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j qu'elles soient, celles dont on peut disposer selon chaque localité, que de chercher péniblement à reconnaître leur supériorité ou leur infériorité sur d'autres eaux qu'on n'a pas à sa proximité. Mais deux effets généraux, à peu près indépendans des qualités relatives des eaux qui les produisent, et qui ont dû depuis longtemps fixer sérieusement l'attention des herbagers, c'est, d'une part, le succès frappant des arrosemens de toutes sortes, à l'aide d'eaux courantes ou rendues telles au moment où on les emploie, de façon quelles ne séjournent pas ou ne séjournent que peu de temps à la surface du soi, et, de l'autre, les résultats tout contraires que donnent les eaux stagnantes. Là où elles se conservent, les plantes médiocres ou mauvaises remph-^cent bientôt les bonnes, et non seulement le fourrage qu'elles procurent ne plaît nullement aux bestiaux, mais, qui pis est, dans beaucoup de cas, il est évidemment nuisible à leur santé. De là le besoin d'assainir les terrains marécageux plus impérieux encore que celui d'arroser les autres.
Les fâcheux effets de la permanence des eaux se font surtout sentir, dans le voisinage des rivières dont le cours e>tpeu rapide, sur les terrains lorii^tenips submergés et sans écoulement possible pendant la belle saison. En pareil cas, les auiélioralions sont difficiles; car, si l'on a recours à un endiguage général, il faut se décider à sacrifier une partie du terrain pour exhausser l'autre, c'est-à-dire qu'il faut creuser des fossés d'autant pi us rapprochés et plus profonds que l'on a besom d'élever davantage les chaussées intermédiaires. Or, cette opération peut être souvent tellement dispendieuse par rapport aux résultats qu'on est en droit d'en attendre, qu'elle effraie ajuste titre celui qui ne voit dans l'agriculture qu'un placement uti.e de ses fonds, et qui ne spécule pas seulement pour les générations futures. Avant donc de l'entrepreudre. il faut se rendre un compte exact de la hauteur à laquelle on devra élever le niveau du sol pour le soustraire aux eaux stagnantes ; — de la profondeur que l'on pourra donner aux fossés selon la nature du terrain, puisque, plus cette profondeur peut être grande, plus on obtiendra de matériaux de remblais, et moins on sacrifiera d'espace ; — et enfin de la distance à laquelle ces fossés devront être les uns des autres, tout calcul fait de leur profondeur et de leur largeur.
Pour le dessèchement des terres labourables, on évite autant que possible les fossés ou les tranchées ouvertes, parce que, d'une part, ces sortes d'excavations prennent beaucoup de place, et que, de l'autre, elles entravent les travaux de la charrue. Sur les herbages, et particulièrement les pâturages, le second inconvénient n'existe plus, et le premier est presque toujours compensé par l'avantage que présentent les clôtures (voj. le §6).
Lorsque le terrain à dessécher a une pente suffisante, et lorsque, dans des circonstances différentes, il est au moins plus élevé quele niveau des eaux environnantes, le dessèchement est ordinairement plus facile. Je ne fais que rappeler ici qu'on doit recourir, dans
DES PATURAGES
le. premier cas, à des rigoles d'écoulement habilement dirigées; dans le second, à des puisards ou puits perdus {voy. p. 136 et suiv.).
Quant aux irrigations , elles peuvent avoir lieu, comme on l'a vu, par submersion, par infiltration, et quelquefois par suite du rejaillissement des eaux. Le premier et le troisième moyens ne sont applicables que dans un certain nombre de localités privilégiées; le second l'est, du plus au moins, à peu près partout; car, à défaut de cours d'eau naturels, on peut en créer, au moins momentanénienl, d'artiliciels. J'ai souvent été surpris de voir combien peu on ménaj^eait les eaux des pluies sur une foule de terrains en pente, que les orages sillonnent en tous sens, sans que l'humidité ait le temps de pénétrer à ime profondeur assez grande pour s'y conserver au profit de la végétation, ou, en adoj)tant l'expression énergique des habilans de nos campagnes, pour en fondre la couche végétale jusqu'au sous-sol. — Dans les Vosges, on ue perd pas une goutte du précieux liquide. Voici comment M. le baron Roguet rend succinctement compte de la manière dont on s'y prend sur les montagnes d'une pente rapide : « On construit successivenient,à partir du plus haut du terrain, des rigoles parallèles, -d'autant plus rapprochées les unes des autres, et d'autant moins inclinées que le sol est plus escarpé. Quelquefois même, un bourrelet de terre, en contrebas de chaque rigcile, ofrre un meillein* obstacle aux eaux qui, retenues de gradins en gradins, s'écoulent lentement sans écréter 1« sol, de manière qu'on puisse arroser autant de fois et aussi longtemps qu'il est nécessjiire. — Les rigoles dont il est question sont à la fois rigoles d'arrosage et de dessèchement. On leur donne habituellement un fer de bêche de large et de protondeur. »
Sur les terrains plats et humides, on dirige les rigoles non plus perpendiculairement, mais parallèlement ou obliquement à la pente; enfin, les terrains de pente moyenne exigent concurremment l'emploi des procédés de dessèchement et darrosage utilisés sur les pentes escarpées et sur les terrains plats. Lorsque ces terrains sont situés de manière qu'on puisse les faire profiter des eaux produites accidentellement sur une partie du plateau supérieur, et qui s'écoulent presque toujours en pure perte par les chemins qu'elles creusent et dégradent, les résultats sont tels qu'on doit faire des vœux pour qu'ils soient appréciés partout couane ils le sont dans le pays que je viens de citer. « Là, ajoute M. Roglet, un canal supérieur, n'ayant qu'une très-légère inclinaison, retient les eaux des parties les plus élevées; des rigoles de dessèchement, li-acéesen guise de ruisseaux secondaires le long des parties creuses du sol jusqu'au ruisseau au tond de la vallée, déchargent dans celui-ci, pendant les temps humides, l'exc dant du canal-rcscn'oir; des maîtresses rigoles creusées le Ijng des arêtes du terrain, et communiquant a.ec les rigoles de dessèchement par des rigoles d'arrosage, très-légèrement inclinées, permettent, pendant les sécheresses, de faire successivement séjourcer aussi longtemps qu'il est nécessaire, les eaux tirées du canal-
réservoir sur les zones de la partie à arroser. Cette opération n'exige d'autre manœuvre que celle de fermer avec une pierre les rigoles maîtresses (celles d'écoulement l'étant à leur origine), immédiatement audessous de la rigole d'arrosage que Ton veut remplir pour humecter la petite bande de terrain inférieure et juxtaposée. » — Les rigoles maîtresses ont 1 pied d'ouverture, plus ou moins, suivant l'abondance des sources; leur nombre et leur tracé sont, comme on le conçoit, fixés par la configuration du sol.
Dans beaucoup de lieux, et celle pratique devrait être encore plus générale, les cultivateurs industrieux ont bien soin d'attirer vers leurs pâturages ou leurs prairies les eaux surabondantes des pluies. Ils h s reçoivent en masses souvent assez considérables, dans des mares ou bassins creusés partout où se dirige la pente du terrain. Lorsque cela se peut, ils les retiennent à la partie supérieure des prés, par des barrages peu dispendieux, et cetle excellente méthode, qui leur permet pai'fois d'activer, après la fauchaison, la végétation des regains, les met encore à même, lors du curage qui suit l'écoulement, d'amasser, pour la léunir l'année suivante aux composts, une bonne quantité de terre riche en parties nutritives, et toujours très-propre à cette destination.
De tous les pâturages, les plus mauvais sont ceux qui reposent à peu de profondeur sur un sous-sol imperméable, qui restent sous les eaux pendant une partie de l'année, et qui se dessèchent rapidement pendant l'autre partie, au point deperdre toute fraîcheur. Dans une semblable situation, on ne trouve d'autre moyen d'amélioration que d'.ijouter à la profondeur de la couche végétale ; — il est assez curieux que les irrigations en offrent parfois un moyen facile, soit que l'on ne cherche à obtenir chaque année qu'une mince couche limoneuse qui recouvre l'herbe sans la détruire, soit qu'on ait recours dans son entier à la méthode, beaucoup plus connue en Italie qu'en France, sous le nom de colmates (voy. pages 122 et suivantes de ce volume).
Lorsque les eaux d'irrigation sont vaseuses, à moins qu'on ne les emploie jiar submersion avant que l'herbe ait commencé à s'élever, on ne peut plus s'en servir «lue jnir infiltration. Ce dernier mode a donc sur l'autre l'aviinlage de pouvt)ir être applique pendant tout le temps de la végétation, sauf celui oii la maturation des foins s'eflectue; encore celte considération n'est-elle relative qu'aux |)i"airies, et nullement aux pàluraues. — Du reste, il n'est pas indifférent de régler dételle manière ou de telle autre ré|io(|ue et la durée des arrosemens sur les herbages. — Ka général, ceux d'autonnie et du commencement de l'hiver sont fort utiles, parce v]n'ils apportent sur le sol jne couche limoneuse fécondante; ceux depiinlemps et surtout d'elé activent puissaiiiment la végétation, mais il faut dans bien des » irion^tauces savoir en user modérément. Voici comment un piMlicien anglais, dont M. de Dombasle a (Tii devoir reproiluiie en grande partie le travail dans la G"" livraison de ses annales, développe la méthode d'irrigation qu'il aadop-
lée et pratiquée avec un succès suivi sur divers points du pays qu'il habite.
«Au commencement d'octobre, dit M. Ste- PHExs, on doit nettoyer et mettre en état toutes les raies d'arrosage et de dessèchement ; on doit réparer les bords des canaux lorsqu'ils ont été endommagés par le piéliiieluent des bestiaux. Après cela, l'eau étant généralement abondante à celte époque de l'année, l'irrigation doit commencer; le premier travail de l'irrigaleur consiste à détourner l'eau dans le canal de conduite, la rigole principale , ou, si l'herbage est divisé en plusieurs parties distinctes, il faut distribuer convenablement l'eau dans chaque canal de conduite; alors on commence à placer les barrages temporaires dans la première raie d'irrigation, et on y laisse entrer l'eau de la maîtresse rigole, en augmentant l'ouverture jusqu'à ce que l'eau leflue sur chaque bord, d'une man'ère uniforme et en quantité sulTisanle, d'une extrémité à l'autre de la raie, el ainsi de suite, jusqu'à ce que l'eau soit lâchée dans toutes. L'irrigateur doit faire sa ronde pour examiner si l'eau coule bien également sur toute la surface de la prairie; il détruira les obstacles qui pourraient en gêner le cours, et fera en sorte que partout le gazon soit recouvert d'un ponce d'eau. Lorsque tout est dans Tordre voulu, on doit laisser couler les eaux pendant les mois d octobre, novembre, décembre et janvier par périodes de 15 à 20 jours consécutifs. Entre chaque période on doit laisser le sol se ressuyer complètement en retirant les eaux pendant 5 et 6 jours, afin de donner de l'air au gazon ; car il est peu d'herbes parmi celles des diverses espèces, que l'on trouve dans les prairies arrosées qui puissent résister à une immersion totale plus longtemps prolongée. En outre, si la gelée devient forte et si l'eau commence à se congeler, il est urgent de la retirer, de suspendre l'irrigation, sans quoi toute la surface du sol ne formerait qu'une nappe de glace; or, partout où la glace s'empare du sol, elle huit par le soulever, au grand préjudice des plantes qui se trouvent alors déchaussées. — Tous ces préparatifs d'automne ont pour but de faire profiter l'herbage des ondées qui ont lieu à cette époque de l'année et qui entrainentavec elles unegraude quantité de débris animaux et végétaux très-propres à enrichir et fertiliser le sol.... — En février, il faut que l'irrigateur surveille l'arrosage, encore de plus pi es, parce qu'à cette époque, l'herbe commence à végéter de nouveau ; en conséquence, si, lorsque la température s'est radoucie, on laisse trop longtemps l'eau couler sans interruption sur la prairie, il s'y forme une écume blanchâtre extrêmement nuisible à la jeune herbe. Ona également à craindre la gelée à cette époque, car si les eaux ont été détournées de dessus le pi'é, trop tard dans la soirée, pour que la surface ait pu se bien ressuyer avant le moment du gel, les plantes alors très-tendres en souffriront beaucoup. Pour prévenir le premier de ces inconvéniens, on ne doit arroser que par périodes de 6 ou 8 jours; et, pour éviter le second, il faut toujours retirer les eaux de bonne heure da«s la matinée..,..
PLANTES FOURRAGÈRES. Liv. i".
— Dans le mois de mars, l'irrigateur peut suivre les mêmes instructions que pour février, à moins que l'on ne se trouve dans un climat où l'herbe est déjà suffisamment élevée pour présenter une pâture assez abondante à toute espèce de bétail; dans ce dernier cas, il faut dessécher complètement l'herbage avant d'y faire entrer les animaux...
— De la fin de mars au commencement d'avril, il faut employer r< au avec plus de réserve encore ; on ne la laisse couler que par périodes de 5à 6 jours, et comme dès-lors la température devient de plus en plus chaude, on ne doit, jusqu'à la fin de mai, prolonger ebaque arrosage que pendant 2 à 3 jours. — Vers le commencement de juin, toute irrigalioti doit être sus|)endue; car alors l'herbe est assez haute et assez touffue pour couvrir le sol de manière à laisser au soleil peu d'action desséchante sur les racines, el parce que les eaux déposeraient sur les feudles un sédiment terreux qui rendrait le fauchage dilficile et qui détériorerait beaucoup les fourrages... — Enfin, après la fenaison de la première coupe, on conduit quelquefois de nouveau les eaux à la surface du sol pendant un jour ou deux »
On voit que tout ceci s'applique plus aux prairies qu'aux pâturages, et surtout qu'aux pâturages ouverts aux troupeaux pendant presque toute l'année. Pour ceux-là , les irrigations par submersion ne sont qu'accidentellement profitables; les irrigations par infiltration ont au contraire l'avantage de pouvoir être appliquées sans humecter assez le sol pour le rendre inabordable au gros bétail. Quant aux moutons, à moins qu'on ne les destine à la boucherie et qu'on ne veuille les engraisser proîi^ptement, il ne faut pas perdre de vue que l'arrosage d'été produit une végétation si rapide et si aqueuse qu'elle pourrait dans bien des casleurcommuniquer la pourriture.
En résumé, les arrosemens sous toutes les formes, pour peu qu'ils soient convenablement dirigés, sont le principal élément de fécondité des herbages naturels ou artificiels, temporairescu permanens. — Sous l'influence des climats méridionaux, ils peuvent sextupler leurs récoltes. Aussi un cultivateur des plus distingués du midi (M. A- de Gasparin), dans son style énergique et rapide, en parlant des prodiges du plan incliné, représentait-il la fécondité du sol, par ces quatre mots : cliaLeur multipliée par humidité,
§ IV. — Des engrais et des amendemens.
C'est l'opinion de quelques agronomes, que les engrais sont plus profitablementemployés sur les terres labourables que sur les herbages permanens, et queceMj: qui ne peuvent s'en passer doivent être rompus. Celte opinion peut être parfois fondée, mais à coup sûr elle ne l'est pas toujours, et, loin de chercher à la généraliser, je crois qu'il faut au contraire éviter de lui donner trop de portée, attendu que l'opinion contraire, partout où elle a prévalu, est devenue la source d'importantes améliorations. En fumant les prairies, on peut bien mieux se procurer, par suite de l'augmentatiou de fourrages, les engrais néces-
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saires aux champs labourables, et, en définilive, loule la question se réduit à savoir si la valeur vénale du surplus des foins est en rapport avec les frais de fumure ; or, à bien peu d'exceptions près, la réponse ne peut être douteuse.
En traitant la question qui nous occupe actuellement, il nous importe d'abord de distinguer les pâturages des prairies, et parmi ces dernières, de faire encore la différence de celles qui sont accidenlellement ou ne sont jamais pâturées. — Les pâturages reçoivent, en écbaiige delà nourriture qu'ils procurent aux bestiaux, une partie, sinon la totalité des engrais qui en proviennent; — les prairies, au contraire, abandonnent une ou plusieurs foiscliaqueannéeleursprodiiilssous la faulx, sans rien recevoir en compensation. Toutes circonstanceségali's, elles doivent doue avoir et elles ont, en effet, plus besoin d'être fumées que les pâturages.
Il existe, à la vérité, des prairies tellement améliorées par suite des débordemens péi-iodiques des cours d'eau ou des irrigations limoneuses, qu'elles peuvent se passer indéfiniment de toutes fumures. Ce sont alors autant de sources de prospérité pour le pays (jui les possède et des moyens que la nature accorde à leurs heureux habitans pour élever, sans effort, les produits de leur culture au-delà de tout ce que le travail le plus opiniâtre et l'industrie la mieux entendue pourraient accorder dans d'autres contrées. — Il existe aussi des herbages sur lesquels l'abondance et la qualité des eaux suppléent aux entrais; — enfin, on en rencontre (|ue la fertilité seule du sol défend pendant un fort long temps contre les effets de l'épuisement; mais en général, la féconaité des prairies décroit tôt ou tard, surtout si l'on y fait habituellement deux coupes dans le cours de chaque saison. — Il faut donc les fumer; « mais, la mesure d'engrais dont elles ont besoin peut être faible en comparaison de ce qu'elles rendent de produits conversibles en fumiers; et tandis que, sous les assolemens de la culture des grains, les champs reproduisent en élémens d'engrais moins qu'ils n'exigent et ne consomment, les prairies (]ui ont été amendées, au contraire, rendent, par l'excédant de produit qu'elles donnent, a|)rès l'équivalent de ce qu'elles ont consommé, au moitis le double d'engrais de ce qui leur avait été appliiiué. Il n'y a donc aucun doute que la manière la plus certaine d'augmiMiter les engrais, c'est de les appliquer aux prairies; par cette méthode on s'est procuré des prés, et on s'est donné la possibilité de fumer complètement les champs dans des lieux oîi auparavant cela était impossible. Lorsque cette vérité est si généralement reconnue par les gens de l'art, comment se (ait-il que, dans la plupart des contrées, on fume si rarement les prairies? La première avance est le plus souvent trop difficile ; car, lors même que le fumier qu'on donne aux prairies revient au tas sûrement et multiplié, cela ne s'effectue cependant pas dès la première anp-^e, mais seulement après le laps de six ou sept ans, puisque l'effet du fumier se prolonge durant ce temps et plus encore. C'est un capital qui, durant cet espace de temps, est tri-
plé, quadruplé et plus encore; mais il laiil en faire l'emploi, et à beaucoup de gens cc'a paraît impossible a exi'culer sans ([ue leuis champs eu soient ajjpauvris. » (Thaee. Principes- raisonnes (f a f^ ri culture.)
On confond généralement sous le nom d'engrais, les fumiers pioprt-ment dits i-t les divers amendeiueus ou stimuians <lc la \égétation, qu'on emi)loiesimt\ltanément avec eux ou isolément pour l'amélioration des prairies.Cependant, jamais l'action différente des uns et des autres ne lut plus nettement marquée. — Les premiers agissent évidemment, en ajoutant à la puissance végétative de toutes ies plantes en contact desquelles ils se trouvent; — les derniers ne semblent profiter qu'à un certain nombre de végétaux, et contribuent bien plus à la destruction qu'au développement de la vigueur des autres. J'ai souvent été à même de faire cette remarque en étudiant comparativement les effets, sur les herbages, des composts simplement formés de terre et de fumier d'étable, et de ceux dont la chaux ou quelque autre oxide alcalin faisait partie. Je parlerai donc séparément des uns et des autres.
En Allemagne, il n'est pas sans exemple qu'on utilise sur les praiiies des fumiers longs d'étable. On les répand le plus ordinairement avant l'hiver, afin que les pluies entraînent dans le sol les parties solubles qu'ils contiennent, et le printemps suivant, par un temps sec, on enlève au râteau les pailles nou décomposées, pour les réunir aux autres engrais de la ferme, (Hi même les employer une seconde fois conmae litière. — Plus communément on a recours à des fumiers consommés, parce qu'il est moins dillicile de les répandre également. Lorsqu'on est à même de faire choix des espèces, il est avantageux de préférer ies fumiers les moins actifs, ou, en termes vulgaires, les moins chauds, comme ceux de vache et de cochon, pour les terrains les plus exposés aux effets de la sécheresse; — les plus chauds, tels que ceux de chevalet de ujoulon, au contraire pour les prés bas plus humides que secs. — Les expériences répétées aux environs de Paris par \\\o\\ collaborateur l^AYEN, prouvent (|ue le noir animalisé produit dans tous lescas,quoiqu'à petite dose, des effets fort bons et qui pa raissent plus durables que ceux du noir de raffinerie, dont l'activité n'est révoquée en doute par personne, mais que son prix élevé et son action passagère reiulent moins propre celte destination qu'à beaucoup d'autres. — Dans quelques départemens du nord ou emploie fréquemment la poudrette.
Tantôt on fait usage de ces engrais divers sans les mélanger à d'autres substances et à l'état sec; tantôt, comme dans quelques parties de la Suisse, de l'Italie, de l'Allemagne, etc., on arrose les pâluiages avec le jus de fumier fort étendu d'eau. Dans ce dernier pays, dit TnAER,OD destine principalement à la fumure des prairies les liziers, urines ou engrais liquides qui s'écoulent immédialenient des écuries, des étables, ou eu temps de pluie, des tas de fumiers et surtout des égouts des toits à porcs, que l'on recueille ordinairement en des réservoirs particuliers. Ce genre d'engrais est très-efficace. Quelque*
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fois im ruisseau voisin ou un canal établi à I étant retenus, se combiner avecla masse de
cet effet, qui recueille les eaux de pluie et les conduit sur une prairie rapprochée, fournit l'occasion d'y diriger ces engrais liquides, et de les étendre sur le pré.
Dans mou opinion, le meilleur moyen d'utiliser toutes les matières fertilisantes pour la fécondation des herbages, c'est de les transformer en composts. Par ce moyen, non seulcuK'iit la répartition jjarfaitement égale en devient plus facile, mais les diverses substances liquideset même gazeuses sont absorbées de manière qu"il ne s'en fait aucune déperdition et que toutes se trouvent d'ailleurs généralement combinées dans la masse de façon à produire des effets infiniment plus durables.
La manière la plus ordinaire de former ces composts, est de réunir sur la lisière du terrain à améliorer, les fumiers d'élable et les (erres destinées à les composer; celles qui provenaient de cultures jardinières étaient naguère et sont encore, dans quelques parties de l'ouest, prisées, pour cette destination, presque à l'égal du fumier. A leur défaut on lecherche les curures d'étangs, de fossés, de marres; — les boues des villes et celles des chemins fréquentés; — les déblais desséchés et convenablement mûris des localités mai'écageuses; — les terres gazonneuses qu'on a pu se procurer sans inconvéniens dans le voisinage ; — enfin, faute de tout cela, la terre prise autant que possible à la partie inférieure des champs limitrophes, parce que c'est pi'esque toujours, par suite de Telfel des pluies, la plus riche et la plus profonde. — On mélange et on remue plusieurs fois ensemble ces diverses substances pendant le cours de la belle saison, et on les répand parfois à une assez forte épaisseur, d'après des considérations qui trouveront bientôt leur place, soit dans le cours de l'automne, soit au commencement du printemps.
A. Thouin , dans son Cours de culture, rapporte qu'il a vu en Belgique, aux environs de Maliues, employer les cadavres des animaux de voirie, et particulièrement ceux des chevaux, à Ja fertilisation des terres. Voici, selon lui, les procédés usités pour composer cet engrais trop peu connu, bien qu'il ait perdu une partie de ses avantages depuis les travaux sur la meilleure manière d'utiliser les animaux morts, de M. Payen. — On fait une fosse de 2 pieds de profondeur sur 20 pieds en carré dans un lieu sec; un lit de mottes de gazon de bruyère, de 6 pouces d'épnisseur, est placé au fond de cette fosse. On rassemble un nombre quelconque de cadavres de chevaux qu'on cojiip'', chacun en plusieurs parties, après en avoir enlevé la |)eau. Sur le lit de bruyère du fond on étend une l"^*" couche de chair ainsi découpée, de manière que les morceaux de cheval s<uent placés à pende distance les uns des autres; on les recouvre d'im lit de gazon de brujère semblable au l*"^, puis de nouvelle chair, et ainsi de suite, de manière à former une espèce d(; couche montée carrément, et que l'on recouvre ensuite d'assez de terre du voisinage, pour que l'odeur cadavérique ne se fasse pas sentir au dehors, «l que tous les gaz qui s'échappent puissent,
terre. — Au bout de 6 semaines ou 2 mois, on mélange le tout, on rejette les os, et on amoncellede nouveau cette masse dans la même forme, puis on la couvre d'une nouvelle couche de terre. Elle reste dans cet état, et, l'année suivante, on la répand sur les terres qu'on veut graisser, et auxquelles elle communique, à petite dose, une fertilité prodigieuse pendant plusieurs années.
A peu près dans la même contrée, on rencontre fréquemment dans les grandes fermes une fosse destinée à recevoir les engrais réservés spécialement pour les prairies. C'est là qu'on accumule à côté des mauvaises herbes produites par le sarclage, des débris du bûcher, des balayures de la maison , du fenil et de la cour, les résidus du battage des grains, et toutes les autres substances animales ou végétales susceptibles de fermentalion. — On y joint fréquemment la poussière elles matières excrémentitielles ramassées sur les chemins, et on facilite la décoraposition et le mélange du tout en arrosant de temps en temps avec du jus de fumier. Lorsque la masse entière est en état d'être utilisée, on en forme des composts avec de nouvelle terre et une faible quantité de fumiers plus riches. Le principal but de celte pratique est d'abord de ne l'ien laisser perdre de ce qui peut ajouter aux engrais, et ensuite de ne pas mêler à ceux qu'on réserve pour les cultures économiques des gi:rmes de plantes nuisibles.
A côté de ces mélanges de fumier et de terre il faut placer les terres mêmes sans addition immédiate d'engrais, telles qu'on peut les enlever dans des localités naturellement fécondées par suite d'une bonne culture. Il est de fait qu'elles forment à elles seules, lorsqu'on les emploie en quantité suffisante, et qu'elles sont d'une nature un peu différente de celle de l'herbage, un fort bon compost et un amendement dont les effets sonl marqués et durables. Ceci me conduit à parler des divers amendemens qui conviennent aux prairies.
La seule action physique de nouvelles molécules terreuses peut produire sur les prairies, comme sur toute autre culture, des effets très-favorables. C'est ainsi qu'on peut améliorer sensiblement les herbages qui couvrent des sols argileux ou tourbeux, humides et froids, en les recouvrant à leur surface de sable maigre qui absorbe facilement la chaleur, ou qui diminue peu-à-peu leur porosité; c'est ainsi encore que, dans le même cas, les déchets pulvérulens des houillères, et les terres bitumineuses qui remplissent les faux filons, employés avec réserve, produisent les meilleurs effets. — A plus forte raison, lorsqu'aux propriétés physiques s'en joignent de chimiques, ou, en d'autres termes, lorsque les mêmes substances agissent à la fois, à la façon des engrais, des amendemens ou des stimulans, les résultats sont très-marqués. — On a parlé ailleurs des comprists dans lesquels la chaux se rencontre en proportion plus ou moins grande : leur action sur les herbages est puissante. — Il est certain qu'ils contribuent non seulement à la destruction des
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i:iousses, mais <lc la plupart des luauvaises licrbes qui surabondent surtout dans U-sprés l);is, et qu'ils Invorisent au contraire le dével()|)pemeut et la croissance de végétaux plus miles, parmi lesquels on a dès longtci)i|)S remarqué que dominent les légumineuses. On peut donc supposer que, malgré les diiTércnces importantes qui les caractérisent, il y n quelque analogie, sous ce rapport du moins, entre les effets de la chaux et ceux du plâtre.
— Ceci doit donner lieu à de nouvelles expériences qui ne manqueront pas d'importance dans les contrées où l'on ne possède que la première de ces substances. — Mais la » baux n'agit pas seulement de cette façon, elle active la décomposition des nombreux détritus végétaux qui se trouvent sur les fonds humides. — Elle forme avec leurs éléniens de nouvelles combinaisons appropriées ;iux besoins de la vie des plantes ; elle corrige l'ncidilé des terrains uligineux ou tourbeux, et, dans tous ces cas, elle favorise encore la croissance des bonnes planUs; aussi, pour moi, qui ai mille fois été à même d'apprécier sis actifs résultats, est-elle un des meilleurs, (Il s plus prompts et des plus sûrs moyens (i'amélioralion des prairies basses, lorsque les végétaux nuisibles commencent à les envahir.
Les cendres lessivées, — celles de tourbes agissent, sinon de la même manière, du moins d'une manière analogue quant à ses résultats pratiques; — les cendres pyriteusessnnt aussi excellentes; — enfin je me bornerai à rappeler ici la puissance stimulante du plâtre sur les luzernes, les trèfles, etc.
— Sur les terres légères et sèches, les argiles marneuses produisent les plus heureux effets.
Dans tout ce qui précède, afin d'éviter des redites, je n'ai point parlé des quantités à employer. On tro ivera à ce sujet toutes les données possibles aux chapitres 3 et 4 de ce volume. Toutefois il est bon de faire observer que les proportions doivent varier sans cesse, eu égard à diverses circonstances que chacun doit savoir apprécier par soi-même.
— Bien souventaussi Icchoixdes amendemens oudes engrais estréi;lé, non en raisondeleurs qualités relatives, mais d'après la facilité |)lus ou moins grande avec laquelle on peut se les procurer.
Les époques les plus favorables au transport et à la répartition sur le sol des substances diverses dont il vient d'être parlé, sont dépendantes surtout de la position des herbages. — Il serait peu prudent de fumer avant l'hiver des prairies sujettes aux inondations, car.si les eaux débordaient, elles entraîneraient en totalité ou en grande partie les sucs extractils des engrais. La même chose aurait inévitablement lieu sur les terrains soumis aux longues irrigations d'hiver et de printemps; mais là, le concours des engrais n'est pas nécessiiire. — Sur les prairies sèches qui en ont le plus besoin, j'ai déjà dit qu'on répandait parfois les fumiers longs en automne. Cette coutume parait avoir en Allemagne de nombreux partisans,^ parce quf les particules de luiuier entrent mieux en terre, et qu'une semblable couveiture protège les plantes herbagères contre les effets du froid i mais souvent aussi ou a cru
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lui trouver des inconvéniens, parce que le long fumier fournit une retraite aux souris, aux mulots et aux insectes et par cons('quent les atlire;et aussi parce que cette couverture cliaude rend les plantes trop délicates au printemps, hâte trop leur végétation, et, par là. leur rend d'autant plus nuisibles les gelées tardives qui surviennent après qu'on a enlevé les pailles. — Quant aux engrais consommés et aux composts qui conviennent également aux prairies ou aux pâturages plus secs qu'humides, la fin de l'automne semble préférable, en ce sens que les effets de la fumure se font sentir plus promptement et. par conséquent plus complètement l'année suivante.
Les amendemens calcaires et alcalins, avons-nous vu, conviennent surtout aux bas herbages, et pourtant il est important de remarquer qu'ils n'opèrent que fort imparfaitement sur les terrains mal égoutlés. L'eau en surabondance noie, pour ainsi dire, leurs effets. Le moment de les répandre est donc subordonné à l'état du sol. Bien souvent on trouvera avantageux de saisir celui qui su't immédiatement la fauchaison, pour les prau'ies, et de devancer le plus possible l'époi'jue à laquelle la terre devra être sur-salurée d'eau, pour les pâturages. Dans des cas assez nombreux, du reste, il est difficile d'entrer dans les herbages au monient où on voudrait les fumer ou les amentier, parce qu'ils sont alors trop mouillés. On s'en rajjprochera toujours le plus possible.
§ V. — De l'entretien des herbages par des semis partiels.
Il peut arriver qu'après l'extraction des mauvaises herbes, ou par suite de la longue durée du pâturage, il se forme des vides (pii se rempliraient lentement, si on abandonnait ce soin à la seule nature. A la vérité, c'est un indice d'épuisement qui doit engager à changer pour quelque temps la destination de semblables herbages; mais, sans parler de l'impossibilité où l'on se Irouve parfois d'introduire à leur place des cultures économiques, il est telles circonstances où l'on a intérêt à prolonger le plus possible leur durée. Les semis partiels eu ofireut le moyen; toutefois, pour devenir efficaces, il faut qu'ils aient été préparés par les travaux d'assainissen)ent et de conservation dont il a été parlé dans les paragraphes précédens, et dont ils forment pour ainsi dire le complément.
Ces semis s'opèient, selon les lieux, en automne ou au prn)temps. Le premier élément de leur succès, c'est que le hersage qui les précède ait été énergique et aussi com|)lel que possible. Eu pareil cas, le scarificateur remplace la herse a^ec avantage, parce que la forme de ses contres et la lacilité qu'on trouve à le diriger, permet teiït de te faire mieux pénétrer. Il ne faut pas s'etfrayerde voir bon nombre de plantes mutilées, coupées même, par suite de l'action de c<tte machine, car on a remarqué que la division des lonftVs est déjà par elle-mên)e un bon résultat. On ne doit pas s'attendre non plus à une grande régularité dans le travail des coutres, mais celte régularité n'est
nullement indispensable, comme on le conçoit très-bien, puisqu'une simple herse, pour peu (jue ses dents soient ;issez fortes, assez aigut-s, et ([u'olk- sojt snlTLsamim'iil chargée, produit ordinairement des résultats salisfaisans.
Le terrain ainsi préparé, il est encore utile de le rouler en teuips convenable pour unir le mieux possible sa surlace, si l'on a fait choix d'espèces dont les graines soient trèsfinesel très-coulantes, comme celles du trèfle blanc, par extTnj)le, l'une des meilleures plantes qu'on puisse employer en lui adjoignant, dans le cas oii les vides seraient un' |)eu considérables, une ou deux des graminées qui paraissent présenter le plus d'avantages et de chances de réussi'e dans la localité. — Si les graines sont plus grosses, le roulage est inutile avant leur dispersion.
Après le semis, qui ne sera fait, bien entendu, qu'aux endroits oîi le besoin s'en fera sentir, on devra se hâter de répandre le plus également possible le compost qui aura été préalabiemeut [)réparé pour celte destination; puis ou roulera de nouveau, afin de recouvrir les graines et de les affermir dans le sol.
Ce moyen, sanctionné maintes fois par la pratique, a le plus souvent donné des résultats très-satisfaisans. — Les dépenses qu'il occasione sont subordonnées à la facilité plus ou moins grande de se pj-ocurer les engrais et les terres nécessaires à la formation du compost.
§ VI. — Des clôtures.
Partout où les pâturages entrent pour une partie imporlanle dans le système d'assolement et d'éducation des animaux, il est utile de les diviser en petits enclos : 1" parce qu'il est plus facile alors de répartir convenablement les animaux selon leur espèce, leur âge, etc.; 2 par-ce que ces mêmes animaux, distribués sur chaque enclos en nombre proportionné à son étendue, parcourent moins d'espace et gâtent une moins grande quantité d'herbes pour chercher celles qu'ils appètent le plus; 3° par*ce qu'on a remarqué qu'ils se trouvent beaucoup mieux à l'abri que donnent les haies contre les fortes chaleurs de l'été et contre les vents de printemps et d'automne, que sur de plus grands espaces où ils jouissent de moins de tranquillité ;4'' parce qu'en les faisant passer au besoin d'un enclos dans l'autre, on permet à l'herbe de recroître dans celui qu'on leur fait quitter; 5° parce qu'enfin les clôtures en elles-mêmes présentent parleurs produits, des avantages de plusieurs sortes.
Dans les riches pâturages d'une parliede la Normandie, de la Charenle-Inférieure, etc., les fossés qui séparent les enclos servent en même temps à égoutter les terres pendant la mauvaise saison. Leur largeur et leur profoodeursont combinées en conséquence, et, assez souvent, ils ne sont boi-dés d'aucune haie, dans la crainte de diminuer les effets de l'évapoi-ation, l'élcniiue et la qualité del'herbage. — En des localités où l'oQ n'a pas à redouter comme là l'excès d'humidité, il est rare qu'on ne plante pas les berges de haies
DES PLANTES FOURRAGERES. liv, i".
propres à donner de l'ombrage, et à procurer de temps en temps quelque bois de chauffage. — Ailleurs eiilin, comme on peut le remarquer dans prescpietous nos départemens de l'ouest, on rvuiplace entièrement les fossés, lors(|u'ils sont inutiles à l'assainissement du sol, par des haies dans lesquelles les têtards de chêne, de frêne, d'orme, etc., se trouvent assez l'approchés pour se toucher de leur feuillage sur cha(|ue ligne.
Cependant, on ne doit pas se dissimuler que les haies, et surtout ies haies à baliveaux, ont, par rappoi't aux pâturages, deux inconvéniens paribis assez graves: celui d'occuper par elles-mêmes beaucoup de place, et de nuire par leurs racines à la production de l'herbe dans leur voisinage; — celui d'intercepter la luinièi'e au point que, sous leur influence, les plantes s'étiolent et perdent une partie de leur qualité nutritive. Mais ces inconvéniens, qui naissent de l'abus, ne condamnent pas l'usage. Il est possible de choisir des arbr'cs à racines plus pivotantes que traçantes, et, tout en cherchant à pr'oduire un ouibi-age salutaire, on peut facilement éviter d'outre-passer le but en les plantant à des distances trop rapprochées. La plupart, je dii'ai presque toutes les pâtures des deux rives de la Loire sont entourées de haies à baliveaux; —on plante souvent sur leur surface des lignes de peupliers, de frênes, de saules, ou même, en dépit de leur disposition a tracer, d'ormeaux taillés en têtards; et lorsque ces plantations sont faites avec discernement, elles ne pai'aissent pas sensiblement nuisibles aux herbages. Le fussent-elles un peu, il est certain qu'elles ne seraient jamais aussi dommageiibles que profitables; car, non seulement l'abattis des branches, qui a lieu tous les 3 ans, est fort lucratif, mais la feuillée, qu'on enlève en automne aux frênes et aux ormeaux, produit un supplément de fourrage d'autant moins à dédaigner (pi'il convient parfaitement aux vaches, et qu'il leur donne un lait excellent. — Le beurre qu'on en obtient, à cette époque de la saison, est particulièrement estimé.
Je sais que beaucoup d'agriculteurs n'approuvent pas, en général, la plantation d'arbres, et notamment du frêne, dans les haies. Il est curieux, à côté de ce que l'expérieuce de tout un pays m'a mis à même de rapporter ci-devant, de lire le passage suivant dans un ouvrage justement estimé, celui de sir .Iohn Si-Xclaik; il prouve combien il est difficile de généraliser les théories en agriculture, et combien les effets peuvent changer avec les positions. « Les racines des arbres, en s'étendant dans le champ dans toutes les directions, nuisent au reste de la haie, endommagent ou font rompre la c'narrue, et interrompent les travaux de cultiu'e. Les grains qui croissent à l'ombre sont toujours de |)eu de produit, inégalement mûrs, et ne peuvent pas se i-entrer en même temps que ceux du reste duchamp. Dans les saisons humides et tardives, il est même rare qu'on y recueille le gr-ain en bon état, et quelquefois il est entièrement perdu. — Le frêne, en particulier, est un formidable ennemi pour les cér-éales. L'influence de ses racines pour absorber l'humidité et les principes nourriciers du sol
ciîAP. 18'. DES PATURAGES.
s'aperçoit facilement par le cercle qui se trouve formé autour de chaque arbre dans les terres arables. Aussi l'a-i-on appelé le larron complice du propriétaire, parce qu'il dérobe chaque année, au profit du fermier, dix fois la valeur qu'il acquiert lui-même. — Sous ces arbres, les herbages sont aussi fort inférieurs, comparés à ceux du reste du champ. » {Code d'agriculture.)
De tout ceci, on ne doit pas plus conclure qu'il ue faille jamais planter de baliveaux dans les haies, que, de ce que j'ai dit, on ne peut induire qu'il faille en planter partout. J'ai souvent remarqué que leur influence fâcheuse se faisait sentir davantage du côlé du nord que du midi du tronc, et surlout qu'elle s'étendait beaucoup plus dans les terrains peu profonds que dans les autres. Il y a pour cela deux raisons : d'abord les premiers de ces terrains contiennent une moindre quantité d'humitlité, et ensuite la proximité de leur sous-sol force les racines a s'étendre au lieu de pivoter. En voilà plus qu'il ne faut pour expliquer de grandes différences dans les résultats qu'on a pu observer en des localités différentes.
VI* SUJET. — Des meilleurs moyens d'utiliser les produits des herbages par le pâturage.
Il y a trois manières de récolter les produits des herbacés: — 1^ le pâturage proprement dit, qui doit nous occuper plus spécialement ici; — 2° le fauchage et la consommation en vert au parc ou à t'élable ; — 3° le fauchage à l'époque de la maturité des herbes, et la transformation enjoin.
§ l". — Des pâturages dans les prairies.
Est-ce une bonne ou une mauvaise méthode de faire pâturer les prairies à certaines époques de l'année? Ace sujet les auteurs se sont prononcés de manières fort diftérentts. Tachons de trouver dans l'observation des faits la solution du problème. — Dans un assez grand nombre de lieux, on met les , troupeaux sur les herb'ges fauchables pentlans une partie de l'hiver et du printemps. Je dis les troupeaux, parce qu'en effet les pâturages de celte saison sont d'ordinaire réservés aux bétes à laine. — Presque partout où les regains ne sont pas assez abondans pour procurer une coupe de quelque importance, on les fait éj,alement consommer sur pied en automne, et à cette époque c'est aux bêtes à cornes qu'on les abandonne.— Le pâturage des prairies n'est possible que dans ces deux cas.
Au printemps, la présence des bestiaux peut avoir deuxincouvéniens principaux: — celui de piétiner un sol encore mal égoutté ; — et celui de relarder la croissance des herbes et de nuire par cela même à la production du foin. Sans nul doute cela arrivera, si, d'une part, le terrain n'est pas suffisamment ressuyé, oi sa nature très-argileuse le prédispose à un tassement trop considérable, et si, de l'autre, on laisse les aninaux séjourner assez longtemps pour que gramens n'aient plus la possibilité de
les
monter convenablement avant l'époque
AGRICTiLTUr.r,
ordinaire de la fauchaison; mais, hors ces deux cas, qu'il est facile de prévoir et très important d'éviter, le pâturage présente généralement plus d'avantages que d'inconvéniens. — Les moutons et notamment les brebis nourrices s'en trouvent à merveille. En broutant particulièrement les espèces les plus précoces qui devanceraient les autres dans leur maturité, et diminueraient plus tard la qualité du foin, cesanimaux égalisent en quelque sorte la croissance des herbes; -— ils contribuent beaucoup, comme je l'ai dit, à la destruction des plantes inutiles, au profit des graminées; — la pression qu'ils exercent à la surface des terrains poreux, faciles à soulevei-, est d'un très-bon effet; — enfin leurs excrémens, en dépit de tout paradoxe, contribuent sensiblement à maintenir la fertilité du sol et à améliorer les fenaisons suivantes. Quant à la durée d'un tel pâturage, il est d'une haute importance de ne pas la prolonger outre mesure. Le moment où il convient de fermer la prairie, est déterminé par l'état d'avancement ou de retard de la végétation, selon les années. « Si le printemps est chaud, ditTHAER, le pâturage doit cesser dès le 20 avril dans la partie septentrionale de l'Allemagne, ou du moins au conimencementde mai; si la température est froide et que l'herbe ne pousse que faiblement, on peut le prolonger jusqu'au lOraai.» — Dans la partie moyenne de la France, ce serait plus d'un mois trop tard. Beaucoup de personnes pensent qu'il ne faut pas continuer de faire pâturer les prairies au-delà du terme des dernières gelées un peu fortes, et les anciens usages de parcours ont en effet fixé le 25 mars.
Dans les paysoù l'on n'élève pas de moutons, le pâturage de printemps a moins souvent lieu, parce que la pesanteur des bêtes bovines rend le premier inconvénient dont j'ai parlé plus fréquent et plus grave. Leurs excrémens sont aussi moins profitables que ceux des moutons, non seulement parce qu'ils communiquentàl'herbequ'ilsrecouvrent une saveur qui en éloigne les bestiaux même après qu'ils ont été enlevés, mais parce qu'avant qu'on ait pu les répartir, ce qu'il est impossible défaire fort également, ils sont en grande partie détruits par une foule d'insectes qu'ils attirent et auxquels ils servent de refuge. Beaucoup de personnes croient aussi que les bêtes bovines ont moins besoin que les brebis de cette première nourriture verte ; j'avoue que je ne suis pas de leur avis, et que je la regarde comme fort utile à leur santé. Quoi qu'il en soit, le pâturage au moyen des bœufs, même au printemps, peut être, en des circonstances favorables, une bonne pratique.
Il est beaucoup de localités où en automne le pâturage des prairies basses pourrait devenir fort nuisible à la santé des bêtes ovines : on a remarqué maintes fois qu'il leur occasionait la pourriture; aussi, après la récolte des foins, livre-t-on les regains plutôt aux bœufs et aux vaches qu'aux moutons. Cette nouvelle pousse d'herbe, dit fort bien TnAER, qui, dans plusieurs localités, n'est jamais plus forte que dans cette partie de l'année, est très-avantageuse au gros bétail ; elle donne aux vaches une augmentation de