VI. Par la plantation de tubercules entiers
— C'est incontestablement le moyen le plus sûr et souvent le plus économique, pourvu que l'on n'emploie qn^ des tubercules de moyenne grosseur. Trop gros, ils pousseraient un grand nombre de petites liges qui s'affament réciproquement : trop petits, les tubercules ne contiennent pas assez de substance amilacée pour nourrir les jeunes bourgeons. Les pousses tendres et délicates, obligées de passer subitement de la nourriture suecûlente fournie par le tubercule à celle qui se trouve dans les engrais, mais qui n'est point préparée, languissent quelque temps, et il est bien rare que cette circonstance n'exerce pas une influence désavantageuse sur la vigueur de la plante adulte.
VII. Par proK'ignage. — C'est un procédé, fort connu des horticulteurs, pour multiplier promptement des espèces rares ou rebelles à tout autre mode de reproduction. Il ne peut être conseillé pour la culture économique des pommes - de - terre, et ne doit ^tre utilisé que pour les variétés nouvelles
dont ou ne possède qu'une petite quantité. VIII. Par semis. — Aussitôt que les baies sont mûios, on les écrase, on les délaie dans l'eau pour enlever le mucilage qui adhère aux petites semences. Au printemps, on sème sur un carré bien préparé; et aussitôt que les jeunes plants ont atteint la hauteur de 3 à 4 pouces, on les transplante. Les petits tubercules qu'on récolte à l'automne sont mis dans un lieu à l'abri de la gelée, pour être au printemps plantés à la manière ordinaire. Ce mode de propagation n'est usité que dans la vue de multiplier les variétés et d'en obtenir de nouvelles; il a l'inconvénient de ne pas procurer dans la même année des produits aussi abondans que les autres modes. D'un autre côté, il permet de multiplier au lom cette plante précieuse : c'est ainsi qu'il a été fait, dans ce but, des envois de graines dans la Grèce, il y a plusieurs années. M. Sa- GERET est l'agronome qui s'est occupé avec le plus de succès des semis de pommes-deterre, et les résultats obtenus par lui ont été très-salisfaisans.
§ IX. — Des façons d'entretien.
Culture irlandaise. — Avant de passer à ce sujet, nous croyons utile de décrire la culture irlandaise des pommes-de-terre. Voici ce qu'en dit M. Huzard fils, qui l'a étudiée sur les lieux :
« L'Irlande est le pays aux pommes-deterre; aussi y ai-je vu la culture de celle plante plus commune que partout ailleurs. Elle est singulière, et, malgré la grande perte de terrain qu'elle paraît occasioner, elle donne autant de produits et souvent bien davantage que les autres méthodes : elle est la même dans la culture en grand et dans la culture en petit. On défonce grossièrement le sol avec une charrue, une pioche, une bêche, suivant les moyens du cultivateur, ensuite on le divise par planches de5 à 6 pieds de largeur, entre lestjuelles on laisse un espace de 2 pieds à 2 pi. 1/2 de large, de manière que le champ présente successivement un esf)ace de 2 pieds et un espace de 5 pieds; ou un espace de 2 pieds 1/2 et de 6 pieds : on brise alors les mottes de terre sur les grands espaces, et quand il s'y trouve quelque inégalité, on prend pour les remplir la terre du petit espace; de manière que le champ commence à présenter des planches larges de .5 ou 6 pieds, entrecoupés de fossés de 2 pieds et plus de largeur.
» On porte alors le fumier sur les planches, on Vy étend ; on f)lace les pommes-deterre entières ou coupées dessus le fumier, et ensuite on les couvre d'une couche de terre de deux pouces environ d'épaisseur que l'on prend dans le fossé. On sème ou on plante ainsi successivement toutes les planches. Quelques agriculteurs placent les pommes-de-terre à des distances égales et assez régulièi'ement; mais j'ai >u des champs où les pommes-de-terre paraissaient avoir été jetées à peu près au hasard. Dans cette opération, les planches larges s'élèvent au
moms de deux pouces, tandis que les fossés qui fournissent la terre et qui sont de moitié moins larges, s'abaissent au moins de 4. Les
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fossés se trouvent doue déjà de G à 7 pouces de profondeur. Il n'est pas besoin de dire «jue cette opération se fait à la main et à la Ijêclie. La première façon que l'on donne aux pommes- de-terre après leur levée, est un sarclage avec le sarcK)ir à main. La seconde est UQ sarclage et butage en même temps, et c'est encore la terre du fossé qui sert à couvrir les jeunes plants d'une couche de terre épaisse d'un pouce et demi à deux pouces. Cette opéi'ation creuse donc encore les fossés et augmente la hauteur des planches. La troisième est la même opération, pratiquée encore de la même manière à une époque plus avancée de la croissance ; le chanjp présente alors des planches larges de 5 à ti pieds, séparées par des fossés larges de 2 a 2 1/2 pieds, et jirofouds de 18 pouces; j'en ai mesuré de 2 pieds en profondeur. Les hommes qui donnent ces trois opérations ne marchent point sur les planches; ils marchent dans les fossés, et avec une bêche ils coupent d'abord toutes les plantes inutiles, et ensuite recouvrent de terre la surface de la planche, en prenant garde de couvrir les plantes qui ne sont pas encore assez hautes.
"Malgré cette perte énorme de terrain, les récoltes que l'on a par cette culture sont en général plus abondantes que celles obtenues «le toute autre manière ; et plusieurs cultivateurs irlandais instruits, qui ont tenté la culture en rayons, sont revenus à cette culture, qu'on appelle par lits ou par couches.
» L'avantage de cette manière de cultiver la pomme-de-terre dans les terrains humides n'est pas douteux; j'ai vu beaucoup de terrains a tourbes nourrir, par cette méthode, d'abord leurs malheureux ouvriers, ensuite des cochons et des vaches, et enfin rendre ces terrains propres à quelques maigres récoltes d'avoine, et même de blé dans les parlies les moins mauvaises.
» Les fossés qui se trouvent entre les planches ne sont pas comblés entièrement pour les récoltes qui suivent celles des pommesde-terre; on les comble en partie seulement en arrachant les tubercules, et, dans la préparation de la terre pour la céréale qui suit, on la laisse en dos d'àue. Le fond des sillons oîi il ne vient jamais une grande quantité de plantes, sert à fournir un passage aux ouvriers qui sarclent les blés à deux époques différentes de leur croissance, avec un petit .sarcloir à main. Quand, après une certaine rotation de récolles, le tour des pommes-deterre revient, quelques cultivateurs placent le milieu des nouvelles planches où étaient les anciens fossés. »
Cultures d'entretien.— Ce qui aélé ditdans les diverses sections duchap. \iii du sarclage et du binage en général nous dispense de nous étendre longuement ici. Trois considérations doivent dominer la pensée de celui qui cultive les pommes-de terre : détruire les mauvaises herbes, ameublir la terre, multiplier les tubercules.
Si l'on fume en couverture ou avec des engrais liquides, on doit le faire avant que les premières pousses parais.scnt. Immédiatement après le purinage, on roule, afin d'empêcher I evaporation de l'eau.
Aussitôt que quelques germes viennent
DES PLANTES CULTIVEES EN GRAND. i.iv. i".
dessiner les rangées de plantes, on donne un hersage énergique pour détruire les mauvaises herbes, entretenir l'ameublissement du sol, écartf r les bourgeons qui croissent par touffes, et les forcer de chercher leur nour riture en des points différens. Alors est ouverte, pour le cultivateur, la série des travaux dont il doit être prodigue.
Dès que les lignes de verdure formées par les tiges dessinent les intervalles, on doit passer la houe ; ou commeiice les binages que l'on répète aussi souvent que le demandent la terre ou les plantes. Ordinairement, f/fwx buiages suffisent. Ils deviendraient inutiles du moment où les plantes seraient assez vigoureuses pour couvrir le terrain de leur ombrage.
Maladies, animaux nuisibles, soustractimi des fleurs et des feuilles.
Je dois dire un mot des maladies qui attaquent la morelle. On n'en connaît que deux principales : la rouille et lajrisolée.
Dans la rouille, les feuilles se couvrent de macules roussâtres qui sont d'abord presque imperceptibles, mais qui finissent par couvrir toutes les parties foliacées. La transpiration quia lieu par les feuilles est arrêtée, les tiges deviennent maigres et souffrantes, se consument et se dessèchent. Les tubercules présentent à l'intérieur des rognons noirs qui ressemblent à des ulcères, sont plus durs et plus tibreux que le reste du parenchyme. Quehiuefois cette maladie est de peu de durée, et disparait après une pluie douce. Mais si l'alfection gagne du terrain, il n'y a pas d'autre moyen d'en arrêter la marche que de couper toutes les tiges avant l'apparition des organes floraux. Lue pousse plus vigoureuse s'ensuit bientôt; et plusieurs récolles Iraiiees de celle manière n'ont présenté que peu de diminution dans le produit. On ignore encore la cause de cette maladie, qui, du reste, ne se montre pas souvent. {Allegemanei Encyclopœdia.)
Quoique la frisolée ait fait invasion dans quelques départemens de la France, notamment dans les environs de Metz, ou la rencontre cependant plus souvent en Allemagne. « Les plantes qui en sont attaquées, dit PuTCHE dans sa Monographie des pommesde-terre, paraissent souffrantes à l'extérieur. Les tiges sont lisses, d'une couleur brune tirant sur le vert, quelquefois bigarrées, souillées de taches couleur de rouille, qui pénètrent jusqu'à la moelle, en sorte que celle-ci n'est point blanche, mais roussâtre, et virant au noir. Le limbe des feuilles n'est pointplane comme chez les individus ensanté, mais rude, sec, ridé et crépu. Elles ne s'étalenl pas au loin à l'eotour des liges, mais s'en rapprochent plus que de coutume, et leur développement n'est pas en rapport avec la longueur de leur pétiole. Il en résulte que la plante pâtit, se ride, jaunit prématurément a l'automne, et meurt au moment même où la végétation devrait être vigoureuse. Le petit nombre de tubercules que j)roduisenl ces plantes, mortes avant le temps, ont une saveur désagréable, parce qu'ils ne sont point mûrs, et sont impropres a l'alimentation de
cn.M>. 17'".
riiomiiie, p'M'ce: qu'après avoir été mangés, ils laissent dans la gorge une substance acre qui en lèse les parois, propriété commune à beaucoup de végélaux récoltés avant maturité. Plusieurs faits prouvent que certaines espèces de pomnies-de-terre sont plus exposées ([ue d'aulres à la frisolée; cette maladie l'ait moins de ravages sur les montagnes que dans les plaines et dans les bas-loiids. Elle est héréditaire, et ce n'est que par une bonne culture que l'influence en est paralysée à la 4* ou 5' génération. Le seul remède connu, c'est de renouveler l'espèce par des semis ou desimpoj'lations de variétés nouvelles. •
Les tubercules sont aussi sujels à quelques maladies, notanmient à une csprce d'ulcère qui attaque leur surlace, et qui n'est pas encore bien connu; on l'attribue aux princijies ammoniacaux ou alcalins des lumiers, et on ne peut y remédier qu'en changeant la semenc e ou le terrain.
EjJ'et de la soustraction des fleurs. — Il est hors de doute que la formation des fleurs et des fruits ne s'opère qu'au détriment des substances élaborées parla plante; mais l'augmentation de produit obtenue par ce moyen est tellement insignifiante, qu'elle ne peut entrer en comparaison avec les frais qu'exige un pareil travail. Cette méthode peut amuser l'amateur et l'horLiculteur; mais, quoi qu'on en ait dit dans ces derniers temps, elle ne mérite pas d'être prise sérieusement en considération par le cultivateur.
Soustraction des Jeuilles. — Si c'est par les racines que les plantes s'assimilent les élémens de fertilité que contient le sol, c'est par les feuilles qu'elles exploitent les couches atmosphériques à leur profit. Si on enlève à une plante le feuillage qui lui procurerait encore beau.-Oup d'alimens, il est hors de tloute <|ue le produit ne doive être diminué dans une proportion plus ou moins grande, et en rapport avec l'époque où s'opère la soustraction. C'est ce qui résulte évidemment de quelques expériences directes sur cet objet, (jue l'on doit à Mollerat.
Le fanage coupé immédiatement avant la noraison,on a eu en tubercules, par hectare, 4,300 kilog.; le fanage coupé immédiatement après la floraison, le produit en tubercules a été de 1(),330 kil.; le fanage coupé un mois pins tard, le produit en tubercules a été de 30,700 kil.; le fanage cou|!é un mois plus tard encore, le produit en tubercules a été de 41,700 kilog.
§Xl. — De la récolte.
W-poqne de la récolte dépend delà variété cultivée et d'une foule de cii constances <|u il sérail trop lon^ d'énumérer. Des faits bien observés ont déiruil l'opinidu émise par I lusieurs cultivateurs, que les tubercules récollés avant maturité ont une inlluence malfaisante sur la santé des consommateurs.
Mais des inconvéniens très-graves sont attachés aux rccoltcs prématurées. Si les produits ne nuisent pointa la santé, ils flattent peu le g, lût ; la conservation est très-tlifhcile ei la production diminuée.
La rnalurité se reconnaît li la teinte jaune des liges et <les feuilles; quand même ce! indice n'avertirait pas que l'époque de la ré-
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coite est arrivée, on devrait néanmoins arracher les morelles si une gelée avait bruni les tiges.
La récolte se fait : 1" avec des instrumens a main; 2° avec des instrumens conduits par des animaux. Le premier procédé est prali- ()ué généralement dans la petite culture, et même par la grande dans les contrées où les cultivateurs ne connaissent pas les charrues h arracher les plantes tuberculeuses. C'est le plus long, le plus coûteux, mais c'est aussi souvent le plus parfait, parce qu'il laisse moins de tubercules dans le sol. Pour rendre la besogne plus facile, il faut prendre les plantes un peu sur !e vert, afin que les tubercules, encore fortement attachés aux racines, s'arrachent avec facilité. On se sert pour cela d'instriimens appropriés à la nature du terrain; de la bêche dans les terres franches et un peu humides, du crochet dans les terres sèches et graveleuses, de la fourche dans les terrains pierreux.
La récolte à la charrue finira par triompher des répugnances qu'on a contre elle dans bien des provinces. Les inconvéniens qu'ont cru lui trouvei- des praticiens qui ne l'ont point essayée par eux-mêmes, ne sont qu'illusoires, et les bons esprits finiront par avouer que c'est grever leurs récolles d'une dépense inutile que d'employer exclusivement les bras de l'homme pour l'extraction des pommes-de-terre. Lorsque les tiges ont éprouvé un commencement de dessiccation, ou, qu'étant vertes encore, on les a coupées ou fait pâturer, afin qu'elles n'entravent point l'instrument dans sa marche, on conduit le butoir dans le champ de pommesde-terre, on place les deux chevaux de front, de sorte que l'ados où se trouvent les tiges soit précisément entre les deux animaux. On fait piquer l'instrument à une moyenne profondeur, et on lui imprime une direction telle (jue, dans son mouvement de progression, il fende toujours en deux parties égales la butte qui est devant lui, et que le double versoir éparpille de chacjue coté la terre elles tubercules. On procède du reste comme il a été dit en traitant <le la récolte des racines (page 303;, à laquelle nous lenvoyons.
Lorsque tous lestuberculessontraniasseset mis en tas sur le sol ou déposés iunnédiateiiient dans des chariots de transport, on donne un coup<i'c /lerse pour découvrir les tubercules qui auraient éie couverts de terre.
Un grand avantage de la récolte exécutée au moyen des animaux de ti'avail, c'est (jue la terre se trouve labourée et préparée sans frais pour un ensemencement de céréales d'automne.
§ XII.— Conservation des ponmies-de-terre ; emploi des tubercules gelés.
Outre les moyens généraux de conservation que nous avo'is indiqués pour les racines iiliinentaires, il en est quelques-uns de particuliers pour les pomuies-de-terie, parce que le haut |)rix (fu'on peut en obtenir ;> certaines époques est plus (lue.sulfisanl pour payer les Irais de construction onde manipulation lléce^sités par les procédés que nous allons décrire.
Dans une excavation creusée dans un sol