‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 231 sur 304 · CHAI'. 15*. DE QUELQUES PLAINTES DE LA. FAMILLE DES GRAMINÉES · texte numérisé non relu

CHAI'. 15*. DE QUELQUES PLAINTES DE LA. FAMILLE DES GRAMINÉES

nissant de liège la meule d'en bas, par dedans, c'est-à-dire entre les deux meules, a(in qu'elles n'écrasent point lesgrains.On trouve un moulin fort simple, décrit et figuré dans la Collection d'instrumens et de machines de M. DE Lasteyrie.— Celui que nous représentons (%. 573), d'aj^rès l'ouvrage de Borgms, Fig.573.

nous paraît préférable. Agissant par frottement, et non par percussion, il ne peut que dépouiller le riz de son écorce sans le pulvériser. On voit que cette machine très-simple est composée d'un cône de bois a, de 5 à 7 pieds de long sur 3 aît de diamètre à la base, et 12 a 15 pouces au sommet. Ce cône est fait d'un assemblage de pièces de bois collées et réunies par de fortes chevilles ; il est soutenu fixement par une mèche 6, scellée dans une plate-forme en maçonnerie ce. Ce cône est entaillé sur toute sa surface convexe par des .annelures d'une forte ligne de profondeur, le 4 à .5 d'empâtement, tirées parallèlement et en ligne oblique. Une cape dfi, conique, exactement correspondante à celle du cône n, le recouvre entièrement; sa surface concave est entaillée de cannelures semblables à celles du noyau «, mais inclinées en sens inverse. Cette cape, construite de madriers rapprochés comme les douves d'une lulaille, est liée par 3 ou 4 cercles en fer; elle est soutenue en équilibre par un boulon en fer encastré dans la partie supérieure du cône a. L'extrémité de ce boulon entre dans une calotte de bronze hémisphérique, soudée au centre de 2 petites barres de fer assujetties au fond de la trémie j:. Ce fond est percé de plusieurs trous pour laisser passer peu-à-peu les i^rains qui, en descendant entre le noyau et la cape, sont dépouillés de leur capsule par le frottement que produit la rotation de cette dernière, laquelle est mise, au moyen des 2 leviers, en un mouvement circulaire alternatif de droite à gauche. Cette machine, mue par 2 hommes, blanchit, en unejoui"née de travail, 4 quintaux de riz.

Au sortir des moulins, le riz passe encore au cnhle,mah on ne le nettoie pas davantage dans les rizières, et ce sont les marcliands qui achèi'cnt de répurer, en en formant plusieurs qualités. La plus inférieure se nomme rizot;e\\e sert à la nourriture du peuple, à la préparation d'un amidon inférieur à celui de blé, et aussi à l'engraissement de la volaille. — Le déchet du rizon au riz blanchi est communément dans le rapport de 38 à 25.

L'un des grands avantages du riz est &afa-

cile conservation, qui le rend, par suite, trésprécieux pour les voyages de long cours, pour les approvisionnemens des villes de guerre et pour les cas de disette.

Les produits du riz sont considérables, comparés au fromeni. Quand le grain du riz est beau, bien nourri, bien plein, 100 livres en gerbes donnent jusqu'à 75 livres de riz blanc ou pilé; le plus communément, on en obtient de 40 à 50 livres. Le prix du riz de Piémont blanchi est d'environ 25 centimes le kilog. (2 sous 1/2 la livre). — Dans les Carolines, on compte que le produit d'un acre est de 50 à 80 boisseaux de riz, selon la qualité du sol; 20 boisseaux de grains, revêtus <le l'écorce, pèsent environ 500 livres; ces 20 boisseaux se réduisent à 8 quand le riz est dépouillé de sou enveloppe, mais il y a peu de perte sur le poids.

.Matthieu Bonafous.

Section ix. — De quelques autres plantes de lajamille des graminées.

Le PATURIN flottant {Poa fluitans), plus vulgairement connu sous le nom de Fétuque flottante, manne de Pologne ou de Prusse, a été rangé parmi les paturins parles botanistes modernes, parce que, comme dans toutes les espèces de ce genre, il a des balles dépourvues d'arêtes. — Sa panicule est fort longue, resserrée en forme d'épis, et composée d'épillets cylindriques et alongés. — Ses graines sont petites et nombreuses. C'est une plante vivace qui croit abondamment dans les fossés et les marais vaseux; elle sera figurée au chap. des Fourrages.

Dans le nord de l'Europe, et notamment en Pologne, on récolte, dit-on, soigneusement les graines de ce pàturin, que l'on fait cuire à la manière du riz et des millets, et auxquelles on trouve un goût délicat et sucré. — On en nourrit aussi les volailles et les 'oiseaux. Parmi les personnes qui en ont goûté en France, à ma connaissance, les unes les ont trouvées fort bonnes, les autres leur ont reconnu une saveur marécageuse presque repoussante. — Quoiqu'il en soit, en des années de pénurie, et dans les pays à marais comme la triste Sologne, il ne peut être indifférent d'appeler 1 attention des habitans de la campagne sur la propriété alimentaire de cette |)lante, dont il serait facile de peupler, par les semis, la plupart des terrains a(]ualiques, et d'employer les produits herbacés, comme l'un des meilleurs fourrages verts de ces sortes de localités, lorsqu'on ne jugerait pas à propos d utiliser ses semences; on pourrait même pi-ofiter de srs fanes et de ses graines en fauchant après la maturité de ces dernières.

Toutes les graines ne murissentpas en même temps sur le même pied : on les obtient ordinairement, dit Boso, en plaçant un tamis sous les épis, et en frappant sur eux avec des bâtons. On répète cette opération toutes les semaines jusqu'à la fin de la récolle.

Le PATURIN clAbyssinie {Poa abyssinien) est annuel. Sa panicule est lâche, penchée, composée d'épillets linéaires de 4 fleurs. C'est dans le pays qui lui a donné son nom qu'on

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mange ses graines, malgré leur petitesse, de la même manière que celles de la [)rtfcédtMile espèce, sous le nom de Teff. — On a pen^-é que la rapiililé de croissance de celle piaule pourrait la rt-ndre, dans la France méridionale, aussi uliie qu'elle lesl eu Abyssiuie, où on peut manger au bout de 40 jours le produit d'un semis, et où l'on en tait jusqu'à 3 dans une année lorsque la saison est favorable.

L'ALPISTE ou Phalaride des Canaries {Phaliiris Canariensis), graine des Canaries (voir la/f^. au chap. àeit Plantes fourragères], a un épi lermmal, ovale ou à peu près cylindrique, assez épais; — des balles glabres à courts pédoncules. — Quoiqu'on le regarde comme oi-iginaii'e des Canaries, on le retrouve fréquemment à l'état sau%age sur plusieurs points de la France, notamment en Bourgogne, dans le Lyonnais et le Languedoc. Il se platt de préléreuce dans les prés humides.

Les voyageurs rapportent que, dans les îles dont je viens de f)arler, cet alpiste servait autrefois de nourriture aux habiians qui en font encore des bouillies fort bonnes, comme cela a lieu aussi dans certains cantons de l'Espagne, de lltalie et même de la France niei'idionale. Mais, dans tous ces pays, lorsqu'on le cultive en petit, c'est principalement pour en donner la graine aux oiseaux. Il est moins productif que beaucoup d'autres graminées tout aussi propres à celte destination. — Une propriété particulière, qui, si elle était bien reconnue, augmenterait cependant probablement la culture de cette plante, c'est que la farine de ses graines paraît être préférable à toute autre pour faire la colle destinée à affermir la chaîne des tissus fins, parce au'elle conserve plus longtemps son liumiité.

Le phalaris des Canaries aime les terres légères, chaudes et pourtant substantielles. Sa végétation s'accomplit rapidement au sud de l Europe; — assez lentement, au contraire, dans les régions du nord, puisqu'en Angleterre il ne fleurit que vers le mois de

juillet et ne parvient à maturité que vers septembre ou octobre. Dans la plupart des contrées oîi on le cultive, on le sème à la manière de l'avoine ou de l'orge. En Angleterre, il parait qu'on le sème en rayons distans d'un pied les uns des autres, dans le courant de février.

La ZIZANIE {Zizania aquatica), riz de Canada, \w.pvo]ivemQi\\. folle-avoine, — Zizanie claveleuse de Bosc, est, d'après cet auteur, une plante monoïque annuelle, qui s'élève, en Caroline, dans les eaux stagnantes et boueuses, à la hauteur de 7 à 8 pieds. — Ses fleurs sont disposées en paiiicules terminales, les mâles à la partie supérieure, et les femelles à la partie iiiférieure. Celles-ci sont remplacées par des graines qui n'ont pas moins de 7 à 8 lignes (0"' 016 à 0" 018) de long, et qui sont regardées comme un excellent manu,er. Le même agronome dit que, les ayant mâchées, il les a trouvées plus farineuses qu'aucune de celles de la famille des graminées, et que les sauvages, avant l'arrivée des Européens, en faisaient cuire avec leur viande ea guise de riz. — Aussi fait-il des vœux pour que cette belle et utile plante soit introduite dans les parties méridionales de l'Europe, où elle réussirait certainement.

Les graines de Zizania aquatica, dit M. Loupo.\, contribuent encore, essentiellement à /a nourriture des tribus errantes d'Indiens, et à celle dimmensestroupeaux de cygnes, d'oies et d'oiseaux d'eau de diverses sortes, qui affluent detoutes parts dans les marais du nord de l'Amérique. Parkixson s'élonne, tant il a vu celle plante productive dans les climats les plus rigoureux, et en des positions complètement impropres à toute autre culture, que les Européens, habitans des parties les plus septentrionales du pays que je viens de citer, n'aient encore fait aucune tentative pour propager et améliorer une production végétale qui semble destinée par la nature à devenir un jour le pain du nord.

Oscar Leclerc-Thouin.

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