‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 272 sur 304 · LIV. l · texte numérisé non relu

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temps la première croissance des végétaux d'une plus longue durée, et lorsqu'elles comuienceraieul à les gêner dans leur développement, elles tombent sous la faulx sans avoir eu le temps de répandre leurs graines. Ajoutons que, tandis qu'elles procurent par leurs fanes une utile récolte, elles laissent encore dans le sol quelques débris qui devront, eu se décomposant, tourner au profit de la végétation des années suivantes. Quand on veut établir un herbage temporaire, avant de choisir les végétaux qu'on pourra (aire entrer dans sa composition, il faut être d'abord à peu près fixé sur la durée qu'il devra avoir. Il seraité gaiement fâcheux, en eftèl, de cultiver des plantes qui ne donneraient pas encore le maximum de leurs produits lorsqu'il faudrait les détruire, ou qui dépériraient avant l'époque fixée pour le retour des cultures économiques; — de remplacer, par exemple, dans l'assolement quadriennal le trèjle par le sainfoin ou la/uzerne^ et, dans un assolement qui comporte un herbage de 5 à 6 ans de durée, \c sainfoin par le trèfle ; Vagrostis <X Amérique ou la fétuque élevée par l'ivraie d'Italie^ etc., etc. — Il y a donc place dans la bonne culture pour les herbes fourragères de quelques années d'existence seulement, comme nous venons de voir qu'il y en avait parfois pour les herbes annuelles; en pratique, leur importance est même très-grande. — Le trèfle, quoique vivace, est traité presque partout, avec grande raison, comme s'il n'était que bisannuel ou tout au plus trisannuel, parce que, dès la 3' année il est rare qu'il ne se dégarnisse pas. Mais aussi, dès l'année qui suit le semis, on sait combien il est fourrageux. — Ce seul exemple suffit.

Lorsqu'il s'agit plus spécialement des pâturages permanens, la longue durée des plantes qui les composent est une condition première de succès. Cette durée peut s'obtenir, soit en faisant choix d'espèces naturellement très- vivaces, comme [afétuque élevée, l'agrostis d'Amérique, \ethymothy, etc. ou d'espèces qui se régénèrent facilement par suite de la disposition de leurs racines à tracer ou de leurs tiges à pousser de nouvelles racines de chacun de leurs nœuds inférieurs, telles que les Jétuques traçante et flottante, le florin, etc., etc., soit- en mélangeant plusieurs espèces différentes, ce qui présente, lorscjue le choix est fait avec discernement, d assez nombreux avantages, car non seulement la disposition différente des liges et des racines, l'élévalion et la profondeur plus ou moins grandes auxquelles parviennent les premières ou pénètrent les secondes, font que le terrain peut nourrir un plus grand nombre de plantes et se trouve mieux garni à sa surface, de sorte que les produits sont plus considérables, mais encore que la somme totale de ces produits est moins dépendante de la variation des saisons, et qu'enfin l'herbage est infiniment plusdurable,altenduqu'ils'établit entre tous les végétaux une sorte de rotation telle que ce sont toujours ceux qui se trouvent dans les circonstances, pour eux les plus favorables, qui dominent alternativement les autres.

§ VI, — Du choix des plantes fourragères eu égard à leurs qualités nutritives.

Quoiqu'il y ait parmi les chimistes quelque divergence d'opinion sur les propriétés plus ou moins nutritives de telles et telles substances qui entrent dans la composition des végétaux, telles, parexeniple, que le principe amer que Sprengeï considère, à cause de l'azote qu'il contient, comme J'un des plus nourrissans, après l'albumine, et que Davy croit, au contraire, devoir être rejeté, dans les excrémens, avec la fibre ligneuse; — sur l'importance |)lus ou moins grande, dans l'acte de la nutrition, de divers sels, notamment de l'hydrochlorate de soude ou sel marin, et du phosphate de chaux, qui abonde dans les os des animaux; — enfin, sur celle des acides, tels que les acides hydrochloriques, phosphoriques, etc., et des nombreux coips simples qu'on retrouve en petites quantités dans les cendres végétales, comme la soude, la potasse, la chaux, la magnésie, la silice, le ter et la manganèse. — Il est un point sur lequel on est généralement d'accord, c'est que, plus les plantes possèdent de substances solubles, plus elles sont nutritives.

« Si l'on veut connaître avec exactitude, dit Sprengeï., la valeur d'une plante comme fourrage, il faut, dans les analyses, considérer, avant toute chose, la quantité en poids de l'eau et de la fibre végétale en raison de celle des autres substances qui s'y trouvent, puis la quantité des parties incombustibles nutritives, commele sel marin, le phosphate de chaux, etc., et tnfin, celle des parties incombustibles qui ne servent pas, ou presque pas, à la nutrition, comme la silice, l'alumine, (?lc. — Il est important de connaître la quantité d'eau et de fibre végétale, parce qu'une trop grande proportion de l'une peut occasioner la pourriture aux moulons, et que l'autre résiste en grande partie à la digestion. — Il faut que les plantes destinées au pâturage des moutons soient riches en seJ commun, en principe amer, en arôme, en phosphate de chaux et en substances contenant de fazote ; — les premières de ces sub. stances conservent l'énergie des organes digestifs, les autres contribuent beaucoup à la production de la laine, de la viande, etc.

» Les plantes qu'on destine au gros bétail, et surtout aux vaches laitières, peuvent contenir une plus grande quantité d'eau que pour les moutons, puisque l'eau contribue à la formation du lait. Outre cela, il faut qu'elles contiennent les matières que nous trouvons dans le lait, c'est à-dire la soude, le chlore, le soufre, le phosphore, la potasse, le carbone et l'azote. On voit ordinairement les vaches donner une plus grande abondance de lait après avoir mangé des piaules contenant un suc laiteux et amer, mais non acre, comme plusieurs espèces de plantes de la famille des composées, par exemple, le pissenlit^ Vkypochœris, le laiiron. Plus ce suc laiteux est riche en substance saccharine, en albumine, en gluten, en gomme, eu mucilage, en phosphate de chaux, en sel marin et en hydrochlorate de potasse, plus il convient à' la i)roduction du lait. Les plantes

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dont le suc Inileiix est acre, comme V'euphorbe^ sont dangereuses. »

Il ne faut pas croire que la substance soliiblc soit identique dans toutes les plantes, et que la proportion de ses parties constituantes ne varie pas, dans le même vcf^élal, eu éj^ard à diverses circonstances, parmi lesquelles on doit placer en première ligne l'époque plus ou moins avancée de la végétation. Ainsi, l'albumine abonde dans certaines herbes, parmi lesquelles je citerai le pied d'oiseau {omitJiopus perpusillus) elle pissenlit {leontodon taraxacum) ; — dans d'autres, comme les graminées, c'est le mucilat^e; — dans plusieurs, telles que le boucage saxifrage { pimpineUa saxifriiga ), la lupuline \ni.t'dicago iupulina), ce sont la gomme et le mucilage; — dans quel(|ues-unes, par exemple l'élynie des sables { eljnius a/c/iarius), la matière sucrée domine, etc.^ etc. Ainsi encore, d'après les nombreuses expériences qui ont été faites sur les graminées, sous les aus|)ices du duc de Bedfort, par les soins de G. Sinclair et de Davy, ou voit que la matière saccharine est plus considérable au commencement de la floraison, et le mucilage pendant la maturation des graines, tandis que les principes amers et les ingrédiens salins abondent dans les récoltes de regain. De sorte qu'en théorie, avant de faire choix d'une plante fourragère, il faudrait non seulemeuL connaitre sa composition chimique, mais savoir encore si, par suite de sa disposition physique, elle se prêtera à être consommée au moment où elle contient le plus de parties favorables à la nutrition, ce qui ne peut avoir lieu que pour un certain nombre de végétaux, attendu qu'il en est beaucoup dont le foin t^'sse alors d'être mangeable, soit parce que la libre ligneuse devient trop roide, soit |)arce que les enveloppes florales et le> arêtes qui les accompagnent prennent a^sez de consistance pour gétu;r plus ou moins les bestiaux pendant la mastication.

Il est certain que les plantes vertes, déduction faite de la quantité d'eau de végétation qu'elles renferment, quantité telle qu'elle peut qiielqueibis occasiuner de graves désordres dans la santé des animaux, contiennent, h poids égal, moins de parties nuli'ilives que les plantes arrivées au moment de la floraison, et celles-ci généralement moins que les plantes déjà plus avancées dans la maturation. Ici les découvertes de la science sont parfaitement d'accord avec les don-

nées de la pratique , et cette coïncidence est <rune haute importance pour la formation des prairies, comme on le verra ailleurs. Dans les pâturages, toutes les plantes étant consommées en vert, il n'y a plus lieu de s'occuper de cette circonstance, mais il reste toujours à étudier comparativement les qualités nutritives des diverses espèces.

Cette étude, ainsi que je l'ai déjà dit, a été faite avec soin y)Our les graminées, en Angleterre, dans le jardin du duc de Bi'dfort; — elle l'a été aussi pour un grand nombre de plantes de familles différentes, en Allemagne, par Sprengel. — Je crois utile de reproduire ici, en les présentant sous une forme un peu différente, une partie, non pas des analyses, mais seulement des résultats des analyses qui ont été faites dans ces deux pays, sat)S leur donner toutefois plus d'imjjortance qu'elles n'en doivent raisonnablement avoir dans l'état actuel de nos connaissances chimiques (1).

Parmi les diverses graminées herbagères qu'on rencontre le plus habiluellement dans les prés et les pâturag<'s naturels et artifici' Is, celles qui p;iraissent, à l'état de dessiccation ou de foin, contenir à poids égal le plus de parties nutriiives, sont d'wevs prit urins, entre autres celui des bois ou n JcuUlfs étroites ,g\Ip poacomprirtir,(\o\\\. on fait peutêtre trop peu de cas en France; le pâturin comnian contient moins de parties solubles, et il en est de même (le celui des prés, surtout lorsqu'on le laisse sur pied jusqu'à la floraison. — A côté des pâturins et sur la même ligne, se trouve la Jléole des prés, lorsqu'on la fauche déjà en graines ; — l'élynie des sables, trop ignoré comme fourrage vert ; — la fétuque élevée, de toutes la plus riche en parties nutritives; puis celle des prés, la houque odorante, la liouque molle et la houque laineuse ; la cretelle et quelques bromes, tels que le stérile, le brome sans arêtes cl \a /luuce odorante, fauchés, les deux premiers, lors de l'épanouissement de leurs premières fleurs, la 3'' à ré|)oque de la fructification; viennent ensuite : le pâturin éle^é, le dactj/e pelotonné,]es /étuques durette et f^lauque, la i>rize, faio/ne jaunâtre, l'orge des prés, l'af;rostis stolonifère, etc. — Ed ô' ligne se trouvent l'ivraie vivace, le pdturin commun, l'avoine des prés; quelques aira, le chiendent, le brome élevé, l'a^rostis des chiens, etc. — Enfin, d'après les mêmes auteurs, \e /fomentai et l'avoine pubescente . la ranclie f/crueuse, [ \a Jétuque /lottanie et la mélique bleue, se-

(1) Voici comment ont opéré les deux chimistes anglais et allcman(t : — Davy, après avoir soumis à l'action de l'ca» liouillaiite seiileincnt les iierbci, soit vertes, soit séciios, ius(|ii;\ ce que toutes les parties solulilcs fussent enlevées, lit ensuite liltrer la liqueur pour en séparer la lilirc lij;neiise et l'évaporer ensuite à siccitë ; le résidu solide de cette évaporalion lui paraissant renfermer d'une manière sultisaunnent exacte la masse de la matière nutritive qu'il désirait connaître. — Spremcei,, alin d'arriver à plus lie précision , a cherché con)bien de substance on pouvait extraire des plantes préalablement desséchées et pulvérisées, en les traitant au moyen de l'eau, de l'alcool et d'une Ics^ite alcaline caustique— D'apiès le premier procédé, il est probable que toutes les parties rendues ordinairement solubles par suite delà mastication et de la dii;estiou ne furent point enlevées par l'eau; — d'après le second, on doit pen.^cr (|ue le contraire eut lieu, c'est-à-dire ju il y eut |)lus de matières dissoutes à l'aide des pnx édés artiliciels employés par l'expérimentateur qu'il n'y en a naturellement dans l'estomac des animaux; mais, comme les "analyses furent faites de la même manière pour chaque série de végétaux, on peut croire, sinon à leur précision ri^'oureusc, au moins à leurs résultats comparatifs, les seuls qup j'aie eu l'intention de présenter ici. J'ajouterai toutefois <iue, pour arriver à cet égard à des données siiflisai.iment exactes, il faudrait connaitre mieux qu'on ne le fait la nature des réactions chiiuitiues qui ont lieu dans les direr* organes de cliai^uc espèces d'herbivores et no. tammcut des ruminans. 0. L. T.

AGRICTTT.TnRE,

46C AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES

raient, à toutes les époques de leur vt-getation, les moins riches eu substance soluble.

Sprengel, de son côté, en analysant comparativement les diverses pailles qu'on emploie le plus fréquemment en agriculture, pour affourrager les animaux à l'élable, est arrivé à les classer de la manière suivante, dans l'ordre décroissant de leurs propriélés nutritives : 1° celle de millet; 2° celle de maïs; 3° celle de lentilles; A° celle de vesces;b'' celle de /;oi>; 6" celle de fèves ;1° ceWe. de colza; 8" celle d'orge; 9° celle de seigle ; l(f c^iWa de froment; 11" celle A'avoine; 12° celle de sarrasin. Je ferai remarquer que le célèbre chimiste ne paraît pas avoir tenu compte des diverses variétés de chacune de ces espèces, ce qui, pour plusieurs, eût été cependant d'autant plus utile qu'il est probable qu'il aurait trouvé des différences peut-être aussi grandes et même plusgrandes entrecertaines variétés ou races de la même espèce qu'entre des espèces du même genre. Ceci s'applique surtout à nos céréales les plus cultivées.

Quant aux végétaux suivans, la plupart d'entre eux n'ont point encore été soumis à la culture en grand, quoique plusieurs semblent pouvoir entrer avec avantage dans la formation des herbages artificiels. Je reviendrai ailleurs sur le compte de quelques-uns, me bornant ici, pour ne pas sortir de la spécialité de ce paragraphe, a en présenter la liste. — Le premier de tous est le genêt des teinturiers , qui contient à l'état vert jusqu'à 35 | pour cent de parties nutritives; — le 2*, chose remarquable, est un jonc, celui de Bothnie, dans lequel on en retrouve 28. Viennent ensuite le petit boucage, le grand boucage, qui contiennent : le l*""", 26, le 2" 24 p. 100 de parties nutritives ; la pimprenelle^ 24 ; le genêt velu., id.; la ge.sse des prés. 23 3/4; le lotier corniculé., 19 1/2; le plantain lancéolé., 18; Xdipetite marguerite, 17 1/4; la lupuline., 16; Vornithopus pied-d'oiseau, 15 2/3; Vépervière. 14 1/3; le lotier uligineux, 13 1/2 ; le pissenlit, 12 1/3; Yhéraclée blanc-ursine , 10; *inï\n,\''achillée mille-Jenilles, 9. — A l'état sec, ou de foin, ces plantes, à poids égal, contiennent, comme on le peut bien penser, infiniment plus de substances solubles. Je me bornerai à citer deux des exemples les plus frappans : le pissenlit, qui n'en renferme en vert que 12 1/3, en contient à l'état de foin 82, et la petite marguerite jusqu'à 86 1/3, c'est-à-dire plus du quart en sus de la paille la plus nutritive, celle ilu millet, qui n'en abandonne que 61 1/2. Du reste, tous ces végétaux en foin, excepté, peut-être, la lupuline, qui se trouve sur la même ligne que le millet, sont beaucoup plus nourrissans qu'aucune des pailles dont il a été parlé.

Ces travaux, et tous ceux auxquels les chimistes pourront se livrer par la suite, dans le même but, présenteront d'autant plus d'intérêt qu'en regard des qualités nutritives des végétaux herbagers, ils auront examiné comparativement les diverses conditions qui ont fait le sujet des paragraphes précédens ; car les plantes les plus riches en parties solubles peuvent n'être ni les plus fourrageuses,nilesplus précoces, ni les plus durables, etc., etc

Quand on voit ce qui se passe journellement dans la nature, on ne peut nier que la variété de nourriture ne soit, pour les animaux, un élément de santé. Les plantes qu'ils appètent le moins, celles qu'ils rejettent toutes les fois qu'ils peuvent faire un meilleur choix, et dont l'usage exclusif et continu leur deviendrait inévitablement nuisible, sont au contraire mangées sans danger, recherchées même, lorsqu'elles sont mêlées à d'autres plantes. Jl ya mieux: dans un champ où domine une seule espèce, quelle que soit sa qualité, on a vu les aniu'iaux la délaisser accidentellement pour brouter avidement quelques touffes des herbes qui les tentent ordinairement le moins.

— Voici, entre bien d'autres, un fuit qui le prouve d'une manière frappante : Deux pièces de terre semées, l'une tn trèfle blanc [(vhite clover), l'autre en trèfle mêlé à diverses graminées, furent destinées par G. Sinclair à servir de pâturage aux moutons. Le Ions; des haies de clôture qui entouraient la première, poussait une assez grande quantité (le dactyle pelotonné {cock's foot grasse à tiges coriaces et très-peu fourrage uses, par suite delà qualité du sol Cependant, après quelques jours, le troupeau rechercha cette plante et n'en laissa pas vestiges. Puis il revint au trèfle et s'en nourrit exclusivement jusqu'à ce que Tétat de maladie dans lequel il se trouvait, et qui causa la perle de plusieurs! ndividus, forçât d'arrêter l'expérience.

— Dans la pièce voisine, au contraire, sur laquelle se trouvait un mélangg de dactyle pelotonné, de pâturin commun {rough stalkedmeadow grass), d'ivraie \'\\ac^{rye grass), de vulpin {fox tailgrass) et de trèfle blanc, les moutons n'éprouvèrent aucun malaise, et ne touchèrent pas aax tiges du dactyle, quo qu'elles fussent cependant plus tendres et plus succulentes que celles que leurs voisins avaient recherchées avec tant d'empressement.

Justement convaincu qu'on devrait toujours contrôler les résultats des analyses chimiques par des expériences laites sur les animaux eux-mêmes, et que ce n'est réellement qu'en faisant mar^ her de front ces deux moyens de recherche qu'on parviendra à apprécier les propriétés alimentaiï'cs de chacun des principes immédiats des végétaux, et que l'on pourra arriver au point où la seule analyse d'une platite nous fournira des conneissances suffisantes sur ses propriétés nutritives, M.Mathieu DE DoMBASLEa fait en 1831 unesérie d'essais qu'il n'a pu malheureusement étendre jusqu'aux espèces végétales qui nous occupent le plus spécialement ici, mais qui présentent trop d'intérêt, et qui se rattachent de trop près au titre de ce paragraphe, pour que je ne fasse pas connaître au lecteur au moins leurs résultats, le renvoyant pour les détails à la 7* livraison des Annales de Roville.

L'expérience, dit M. de Dombasle, a été faite sur 49 moutons divisés en 7 lots, de 7 animaux chacun. Une étable fut destinée exclusivement à cet usage, et l'on y pratiqua 7 loges munies de crèches et de râteliers, et où les animaux ont été tenus constamment pendant tout le temps de l'expérience. Un

f.nw. 18*.

DES PATURAGES

local particulier était disposé dans l'élablc même pour y préparer les rations, et une balance y servait à peser les animaux et les fourrages. — Ces moutons ajaot été pesés individuellement à jeun, le 17 décembre, le poids total se portait à 3,053 livres ou demikilogrammes, cequi donnait un poids moyen de 02 livres 30 par individu. Comme il était fort important d'égaliser les lots sous le rapport du poids des animaux, on a assorti ceux-ci de manière que chaque lot pesât 436 livres, excepté un qui se trouva excéder ce poids d'une livre. Le même jour, on plaça les animaux dans leurs cases respectives, el, le lendemain 18, on commença l'expérience, qui fut continuée pendant 5 semaines.

De premiers essais, faits exclusivement avec de la luzerne, ayant amené d'abord ce j'ésultat, que 15 livres de cette plante sèche, par jour, pour chaque lot, ou 2 liv. 1/7 par tête, pouvaient être considérées comme s'approchant très-près du poiut d'équilibre, qu'on peut appeler la ration d'entretien, on trouva successivement ensuite que, pour former la denii-ralion, ou représenter la valeur nutritive de 7 livres ^ de luzerne sèche, il fallait, ou 3 livres ~ d'orge appartenant à la variété d'hiver, dite sucrion, et pesant 132 livres par hectol., — ou 14 1. de pomnies-de-terre crues, lesquelles sont susceptibles d'acquérir par la cuisson une augmentation de propriété nutritive d'envi ron deux treizièmes; — ou environ 16 livres 1 de betteraves de la variété blanche de Silésie. de moyenne grosseur, cullivées en terrains médiocrement fertiles : ces observations sont nécessaires, car on pourrait rencontrer des bette, aves de l'espèce dite racinesde di&ette, cultivées en sol très-riche, qui présenteraient des propriétés nutritives beaucoup inférieures à celles-ci; — ou enfin 23 livres de carottes.

Il est fort regrettable que des expériences analogues n'aient pas été faites par les Allemands et les Anglais, comme comi)lémeiit des analyses intéressantes de Davy, d'Ei.N- HOF et de Sprengel.

§ VII. — Du choix des plantes eu égard à l'emploi qu'on en peut faire isolément ou simultanément dans la formation des herbages.

Lorsque l'on veut créer des pâturages permanens, il est hors de dont»- qu'il faut les con)poser de plusieurs espèces, car, s'ils étaient homogènes à leur origine, ils cesseraient bientôt de l'être par suite de l'affaiblissement progressif de l'espèce primilive, et l'envahissement d'herbes nouvelles. D'ailleurs, le mélange en pareil cas ne peut avoir (|ue des avantages, (|uand il a été bien combiné. Les plus imporians sont, à côté de celui d'offrir aux animaux de toutes sortes une i\oiu\'\iurt: /jIu\ S(i///r,piits agréable et mieux appropriée à la nature des produits qu'on en attend, — Vabondance -a peu près égale de cette même nourriture pendant toutes les parties de l'année, — etla durée de l'herbage dans un étai tel que les mauvaises herbes ne trouvent aucune place pour se montrer.

Je regarde la première proposition comme

suffisamment établie par le contenu du paragrii|)lie précédant. \m seconde, que j'ai aussi abordée déjà, en parlant de la précocité plus ou moins grande des espèces, est démontréejournellemeni par l'expérience. Il est en effet facile de se convaincre que, sur tous les pâturages, non seulement les graminées diverses se succèdent dans le développement de leur végétation, mais que, dans les localités moins favorisées que d'autres par l'humidité, toutes les plantes à racines fibreuses et peu profondes cessent pour ainsi dire entièrement de se développer durant les fortes chaleurs, tandisqueles plantes à racines fortes et pivotantes, comme celles de plusieurs trèfles, de la luzerne, du sainfoin, du lotier, de la mille-feuille, de la |)imprenelle,de la jacée des prés, etc., etc., trouvent encore assez de fraîcheur dans le sol pour continuer de fournir au pâturage des animaux, jusqu'à ce que des pluies d'orage assez abondantes, on celles d'automne, aient ravivé la masse gazonneuse.

Quant à la troisième proposition, il est vrai qu'un très-petit nombre d'espèces herbagères, parmi lesquelles ou doit citer en première ligne la luzerne et parfois le sainfoin, parla vigueur soutenue de leur végétation, peuvent assez longtemps éloigner toute concurrence dans les terrains qui leur conviennent ; mais à la longue, cependant, elles sont envahies par d'autres herbes qui commencent à se montrer dès qu'elles faiblissent sur quelques points; ce qui leur arrive après un nombre d'années plus ou moins long, arrive à la plupart beaucoup plus tôt; il est donc évident que toujours la nature tend à établir dans les herbages ce qu'on a nommé un assolement simultané. Or, on comprendra qu'en pareil cas il vaut bien mieux choisir tout d'abord, d'après leur mérite, les espèces qui composeront cet assolement, que de s'en rapporter au hasard pour l'avenir; je parle toujours des herbages permanens.

Si les pâturages ne doivent durer qu'un petit nombre d'années, l'inconvénient du semis d'une seule espèce est moins grand sous ce dernier rapport. Mais, lors n;ême que celte espèce réunirait d'ailleurs tontes les conditions voulues pour procurer une bonne nourrilui'e aux animaux, resterait encore la crainte fondée, à bien peu d'exceptions près, den'obtenii-des produits fourrai;ers que pendant une partie de la saison. Aussi, est-ce une coutume fort générale, même dans ce cas, de mêler diverses plantes, et d'adjoindre aux graminées (|uelques légumineuses, principalement le tièlle rouge ou blanc et la lupuline. La plupart des herbages qui ne doivent durer que 3 ou 4 ans sont composés, soit d'ivraie vivace et de trèfle, soit de ces deux plantes, auxquelles on ajoute le dactyle peli:tonné ou la houlque laineuse, soit de trèfle et de lupuline mê'os à 2 ou 3 graminées, soit enfin de tout autre mélange analogue.

Relativement aux prairies iauchables, la question doit être considérée sous d'autres points de vue. Depuis Rozier, plusieurs agronomes ont pensé avec lui que — « Deux espèces de graminées n'ayant strictement ni la même époque de lloraisouet de maturité,

'ffiS AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGÈRES.

tiv. 1".

ni une force de végétation égale, il arrive nécessairement, dans le premier et le second cas, qn'une partie de l'herbe est mûre, tandis que Taiilre ne l'est pas, et, par conséquent, qu'il faudra retarder la fauchaison. Il résulte de ce mélange que ce qu'une espèce gagne en maturité, l'autre le perd par trop de maturité; dès-lors on n'aura que la moitié de la récolte prise à point. Quant à l'inégalité de force dans la végétation, c'est là que réside un abus aussi démontré que les deux premiers. Il est dans l'ordre naturel que le plus fort détruise le plus faible. Une plante a, par exemple, une force de végétation comme 18, tandis que celle de la plante voisine est comme 4; il s'ensuit que les graines de ces plantes, semées ensemble, végéteront à peu près également pendant la première année, parce qu'elles trouveront toutes à étendre leurs racines; mais peu-à-peu la plus active devancera la plus faible, toutes deux en souffriront jusqu'à ce qu'enfin la plus vigoureuse triomphe. Il ne restera plus à cette époque que des plantes vigoureuses, égales en végétation, et dès-lors susceptibles de se tenir toutes en équilibre de vigueur. »

Le fait est généralement vrai. En conclura-t-on que tout mélange soit impossible ou peu fructueux dans les prairies? Non, certes ; mais seulement que ce mélange doit être fait avec encore plus de soin, et dirigé d'après d'autres principes que pour les pâturages. Et d'abord, quant à l'époque de la maturité, il est rarement difficile de rencontrer des espèces qui se rapprochent assez sous ce rapport, pour n'avoir point à craindre dédommages notables dans la qualité du foin. Le moment de la floraison différât-il un peu, on trouverait encore des herbes qui se conserveraient vertes et succulentes assez long-temps pour attendre les autres, et l'on sait même que, tandis que les unes contiennent plus de parties nutritives lors de l'entier épanouissement des fleurs, d'autres sont plus riches en substance soluble à une époque déjà avancée de la maturation des graines, — Sous le second point de vue, puisque les prairies naturelles ne sont point homogènes, on doit aussi conclure qu'il est possible d'associer des plantes qui vivent et se maintiennent parfaitement ensemble.— Le tout est de les cnoisir à peu près également rustiques.

Cependant, lorsqu'une herbe de bonne qualité réussit mieux que d'autres sur un terrain qu'elle ne doit occuper que temporairement, il ne faut nullement proscrire tel ou tel semis homogène, même ae graminées, et à plus forte raison de légumineuses fauchables, telles, par exemple, que les luzernes, le sainfoin, les trèfles. La durée de ces espèces, leur mode de végétation, l'époque de leur floraison et les terrains qui leur conviennent n'étant pis les mêmes, il serait rarement profitable de les associer en- *«mble. A cet égard, la pratique a prononcé tout aussi bien que la théorie.

IV* SUJET. — De la Jormation des herbages et particulièrement des pâturages.

§ 1*'. — Manière de se procurer de la graine. La difficulté d'obtenir les graines des es-

pèces qu'on désire propager en suffisante quantité pour faire immédiatement des semis tant soit peu en grand, est une des causes qui s'opposent le plus fréquemment à la création d'herbages permaneos artificiels. — Il y a cependant trois moyens de se procurer ces graines : — l° de les récolter à la main, sur pied; — 2° de les récolter dans les greniers ou dans les râteliers; — 3" de les acheter dans le commerce, ce qui est désormais possible, au moins pour les principales espèces.

Le premier moyen permet de faire un choix rigoureux des meilleures plantes qui croissent dans chaque localité, mais il est accompagné de plusieurs graves inconvéniens. D'abord la récolte est assez coûteuse en elle-même, à cause de la lenteur avec laquelle elle s'effectue, et par suite des dégâts qu'elle oocasione dans les prairies, quelques précautions qu'on mette à les traverser à cette époque où toutes les tiges couchées par accident ne se relèveront plus; d'un autre côté, toutes les graines sont loin d'être mûres au momentde la fenaison, de sorte qu'une première année, il ne faudrait, pour ainsi dire, songer qu'à former une pépinière de porte-graines, dont les produits, récoltés en temps plus convenable les années suivantes, permettraient d'ajouter progressivement à l'étendue des nouveaux herbages. Si l'on calcule la dépense et la perte de temps, on trouvera dans oien des cas que ce moyen est plus cher que le troisième.

Cependant il ne faut pas se dissimuler que l'établissement d'un herbage ne soit rendu parfois beaucoup plus coûteux par la nécessité où l'on se trouve d'acheter toutes les graines. Aussi, pour se soustraire à cetfe obligation, a-t-on souvent recours au 2" moyen nue j'ai indiqué. Avec lui on peut être certain d'obtenir des semences bien mûres, parce que les autres ne se détachent pas du foin : malheureusement, à côté desbonnes se trouvent les mauvaises qu'il n'est pas possible d'en séparer, et cette circonstance paraîtra toujours des plus fâcheuses à tous ceux qui ont médité sur la composition des pâturages naturels. A la vérité, il en est de si heureusement formés que l'objection perd, quand on les a en vue, une grande partie de sa force. Je serai le premier à conseiller de profiter sans hésilationdeleurvoisinage,toutesles fois qu'il y aura lieu. Mais j'ai assez fait voir, dans ce qui précède, que ce cas est trop rare: aussi le mentionnais-je ici plutôt comme une exception que comme une règle d'une application habituelle. Quoi qu'il en soit, quand ou croit pouvoir recourir à ce moyen, voici comment on s'y prend, d'après Pictet, dans quelques cantons de la Suisse, pour se procurer la graine en plus grande abondance qu'on ne pourrait le faire par le simple balayage des greniers ou autres lieux où on dépose les foins avant de les donner aux animaux : « On établit un grillage en bois en remplacement de la paroi de planches qui, par son inclinaison, rapproche le fourrage de la base des râteliers placés verticalement, comme ils le sont dans la plupart des écuries et des étables de ce pays ; la base de ces râteliers étant à 15 ou 18 po. du mur ou de la paroi de la grange,

cHAP. t8«. DES PATURAGES

laisse des inlervallespar lesquels les graines de prés s'écliappenl et tombent dans des boîtes, des tiioirs ou coffres placés sous la crèche, d'où on peut les tirer, lorsqn'on présume qu'ils sont à peu près remplis de graines. »

L'agronome genevois, en recommandant cette pratique pour remédier à la cherté de la icTiasse ou graine de foin dans le canton qu'il habite, a dureslebien soin de prescrire, afin de l'obtenir sans mélange, de laire rigoureusement et préalablement arracher, à la pousse de l'herbe, les plantes qui, comme i'arrêtebœuf, le plantain à larges feuilles, etc., etc., le saliraient inévitablement de leurs semences inutiles ou nuisibles.

Quant au 3^ moyen, en le comparant au premier, chacun, selon la position dans laquelle il se trouve, sera à même d'opter |)our l'un ou l'autre. Il suffira d'indiquer ici que les espèces fourragères, considérées comme les plus avantageuses en France, c'est-à-dire la plus grande partie de celles dont il sera question dans la suite de ce chapitre, sont cultivées pour graines dans les belles propriétés de M. Vilmorin, et qu'on peut se les procurer avec entière sécurité dans la maison de conmierce qui porte son nom, à Paris.

En général, les semences les moins vieilles, surtout parmi les graminées et quelques légumineuses, sont celles qui lèvent le plus promptement, le plus complètement, et qui donnent lieu à la végétation la plus vigoureuse. Il faut donc tâcher de se les procurer de la dernière récolte. Si on lesachète, il faut veillera ce qu'elles soient //efie.y, bien pleines^ sans autre odeur qu<' celle du bon foin, et surtout pesantes^ ce qui est le meilleur indice de leur complète maturité et de leur bonne qualité. — Dans quelques espèces, la couleur est aussi un indice assez certain. Ainsi les graines de trèfle «t de luzerne sont d'abord d'un jaune doré; en vieillissant elles prennent une teinte rougeâtre. II en est de même de celles de la lupuline. Les semences de sainfoin passent du gris au noir, etc., etc. — Du reste, il est toujours s;tge d'essayer en petit les graines que l'on n'a pas récollées soi-même. Après en avoir laissé tromper une quantité ou un nombre déterminé dans l'eau à une douce température, alin d'obtenir plus promptement le résultat de l'expérieinje, on fera donc bien de les semer de manière à constater leur qualité.

Quoiqu'on ail proposé beaucoup de recettes, toutes merveilleuses, pour préserver les graines- dans la terre, du ra\age des insectes, les disposera une plus prompte et plus facile gei'minalion, et même pourajouler, pendant toute la durée de la végétation, à la vigueur des plantes qui en proviendront, je ne sache pas qu'aucun de ces moyens, dont plusieurs sont [)lus nuisibles qu'utiles, puisse être recommandé, si ce n'est peut-être le chaulage pour celles de» grami-^ées dont on a reconnu la disposition à être atteintes de la carie et du charbon, l^a meilleure préparation de toutes les semences Iburrageuses et autres, c'est l'humidité modérée et chaude qu'elles trouvent dans ui\ sol perméable aux gaz atmosphériques; et le meilleur préservatif contre l'iusuccès, c'est l'opportunité des semis.

§ II. — Préparation du sol.

Quelques plantes fourragères peuvent à la vérité réussir dans les terrains marécageux ; mais, d'une part, les bestiaux et surtout les moutons s'accommodent fort mal de semblables localités, et, de l'autre, toutes les herbes qui font la base des meilleures |)rairiespâlurages redoutent par-dessus tout une humidité stagnante. Partout où cette humidité existe, le premier soin du cultivateur doit donc être de lui procurer un écouiement suffisant. (Voy. l'article Dessèchement.) — Lorsqu'au contraire les terrains se trouvent dans le voisinage d'eaux courantes, on sait trop de quelle importance il est de pouvoir les arroser pour qu'il soit besoin de recommander de les disposer de manière à favoriser le plus possible les irrigations. (Voy. le chap. Arrosemens.)

Il importe ensuite de les nettoyer le plus exactement possible des graines et des racines vivaces des mauvaises herbes, ce qu'on obtient à l'aide de labours plus ou moins nombreux, donnés pendantune jachèrecomplète, ou mieux une culture sarclée qui a le double avantage, tout en alteigaant aussi efficacement le même but, de payer par ses produits, d'abord la préparation du sol, et de plus une grande partie de l'engrais qu'on lui donne, et qui devra cependant profiter beaucoup encoi'c au succès du pâturage. J"ai eu plusieurs fois l'occasion de remarquer qu'une terre, qui n'était pas par trop épuisée par les cultures antérieures, se trouvait ainsi préparée de la manière la plus complète et la phis profitable à recevoir des semences herbagères. — Dans le cas où l'on ne pourrait disposer que d'une faible quantité d'engrais déjà préparés, et où l'on jugerait plus utile de lui donner une autre destination, un parcage serait fort avantageux. — Enfin, à défaut de ces deux moyens, une lécoltc enfouie produirait encore un très-bon elfet. Je ne dois pas omettre d'ajouter ici que sur les terres froides, tourbeuses ou nligineuses, l'ècobuage est la meilleure préparation possible pour la création d'un herbage. — TS'ous verrons tout-à-l'heuie qu on sème aussi les pâturages comme les prairies artificielles sur les céréales, sans autre préparation qu'un hersage de printemps. Quaiul les terres sont propres et en bon état, ce moyen, par sa grande sim[)licilé, est un des meilleurs.

La projondcur lies labours ne peut jamais être trop grande dans un bon fonds. Ce qui a été dit ailleurs à ce sujet me dispensera d'entrer dans de nouveaux détails. J'ajouterai cependant que, pour les fourrages à racines fortes et pivotantes, tels que la luzerne, le sainfoin, etc., il faut de toute nécessité une couche labourabK' plus épaisse que pour des graminées à racines minces et traçantes, et je rappellerai, comme fait d'une importance toute spéciale dans le sujet qui nous occupe, que, tandis que les labours profonds conservent la fraîcheur pendant l'été, et facilitent l'absorption des eaux surabondantes pendant l'hiver, les labours superficiels exposent les piaules à périr par suite des sécheresses de

AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES

la première de ces saisons et de riiumidité

froide de la seconde.

Ou a reooiumandé avec raison d'éviter de semer sur un labour trop récent, surtout s'il a raineué à la surface quelques (ragmens du sous-sol, et lorsque la terre est encore creuse et soulevée, auquel cas on courrait le risque de perdre une partie des graines, principalement lorsqu'ellessont fines. — Lorsque le guéret n'est pas assez rassis, pour obvier à cet inconvénient on a recours tantôt au plombage à Taide de rouleaux d'un poids proportionné à la légèreté du sol ; — tantôt a la herse renversée et chargée plus ou moins de pierres, ou conduite de manière que les dents, au lieu d'être inclinées en avant, le soient en arrière; — tantôt, enfin, a« piétinement des animaux, ce qui donne, en pareil cas, au parcage un double but d'utilité.

En général, lorsqu'on est dans l'obligation de donner plusieurs labours, le premier seul doit être profond, les autres n'ayant d'autre but que d'ameublir et de niveler convenablement la couche supérieure du sol, el: d'enterrer les engrais, si l'on a cru nécessaire de fumer directement pour le pâturage.— En Angleterre, on regarde comme d'un très-grand avantage, indépendamment de la Jumure enterrée, de ré|jandre sur le guérel tout prêt à recevoir la semence un engrais ou un compost pulvérulent destiné à être recouvert en même temps que la semence par un seul hersage. Cette pratique est excellente, surtout dans le cas où l'herbage succède à d'autres cultures qui ont absorbé une grande partie de l'engrais. Dans l'ouest de lai rance, l'ai vu semer ainsi des prairies sur un mélange de terre végétale, de chaux ou de cen- | dres lessivées et de fumier d'étable, le tout répandu à la volée à la surface du sol, en des proportions que je regrette de n'avoir pas notées, mais qui me parurent peu considérables. Les résultats furent admirables. Je ne doute pas que le noir de raffineries ou le noir animaiisé ne produisît, de la même manière, des effets tout aussi marqués. « N'établissez en prairies, disait Pictet, que la quantité de terrain que vous pouvez amplement fumer et convenablement sarcler pendant le temps que vos plantages (les cultures préparatoires) l'occuperont; vos prairies seront ainsi bien établies el à bon marché. »

§ III. — De l'époque des semis et de la manière de les effectuer.

Est -il plus profitable de semer les herbages en automne ou au printemps ?\\ n'y aurait jamais eu d'aussi vives controverses sur cette question, si l'on s'était donné la |)eine de chercher à la résoudre selon les lieux et les circonstances, au lieu de le faire d'une manière absolue. — Toutes les fois que les semis d'automne peuvent réussir, ils sont préférables à ceux de printemps, par la raison qu'ils donnent généralement des produits ou plus abondans ou plus prompts; — plus abondans, lorsqu'on cultive une plante, même annuelle, qu'on a intérêt à voir se développer el laller beaucoup, comme celles de nos céréales qui sont utilisées accidentellement

pour coupage; — plus prompts, quand il s'agit de plantes vivaces, attendu que les plus précoces d'entre elles ne montent qu'incomplètement à graines la première année, si leurs racines n'ont déjà pris possession du sol avant l'hiver, et si leur touffe ne s'est en grande partie développée avant l'époque des chaleurs. — Pour toutes les herbes qui ne redoutent pas, dans un climat quelconque, les froids de la mauvaise saison ; — sur tous les sols qui ne retiennent pas assez l'eau des pluies automnales pour faire pourrir les graines, et dans tous les cas où les dispositions d'assolement s'y prêtent, je pose donc en fait que les semis de septembre doivent être préférés à ceux de mars. Il est à peine besoin d'ajouter que cette convenance se fait remarquer, plus impérieuse que partout ailleurs, dans les pays chauds et sur les terres légères, élevées et arides, où l'on a surtout à redouter les effets de la sécheresse printanière. Mais dans les circonstances contraires, c'est-à-dire, là où l'on a moins à craindre le manque de pluies que leur surabondance et la rigueur des gelées, principalement dans les sols ai'gileux et les localités basses, il est avantageux de différer l'ensemencement jusqu'au printemps, car en retardant la jouissance on la rend plus assurée. L'époque des semis est aussi subordonnée à la précocité de la culture qui les précède; ainsi, après une récolte hâtive ou une prairie artificielle fauchée aux approches de juillet, on trouvera le temps de préparer convenablement la terre à un ensemencement d'automne, tandis qu'après d'autres cultures plus tardives, il en sera le plus souvent autrement. — Pour semer sur une céréale, il faut de toute nécessité choisir le printemps, dans la crainte que les graminées fourragères ne dominent les blés ou ne les affament, ce qui ne peut avoir lieu avec cette précaution, parce qu'elles ne prennent leur plus fort développement qu'après la moison. Dans les climats favorisés par des pluies estivales, il peut y avoir parfois de l'avantage à devancer le mois de septembre. On cite en An,^leterro des semis du milieu et de la fin de juin qui ont parfaitement réussi, et Ch. Pictet, qui habitait Genève, recommande de ne pas dépasser les premiers jours d'août; dans la plupart de nos déparlemens, le succès qu'on pourrait se promettre de l'observation rigoureuse de tels préceptes serait extrêmeraentcasuel.

On sème toutes les plantes herbagères des pâturages à la volée, eu une seule fois, lorsque les graines sont à peu près de même grosseur; — en deu îois, lorsqu'il en est autrement. Sitôt que la surface du terrain a été convenablement préparée, on répand, après les avoir préalablement mêlées ensemble, les semences les plus volumineuses; puis on les recouvre immédiatement par un hersage d'autant plus énergique qu'on croit utile de les enfoncer plus profondément. — On mêle également ensuite, et on sème sur ce hersage les semences les plus fines, que l'on enterre par un hersage plus léger, ou même par un simple roulage, selon que l'état de la terre et l'espèce de la sraine rexig;''nl

DES PATURA.GES.

Quand on semé an prinlenip-s sur un froment (raiiLomne, il est des cultivateurs qui se bornent à répandre la semence sans aucune préparation du sol et sans la recouvrir, dans la crainte presque toujours mal fondée de nuire à la récolle du grain. — D'autres, mieux instruits par Texpérience, hersent d'abord le blé sans s'inquiéter de briser une partie de ses feuilles (voy. l'art. Froment)^ sèment ensuite, et recouvrent en passant une seconde ibis une herse [dus légère. Cette méthode, sur les leires tenaces et encroûtées, est sans nul doute la meilleure. — Sur les terrains iégtrs, les hersages pourraient avoir des inconvéniens si l'on ne modérait beaucoup leur énergie. En pareil cas, à la deuxième de ces opérations, on substitue avantageusement un roulage.

Quant à la quantité de graines à employer sur des espaces donnés, elle est extrêmement variable d'espèces à espèces. Je l'indiquerai approximativement en parlant de chacune en particulier, en faisant observer toutefois, avec M. Vilmorin, qu'un point semblable ne peut être déterminé exactement, attendu que non seulement une livre de la même semence peut contenir un nombre très-différent de germes, suivant le terrain où elle aura été récoltée et la température de l'année; mais, déplus, qu'il est nécessaire, selon les circonstances diverses, de semer plus ou moins épais; — un «nauvais terrain demande plus de semence qu'un bon;

— sur une terre médiocrement préparée ;

— par un temps sec et défavoi'able; — dans une situation exposée à des gelées tardives ;

— sous toutes les conditions, enfin, défavolables à un semis, il faut le faire plus épais que si le sol et la saison le favorisent.

j§ IV. — Des autres modes de formation des herbages.

Parmi les pratiques autres que les semis, dont quelques cullivateurs anglais se sont récemment avisés, il en est une, îi mon gré, beaucoup plus singulière que profitable, <lont je dois cependant dire quelques mots : c'est la transplantation ])ar piaques. Ces plaques, enlevées sur des terres bien gazonnées, sont transportées sur d'autres terres destinées à être converties en pâturages permanens, et placés à G pouces les unes di:s autres, de sorte qu'on estime que la dépouille d'un acre peut servir à eu planter 9. — Si le champ dont on enlève la surface doit rentrer dans la rotation des plantes économiques, on le dénude en entier, excellente méthode pour détruire en un instant tous les bonseffetsde l'herbage sur les cultures suivantes; s'il doit rester en pâturage, la charrue à écobuer, en découpant parallèlement des bandes longitudinales de 6 po. de large, laisse intactes d'autres bandes enherbées de 3 po.;puis, lorsque les premières ont été cilevé^js, elle recommence un travail analogue, perpendiculairement au premier, de manière qu'il reste sur toute la pièce de petites monticules d'herbe de 3 po. carrés, séparés les uns des autres par des sentiers ou espaces vides de 6 po.; après quoi on donne au champ ainsi maltraité une copieuse fumure, ou on le recouvre d'un

abondant comijost, dont une bonne terre végétale fait la plus grande partie. —Quant à la transplantation sur le second champ, elle n'exige d'autres précautions que la promptitude et le soin de bien affermir les plaques dans le sol, pour défendre les racines contre les vicissitudes des saisons. — Aucun nniujal ne doit être ensuite introduit sur le nouveau pâturage, qu'après la maturité et la dispersion des graines. — On estime que les seuls frais de découpage et de transplantation du gazon pour un acre (40 ares) s'élèvent à 2 liv. 9 s. 6den.(59 fr. 40 c.)— Si l'on ajoute à cela la récolte perdue sur le terrain totalement ou partiellement dépouillé; — le tort qu'on lui fait pour les années suivantes; — les frais de fumure; — l'impossibilité d'utiliser avant la seconde année les produits du terrain planté, et si l'on compare toutes ces dépenses et non-recettes aux frais et résultats d'un semis fait avec discernement, je doute fort que l'avantage ne reste pas tout^ntier à ce dernier mode, et je suis par conséquent convaincu qu'une semblable méthode, si elle est parfois utile, ne peut l'être que dans des cas fort exceptionnels.

Mais il existe un autremoyen de transplan' tation, parfois même Aemarcottage on de hou' tarage^ qui, pour n'être pas d'un emploi très étendu, n'en est pas moins assez souvent d'une utilité réelle. Les Anglais l'emploient à peu près exclusiveuicnt, je crois, pour la propagation du florin [Jgrostis stoloni/era), l'une des plantes fourragères dont ils fon» le plus de cas, et les personnes qui l'ont, depuis quelques années, essayé en France, à ma connaissance, soit pour les plantes qui, comme l'agrostis d'Amérique, croissent lentement de graines et tallent beaucoup, soit pour celles qui, comme l'herbe de Guinée {Panicum altissimum), ne donnent pas encore une grande quantité de bonnes semences dans nos régions, ont eu lieu d'en être satisfaites. — Ce moyen consiste, tantôt à ouvrir à des distances proportionnées au développement futur des loufles, de petites rigoles peu profondes au fond desquelles on étend les tiges déjà en partie enracinées, ou même sans racines, des plantes traçantes; de manièreque leurs extrémités se louchent, puis à couvrir à l'iiide du râteau, et à rouler la surface du sol; — tantôt à faire un semis en petit à bonne exposition, lorscpie les dernières gelées ne sont plus à craindre, et à mettre le plant en place, au cordeau et au })lantoir, dès qu'il estasse/ fort poursupporter cette opération ; — tantôt enfin, dans la crainte que la lenteur du premier accroissement de la plante ne compromette le succès du semis, à nu)ins de sarclages et de binages lro[) répétés, à la culti\er d'abord plus ou moins clair dansun jardin, et à la diviser ensuite par éclats, lorsque l'état des touffes le permet, pour repiqueren délinilive conmie précédemment. Je répèle que ces diverses méthodes sont rarement employées. Je crois donc suffisantes les indications que je viens de donner.

AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES

LIV, l"

V* SUJET. — Des soins crentreîien des }ierhoges en général^ et des pâturages en particulier.

§ l*"". — De la destruction des herbes et des animaux nuisibles.

Les plantes inutiles ou nuisibles aux troupeaux abondent dans une foule d'herbages. Il est d'une telle importance pour le cultivateur de connaître au moins les principales d'entre elles, que j'enlreraisimmédiatemenl dans d'assez lonj<s détails à ce sujet, si, d'après l'ordre adopté dans cet ouvraf;e, je ne devais renvoyer le lecteur au dernier chapitre de ce livre; me bornant ici à quelques généralités qui perdront malheureusement de leur intérêt par suite de leur isolement.

Parmi les plantes considérées comme nuisibles, il en est qui sont réellement telles J)ar suite de leurs propriétés délétères; — d'autres, parce qu'elles communiquent à certains produits des animaux, an laitage t:t au beurre, par exemple, une saveur désagréaJde, ou encore parce qu'elles rendent plus difficile la transformation de ces mêmes produits ; — d'autres seulement, parce que les bestiaux ne les mangent pas ou les mangent avec répugnance, et qu'elles donnent par conséquent des foins rejeîés ou de trèspeu de valeur^ quoiqu'elles occupent la place de bonnes plantes. — 11 est aussi des herbes fort bonnes dans les pâturages, et qui deviennent nuisibles dans les prairies à cause de leur peu d'élévation, qui les soustrait en grande partie à la faulx.

Nous verrons que c'est surtout dans les lieux bas et humides que se multiplient le

f)lus abondamment les mauvaises herbes. Là, e meilleur moyen de les détruire, au moins on grande partie, c'est de changer la nature même du terrain, en facilitant l'écoulement des eaux stagnantes qui le couvrent ou le pénètrent pendant une partie de l'année. Par ce moyen, on fera promptement disparaître toutes les espèces des marais.

Si, lorsque le sol est convenablement ^goutté, il conservait encore quelques restes de sa disposition tourbeuse; s'il était encore aigre, comme le disent si justement les habitans des campagnes, les amendeuiens calcaires et alcalins, tels que la chaux, les cendres de bois, de tourbe, les cendres pyrileiises, etc., achèveraient indubitablement de le bonifier.

En des positions analogues, il a aussi été reconnu qu'un des n)eilleurs et des plus simples moyens de détruire une grande partie des mauvaises herbes, c'était de les faire pâturer au printemps aussitôt que l'élat du sol le permet. La plupart des herbivores broutent sans inconvénient ces plantes lorsqu'elles sont jeunes encore, et beaucoup ne repoussent plus que faiblement, tandis que les bonnes graminées, par suite de

leur disposition à taller d'autant plus qu'elles sont plus fréquemment coupées, s'emparent du terrain, et, si les circonstances défavorables qui les en avaient précédemment exclues nese représentent pas, elles s'y maintiennent par la suite sans souffrir de concurrence.—J ajouterai que les engrais d'origine animale paraissent plus nuisibles qu'utiles aux plantas marécageuses. Est-ce par suite d'une action délétère sur celles-ci, ou seulement parce qu'elles augmentent davantage la force végétative des gramens et des légumineuses, et les mettent ainsi à même de dominer dans le pâturage? Toujours estil, quelle qu'en soit la cause, que, dans le cas dont il s'agit, les déjections que les animaux laissent sur le terrain semblent concourir pour quelque chose au but qu'on veut atteindre.

Il est des plantes dont on doit se débarrasser en les arrachant à la pioche ou à l'échardonnoir. Cependant, si cette méthode est la pi us sûre, elle est aussi la plus longue et la plus coûteuse, et ellen'estmême pas applicable à toutes les espèces, puisqu'on en rencontre, telles que la fougère, dont les racines étendent leurs réseaux jusqu'au sous-sol, à quelque profondeur qu'il se trouve. D'ailleurs, lorsque ces plantes sont très-nombreuses, et que leurs touffes offrent peu de volume, telles que les orties, par exemple, l'arrachage est impossible (1). Il faut alors, non seulement se bien donner de garde de les laisser grainer, mais encore les faucher, s'il est possible, jusqu'à 4 et 5 fois dans le cours de l'année, surtout à l'époque des chaleurs. Rarement elles résistent longtemps à une pareille mutilation.

Pour ajouter aux effets d'un fauchage persévérant et répété, ou plutôt pour rendre inutile sa prolongation, on a proposé dans de vieux livres uue recelte que quelques faits postérieurs semblent justifier. C'est, après avoir coupé rez-lerrela tige de la plante qu'on veut détruire, de la fendre un peu et d'introduire à la place de la moelle une certaine quantité de sel marin. Dans une lettre toute récente, écrite par M. Tuochu, qui a rendu d'immenses services à l'agriculture de Belle- Ish-en-^Ier, à M. le duc Decazes, ou voit que ce moyen, tout empirique qu'il paraisse, lui a fort bien réussi pour la destruction des ronces, et, je crois, des fougères.

La destruction des mousses s'opère au moyen de hersages ou de ratissages plus ou moins multipliés, et dont l'énergie doit être proportionnée à la ténacité du sol. Ces opérations produisent d'ailleurs d'excellens elfffs sur les pâturages, en les ouvrant aux influences atmosphériques et en préparant l'émission de nouvelles racines. C'est à leur aide que l'emploi des composts et des simples amendemens acquiert véritablement toute son efficacité. Il n'est pas sans exemple que sur un herbage ainsi gratté, une simple couche de sable {voj. le § 4) ail empêché

0) Je sais qu'on a recommandé de cultiver l'ortie pour affourra^er les vaches, et en effet elles la mandent, quoiqu'avec répun;nance, à l'état de foin; mais, chez moi, elles la rejettent constamment au pâturaî^e. Telle plante qui offrirait une ressource dans un très-mauvais terrain devient nuisible dans celui auquel on peut demander mieux. Mou fermier fait donc tous ses efforts pour détruire les orties. II y est arrivé en grande partie par lènioifen Que je propose.

OIIAP. 18*.

pour long-temps je retour des mousses et sensiblement favorisé la végélaliou des bonnes plantes.

Cependant il peut arriver encore quêtons ces moyens soient insuifibans. On doit alors en conclure que l'herbage est en entier à renouveler, el, pour cela, toutes les l'ois que la position le permet, il faut pendant quelques années le remplacer par des cultures économiques. Je ne reviendrai pas ici sur ce sujet important, que j'ai tâché de développer jjage 458 et suivantes.

Au nombre des animaux les plus nuisibles aux prairies, il faut compter la taupe, parfois le mulot, le hanneton, la courlilière, la fourmi et le ciiquet ou plus vulgairement la sauterelle. Il en sera également parlé dans un chapitre particulier de cet ouvrage. Malheureusement , les zoologistes n'ont j)oint encore assez chej'chéà appliquer leurs études aux progrès de l'art agricole. On connaît fort imparfaitement lamanière de vivre de beaucoup d'animaux destructeurs de la végétation, el, plus malheureusement encore, en apprenant à la connaître, on est souvent bien loin de trouver les moyens de les détruire. Qui ne déplore maintenant l'ef- Irayante multiplication des hannetons dans la plupart de nos contrées, et qui pourrait diie que, pendant les trois années que sa larve destructrice passe dans la terre, il a Irouvé un moyen praticable d'arrêter ses ravages ? Qui pourrait se flatter d'avoir mis à la disposition de tous les cultivateurs un moyen efficace et compli-t de détruire la terrible alucite des grains, le charançon même, et d'éloigner sans refour de nos guérets ces bandes nomades de mulots ou ces nuées «le sauterelles qui ne redoutent, en masse, d'autres ennemis que les intempéries des saisons?

§ II. — De l'épierrement, de l'étaupinage et de raffermissement du sol.

Les pierres, qui ont, dans les prairies, le très-grave inconvénient d'entraver la fauciiaison, el d'ajouter beaucoup, non seulement aux frais dac(|uisition et d'entretien des faulx, mais encore au temps qu'on est obligé de passer à les aiguiser, ne sont pas aussi nuisibles sur les pâturages. Là, à la vérité, lorsqu'elles ont un certain volume, elles occupent une place précieuse, et il est par conséquent presque toujours avantageux de les enlever; cependant, eu certains cas, elles rendentlt. serviced'opposer un obstacle permanent à révaporation produite par l'action <les rayons solaires. Ceux (jui ont parcouru la vaste plaine de la Cran ont pu acquérir à chaque pas une preuve remarquable de cette vérité; car c'es' autour des galets qui la couvrent en grande partie, et que les moutons l'ouleut devant eux en les repoussant <lu nez, que croissent Ls herbes les plus fines, les plus fraîi'hes et les plus recherchées de ces animaux. Il ne serait donc pas impossil)le qu'en des localités particulièrement aritles, on dût éviter d'épierrer trop rigoureusement. Quelques-uns de nos lecteurs ont lu sans doute l'histoire d;;s choux monstrueux que Duhamel obtint sur un terrain presque

DES PATURAGES. AÏS

couvert de dalles de couleur blanche. II serait facile d'ajouter à cet exemple plus d'un fait analogue pour prouver, si c'était ici le lieu, combien un corps aussi peu conducteur delà chaleur que la ])hiparl des pierres, interposé entre l'atmosphère et la terre, peut conserver de fraîcheur à cette dernière; mais nous n'en arriverions pas moins à celte conclusion, que l'épierrement des herbages est généralement utile.

Quant à l'étaupinage, c'est une opération aussi importante que facile et bien connue. Les baux en imposent l'obligation aux fermiers ; ce serait de la part de ceux-ci une négligence impardonnable de ne pas s'en occuper chaque année, au printemps, lorsque les herbes ne commencent pas encore à monter,avec unsoin d'autant plus minutieux qu'il s'agit d'herbages fauchables; car, dansce cas surtout, il y va de leur intérêt autant que de celui du propriétaire. La méthode la plus ordinaire est de répandre la terre des monticules, à l'aide de la pelle ou de la bêche, par un mouvement des bras analogue à celui que l'on fait en répandant les engrais, de manière à ne pas amonceler la terre plus en un endroit que dans l'autre. Ce travail, loin d'êlredommageable, estaucontraire utileaux herbes environnantes, qui se trouvent recevoir ainsi une sorte d'amendement en couverture, ou, en adoptant l'expression difficile à traduire de nos voisins, un véritable lopdressing. — Quand le nombre des taupinières est considérable, pour les détruite, on substitue la herse aux instrumens à main. Cetteméthode procure une grande économie de travail el de temps. Elle ne donne pas des résultats aussi réguliers, mais elle n'en a pas moins aussi ses avantages. Ainsi, sur les vieux herbages, elle contribue à détruire les mousses, et elle produit un binage toujours fort utile en pareil cas. J'ai vu des pâturages Irèsdétériorés qu'un simple hersage énergique donné en long et en travei's a pu améliorer sensiblement pour plusieurs années.

D'un autre côté, il pourrait arriver que les plantes nouvellemeul enracinées fussent fortement endommagées par une semblable pratique, etque le sol, déjà trop soulevé par l'aition des gelées, loin de demander à èlie remué de nouveau, se trouvât au contraire fort l)ien d'être affermi autour des racines. Ce cas se présente lré(iuemment sur les terres b'gères, calcaires ou tourbeuses sujettes au (léchausstinent. Là, l'étaupinage, s'il y a lieu, se fera à la bêche, à la herse renversée ou à la rabatloirtî {voj. pag. 3SG), et le plus souvent il devra encore être suivi d'un roulage. — C'est au printemps et en automne, lorsque la terre n'est ni assez sèche pour rendre le travail difficile ou inelficace, ni assez humide pour être gâcheuse, qu'il convient d'entreprendre ces utiles opérations. Elles £onl surtout nécessaires au printemps pour remédier aux effets de rhi\er.

Afin de réunir, à l'aide d'un seul instrument, les avantages du nivellement du sol et de son affermissement, on a invenléct on utilise depuis longtemps en is'ormaodie une machine connue sous le nom de coupe-taupe, dont je donne ici le dessiu(//i,>.G43) de profil en A, de face en B et sur son plan en C. — Elle se

AGRICm/rURE : DES PLANTES FOURRAGERES.

Fig. 643.

compose: 1° de deux soles «6»^ è, fig. C, de 14 a 17 centimètres déquairissage sur 2 mètres de longueur; 2" de trois traverses c, d, e, de même grosseur que les soles et assemblées avec elles à tenons et mortaises: cet assemblage est établi de manière que la herse présente la forme d'un trapèze de 2 mètres environ de longueur sur un mètre 83 cent, de largeur à sa partie postérieure; 3° de deux enlreloises^-, /", de 9 à 12 centim. de grosseur, chevillées sur les 3 traverses, à deux chevilles chacune; 4° d'une lame de fer ou couteau h, i, k, /, de 12 millimètres d'épaisseur au talon, amincie à son tranchant, et d'un mèlre 83 centim. Les deux extrémités h, i et /-, l de ce couteau sont saillantes de 22 cent, de chaque côté, et recourbées en dessus d'environ 12 niillim. de hauteur. Il est solidement fixé sur le devant de l'instrument et dans sa partie inférieure : savoir, aux deux soles a et h par deux écrous, et à la T* traverse e par une lame de fer recourbée à cet effet et contenue par des écrous; 5" de deux crochets q et r, pour attacher les chevaux. « Cet instrument, dit de Pertuis, dont Tinventeur n'est pas connu, devrait être adopté par tous les propriétaires de grands herbages. Nous l'avons fait exécuter nous-mêmes, et nous en avons reconnu l'avantage et les excellens effets. »

§ III. — Du dessèchement et des irrigations.

Il y a beaucoup encore à apprendre sur la mnnïère dont l'eau agit dans l'actede la végétation, soit par elle-même, à son état de pureté, soit comme dissolvant de substances nutritives ou délétères contenues dans le sol, et combinées à une quantité plus ou moius considérable de ces suiistances; soit enfin par suite de la présence et du dépôt à la surface du sol, des matières favorables ou défavorablns qu'elle tient en suspension. De là résultent assez souvent, aux yeux des théoriciens, desdoutesqui ne manquent pasde gravité, sur le clioix des eaux les plus favorables aux irrigations. Il est vrai que toutes n'agissent pas exactement de la même manière et ne iiroduisent pas au même degré tes mêmes effets; mais, en définitive, à l'exception de celles qui sont surchargées de certains sels minéraux nuisibles, heureusement peu abondans dans la nature, ou de sels terreux qui obstruent lesspongioles des racines (auquel cas la pratique est bien vite éclairée par l'observalion la plus superficielle des faits), toutes activent puissamment la croissance des herbes, de sorte qu'en définitive, il est bien plus utile de savoir utiliser, quelles

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