dans lequel on les a pl(ing<'es. l'our en faire usage, il faut d'abord planter des pieux charbonnés de la hauteur du mur, et placés assez près les uns des autres. On les croise par des perches de toutes longueurs fixées horizontalement aux pieux par des liens de paille, des osiers ou des harls. On prend ensuite par poignées les pailles ou autres matières imprégnées de mortier que l'on maintient dans toute leur longueur, et on entrelace le torchis en le passant successivement dans les vides formés par les pieux et les perches, jusqu'à ce que ces vides soient entièrement remplis. On ragrée ensuite des deux côtés avec le même mortier dans lequel on a mêlé de la menue paille ou du foin haché. Ces murs sont terminés par des chaperons en gazon ou de petits toits en chaume. Ils ne sont pas ordinairement d'une grande étendue ; mais, dans quelques contrées de la France, on voit assez souvent des chaumières entièrement construites de cette manière, qui, lorsqu'elles sont bien entretenues, durent fort long-temps.

Murailles en plaques de gazon oude bruyère. — On emploie quelquelois des plaques de gazon ou de bruyère, et même des mottes d'une terre argileuse fort compacte que l'on écarrit, pour élever des murs d'une étendue peu considérable. Ces cloturesagrestes se couvrent de chaume en forme de toit, degazon et quelquefois seulement en terre, à laquelle on donne la forme d'un chaperon, pour écarter les eaux du centre de la couslruclion.

Section ii. — Desjossés.

'Lq fossé est une excavation longitudinale plusoumoins large, plus ou moins profonde, dont on environne un champ pour le défondre contre les hommes et les animaux; pour protégttr les haies et bai'rières intérieur» s contre la dent ou les alta(iues du bétail; pour dessécher les terres et le sol des chemins en recevant les eaux sutaboudantes et les tenant à la portée des racines des arbres qui sont dans le vuisinage.

Il y a plusieurs sortes de fossés : simples, doubles, revêtus en maçonnerie et plantés.

On dislingue dans le fossé : l'ouverture, les glacis, le ibnd, la berge et la crête. iSouver- /w/f est la partie delà tranchée qui sépare les deux glacis à l'extrémité supérieuie. Les fllacis sont la partie qui commence au niveau du sol et descend de chaque côté jusqu'au fond du fossé, he/o/id ast la pariie o|)poséeà l'ouverture où viennent aboutir les glacis. La herf^e est l'élévation en talus formée le long du fossé avec la terre provenant de l'excavation. La rrèie est la partie la plus élevée de celte berge.

V inclinaison des glacis doit être plus ou moins considérable, suivant que la terre a

plus ou moins de consistance. En effet, si la terre est forte et tenace, l'inclinaison de 64 millini. par 32 centim. (un pouce par pied) sera suflisante; tandis que si la terre est légère, sablonneuse, on doit donner à cette inclinaison de 4r) à 50 degrés.

Lii fond présente ordinairement une surface plane, ou fond de cuve, ou arrondie en m.inière d'auge: quelquefois il forme un angle plus ou moins aigu, lorsque le fossé est assez profond pour que les glacis, plus ou moins inclinés, viennent à se rencontrer.

La berge qui est formée de la terre extraite de l'excavation, est placée en talus de l'un ou l'autre côté , et même, lorsque le fossé est mitoyen, elle est partagée entre l'un et l'autre. Quelquefois encore la terre est répandue aux environs du fossé, ou enlevée pour une destination plus éloignée, de manière que ces fossés sont sans berge. Us ont alors pour but de marquer la circonférence du terrain, plutôt que de le défendre.

La créts est la partie la plus élevée de la beige. On l'arrondit d'autant plus que la terre est légère, afin que les fortes pluies en entraînent le moins possible dans le fossé. Toutes ces parties du fossé sont ordinairement gazonnées; quelquefois c'est seulement la berge, et plus souvent la berge et les glacis, pour soutenir les terres lorsqu'elles n'ont que peu de consistance. On peut semer le gazon au lieu de l'appliquer, ce qui est plus tôt fait et exige moins de main-d'œuvre.

'Le^fosses simples ont ordinairement de 1 à 2 met. (3 à 6 pieds) de largeur, et de l m. 32 à 1 m. 50 (4 pi. à 4 pi. 1/2) de profondeur. Mais ces dimensions doivent varier suivant les circonstances et selon le but que se propose le propriétaire en établissant ces clôtures.

Les fossés doubles sont deux fossés placés à 1 mèl. 32 centim. (4 pi.) de distance et prolongés ainsi parallèlement. La terre provenant de cette double tranchée forme une double berge sur le terrain qui sépare les 2 fossés, et dont la crête tient le milieu entre l'un et l'autre. Cette sorte de clôture n'est guère pratiquée (excepté quand la berge doit èlre plantée) que dans les terrains humides, et ceux qui les font construire ont aulaut pour but de dessécher l'enclos que de le défendre.

Les fossés revêtus en maçonnerie sont ceux dont les terres sont soutenues des deux côtés par un mur en maçoimerie. Ils ne sont à la portée que des riches propriétaires et pour l'enclos des jardins et des parcs. Ces murs sont ordinairement construits en moellons piqués, liés ensemble par un mortier à chaux et à sable, soutenus, à des distances très-rapprocl'.ées, par des chaînes en pierre de taille, et entre ces chaînes par des éperons ou murs de refend, placés du côté des terres, t|ui ont à leur base de 1 met. à 1 met. 50 cenlim. (de 3 à 4 pieds 1/2) de saillie, suivant la hauteur du mur à soutenir, et viennent mourir à non à (iuelques centimètres au-dessous du couronnemont; ces éperons ont en outre pour effet, en divisant les terres, d'en affaiblir considérablement la poussée, et d'empêcher ainsi l'influence qu'elle aurait sur la durée du mur. Ces fosses ont ordiuaireuieut de 2 à

AGRICULTURE : DES CLOTURES RURALES. mv. i ^

mont fixés à 2 on 3 mètres de <lisl;ii)ce les lins des autres ^%. ^197 et /z'^-. 498). Ceslia-

Fig. 407. Fig. 498.

o met. (de 6 à 9 pieds) d'ouverture, et 2 met. (G pieds) de profondeur; ils ont le précieux avantage de n'apporter aucun obstacle à la vue extérieure de la campagne, et de laisser entiers les agrémcns que celte vue procure. Quelquefoisces fossés ne sont revêtus en maçonnerie que du côté de la propriété dont ils forment la clôture (/^ Fig. 495.

495) ; ces murs sont alors désignés sous la dénomination de murs (le tci-rtixse; ils présentent nue grande partie des avantages qu'on obtient d es p re m i e r s . e t so n t beaucoup moins coûteux. Quand ces constructions n'occupent qu'un très -petit espace dans la clôture et n'ont été établies que pour ménager un point de vue intéressant, on les nomme alors saut-de-loup ou ha-ha.

Section m. — I^cs haies et des fossés plantés.

Ce mode de clôture est généralement adopté dans les campagnes, pour contenir les troupeaux dans les pâturages qui leur sont réservés, pour préserver les jardins et les champs des dommages que pourraient y causer les hommes et les animaux, et pour protéger les vergers contre les vents et le pillage des maraudeurs.

Il y a plusieurs sortes de haies : les haies sèches ou mortes, et les haies vices. On peut encore distinguer les haies Jourragères et fruitières ; il en sera traité dans d'autres chapitres de cet ouvrage.

§ l". — Des haies sèches ou mortes.

Les haies sèches peuvent être construites avec toutes sortes de branchages ; mais lorsqu'on peut choisir, on donne la préférence aux bois épineux, dont les rameaux touffus et garnis d'épines présentent par cela même une plus grande défense; cependant, à défaut de bois épineux, on emploie souvent les branches provenant de l'élagage des arbres que fournit la propriété, tels que chênes, ormes, etc. La seule chose qu'on ne doit pas perdre de vue, c'est que, si l'on tient à la durée de la haie, on doit éviter avec soin d'employer des bois tendres, tels que tilleuls, saules, peupliers, dont la décomposition, toujours prompte, serait encore hâtée par l'humidité de la terre et par les influences de l'atmosphère.

On enfonce en terre les branches destinées à cette construction, par le gros bout, à une profondeur de 21 centim. (8 pouces) environ, ayant soin de les rapprocher de manière qu'on n'aperçoive aucuns vides à la naissance de la haie (Z?^'. 496); le plus ordinairement on les con- Fig. 496. solide au moyen

d'une traverse placée de chaque côté, aux deux tiers de sa hauteur, et qu'on assujettit à des pieux solide-

verses ou perches, placées liori/.ontalemenf, sont liées ensemble, au milieu de l'espace qui se trouve entre les pieux, f)ar un harl qui les resserre de manière que la haie se trouve fortement couipriniée entre ces perches ; ce qui la consolide entièrement.

Ces haies sèches sont le plus souvent destinées h protéger la croissance des haies vives nouvellement semées ou plantées; et leur durée suffit ordinairement, jusqu'à ce que ces dernières soient en état de se défendre ellesmêmes; elles servent aussi à délimiter les divisions intérieures, principalement dans les pâturages; mais il vaut mieux pour cette destination avoir des barrières iransportables ou mobiles.

Les haies sèches en palis sont souvent construites avec des échalas ou pieux de diverses dimensions; on les enfonce en terre par un bout, et on les assujettit avec des harts (/?^.499), ou un fil de fer attaché par le haut sur une traverse fixée Fig. 499.

à des pieux placés à 2 met. (6 pieds) de distance les uns des autres. Ils forment quelquefois un palis trèsserré iJîg.SOO) et quelquefois à claire -voie {fig. 50 1), suivant le but qu'on s'est proposé

Fi;

iQOé

Fig. 501.

en les construisant.

Les échalas sont quelquefois remplacés par <le mauvaises voliges {J/g. 502), on bien par des planches {fig. 503); les pi-iix sont

Fis

Fig. 503.

alors en menuiserie et doivent avoir 8 centimèt. (3 pouces) d'écarrissage; des traverses allant d'un pieu à l'autre y sont fixées avec des clous; c'est sur ces traverses placées au haut et au bas des pieux que sont clouées les planches formant le palis. Ces palis sont

cnAP. 14*.

Page 1